La traversée du Bassin d’Arcachon à la nage

 

La Traversée du Bassin d’Arcachon obtient un magnifique succès : victoire individuelle de Lacabanne ; après une admirable lutte, le S. A.B, enlève à l’A.S.P.T.T. avec 1 point d’avance, la Coupe Exshaw.

 

Parmi les multiples attractions et manifestations qui, durant ce mois d’août, se déroulent à Arcachon, il faut dégager tout particulièrement la traversée du bassin, cinquième du nom, organisée par le comité des fêtes, et le S. A. Arca- chonnais.

La traversée du bassin (du ponton de Bélisaire au cap Féret, ou du ponton extrême du Féret à la jetée Thiers, à Arcachon) comprend chaque année la mise en compétition de la Coupe Exshaw : cet objet d’art, détenu l’an dernier par l’A. S. des P. T. T. de Bordeaux, vient d’être confié au S. A. Bordelais, dont les représentants, après une lutte admirable, battent au classement général (3 nageurs comptant pour ce classement) la redoutable équipe des Postiers bordelais, amputée, il est vrai, de son champion, Jean Rebeyrol.

Individuellement, le populaire Lacabanne, toujours sur la brèche, et dont la forme semble, si l’on peut dire, s’améliorer à mesure que ce triton prend de l’âge, enlève la victoire, accomplissant le parcours en 55’ 29” (temps record), talonné de très près, d’ailleurs, par le sabiste Letalet, dont nous aurons d’ici un an à mentionner, j’en suis certain, les performances et les nombreuses victoires. Disputée le 15 août, la traversée et les concours divers de natation, qui se déroulèrent en attendant l’arrivée des concurrents, obtinrent, comme bien l’on pense, un magnifique succès populaire. Au point de vue sport pur, ce fut également un succès. En effet, la lutte entre les concurrents fut ardente et parfois passionnante.

La course

À 15 h. 31, MM. Léo Neveu et Damoy-Picon donnent le signal du départ. Trente-deux nageurs choisis parmi les meilleurs représentants disponibles du S. A. Bordelais, des P. T. T., du Stade Bordelais, de la Section Burdigalienne, du C. A. Béglais, du S. C. Libournais, du Biscarosse Olympique, du B. A. C., des Girondins, du C. A. du Moulin d’Ars, etc., piquent une tête du débarcadère de Bélisaire.

Une véritable flotille de canots à moteurs, de yachts automobiles, d’embarcations de toutes sortes, entoure les nageurs. Après 350 mètres de nage, l’ordre du cortège est établi. En tête vient Lacabanne, talonné par Roger Bas, Letalet, Lissalde et Lalanne, assez près les uns des autres et marchant d’après une ligne à peu près identique. Derrière ce premier groupe vient les Charmayou, Trézeguet, Gardin, Pouech, Causinus, etc., puis plus loin derrière, déportés par le courant du chenal du Piquey-Blanc et ensuite par celui du banc, figurent les Célérier, Gouilaud, Jeamet ; enfin, le long cortège qui sans cesse s’étire, comprend en queue : Carayou, Georges Lurie, Lamarch et deux ou trois autres concurrents irrémédiablement distancés. Dès que les trois premiers groupes ont atteint puis dépassé « l’eau morte », à la hauteur de l’extrême pointe de l’île des Oiseaux ; dès qu’ils sont par le travers des Abatilles et du parc Pereire, la course se dessine nettement. La sélection s’est opérée. Letalet gagne quelques pouces de terrain sur Lacabanne, toujours en tête, et les Grange, Orell, Charmayou, pris par le violent courant du grand chenal, avancent terriblement et se rabattent vers le rivage, alors que les Pouech, Lissalde, Bas frères, Gadou, etc., tout en profitant du courant, doivent lutter de vitesse et de puissance pour éviter d’être refoulés très au large. Ces derniers perdent ainsi du terrain sur leurs devanciers. Quant aux derniers, à ceux qui se sont épuisés pour reprendre le bon chemin, ils abandonnent. Seuls, Diès, Lurie, Pastourel, Lamarch, continuent courageusement et voient enfin leurs efforts couronnés de succès.

Au moment de l’arrivée, une foule innombrable est massée sur la jetée Tiers (sic), puis au bord de la plage, et, sous le crépitement des bravos, le champion du Sud-Ouest coupe la ligne finale suivi à une minute par Letalet, dont la course fut remarquable de régularité.

Le classement rectifié 1. Lacabane (P. T. T.), en 56’ 28” ; 2. Letalet (S. A. Bordelais), en 56’ 36” ; 3. Aurel (Section Burdigalienne) ; 4. Pouech (P. T. T.) ; 5. Roger Bas (S. A B.) ; 6. Lissalde (S. A. B.) ; 7. Bas (S. A. B.) ; 8. Lanau (C. A. du Moulin d’Ars ; 9. Gadou (P. T. T.) ; 10. Charley (C. A. Béglais) ; 11. Diès (C. A. B.); 12. Georges Lurie (Stade Bordelais) ; 13. Gardin (Stade Bordelais) ; 14. Pastourel (S. B. Natation) ; 15. Lamarch (Biscarosse Olympique).

Classement du challenge : 1. S. A. Bordelais, 17 points ; 2. A. S. P. T. T. 18 points, etc.

Les difficultés de cette traversée

Par beau temps, par mer belle — comme vendredi, d’ailleurs, — les difficultés de la traversée du bassin ne sont pas insurmontables. Certes, les concurrents doivent se méfier des courants du Piquey et du banc Blanc qui, au départ, risquent de les épuiser en vains efforts. Mais les nageurs puissants et vites, ceux qui enfin se rendent compte qu’il ne s’agit plus ici de se laisser porter — ou tout au moins aider — par un seul courant, ceux qui, enfin, avant de plonger ont songé qu’ils ne doivent pas avant d’être en vue du ponton de la Chapelle, traverser tout droit vers la grande jetée d’Arcachon, et ceux-là seuls remportent leur brevet de tacticiens. D’après mes constatations, seuls Lacabanne, Letalet, les frères Bas, Aurell et Lissalde surent naviguer. D’ailleurs, consultez le classement rectifié et vous verrez que sur les 15 arrivants, les huit premiers ne se sont pas déjà trop mal conduits dans des épreuves similaires. Et la mise hors de course des Béglais Grange et Charmayou, précédemment signalés comme arrivés 3e et 4e, remet certaines choses au point, notamment la surprise qu’à la réflexion tous ceux qui s’intéressent à la natation ont éprouvée en les trouvant en d’aussi bonnes places. Une seule hypothèse peut prévaloir à la faveur de ces deux jeunes nageurs dont je ne veux nullement, d’ailleurs, méconnaître les qualités : celle qu’ils ont eu le bonheur d’atteindre très vite le courant du grand chenal. Or, je le répète, si par mer belle cette épreuve d’environ 6 à 7 kilomètres effectivement parcourus est parfaitement réalisable, elle ne peut l’être, – sauf rares exceptions – que par des nageurs en pleine forme et alliant la vitesse à la puissance, tout au moins  dans la première partie de la course, et pour exprimer entièrement ma pensée, je crois que tous les spécialistes des classes moyennes peuvent terminer le parcours imposé, avec départ du Féret ou de Bélisaire. À plus forte raison les spécialistes du Sud-Ouest des classes supérieures, tels les Rebeyrol, Lacabanne, Bas, Letalet, Bétato.

Par grosse mer, par mauvais temps, cette traversée toujours possible aux « as » est un critérium infaillible, et ceux qui la terminent, démontrent alors leurs véritables qualités de grands champions.

Une épreuve à succès

Ayant dit ce que je pensais de la traversée du bassin d’Arcachon, je dois ajouter qu’elle est une épreuve fort intéressante. Cette année, le succès populaire et sportif a dépassé l’attente des organisateurs.

Au hasard du crayon, soit à la jetée Thiers, soit à Bélisaire, j’ai noté de nombreux sportsmen et parmi eux : MM. Leuvielle, ex-capitaine du Stade Bordelais (rugby) ; Albert Lurie, ex-champion de France poids lourds ; Guionie, Dubos, du S. A. Bordelais ; de nombreux délégués des grands clubs régionaux, etc.

Enfin, je ne saurais terminer sans adresser nos remerciements à M. Damoy-Picon, qui mit son rapide canot automobile « Jazz- Band » à notre disposition pour suivre les péripéties de la course ; au directeur des Pêcheries, qui prêta son canot ; à M. Léo Neveu, qui fut pour nous un aimable cicerone, et enfin, adressons nos félicitations à tous les membres du comité d’organisation, c’est-à-dire à MM. Joumard, adjoint au maire d’Arcachon ; Fayet, président du S. A. Arcachonnais ; Coulom, vice-président du S. A. B. ; Perpignane, vice-président de l’U. C. A. ; Ormières, Prévost, Dupouey commissaires ; Serge Rousset, de la Libellule de Paris (a été fondée en 1897 par 14 nageurs de la piscine Chateau-Landon. C’est l’un des clubs de Waterpolo les plus anciens de France) ; Dubousset, Dusan, Bonnin, Audebert, Fenac, Léo Neveu, etc., sans oublier notre ami Arthur Plane, grand maître des cérémonies aux concours qui, à la jetée Thiers, captivèrent la foule des baigneurs.

André Dumoulin.

L’Athlète : journal hebdomadaire de tous les sports (Bordeaux) du 22 août 1924

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4558549t/f3.item.r=piquey.zoom#

Raphaël

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