1545 – Jean Alphonse de Saintonge – Carcason

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En 1545, le seigneur de Ruat, vassal du Captal de Buch, transforme le château du Teich en la demeure d’apparat que nous connaissons aujourd’hui.

Alors que le Portugal doit protéger ses conquêtes (le Brésil et les comptoirs des épices d’Extrême-Orient), de nombreux marins portugais, appelés « francez », se mettent au service du roi de France. Jean Fontenaud dit Joan Alfonso, cosmographe de François Ier, après son voyage comme pilote de Roberval en 1542, rédige en 1545 une cosmographie conservée à la Bibliothèque nationale. Nombreux sont ceux, comme Sainéan et Pawlowski, qui pensent qu’il s’agit d’un plagiat de la « Suma de Geographia[1] » de l’Espagnol Fernandez de Enciso, publiée à Séville en 1519, avec des ajouts de mots de portugais comme ananas, coco ou mangue, et quelques expressions du patois saintongeais.

Dans les « Navigations de Pantagruel » apparaît le pilote Jean Brayer qui n’est autre que Jacques Cartier, celui même qui a navigué vers le Canada en même temps que Jean-François de La Rocque de Roberval et son pilote Jean Fontenaud (dit Joan Alfonso ou Jean Alphonse de Saintonge) ; c’est le premier Européen à remonter vers le nord, dit-on jusqu’au détroit de Davis, véritable porte d’entrée du passage du Nord-Ouest. Mais les glaces lui font rebrousser chemin. Jean Alphonse de Saintonge est l’auteur d’une relation intitulée « Le routier », où il identifie les essences d’arbres rencontrés : chênes, bouleaux, frênes, érables, pins, pérusses (Pyrus pyraster ou poirier sauvage), cèdres, grands ormes, noisilles (noisetiers), coudriers, vignes sauvages, prunes rouges. Il y a également du bon froment, des pois sauvages, ainsi que des groseilles et des fraises. Quant à la faune ailée, elle est très variée : outardes, oies sauvages, grues, tourtes, geais, corbeaux et plusieurs autres sortes d’oiseaux[2]. Il est des similitudes entre les termes de marine et les souvenirs invoqués par Rabelais, et ceux employés par Alfonse, ainsi que certains souvenirs légendaires. Rabelais, qui a été moine à Fontenay-le-Comte, et a eu de fréquentes relations avec la Saintonge, a pu connaître Alfonse en personne. Mon nom est donc Jean Fonteneau (ou Joâô Afonso), capitaine pilote. Des incertitudes planent sur la date de ma naissance, probablement vers 1480. On m’a soupçonné d’avoir, suivant l’habitude du sobriquet, pris le nom de ma femme Valentine Alfonse, laquelle est portugaise, sobriquet qui finit par remplacer mon patronyme en ajoutant « de Saintonge » car je serais né au hameau de Saintonge sur les rives de la Charente sur la commune même de St-Même-les-Carrières près de Jarnac. Rien n’est moins sûr : ne dit-on pas aussi que je serais natif de Cabo de San Vicente en Algarve? Il est attesté que j’ai vécu à La Rochelle, rue Saint-Jean-du-Pérot. Je suis l’auteur de divers documents nautiques et de récits de voyages, dont « Les Voyages aventureux » et surtout, donc, mon œuvre maîtresse, « La Cosmographie[3] », en 1544, dédiée à mon roi François Ier« Je l’ay faict pour le service de Dieu, de Vostre Majesté et accroissement de la saincte foy catholicte et vostre état royal à qui Dieu doint longue vye et règne, avec augmentation de plus grands royaulmes et seigneuries à son service ».

Je suis pilote hauturier, c’est-à-dire celui qui sait mesurer la « hauteur » des astres. Mettant ma science au service de la cartographie, j’ai dessiné, dans ma Cosmographie, une carte de la Gironde, laquelle semble être la première du genre.

Maison Candalle sur la carte d’Alfonse de Saintonge, 1545, de l’embouchure de la Gironde jusqu’à Bordeaux,
telle qu’elle est conservée à la Bibliothèque Nationale.

Je l’ai assortie de la légende suivante : « On suyt la vray route pour aller en la très dangereuse rivyère de Gironde jusqu’en la noble et puyseante ville de Bourdeaulx en Guyenne », souhaitant par ces mots alerter les capitaines des nefs et des caravelles étrangères afin qu’ils comprennent la nécessité d’avoir recours aux services de pilotes saintongeais aptes à les guider, en déjouant les pièges de l’embouchure et les caprices de la rivière. N’ayant jamais perdu un seul navire, il semble pourtant que je sois disparu en mer, de mort violente, en 1545, de la main des Espagnols, ennemis de mon pays, agissant sur l’ordre de Maximilien, le neveu de Charles-Quint. 

Ci-dessus, la carte d’Alfonse de Saintonge, 1545, telle qu’elle est conservée à la Bibliothèque Nationale. Vous pouvez lire Carcason, mais aussi, dans la partie amont de la Gironde (carte précédente), la maison de Candalle (famille à laquelle sont rattachés les captaux de Buch) qui semble être le château de Lamarque (et non point Beychevelle ; les Candale ont été propriétaires du château de Lamarque en 1446. Pour ce qui est du titre de Captal, que portent les seigneurs de Puychagut, voici ce qu’en dit M. de Courcelles : « Le titre de Captal est très rare. On dit qu’il y en avait trois en France ; cependant, nous n’en connaissons que deux : celui de Buch, qui appartenait à la maison de Candalle et celui de Puychagut ». Mais, au lieu des deux indiqués par M. de Courcelles, il faut en compter quatre : celui de Buch, celui de Certes, celui de la Tresne et celui de Puychagut).

http://estuairegironde.net/ceg/cafe-estuarien/LE51-12.pdf

https://archive.org/stream/RevueDeLAgenais5/Revue_de_l_Agenais_5_djvu.txt

[1] – Accessible par le lien http://fama2.us.es/bgu/america/006_enciso.pdf

[2]https://gw.geneanet.org/mainepoitou?lang=en&pz=a&nz=germe&ocz=2&p=jean+francois&n=de+la+rocque+de+roberval

& http://shcr.qc.ca/chronique.php?no=9

[3] – La Cosmographie, œuvre maîtresse de Jean Alfonse, mais nombreux comme Sainéan et Pawlowski pense qu’il s’agit d’un plagiat de la « Suma de Geographia » (1519) de l’espagnol Fernandez de Encisco avec des mots de portugais comme ananas, coco ou mangue et quelques expressions du patois saintongeais. Le manuscrit date de novembre 1545, et notre auteur est accompagné du « cosemographe de Honfleur » Raulin Sécalart. 

Raphaël

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