1543 – Guillaume Brouscon – Arcasone

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« Brouscon » navet fort gros que les pauvres gens mangent tout crus“, mot qui serait composé, selon le dictionnaire de la langue bretonne de Louis Le Pelletier, de Broust, brouter, et de coum, chien. Il précise qu’en basse Cornouaille on désignait ainsi, à l’époque, une sorte de navets sauvages.

Guillaume Brouscon, cartographe au Conquet (voisin de la pointe Saint-Matthieu près de Brest), n’est pas aussi connu que Mercator, le célèbre mathématicien et géographe flamand dont il est le contemporain, mais il a tout de même laissé quelques traces dans l’histoire de la navigation et des cartes marines.

 Admirez par exemple sa carte du monde publiée en 1543, aujourd’hui conservée à la Huntington library Sans Marino[1]. On doit au docteur Dujardin d’avoir identifié l’auteur par rapprochement avec une autre carte conservée à la Bibl. Nat. ms. 25374 qui elle est clairement signée. En bas à droite un cartouche ajouté aux armes de l’Amiral de France que Brouscon a probablement tenté de vendre ? Au niveau de Java on lit “Terre australe” on remarque la déformation du continent sud-américain et l’inclinaison considérable de la côte du Canada qui sont la conséquence du champ magnétique dans ces régions et que l’on retrouve sur la carte de F. d’Oliveira. Le docteur Dujardin avait justement noté la présence, chez Brouscon, de cette « Grande Java ». On sait depuis les travaux de M. R. Hervé, alors Conservateur du département des cartes et plans de la BN, que trois navires espagnols se sont perdus sur les côtes de l’Australie et que des survivants ont rallié Java, alors aux mains des Portugais, où leurs traces se perdent. Cet accident, demeuré confidentiel, serait à l’origine de cette évocation du continent Australien. On ignore actuellement comment elle nous est parvenue. Les équipages espagnols n’ont semble-t-il jamais été restitués par le Portugal à la différence de quelques-uns des survivants naufragés ou capturés de l’expédition de Magellan, deux décennies plus tôt.

Par ailleurs, Brouscon donne, le premier, la forme correcte, de l’île de Terre-Neuve, ce qu’il n’aurait pu, sans les explorations de Jacques Cartier. Sa mappemonde est associée à un manuel résumant les méthodes de navigations en usage tant chez les Espagnols que les Portugais. La présentation est luxueuse agrémentée d’arabesques et de motifs divers, tout à fait dans le style apprécié en ce temps-là à Fontainebleau.

Guillaume Brouscon publie en 1548 un “Manuel de pilotage à l’usage des pilotes bretons” ;

sur ses cartes figure le toponyme Arcasone

L’usage, par les riverains de la Méditerranée, de compas magnétiques depuis le XIIIe siècle et de cartes nautiques à “marteloires” ne semble pas avoir été pratiqué par les flottes atlantiques avant le XVe siècle ; sans utilité nautique, s’il n’est amateloté à l’aiguille aimantée, le « marteloire » apparaît, tout armé, sur la carte Pisane (entre 1270 et 1290). Tout cela améliore la sureté des traversées. C’est pour répondre à cette situation que Brouscon dote les marins du Ponant (là où le soleil se couche) de méthodes inspirées de celles mises au point en Méditerranée (marins du Levant). Contemporain des cartographes de Dieppe, de Sébastien Cabot, de John Ross, de Verrazano et de Cartier, il a dû nécessairement, par des voies que nous ne savons expliquer, prendre connaissance des résultats des expéditions maritimes les plus récentes, puisque leurs résultats se lisent sur les cartes qu’il nous a laissées. Notamment, il a produit une série de petits almanachs nautiques d’environ 7 centimètres sur 10, pouvant tenir dans une poche de vareuse, la totalité des éléments qui permettent aux marins de naviguer entre Gibraltar et la Baltique. Nous trouvons ainsi, dans chacun de ces ouvrages, un calendrier perpétuel, selon le mode julien, ainsi que des cartes index et cadrans de marée permettant de déterminer les heures des pleines et basses mers dans tous les ports depuis l’Espagne jusqu’à Anvers et cela pour tous les jours à perpétuité.

Il s’y ajoute une carte de navigation de format 18 x 27 centimètres, soigneusement pliée pour tenir dans le livre, un diagramme permettant de connaître, avec une approximation satisfaisante pour les besoins courants, l’heure d’après la position des “gardes du nord”, c’est à dire les étoiles de la Petite Ourse, et de déterminer la correction qu’il y a lieu d’apporter à la hauteur mesurée de la Polaire, pour évaluer la latitude de l’observateur. Enfin, un abaque permet de savoir combien de lieues il faut parcourir aux principaux caps du compas pour s’élever ou s’abaisser d’un degré de latitude ; c’est ce que G. Brouscon appelle la “Scoudrille”, mot qui dérive de l’expression portugaise Punto de esquadilla. Tous ces renseignements sont fournis sous forme simple, au moyen d’images et de quelques rares légendes écrites et pour ce qui est des valeurs numériques, de signes dérivés des chiffres romains ; en ce temps où les équipages n’ont pas encore accès à la lecture, les actions devant être entreprises sont figurées en images et symboles, de manière à être comprises par tous.

On y voit un canevas de rhumbs qui porte le nom italien de marteloio, dont l’étymologie serait mar teloio (toile de fond marine), duquel dérive le français marteloire ; c’est le cadre de lignes sur lequel se dessine le portulan. Le marteloire n’est pas destiné à évaluer la position du navire mais à essayer de déterminer la nouvelle direction dans laquelle se trouve l’endroit où on veut aller, lorsque, par suite de changement de vent, on doit prendre une route qui dévie de la route directe. On s’en sert avec deux compas, un dans chaque main : le premier celui de la main droite, pour l’ouvrir, sur l’échelle qui figure sur la carte – qu’on prend comme référence – selon la distance qu’on croit avoir parcouru. Ensuite posant une pointe du compas, ouvert de cette “distance”, sur la carte, au point de départ ; on pose l’autre pointe du compas dans la direction suivie.

 

Le point de départ n’étant presque jamais sur une ligne de rhumb correspondant au cap suivi, le second compas sert à vérifier, de l’autre main que le point où le pilote pose la seconde pointe est à égale distance de cette ligne de rhumb que l’est le point de départ de cette même ligne (il n’existe pas encore de règles parallèles du moins on en n’a jamais trouvé d’attestation) ; cela achevé, le pilote regarde laquelle est la ligne de rhumb la plus proche menant au plus près de sa destination. Le second compas sert à vérifier le parallélisme de la route qu’il va ordonner. Ce système ne fournit des routes, suivies et ultérieures qu’à 11°1/4 puisqu’il y a 32 points sur le marteloire. De fait les incertitudes de la tenue de route avec des compas primitifs se satisfont très bien de cette situation. Par la suite les compas seront gradués de manière plus précise jusqu’à offrir les 360° que nous connaissons.

À la différence de ses « collègues » de l’école de Dieppe, Brouscon se montre discret.

Ses almanachs ne sont identifiés que par l’alignement de lettres isolées et sans ordre, aux centres des roses servant à la lecture des marées. C’est l’assemblage qui permet de reconstituer « G BROUSCON au CONQUET ».

http://hubert.michea.pagesperso-orange.fr/Pages/cartographesduconquet.htm

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9b/Guillaume_Brouscon._World_chart%2C_which_includes_America_and_a_large_Terra_Java_%28Australia%29._HM_46._PORTOLAN_ATLAS_and_NAUTICAL_ALMANAC._France%2C_1543.jpg

Vous pouvez compléter par la lecture de

http://hubert-michea.e-monsite.com/pages/histoire-maritime/guillaume-brouscon-cartographe-conquetois.html

https://www.univ-brest.fr/digitalAssets/31/31387_journ–e-Carto.pdf

[1] – La date 1543 apparaît dans un petit cartouche ménagé à deux reprises dans la bordure. La Bibliothèque Huntington est un centre d’enseignement et de recherche créé par Henry E. Huntington (1850-1927) et Arabella Huntington (1851-1924) à San Marino, en Californie.

Raphaël

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