vers 100 après J.-C. – Cartes selon Ptolémée

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Au IIe siècle de notre ère, Ptolémée (90-168) pose les bases de la cartographie moderne dans son traité la Géographie. Mathématicien, il dresse des tables de coordonnées géographiques pour plus de 8 000 lieux et donne des instructions pour créer le premier planisphère (représentation à plat de la surface d’une sphère) avec une projection conique, avec un équateur, orientée le nord en haut : le grand apport de Ptolémée ne provient pas tant de ses tracés géographiques somme toute assez simples et grossiers, que de sa conception de la Terre comme une sphère. Il propose un système de projection conique amélioré, en forme de manteau, ainsi qu’une grille de méridiens et de parallèles qui est toujours universellement utilisée. Il nous lègue également l’orientation des cartes vers le nord géographique, le tracé d’un équateur, le « cercle équinoxial », et deux tropiques qui sont mis en évidence sur sa mappemonde par de larges bandes écarlates. Les degrés de latitude sont numérotés dans la marge de droite tandis qu’à gauche nous voyons notée la durée des jours les plus longs de l’année, lors du solstice d’été. Il se confronte à deux problèmes, le calcul précis de la longitude d’un lieu, difficile, et la projection d’une sphère sur le papier, imprécise.

Il est l’auteur de deux ouvrages d’une importance monumentale : d’une part, une Somme mathématique, encore appelée Almageste, du nom de son titre arabe, et traduite en Occident à partir du XIIe siècle, d’autre part, d’une Géographie, traduite en arabe dès le IXe siècle, mais ignorée en Occident jusqu’à l’aube du XVe siècle. C’est elle qui nous intéresse aujourd’hui. Rares sont en effet, au Moyen Âge, les lettrés capables de lire le grec.

Ptolémée est le grand compilateur de la connaissance géographique de l’antiquité. Son travail est si important pour les voyageurs que son texte a survécu au Moyen Âge. Il est si précis que ses cartes peuvent être reconstituées même si toutes ont été perdues. Le premier savant à rétablir les cartes de Ptolémée en Occident est l’érudit byzantin Planude, vers 1300. C’est à Constantinople que Maxime Planude découvrit le texte seul. Il fait réaliser les cartes à partir des indications fournies par Ptolémée lui-même et offre alors une copie du manuscrit à l’empereur Andronic II Paléologue. L’œuvre reste inaccessible en Occident jusqu’au moment où Manuel Chrysoloras reçoit la chaire d’enseignement du grec à Florence en 1397. Vespasiano da Bisticci raconte ainsi que Palla Stozzi fit venir pour le professeur, qui manquait de livres pour enseigner, des manuscrits de Plutarque, de Platon, et une Cosmographia di Ptolomeo con la pictura. Chrysoloras commence à en réaliser une traduction en latin, achevée après sa mort par son élève Jacopo d’Angelo de Scarperia qui en fait hommage au pape Alexandre V en 1409 ((Naples, 1409 ; manuscrit sur parchemin 26,4 x 28,8 cm). À cause de son contenu théorique, proposant une définition de la mesure de la terre à l’équateur et un système de projection cartographique, son traducteur Jacopo d’Angelo préfère lui donner le titre de Cosmographie, en référence au vocabulaire employé jusque-là en Occident pour désigner les descriptions du monde et des astres. La transmission de ce savoir passe en premier lieu par un transfert linguistique et une interprétation du vocabulaire, dont Jacopo d’Angelo, traducteur imparfait, s’excuse d’avance dans la dédicace au pape Alexandre V. Cette traduction est reçue comme une révélation ; elle se répand dans toute l’Europe et on en connaît aujourd’hui une quarantaine de manuscrits différents. Dès le milieu du XVe siècle, toute bibliothèque princière se doit d’avoir son Ptolémée : René d’Anjou, le mécène italien, Borso d’Este, les rois aragonais de Naples, ou encore Mathias Corvin, roi de Hongrie, possèdent tous leur exemplaire richement enluminé dans les ateliers de Florence, de Venise ou d’ailleurs. La plupart des manuscrits de cette époque renferment une série de vingt-sept cartes : vingt-six cartes régionales en projection orthogonale et une carte du monde, généralement en projection conique. À cette cartographie de base s’ajoutent bientôt des cartes “modernes” et des plans de ville.

La Géographie de Ptolémée se compose en réalité de deux parties : un ensemble de principes généraux concernant la géographie et la confection des cartes, et un catalogue de positions de lieux parfois illustré de planches de cartes. Il semble que seule la première partie nous soit parvenue dans sa forme originelle. La nomenclature des villes ainsi que les dessins de cartes auraient été complétés à posteriori par des savants byzantins à l’aide de sources arabes. Les cartes qui ont été conservées ne sont au reste que des copies des XIIIe et XIVe siècles.

Les contemporains ne s’embarrassent pas de critique érudite. Ils adoptent Ptolémée comme une bible géographique. Pour la première fois, il est vrai, on leur présente une carte réaliste du monde. Pour la première fois aussi, on leur propose des méthodes permettant de combler les blancs de cette image forcément lacunaire. Sans devoir longer des côtes interminables, tels les patients auteurs de cartes marines, les humanistes de la Renaissance disposent désormais dans leur bibliothèque d’un corpus des grandes parties du monde qui ne demande qu’à recevoir des compléments.

L’imprimerie apparaît en Allemagne vers 1450, puis se répand rapidement en Europe grâce à des imprimeurs itinérants aussi mobiles que leurs (bons ou mauvais) caractères. On trouve une édition de la Géographie à Bologne dès 1477, une autre à Rome en 1478. La mappemonde de l’édition d’Ulm (1482), bien reconnaissable à son lavis bleu et jaune, précède les cartes régionales dont elle constitue en quelque sorte le tableau d’assemblage. Cette image du monde, que Christophe Colomb étudie attentivement, s’étend des îles Fortunées (les Canaries) à l’ouest jusqu’à la Sinarum regio (la Chine) à l’est. Elle est excessivement étirée en largeur, étirement qui encourage Colomb lors de l’élaboration de son projet à voguer vers l’ouest. Mais elle est déjà démodée en ce qui concerne l’Afrique que les Portugais pensent pouvoir contourner. Pour Ptolémée, le continent africain est solidaire de la terre australe qui emprisonne totalement l’océan Indien devenu une sorte de mer fermée, une Méditerranée aux proportions agrandies.

https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2003-1-page-201.htm

http://expositions.bnf.fr/marine/arret/02-4.htm

L’Aquitaine de trouve amenuisée sur la carte de Ptolémée : de la Loire au point méridional des Pyrénées, il lui reconnaît un peu plus de 420 km, alors que d’Orléans au pic Carlit (Pyrénées Orientales), elle en mesure plus de 580. Du littoral océanique au cours supérieur de la Loire, il compte au maximum 3°30 de longitude, c’est-à-dire 184 km, alors que de Roanne à Fouras nous en mesurons 400, davantage entre la pointe de Monts et Decize, 300 entre Biarritz et la Montagne Noire.

Extrait de « La carte de Gaule de Ptolémée », A. Berthelot, ‎1933 

Ptolemy’s Geography publiée par Waldseemüller en 1513,

Carte éditée par Laurent Fries en 1522. Auteurs : Claude Ptolémée (0100?-0170?) ; Martin Waldseemüller (147.-1520) Cartographe ; Laurent Fries (1485?-1532?) Éditeur scientifique ; Vogler, Thomas (14..-1532) ; Éditeur : Ioannes Grieninger civis Argentoraten[sis] opera et expensis propriis id opus insigne, [a]ereis notulis excepit. Iaudabili[que] fine perfecit XII die marcii anno M. D.XXII

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55006586n/f189.item.r=Europa%20tabula

Raphaël

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