1506 Caverio – Arcaxam

Imprimer cet article Imprimer cet article

Au début du XVIe siècle, les Portugais, conscients de l’intérêt que suscite leurs découvertes, décident de garder secrètes leurs cartes marines sur lesquelles est représentée leur connaissance du monde, afin de s’assurer le monopole sur le commerce des épices. Alberto Cantino, espion italien au service du duc de Ferrare, arrive pourtant à copier une des cartes secrètes, revenant ainsi en Italie avec des informations sur les dernières découvertes des Portugais. La carte de Cantino – le padrón real daté de 1501 – influence Nicolò de Caverio, un autre italien, lorsqu’il dessine à Gênes son planisphère daté de 1506, puisqu’il ne fait état d’aucune découverte postérieure à cette date, constitué de dix feuilles de parchemin assemblées.

Planisphère nautique de Nicolò de Caverio, [Gênes], vers 1505.

Caverio complète son planisphère des découvertes réalisées jusqu’en 1505 et son œuvre sert sans doute à son tour de source à la célèbre mappemonde de Martin Waldseemüller de 1507.

Comme Alberto Cantino, il désigne Arcaxam

Trois échelles des longueurs sont présentes dans la partie supérieure de la carte. Sur le bord gauche, l’échelle des latitudes est graduée de 55° sud à 70° nord. Fondé sur un système de rhumbs de 90 cm de diamètre centré en Afrique, avec seize centres secondaires, son réseau de lignes est complété par un autre système, concentrique, de 180 cm de diamètre, dont n’apparaissent de chaque côté que trois centres. Les deux centres de rhumbs du système complémentaire situés à l’extrême droite et à l’extrême gauche comportent à la place d’une rose des vents, à l’est, un soleil, et à l’ouest, un croissant de lune. Les côtes sont cernées de vert, tandis que les îles sont représentées en aplats souvent dorés, parfois rouges ou bleus. La mer Rouge est striée de rouge. Le cours de quelques fleuves est représenté en bleu de façon schématique. En Afrique, une petite mappemonde circulaire entourée des sept cieux, rappelant celle de la carte attribuée à Christophe Colomb, et dont le tracé des côtes est plus archaïque que celui du planisphère, marque le centre du système de rhumbs. La carte inclut 18 roses des vents, à seize branches, portant une croix pour indiquer l’Orient. Au cœur de ce réseau est figurée une mappemonde entourée des sphères célestes, et une échelle de latitudes apparaît dans sa bordure gauche. Sous des dehors assez frustes, l’œuvre de Caverio offre une décoration soignée : vignettes de villes, tentes, dont celle du « Magnus Tartarus », 53 pavillons (dont 21 portugais, 20 arborant le croissant de lune de l’Empire ottoman et huit espagnols.), oiseaux et animaux sauvages, personnages, forêts et ébauches de paysages… . Les échelles sont indiquées dans des cartouches rectangulaires à motifs géométriques. L’encadrement, dont la décoration formée d’un ruban s’enroulant sur une baguette, ne figure que sur trois côtés (à gauche, elle est remplacée par l’échelle des latitudes). Le littoral africain y est représenté avec une remarquable précision, une riche toponymie indiquant les escales de la route des Indes. Sur les côtes de l’Afrique australe, découvertes entre 1484 et 1499, figurent dix colonnes de pierre, appelées padrãos[1], frappées aux armes du Portugal et plantées chaque fois qu’un navigateur aborde une terre nouvelle, du cap Lopez jusqu’à Malindi. Deux comptoirs portugais – Arguin, fondé en 1445 face au Sénégal, et Elmina, fondé en 1471 sur la côte ghanéenne – se distinguent nettement grâce à la représentation symbolique de leur forteresse. À l’intérieur du continent, le vide géographique est comblé par trois grandes bêtes sauvages, un lion, une girafe et un éléphant tiré par un Maure, et par un imposant massif dénommé Montes Lune, que Ptolémée et d’autres géographes plaçaient traditionnellement aux sources du Nil. Cette représentation des contours de l’Afrique, sur laquelle l’auteur a transcrit les toponymes en portugais, a durablement influencé la cartographie de la Renaissance. On note aussi la présence de Madagascar, découverte en 1500 par un compagnon de Cabral, ici située trop au sud du continent. La signature est visible sur une banderole en bas dans le coin gauche. Les noms des mers et des pays en latin sont inscrits en lettres capitales, également sur des banderoles. La nomenclature est essentiellement en portugais, mais de nombreuses légendes sont en espagnol, dont deux sur des banderoles.

http://histoiredesarts.culture.fr/notices/8851/

http://expositions.bnf.fr/marine/grand/por_062_02.htm

https://www.wdl.org/fr/item/18563/

https://www.wdl.org/fr/item/18563/#additional_subjects=Mappae+mundi

Lire absolument :

http://classes.bnf.fr/pdf/caverio.pdf

Voir :

http://expositions.bnf.fr/marine/pedago/caverio.pdf

[1] – Symboles des conquêtes portugaises qui servent également d’amers aux pilotes, c’est à l’embouchure du fleuve Kongo, qu’il a reconnu en 1483, que Diogo Cão place le premier « padrão ».

Raphaël

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.