Chronique n° 052 – Des Testerins voient rouge

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Les usagers testerins et gujanais vont bientôt se fâcher. Arcachon, incontestablement, s’est largement développé dans la forêt usagère, au mépris de la coutume, en ce qui concerne l’abattage des pins et des chênes. Un procédé qu’en 1752 a condamné fermement l’intendant de Guyenne, sur plainte de propriétaires d’arbres. De plus, l’intendant a fait payer trente livres d’amende au seigneur de Ruat, coupable d’avoir coupé des arbres dans la forêt usagère, afin d’y installer des filets de chasse, dans un couloir ainsi dégagé. Et voilà que, moins d’un siècle après, les héritiers de ces farouches gardiens de la coutume usagère, arrivés aux affaires, acceptent les larges percées d’avenues dans leur forêt. Mais certains de leurs administrés se rebellent. Voici pourquoi et comment.

En 1847, le docteur Lalesque vend trois terrains boisés, situés le long de l’actuelle allée de La Chapelle, l’une des plus anciennes voies d’Arcachon. Trois chalets y poussent, en bordure. Les années suivantes, Lalesque vend encore cinq autres lots, au même endroit, que les nouveaux propriétaires déboisent. Or, il faut se souvenir de ce que représente ce site de traditionnels pèlerinages dans la mémoire collective. Le maire de La Teste, Jean Fleury, n’a-t-il pas déclaré en plein conseil municipal, le 23 mai 1846 : “le saint usage, l’antiquité, tout invite à respecter l’existence des magnifiques bordures de chênes séculaires, sur la route poudreuse que nos ancêtres ont si souvent et si pieusement foulée”. Quand des usagers testerins découvrent le saccage de leur forêt, ils voient rouge. Si bien qu’un petit matin gris de février 1852, on découvre à terre, sciés, selon les droits de l’usage, les derniers chênes qui bordent l’historique allée. On s’indigne. Le 22 février, “L’Indicateur”, de Bordeaux, pousse des cris : “violation du code civil (…) atteinte au droit sacré de propriété, vandalisme (…). Élus attention : la population qui cherche l’ombrage et le calme va partir à Royan… etc, etc.”.

Cependant d’autres atteintes au droit d’usage se poursuivent. Les époux Deganne vendent cinquante-cinq pins au scieur de long, dit La Plume, et à deux charpentiers. Le bois est débité et revendu. La veuve Lafon, née Jéhenne, pratique de même, tout cela alors que la transaction de 1759 interdit absolument la revente du bois coupé dans la forêt usagère. Les municipalités de La Teste et de Gujan demandent aussitôt des indemnités. Le grand mot est lâché. Il va tout emporter. Un acte signé le 17 juillet 1855 par devant les notaires Dumora et Dignac, stipule clairement “que dans un avenir prochain, une cité gracieuse aura remplacé l’antique forêt usagère. Par la force des choses, il y a lieu de faciliter son essor. L’un de ces moyens réside dans l’affranchissement des respectables droits d’usage. Il est facile de concilier les positions opposées des parties en leur donnant satisfaction à l’aide d’une indemnité qui sera payée à l’usager en échange de son droit d’usage par le propriétaire du sol affranchi”.

Ca y est, c’est fait : c’en est bientôt fini de cette vieille forêt usagère d’Arcachon ! Lamarque de Plaisance, celui qui a bu à la ville future, rachète le premier, des droits d’usage. Mais, pas de nostalgie. On ne va tout de même pas se mettre à regretter la diligence de Cazobon, les longs convois nocturnes de péchouneyres dans la lande marécageuse et le piano de l’hôtel Legallais dont les notes couraient jusqu’aux pauvres cabanes de gourbet des pêcheurs d’Eyrac. On ne va pas les regretter ? C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Le casino Gaillard

Aimé

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