Maison « Mazodier », 21 rue Pierre Dignac

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Si vous cherchez une maison hantée à La Teste, ne serait-ce celle qui trône au 21 rue Pierre Dignac ? Cette demeure de 600 m² est estimée à 1 750 000 € ; invendable à ce prix là…

Cette maison connue sous le nom « Mazodier » doit son appellation au Capitaine de vaisseau Pierre Mazodier (1911-1996), marié en 1936 à Geneviève Ginette Lesca 1912-1995, fille de Pierre Joseph Lesca 1885-1914 & Marie Josèphe dite Jeanne Dignac 1891-1957

Un document notarial du XIXe siècle (étude de Me Eugène Dignac, notaire à Gujan-Mestras) attribue, à tort, l’origine de la propriété Dignac aux Daisson-Jeantas ; il est indéniable que c’est Isoline Baleste-Marichon qui l’apporte à Eugène Dignac lors de leur mariage le 19 août 1862. En revanche, bien que Mme Pierre Lesca soit née Dignac (fille de Camille Dignac, notaire à Gujan-Mestras, 2e fils d’Eugène, née en 1818 à La Teste-de-Buch), on sait que les Lesca ont acquis le terrain du 21 rue Pierre Dignac et n’en ont pas hérité.

C’est Mme Pierre Lesca, jugeant sa demeure trop ancienne, qui la démolit dans les années 1920 pour édifier l’actuel chalet plus au centre du terrain.

Sans avoir retrouvé l’acte de vente dudit terrain, on sait qu’il a été acquis de Mme Louis David, née Suzanne Méran.

Son père, Pierre Louis Chérie Méran, Receveur de l’enregistrement et des domaines, est né le 16 novembre 1818 à Saint-Ciers-la-Lande et décédé le 15 mars 1885.

Voici ce que vous pourrez entendre en gavache : Saint Ciers sus Ghironde porte tieu nom dépeu l’troés novemb’ 1902. Et voui, aut’foés, o s’ap’lé Saint Ciers la Lande. “La Lande”, o signifie la forêt. Voui, aut’foés, o y avait tout pien “d’lande”. Ine lande, ol’est ine p’tite forêt. Donc o y avait pien d’petite forêt peurtout. Pis est v’nu les agriculteurs qui vouliant pianté zeu veugne, (ol’était en mime temp qu’l’aissech’ment des marais) et prr’ pianté zeu veugne, o fallait d’au terrain, alors i z’avant teurtous copé les arbes des Lande qui z’aviant en possession. O fait qu’aprés, o sérvait à reun qu’o s’appelle Saint Ciers la Lande, alors, le 3 novemb’ 1902, Saint Ciers la Lande est dev’nu, Saint Ciers sus Ghironde.

O d’vait éte Pierre Cadenaule qu’était maire à tieu moument-là. O nous rajheunit brigue !

La mère de Suzanne Méran est Ermance, fille de Pierre-Auguste Peyjehan de Francon 1781-1849, et petite-fille du Testerin Pierre Peyjehan de Francon aîné 1749-1827, Praticien, bourgeois, négociant chargé de la Recette des Invalides de la Marine, juge du Captalat, juge de paix (Pyla-sur-Mer le remémore avec l’Allée du Garde-feu du Juge), fils de Pierre Peyjehan et Marie-Anne Baleste-Marichon 1721-1800.

Le cadastre de La Teste-de-Buch en 1822 montre que les terrains des 21 et 23 rue Pierre Dignac, sont d’un seul tenant ; les lots correspondants (lots 700, 701 et 702) appartiennent à “Pierre Peychan juge de paix” (Pierre Peyjehan de Francon) et regroupent la maison aujourd’hui en ruines des Lesca-Mazodier au 21 rue Pierre Dignac, et celle des Dignac au 23 de la même rue.

Le juge Pierre Peyjehan de Francon s’est marié une première fois  avec Marguerite-Adelaïde Baleste-Marichon 1753-1775 dont est issu Pierre Peyjehan 1775-1841 ; et une seconde fois avec Marie dite Véronique Darmailhac 1756-1789 dont sont issus Marie Peyjehan 1778-1825 mariée à Pierre-Jean Baleste-Marichon 1765-1805 ancien notaire royal, maire de La Teste à la fin de la Révolution ; Pierre-Auguste Peyjehan 1781-1849 cité plus haut ; Marie-Laurence Peyjehan 1786-1850 mariée avec Guillaume Lavialle 1766-1783.

Le linteau de la porte principale de la maison construite en 1713, rappelle que « Guillaume Darmalhac ma fait ».

Guillaume Darmailhac, bourgeois de La Teste x Jeanne Deslis 1684-1748 dont Gérard Darmailhac 1725-1772 Négociant, greffier x Jeanne Peyjehan 1720-1769 dont Marie dite Véronique Darmailhac 1756-1789 x 1777 Pierre Peyjehan 1749-1827 citée plus haut…

Voir aussi https://shaapb.fr/media/pdf/bulletin/shaa-108.pdf

 

Marie dite Véronique Darmailhac, petite-fille du constructeur de la « maison Darmailhac » qui nous intéresse ici, apporte la propriété en dot lors de son mariage avec Pierre Peyjehan.

On peut expliquer le morcellement de la propriété Darmailhac par le fait que les Peyjehan ont leur demeure au Francon, propriété enclose de murs, devenue Brasserie Brülh, détruite sous la municipalité Moga, et que les Baleste-Marichon ont aussi la leur ; le terrain de la propriété Darmailhac est donc partagé en deux parties équivalentes lors de la succession du juge.

C’est en cette demeure que les Darmailhac avaient accueilli le captal de Buch, Amanieu de Ruat, au XVIIIe siècle. “Une tradition rapporte que lorsque les Ruat venaient à La Teste, ils aimaient mieux plutôt que de rentrer dans leur triste et froid château (du Teich), habiter une maison construite en 1713 par les Darmailhac, avec lesquels ils étaient grands amis” (A. de Ricaudy, Revue Historique du Pays de Buch n° VI, octobre 1929, p. 33). Et même apparentés : en effet, Guillaume Darmailhac est le frère de Gérard qui a épousé Marguerite de Podio de Palu (1680-1737), elle-même fille de Jean de Podio de Palu, époux d’Isabeau Castaing (1655-1715). Or les Castaing constituent la famille de souche des Amanieu de Ruat ; que le monde est petit !

Quant à déterminer quelle famille possédait la propriété des 21 et 23 rue Pierre Dignac antérieurement aux Darmailhac, des recherches complémentaires sont nécessaires. Peut-être même faudrait-il procéder à des fouilles archéologiques in situ. Ces investigations seraient évidemment passionnantes à suivre. De semblables fouilles autour de l’église Saint-Vincent ont bien révélé les fondations de l’antique forteresse des Captaux de Buch, comme aussi l’existence de lieux de production de sel tant à La Lagune que sur le flanc ouest de la dune du Pilat. Les verrons-nous un jour réalisées ? Philippe Jacques, ce ne sont pas les pains sur la planche qui manquent…

Sur la photographie, reproduite sur la couverture du bulletin n° 106 de la Société historique, on aperçoit, à gauche de la maison édifiée sous le Second Empire par Eugène et Isoline Dignac, une petite maison formant une aile, plus ancienne, et faisant pendant à celle de l’hôtel Dignac. Pour mémoire, Isoline Dignac, née Baleste-Marichon, est descendante directe du juge Peyjehan de Francon par sa grand-mère paternelle Marie Peyjehan de Francon 1778-1825 épouse de Pierre-Jean Baleste-Marichon 1765-1805. La correspondance de ces deux bâtiments, ceux que l’on aperçoit à travers les feuillages sur la photographie, un pigeonnier détruit sur le terrain Mazodier-Lesca et les chais toujours subsistants datant au moins du début du XVIIIe siècle dans l’actuelle propriété Dignac, tous ces éléments incitent à aller plus loin dans l’origine de la propriété.

 

« La Maison des Darmailhac », Denis Blanchard-Dignac, Bulletin SHA n° 106

https://shaapb.fr/media/pdf/bulletin/shaa-106.pdf

https://immobilier-arcachon.nestenn.com/prix-m2-la-teste-de-buch/prix-rues/rue-pierre-dignac-2023173

http://monpatoislegabaye.blogspot.com/2008/07/st-ciers-sus-ghironde-porte-tieu-nom.html

Raphaël

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