Les divorces administratifs au Pays de Buch  – Le cas d’Arès.

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Voici les communes d’Andernos et d’Arès en difficultés à propos de terrains limitrophes dont l’une prétend avoir payé les impôts pour l’autre depuis qu’elles sont devenues distinctes. Car — et le débat soulevé par cette contestation nous le remet en mémoire — les deux territoires de ces communes n’en faisaient qu’un jadis puisque c’est en 1851 seulement après une soixantaine d’années de mariage qu’elles éprouvèrent le besoin de se séparer.

Et, contrairement à ce qui se passe d’habitude, ils y réussirent dans les meilleures conditions du monde.

Ce fut l’avant-dernier exemple — le dernier est celui d’Arcachon rompant avec La Teste — de ces morcellements qui, depuis l’occupation de notre contrée par les Boïens, ont fini par lui conférer sa division administrative actuelle. On pourrait presque dire : son émiettement…

Les seigneuries, puis les paroisses, pour toutes sortes de raisons se rattachant à leur histoire, se sont déjà très morcelées au cours des âges. Quand la Révolution crée les communes, elle essaie plus ou moins de concilier les anciennes limites des paroisses, évêchés, archiprêtrés, sénéchaussées, bailliages, pays, etc. ; il en résulte un nouvel ordre de choses qui, soit de prime abord, soit dans la suite, n’est pas toujours conforme ni aux lois de la géographie, ni aux nécessités de la démographie.

Les agglomérations d’Andernos et Arès,  – la première constituant le chef-lieu, la seconde l’unique section – sont distantes de cinq kilomètres. Elles proviennent de deux seigneuries contigües et ont chacune leurs biens propres dont la gestion commune provoque maint conflit. Une incompatibilité d’intérêts et d’humeur en résulte : le divorce s’impose ; il est prononcé le 29 janvier 1851.

Et, nous le répétons, alors que tant de ruptures de ce genre ne se réalisent qu’après des luttes homériques, celle d’Andernos et d’Arès a lieu sans difficultés, et c’est le cas de le dire, par consentement mutuel, à la satisfaction de tout le monde.

On aurait pu croire que, les motifs de conflit ayant disparu et les conditions de la séparation ayant été si faciles à déterminer, la bonne harmonie régnerait consécutivement à l’indépendance réciproque des deux sections jadis, rivales. Il n’en est rien. La question des limites entre les deux nouvelles communes ne sont pas si simple en réalité qu’en apparence. On n’a pas suffisamment étudié l’Histoire locale. Son ignorance est le péché mignon de nos administrateurs et de trop de nos concitoyens. Elle aurait appris aux intéressés que, de tout temps, les barons d’Arès (à la veille de la révolution, le seigneur d’Arès est François de Belcier-Crain[1] – fils d’Élizabeth de Laville[2], d’Arès – qui sera guillotiné à Bordeaux) et les seigneurs de Verthamon (ces derniers possédent Andernos) disputent sur leurs confrontations. Il en est ainsi, d’ailleurs, de presque, tous les possesseurs de fiefs limitrophes au temps jadis.

En 1790, la nouvelle division administrative de la France fait de la vieille paroisse d’Andernos une commune du canton de La Teste district de Bordeaux. La grande Berle d’Arpech sur laquelle tourne l’ancien moulin banal la sépare en deux sections inégales : Arès forme la première de loin la plus importante en étendue : 14 000 journaux (1 journal ou 3192 m² à la mesure de Castelnau en usage dans la paroisse) sur 20 500, et en population 415 habitants bien groupés contre 275 éparpillés dans la section d’Andernos.

Le 5 mai 1851, l’adjoint au maire d’Andernos écrit au préfet de la Gironde pour lui demander le secours de ses lumières en ce qui concerne la liquidation, et la démarcation. Depuis, les municipalités successives des deux villes voisines ont rompu des lames à maintes reprises sur cette question de limites, notamment dans les landes d’Arpech où le ruisseau de Cire (ou Cirès), prenant sa source plus bas, n’existe pas encore pour fixer ne varietur, comme il le fait entre sa source et le bassin d’Arcachon.

La question revient sur le tapis sous la forme de contestation fiscale. Le fond du débat n’en est pas moins l’une de ces affaires de limites qui remontent aux temps lointains de la féodalité. Elles reparaissent souvent de nos jours entre communes, faisant ressortir dans bien des cas l’anomalie de trop d’anciennes limites aujourd’hui incompatibles avec le morcellement de plus en plus touffu de la propriété et la répartition actuelle d’une population qui se déplace. La situation, — notre expérience le prouve, nous l’avons, dit bien souvent et nous le répétons, — appellerait une refonte quasi-générale par une loi d’ensemble d’un très grand nombre de limites communales, devenues caduques. Nous en trouvons un nouvel exemple avec la séparation réalisée d’Arcachon et avec d’autres dont il est question depuis longtemps en pays Buch (Lacanau de Mios, Cazaux, Le Cap-Ferret, etc.) et qui, très probablement, par la force des choses, se réaliseront un jour.

En 1933, Arès réclame à la commune d’Andernos le remboursement d’impôts fonciers qu’elle déclare payer pour la commune d’Andernos, depuis 1851, époque à laquelle Arès a été séparé d’Andernos et érigé en commune. Une délégation du Conseil d’Arès rencontre une délégation d’Andernos. La déclaration doit être vérifiée, — car plusieurs chiffres différents sont donnés — et il y a lieu de désigner un géomètre pour défendre les intérêts vis-à-vis du géomètre désigné par Arès et vérifier les plans fournis.

Il faut vérifier si, en 1851, Andernos a eu en partage les terrains attribués par le géomètre en chef du cadastre, seul compétent et désigné pour cela, ou si on a formé le territoire d’Andernos d’après le projet du directeur des contributions directes de cette époque — qui n’avait pas qualité pour faire les attributions de terrain. Les deux affaires pourraient être liées…

 

L’Avenir d’Arcachon du 30 novembre 1933

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5422439c/f2.item.r=ar%C3%A8s

http://www.arestempslibre.fr/html/geneal/site_and/html/histoire_3.htm

https://excerpts.numilog.com/books/9782377481507.pdf

[1] – Le 27 mai 1775, François de Belcier vend à dame Louise Françoise Lemesle, veuve Lataste, « La Terre et Baronnie d’Arès située, le principal manoir dans la paroisse d’Andernos en Médoc (sic) consistant en justice haute moyenne et basse mère, mixte, impère, fonds nobles et féodaux, fiefs, cens, rentes et autres droits et devoirs seigneuriaux, moulin à eau et autres fonds quelconques dans la dite terre d’Arès et nommément le fief de Méjos situé dans la paroisse de Lacanau relevant en toute justice de la Terre et Baronnie d’Arès, comme aussi demeure compris dans la présente vente, tous les meubles meublants, bestiaux gros et menus, charettes, outils aratoires, vaisseaux vinaires aussi gros et menus, apiés et ruches, chaudières à faire la résine, arrérages de rentes, lots, arriérés de lots et droits d’herbage qui peuvent être dûs jusqu’à ce jour et généralement tout ce qui peut compéter et appartenir à la dite Terre et Baronnie ». Faute de paiement, François de Belcier récupère son bien à la veille de la Révolution.

[2] – Jean-Baptiste Laville n’avait pas été en mesure de doter magnifiquement sa fille. Cependant, il lui donna tout l’ancien patrimoine des Laville : « La baronnie d’Arès, consistant en justice haute, moyenne et basse, rentes, droits, devoirs seigneuriaux, pacages, moulins, pignadas, droits de pêche et domaines». Il donnait aussi la maison noble située dans la paroisse de Biganos consistant en quatre métairies, prés, bois, taillis et autres domaines, les bestiaux ensemble, ceux donnés en agrière, ruches à miel et apiès d’icelles. Il donnait ainsi tous les biens des Laville en Pays de Buch mais il s’en réservait la jouissance. Cependant, et en compensation de cette réserve, il versait aux jeunes époux une rente annuelle de 1.500 livres. http://www.arestempslibre.fr/html/geneal/ares/baron_5.htm

Raphaël

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