Chronique n° 044 – Mais, c’est la révolution !

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Il faut que les charmes d’Eyrac soient très attirants pour venir y prendre les bains en souffrant durant quatorze heures de voyage inconfortable. Tout change avec le … chemin de fer. Déjà, en 1830, un nommé Paque s’est proposé, sans autre suite, d’étudier une voie ferrée de Bordeaux à Bayonne. En 1832, on en reparle à La Teste, lorsque le maire, Jean Fleury, indique à son conseil, “le grand intérêt qu’il y aurait à faire passer par La Teste le chemin de fer qui va de Bordeaux à Saubusse”. En 1835, MM. Godinet et Rocher lancent le projet d’un chemin de fer Bordeaux-La Teste. L’idée fait son chemin assez lentement et ce n’est que le 17 juillet 1837 qu’une décision de Louis-Philippe autorise l’établissement de cette voie ferrée.

Huit mois plus tard, naît la Compagnie du chemin de fer, pour exploiter la ligne. On y trouve des ingénieurs, un banquier, des négociants, des industriels, tous bordelais ou parisiens. Car il faut une large surface financière pour se lancer dans cette aventure, bien que l’Etat subventionne largement les travaux. En 1837, c’est aussi l’année où naît la Compagnie agricole et industrielle d’Arcachon. Elle prévoit de cultiver des mûriers et de créer des rizières et des fermes dans les zones marécageuses situées entre Cazaux et La Hume. Elles seront drainées par un canal creusé par deux mille colons espagnols.

Pendant ce temps, sans tarder, la commune de La Teste étudie le tracé de la voie ferrée dans le bourg. Car les choses ne traînent pas puisque tous les financiers sentent la bonne affaire, d’autant plus que l’opération est largement spéculative. On construit un bout de ligne en affirmant qu’on le prolongera, ce qui ne peut que faire monter la valeur des premières actions. L’argent rentre, l’action monte et on la revend lorsqu’elle atteint un prix maximum. Et pour ce qui est de la ligne testerine, son établissement est d’autant plus juteux, apparemment, que sa réalisation n’entraîne pas de destruction de constructions et intéresse nombre de propriétaires terriens qui lorgnent vers les bonnes affaires qu’ils feront en vendant, cher, à la Compagnie des terres incultes situées sur le tracé incontournable des travaux. Bien que les viticulteurs de Pessac s’inquiètent des méfaits de la fumée de la machine à vapeur sur leurs vignes ! Les partisans de ce chemin de fer vers La Teste, par contre, y voient une occasion de trouver un complément au port de Bordeaux et, même, un moyen de le dégager en cas de blocus militaire. De plus, on ne perd pas de vue que l’établissement d’un grand port dans le Teychan peut produire du fret pour la ligne.

Le ministre de la Guerre ne peut alors que donner son accord à la ligne. Enfin, on insiste sur le fait qu’elle servira à transporter le bois ou les produits agricoles qui arrivent par le canal Cazaux-La Hume, ouvert à la navigation en décembre 1840 et présenté comme le premier tronçon d’une voie navigable envisagée vers Mimizan.

Au même moment, la création d’une compagnie maritime assurant, par bateaux à vapeur, le transport entre La Teste et Bilbao, développe le potentiel économique. Enfin, il est de bon ton politique d’avoir “son” chemin de fer et le Conseil général, tout comme la Chambre de commerce et d’industrie, appuient fortement le projet. Voulu cependant dans l’indifférence générale, selon Patrice Benoît, par une petite élite de notables, appuyé par divers groupes de pression et souhaité évidemment par les élus testerins, le chemin de fer arrive à La Teste le 6 juillet 1841, dans un terminus situé très près à l’est de la gare actuelle. C’est une ligne historique puisque c’est la première construite au sud de la Loire et la neuvième du pays. Évidemment, elle va révolutionner la vie locale. Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

 

Aimé

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