1507 – 1516 – Martin Wadseemüller – Arcax / Gasconia

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Le pilote Juan de la Cosa, qui a accompagné Colomb lors de ses deux premiers voyages puis est retourné sur les lieux dans d’autres circonstances, place sa carte de 1500 (conservée au Musée naval de Madrid) sous l’invocation de saint Christophe dont l’effigie, allusion non voilée au navigateur, recouvre la partie centrale du nouveau continent ; si la postérité l’avait suivi, l’Amérique se serait peut-être appelée « Christophine » mais, par un curieux concours de circonstances, elle va recevoir un autre nom… En effet, le « Gymnase Vosgien » (Gymnasium Vosagense) de Saint-Dié, groupe d’érudits animé par le chanoine Vautrin Lud, se voit confier par le duc René II de Lorraine le récit des expéditions du navigateur florentin Amerigo Vespucci et des documents cartographiques portugais. La carte du monde, portant la marque de l’imprimerie de Saint-Dié-des-Vosges, autorisée par le prévôt et par le Saint-Siège dont dépend le monastère, intitulée « Universalis cosmographia secundum Phtolomaei traditionem et Americi Vespucii aliorumque lustrationes » est établie en 1507 par le Gymnase Vosgien sous la direction de Martin Waldseemüller (né en 1470 à Wolfenweiler, Margraviat de Hachberg-Sausenberg, et mort le 16 mars 1520 à Saint-Dié-des-Vosges). C’est la première carte sur laquelle apparaît le mot « America » : féministe avant l’heure « je ne vois rien qui, raisonnablement, nous empêcherait de l’appeler terre d’Améric du nom de son génial découvreur, ou simplement América, puisqu’aussi bien l’Europe et l’Asie ont reçu des noms de femmes ». Florentin installé à Séville, Amerigo Vespucci a participé à quatre voyages entre 1497 et 1504. Il semble avoir été le premier à déclarer avec certitude que les terres nouvelles découvertes à l’Ouest ne sont pas les Indes, mais un Nouveau Monde ; il a surtout eu la chance que ses écrits soient parvenus plus rapidement que d’autres en Lorraine et aient paru suffisamment convaincants, car la preuve formelle de la réalité du nouveau continent est due à Balboa qui aperçoit le Pacifique depuis l’isthme de Panama en 1513, date à laquelle Martin Waldseemüller exprime le regret de son choix, lors de la réalisation d’une nouvelle carte. Mais le mal était fait !

« Universalis cosmographia » de 1507 est de grand format (1 290 x 2 320 mm), non coloriée. Elle est imprimée selon la technique de la gravure sur bois sur douze planches séparées de 430 x 590 mm chacune.

Dans le genre “Où est Charlie ?”, Gasconia est là où on ne l’attend pas !

L’ensemble représente la forme de la terre grâce à une modification de la projection conique de Ptolémée où les méridiens sont incurvés. Le planisphère est cordiforme (en « forme de cœur » ou en « forme de manteau[1] » selon le canevas de Bonne, technique qu’adoptera l’État-major pour reproduire ses cartes au XIXe siècle) ; ce nouveau type de représentation marque profondément la cartographie. Le planisphère est surmonté par deux médaillons : celui de gauche représente Ptolémée, celui de droite Amerigo Vespucci. Selon la tradition de l’époque, l’Europe, l’Afrique et l’Asie sont placées au centre. Mais la nouveauté se situe sur le côté gauche du document : les deux parties du nouveau continent sont séparées par un détroit, entourées d’eau et de toute évidence non rattachées à l’Asie comme le croyait Christophe Colomb. Le mot « America » est placé assez bas, plutôt vers le sud de l’Amérique latine actuelle.

« Universalis cosmographia » de 1507 est accompagnée d’un livret contenant un traité de géographie, « Cosmographiae introductio cum quibusdam geometriae ac astronomiae principiis ad eam rem necessariis »[2].

Sur l’imposante carte du monde, imprimée sur douze feuilles et riche en détails, conçue à Saint-Dié en 1516, dont le seul exemplaire survivant se trouve dans la collection Jay I. Kislak de la Bibliothèque du Congrès[3] (G1015.S43 1517 Vault.), le Nouveau Monde est rayé de la carte par Waldseemüller lui-même, convaincu par les détracteurs de Vespucci que les formidables récits du navigateur ne sont qu’affabulations !

Dans le long bloc de texte dans le coin inférieur gauche de la carte, il répertorie de nombreuses sources qu’il a utilisées pour créer cette carte, elles-mêmes sources de nombreuses légendes. Il considère clairement l’élément textuel de sa carte comme primordial, et pourtant, plus de cent ans après la redécouverte de cette carte, peu de légendes ont été transcrites et traduites, elles n’ont jamais été étudiées ensemble et leurs corrélations avec les sources que Waldseemüller répertorie sur la carte n’ont pas été explorées. Depuis ces jours-ci, l’étude et la transcription des longues légendes est maintenant en accès libre : en transcrivant, en traduisant en anglais et en détaillant les sources de tous les textes descriptifs sur la carte, ainsi en tant que source de nombreuses images, le livre[4] de Chet Van Duzer met la carte à la disposition des chercheurs d’une manière totalement inédite ; ainsi, un aspect essentiel de cette carte et les efforts de Waldseemüller pour transmettre ces informations aux lecteurs, sont enfin révélés. En outre, le livre fournit des informations révélatrices sur la façon dont Waldseemüller a élaboré la carte – des informations qui ne peuvent être trouvées dans aucune autre source. La marina de Carta est le résultat de la réévaluation radicale de Waldseemüller de ce que devait être une carte du monde ; il est essentiellement parti de zéro quand il l’a créé, rejetant le modèle ptolémaïque et d’autres sources qu’il avait utilisées pour créer sa carte de 1507, et a ajouté des textes plus descriptifs et une multitude d’illustrations.

1516 Section de la Carta Marina de Waldseemüller. Il s’agit de la deuxième section de la rangée supérieure de la carte du monde Carta Marina 1516, produite par le cartographe allemand Martin Waldseemüller (vers 1470-1520).

Cette section montre l’Europe, la côte de l’Afrique du Nord, la Méditerranée, le Groenland et l’Atlantique nord-est. Cette carte s’est développée sur les travaux antérieurs de Martin Waldseemüller de 1507. Il existe de nombreuses illustrations de créatures mythologiques et de récits de voyage.

Il désigne “arcax”

Les blocs de texte (en latin) décrivent différentes régions et la bordure comprend des représentations des évents. Les lignes de la grille rouge ont été portées par le propriétaire de la carte, Johannes Schoner. Pour les 12 sections de cette carte, voir les images C032 / 2804 à C032 / 2815. Pour la carte dans son ensemble, voir l’image C032 / 2803. Bibliothèque du Congrès

https://www.loc.gov/resource/g3200m.gct00046/?st=gallery

https://fineartamerica.com/featured/3-section-of-waldseemullers-carta-marina-library-of-congress-geography-and-map-divisionscience-photo-library.html

http://chr.amet.chez-alice.fr/marraine.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Planisph%C3%A8re_de_Waldseem%C3%BCller

http://expositions.bnf.fr/marine/arret/02-7.htm

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8459148d/f1.item.r=Waldseem%C3%BCller

https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-22703-6_1

https://marcopugacioff.blogspot.com/2017/04/teofanie-cosmografiche-ovvero-lorigine.html

https://www.abebooks.com/CARTA-MARINA-1516-NAVIGATORIA-PORTUG-ALLEN/19375525722/bd#&gid=1&pid=1

https://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20130327.OBS2928/la-carte-de-waldseemuller-l-acte-de-naissance-de-l-amerique.html

Voir :

https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-22703-6_1

[1] – Le profil du manteau appliqué à la projection du planisphère en question suppose la dimension symbolique du sacré, ce qui est démontré par la correspondance existant entre le contour du manteau de la Vierge de Miséricorde peinte par Domenico Ghirlandaio pour la famille Vespucci, et le profil de la carte de Waldseemüller

[2] – Un exemplaire de l’ouvrage est exposé dans la salle du Trésor de la Médiathèque Victor-Hugo de Saint-Dié-des-Vosges.

[3] – 101 Independence Av. SE, Washington.

[4] – La « Carta marina » de Martin Waldseemüller de 1516, Étude et transcription des longues légendes, Chet Van Duzer, 2020.

Raphaël

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