Archéologie

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Près de l’étang de Sanguinet, on trouve les restes d’une voie romaine reliant Boïos (Lamothe) à Bayonne.

Çà et là, la route s’enfonce sous les eaux : preuve irrécusable des empiètements successifs des étangs sur les terres de l’intérieur. Les villages engloutis au fond du lac de Sanguinet, sont un sujet en étroite corrélation avec l’évolution du trait de côte au fil des siècles. La naissance des lacs littoraux de la côte aquitaine est due à l’installation de la chaîne de dunes qui fait obstacle à l’écoulement des nombreuses rivières côtières drainant le littoral aquitain au sud de la Garonne. Cette montée inéluctable des eaux prisonnières des sables oblige les populations à abandonner plusieurs fois leurs espaces de vie pour s’installer toujours plus en amont.

Le professeur d’histoire romaine à l’Université de Bordeaux III, Jean-Pierre Bost, nous dresse un tableau de la région Aquitaine durant la période gallo-romaine. Et en particulier il montre l’importance de la voie romaine littorale amenant les voyageurs venus de Burdigala (Bordeaux) à franchir le pont qui enjambe la Gourgue pour s’arrêter à Losa, village aujourd’hui englouti sous les eaux, au large des plages sanguinétoises. Le site gallo-romain de Losa (1er au IVe siècle après J.C.) est une étape de la voie romaine reliant Bordeaux à Dax. Le village s’articule autour d’un petit temple, le fanum. 

Les vestiges de plusieurs villages jalonnent le lit de la rivière engloutie sous les eaux du lac, les plus profonds étant les plus anciens Ils s’étagent chronologiquement de la fin de l’âge du bronze aux trois premiers siècles de notre ère. 

Jean-Pierre Bost, dans son commentaire imagé, fait découvrir les Boïates, « antiques populations du Pays de Buch et de Born qui sont aussi les lointains ancêtres des habitants de Sanguinet » ; entre autres, les divers sites archéologiques de trois villages engloutis mais aussi la flotte de pirogues (une trentaine) parmi la plus importante d’Europe et dont la campagne de fouilles 2005 laisse supposer une nouvelle embarcation localisée par les plongeurs sans toutefois, à l’heure des minutieux travaux de dégagement, certifier l’authenticité de la nouvelle trouvaille.

Donc, trois villages engloutis sous les eaux. Celui de Put Blanc (VIIe-IVe siècle avant J.-C.) se situe à quinze mètres de profondeur à la pointe est du lac primitif. Dans des fonds de 8 mètres, l’enceinte fortifiée de l’Estey du large (3e/1er siècle avant JC) a permis la découverte d’un riche mobilier archéologique. De très nombreux fragments de scories de réduction, d’affinage ou de forgeage du fer montrent que ce site a été un centre de production de fer ; les habitants vivaient dans des cabanes sur la rive gauche de la rivière. C’est sur ces deux secteurs de fouilles que les chercheurs archéologues et plongeurs du Centre de recherches et d’études scientifiques de Sanguinet (CRESS) ont répertorié une trentaine de pirogues monoxyles faisant du site de Sanguinet l’un des plus riches d’Europe. Leurs datations s’échelonnent de 1 500 ans avant J.-C. à 600 ans après J.-C. L’une d’elles, la pirogue n° 18 (100 ans avant J.-C.) reconstituée à l’identique est exposée au musée. Le village gallo-romain de Losa (1er/ 3e siècle après JC) s’articule autour d’un petit temple dont les fondations encore en place sont proches du tracé de la voie romaine littorale : « Sous six mètres d’eau, raconte Bernard Maurin, un pont permettait à une voie romaine de franchir la rivière ».

Le musée des sites archéologiques sublacustres présente un intérêt culturel et patrimonial remarquable. Une visite incontournable.

Raphaël

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