Chronique n° 106 – Arcachon, le nez en l’air

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Après la découverte pétaradante et fumante de l’automobile, une autre surprise tombe sur les Arcachonnais. Certes, Arcachon avait déjà eu le nez en l’air pour s’émerveiller devant l’envol d’un ballon en juillet 1897, depuis le casino mauresque, suivi, comme le dit Jean-Pierre Ardoin Saint Amand, d’autres vols dont les trois menés par Étienne Giraud, depuis le site de l’usine à gaz, entre 1901 et 1906. Mais la ville va découvrir vraiment autre chose dans son ciel, une véritable merveille : l’aéroplane.

En ce 14 septembre 1910, par un très beau temps, la plage centrale et les jetées sont couvertes de curieux qui scrutent l’horizon. Tout comme les passagers de plus de deux cents bateaux ancrés devant la jetée Thiers qui écarquillent les yeux. 15 h 45 : c’est confirmé l’aviateur Morane vient de décoller de Mérignac, avec trois autres appareils. Mais ces derniers se trompent de direction ! À 16 h 12, les porteurs de longues-vues le distinguent au-dessus de Taussat. Le voilà, il s’approche, on l’entend, il descend à cent cinquante mètres au-dessus de la plage qui entre en transes. On crie, on applaudit, on lance en l’air écharpes et canotiers. Arrivé à hauteur du casino de la Plage, l’aéroplane remonte et bientôt, plus rapide que le vent, il ne devient plus qu’un petit point qui se confond avec l’immensité du ciel bleu. À 16 h 59, Morane atterrit à Mérignac. Jacques Ragot a relevé l’enthousiasme de “L’Avenir d’Arcachon” qui s’étouffe d’emphase : “L’oiseau s’est transformé en une belle et onduleuse libellule dont on distingue les ailes, le gouvernail qui forme queue, les pattes qui sont les roues. Entre les ailes est assis l’homme oiseau. Sur le poitrail de l’appareil gronde son puissant moteur. Le spectacle est imposant. C’est l’emprise de l’homme sur le domaine de l’air ; il est impressionnant par la crainte du danger dont triomphe le courage victorieux de l’aviateur”.

Par la suite, l’avion continue d’enthousiasmer les Arcachonnais. Xavier Hessel a relevé dans “L’Avenir d’Arcachon” des articles relatifs à la venue de l’aviateur Paulhan, 28 ans, parti de Monaco, à bord de son aéro-hydroplane “La Triade”. Le spectacle du dimanche 7 avril 1912, est offert par la municipalité qui l’a financé pour 3 000 F. Les jetées et les terrasses du casino, où s’époumone l’harmonie municipale, fourmillent de public. Le maire, Veyrier-Montagnères, embarque le premier à bord de l’hydravion qui, pour déjeuner, le conduit au Moulleau en à peine trois minutes. A 2 h.30, c’est le photographe arcachonnais Léo Neveu qui s’installe à bord et réalise les premiers clichés aériens d’Arcachon. Il rapporte des images si nettes, malgré les haubans et la vitesse de 115 kilomètres par heure, que tout le monde s’extasie. Après lui, se succèdent à bord de nombreuses personnalités qui ont payé chaque voyage de 300 F à 500 F.

Mais comme Arcachon reste Arcachon, le rédacteur de “L’Avenir ” décoche quelques piques. Veyrier-Montagnères a fait placarder des affiches sur tous les platanes de la ville, pour annoncer l‘événement, “Alors, lance le journal, qu’il aurait mieux valu envoyer ces affiches à Bordeaux. C’est donc du bluff électoral (…) Tous les platanes voteront pour M. Veyrier-Montagnères”.

À peine un an plus tard, mais dans des circonstances qui tournent au tragique, Arcachon retrouve l’hydravion avec le commandant Marzac. En 1913, il installe à Cazaux une école de tir aérien depuis ces engins. On érige au bord du lac quelques bâtiments mais, avec la guerre, tout s’arrête. Toutefois, devant les progrès de l’aviation allemande, le ministre Millerand décide de rouvrir la base de Cazaux. Il en redonne le commandement à Marzac qui y met au point des techniques les plus diverses de tirs par avions. Depuis, Arcachon et La Teste ont tissé un solide lien dépassant l’amitié, avec la base aérienne de Cazaux.

Quant à l’aviation civile, elle voit naître, le 24 mai 1948, l’aérodrome du Sud-Bassin implanté à Villemarie. Grâce à sa piste, cimentée en 1982, allongée à 1400 mètres en 1984, l’aérodrome de Villemarie est apte à ajouter à ses activités sportives une aviation d’affaires et de tourisme mais qui reste encore trop réduite. Ainsi, l’arrivée de l’auto, puis celle de l’avion font comprendre aux Arcachonnais du début du XXe siècle, qu’une ère nouvelle pour le tourisme est née. Comment vont-ils s’y adapter ? C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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