1468 – La Baillette concernant la Forêt usagère

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À La Teste-de-Buch coexistent aujourd’hui trois forêts, l’une très ancienne et usagère et les deux autres, plus récentes, domaniale ou privée (suite à la vente de la forêt domaniale par Napoléon III ou l’échange État/Meller en 1915) relevants du droit commun.

Depuis fort longtemps et au moins depuis 1468 (date de la baillette la plus ancienne parvenue dans son intégralité jusqu’à nous) les habitants des paroisses de Gujan et de La Teste bénéficient d’un certain nombre de droits d’usages sur la forêt constituée principalement de la Grande Montagne pour environs 3 850 hectares (la Petite Montagne ou forêt d’Arcachon pour 300 hectares s’étant soustraite des droits d’usage comme nous le verront).

Toute la nouvelle forêt fruit de l’œuvre de plantation de Brémontier et de ses successeurs n’est en aucune façon concernée par ces droits d’usage.

Il y a deux types de droits d’usage, les petits et les grands.

Les petits regroupent entre autres les droits de pacage et de glandage et paraissent être tombés en désuétude.

Les grands sont essentiellement constitués du droit au bois de chauffage et du droit au bois d’œuvre pour construire sa maison ou son bateau.

Le bois de chauffage prélevé par les usagers doit être mort quand il s’agit de pin et peut être vif quand il s’agit de chêne. (Encore que cette dernière assertion soit toujours discutée.) Le bois d’œuvre est bien sûr toujours vif quelque soit son essence.

Jean de Foix Candale[1], captal français et les droits d’usage dans le Captalat

Grièvement blessé à la bataille de Castillon en 1453, Jean de Foix Grailly reste prisonnier du roi de France pendant sept ans au château de Taillebourg, jusqu’à ce que sa rançon eût été payée ; les Grailly paient leur fidélité aux Anglais : Charles VII confisque leurs biens. En 1460, Jean de Foix Grailly s’exile en Angleterre, au moment même où Louis XI monte sur le trône. Son mariage avec Marguerite de Suffolk, comtesse de Kendal et qui descend du roi Edouard III, ne l’enrichit pas car sa femme, de son côté, perdit ses biens dans les révolutions ; Jean de Foix doit se faire marchand de laine pour pouvoir vivre.

À Castelnau de Médoc, où Jean de Foix et Marguerite de Suffolk sont inhumés, se trouve une excellente verrière  qui représente le crucifiement ; au bas, les trois écussons de Candale, de Grailly et de Castelnau.

Louis XI, nouveau monarque de France est passionnément attaché à l’unité du royaume. Il comprend très vite que, pour redonner sa prospérité perdue à l’Aquitaine, il faut lui rendre les privilèges accordés jadis par les rois Plantagenet, et la liberté du commerce des vins avec l’Angleterre ; il cherche à rétablir les anciens seigneurs du pays dans leurs droits, afin qu’ils puissent rentrer d’exil et faciliter l’assimilation de leurs vassaux à la France.

En 1462, Louis XI séjourne plus d’un mois à Bordeaux, à l’occasion du mariage de sa sœur Madeleine de France avec le fils aîné du comte de Foix (mariage célébré le 7 mars 1461 à Saint-Macaire ; Gaston de Foix meurt dans une joute équestre disputée le 23 novembre 1470 à Libourne). À cette occasion, Louis XI pardonne aux Foix Grailly leur fidélité au roi d’Angleterre, et rend, en 1462, « à son très cher et aimé cousin Jean de Foix, comte de Candale » tous les biens qu’avait confisqués son père Charles VII après la bataille de Castillon (1453) en raison de leur attachement à la couronne d’Angleterre, et parmi eux le captalat de Buch, le comté de Benauges (parfois orthographié Benauge), la vicomté de Castillon, Castelnau-de-Médoc, Lamarque, Puy-Paulin, Langon, Podensac, Gensac et autres lieux…

Sous le régime féodal, lorsqu’un seigneur succède à un autre, le nouveau « remet en sa main » ce que ses prédécesseurs ont concédé. Après une absence de dix ans, pour réaffirmer ses droits, le captal restauré fait interdiction aux habitants des trois paroisses du captalat d’entrer dans sa « Montagne », d’y faire « hobre de gemma et de rousina » et de prendre « fusta[2].

Les habitants font état des droits qu’ils possédaient de tout temps et notamment de son père dernièrement allé de vie à trépas ; il s’en suit des pourparlers, car, comme dirait Martinez, il y a du grain à moudre, que les distances et les difficultés de communications rendirent longs, le captal ne résidant pas à La Teste. Le Pays de Buch sorti amoindri de la guerre de Cent ans, pour attirer de la main d’œuvre, le Captal accorde ces fameux droits d’usage dans la forêt testerine : le 10 octobre 1468, Jean de Foix étant venu faire un séjour dans sa forteresse de La Teste, il reçoit les représentants de Gujan (Guilhem de Castanlh dit de Notes, Meujon de Forthon dit de Ferron, Pey-Richard Gaillot, Dubernet, Helies de Maynon, Lombart de Mesple) avec ceux de La Teste qui lui disent :

– qu’il ne peut y avoir de personnes plus pauvres et plus maigres qu’eux ;

– qu’ils ne peuvent trouver vie et aliments ;

– qu’ils sont lourdement grevés de charges envers lui ;

– que si l’usage de la « Montagne », d’où ils tirent la plus grande partie de leurs ressources et qui assure leur existence leur est retiré, ils n’ont plus qu’à quitter le captalat pour aller vivre ailleurs.

Ils lui disent, en outre, que les captaux, ses prédécesseurs, leur ont toujours accordé liberté et franchise dans la « Montagne », qu’en particulier Monseigneur son père, dernièrement allé de vie à trépas, leur a donné le droit de faire gemme et résine, de prendre le bois mort et le bois à équarrir, moyennant une redevance de vingt ardits par kas de gemme et résine, et qu’ils ont toujours cette charte. Ils montrent alors leur parchemin au seigneur, en l’assurant qu’ils sont toujours ses hommes et sujets (des lèche-bottes), prêts à tous ses commandements et mandements. Jean de Foix trouve la requête « juste et pleine de raison » et leur donne satisfaction. Sur leurs protestations et au vu de conventions antérieures, pour les aider à vivre, le Seigneur accorde aux habitants de ses trois paroisses qui forment le Captalat, le droit de bois mort autant qu’eux et chacun des leurs en auront besoin, de construction qu’ils seront tenus de demander, de faire résine à condition qu’ils paient 20 liards, de la monnaie de Bordeaux, pour chaque millier de résine qu’ils font serment de déclarer annuellement. Ainsi que le droit de pacage et celui de résiner les pins ; les gens de Cazaux, La Teste et Gujan obtiennent la faculté de faire gemme et térébenthine dans toute la forêt : ceci est valable pour le bois de la Villa Seuba et autres montagnes de La Teste et de Cazeau, dans d’autres lieux sauf et excepté les bois et “desses” de Bernet que se réserve Jean de Grailly. De plus d’autres usages sont conservés … La rente de vingt ardits, fixée sous son père, ne subit pas l’inflation, mais Jean de Foix tient à préciser qu’il n’agit pas sous la pression de ses sujets, mais que c’est de sa part acte de « bona, pura, agradath et délibéra voluntat ».

Cette « baillette », enregistrée le jour même devant témoins par Raymond Ayquard, dit le Grand, clerc du diocèse de Bordeaux, est le document de base qui établit les droits des habitants des communes de Gujan-Mestras et La Teste-de-Buch sur la forêt usagère.

Par de précieux avantages, rendus officiels et garantis dans cet acte solennel, il s’agit de repeupler le Captalat de Buch, en y attirant de nouveaux habitants.

Ces droits, qui existent toujours quoique de plus en plus difficiles à satisfaire et ne cessant de donner lieu à des interprétations diverses, constituent une dérogation caractérisée au droit commun : tout captalien, qui n’en possède aucune, peut jouir de la forêt presque comme si elle était sienne. Il lui est loisible de s’y faire délivrer le bois nécessaire à son chauffage ainsi qu’à ses constructions, et il lui appartient également le ramassage du bois mort, incendié ou sinistré, devenu incapable de donner résine, tout cela, sans préjudice de ses droits de glandage, d’herbage et de pacage.

La « Forêt Usagère » s’étend sur les massifs baptisés « La Grande Montagne de La Teste », « La Montagnette » et « La Petite Montagne d’Arcachon ». Des syndics élus veillent à la bonne exécution de ces mesures.

On conçoit qu’assez facilement réalisables quand La Teste ne comprend au XVe siècle que « quarante oustaous tant bonnes que mauvoises », les baillettes menacèrent bien « la forêt d’un rapide déboisement lorsque se présentèrent une quantité d’artisans et de particuliers venus pour jouir de ces avantages ». Il fallut prescrire qu’ils ne pourraient en profiter qu’après un « habitanat » de trois ans. Malgré cela, l’exercice de ces droits, et les nombreux abus auxquels ils donnèrent lieu, obligèrent à décider qu’ils ne seraient acquis qu’aux personnes ayant leur domicile dans le captalat depuis cinq ans. En dépit de cette prolongation de l’habitanat le maintien de ce statut d’un autre âge continue à susciter de gros embarras, à provoquer de nombreuses discussions…

Au XIXe siècle, il a causé, outre les procès qui continuent à en résulter, de véritables émeutes de la part des usagers s’acharnant à se considérer, par une avantageuse interprétation de la baillette de 1468 et de celles qui suivirent, comme propriétaires de la forêt. Les baillettes sont des concessions unilatérales émanant de la toute-puissance du seigneur à une époque encore assez rapprochée du Moyen-âge pour que la volonté populaire ne comptât pas. Bientôt elles vont être remplacées par des contrats synallagmatiques (pour ceux qui ne comprendraient pas, c’est pourtant simple puisque découle du grec ancien συνάλλαγμα) par lesquels ces seigneurs traitent d’égal à égal avec leurs sujets. La première transaction de ce genre fut passée entre eux et l’un des plus notoires de nos captaux, le duc d’Epernon, époux de Marguerite de Foix-Candale. Les droits respectifs des parties furent, dès lors, âprement discutés, voire disputés, pas toujours à l’avantage du seigneur. Nous avons vu là une preuve que cette espèce de servage appelé questalité qui sévissait en Guyenne et notamment dans les autres seigneuries de Foix-Candale, qui étaient nombreuses, n’existait pas ou plus dans le Captalat de Buch au XVe siècle (c’est depuis, qu’on ne trouve plus de serfs dans nos forêts !)

La baillette du 20 octobre 1500 passée au château de La Teste de Buch, suite à une requête des habitants de La Teste auprès de Gaston de Foix, captal de Buch, casse et révoque les droits, de 40 francs bordelais, perçus sous forme de rente annuelle par le régisseur du captal sur le droit de glandage et d’herbage et aussi un droit sur les bois coupés “Feussatage” qui vont à l’encontre de la baillette de 1468. D’autre part, les habitants s’élèvent, auprès du captal, contre l’imposition, instituée par son père, de tabernage par laquelle ils paient 48 ardits par pipe de vin récoltée. Le droit de tabernage est remis au même état, forme et manière de payer comme au temps de Monseigneur le grand-père du captal.

Les manants et habitants de La Teste de Buch disent qu’ils supportent de lourdes charges, qu’ils ne sont environ que quarante maisons, tant bonnes que mauvaises, qu’ils paient 210 livres pour les prés et autres petites choses, qu’en outre quand mon dit Seigneur était ici, ils étaient jour et nuit à son service tant pour les chasses que pour le logis, ainsi que pour ses gens et serviteurs.

Un bon filon, cette résine, puisque ses sous-produits, obtenus par distillation, donnent divers produits dont des goudrons fort utiles pour rendre étanches les coques des bateaux en bois. Si bien qu’on vient chercher cette poix de très loin. Si bien aussi que, dès
1500, les plus riches des usagers monnaient auprès du captal, qui ne demande pas mieux, le versement d’une taxe, dite de gemmayre qui leur accorde le droit exclusif de résiner les pins. Certains usagers deviennent des « tenants-pins » et font tout pour s’imposer comme propriétaires de leurs parcelles. Aujourd’hui encore, des lieux ou des quartiers d’Arcachon portent la preuve de cette division : le nom de Peymaou apparaît en 1518, celui d’Eyrac en 1555 et celui de l’Aiguillon en 1557.

En 1535, Gaston III De Foix confirme la baillette de 1468 : suivant la coutume féodale, les sujets du seigneur doivent assurer la garde du château seigneurial. Pour ne pas perdre leur temps à monter la garde et pour se libérer de cette prestation, ceux-ci paient un droit, dit de guet, avec l’argent duquel le seigneur fait assurer la garde par des hommes d’armes à sa solde. Suite à une augmentation du droit, les habitants manifestent leur mauvaise humeur et Gaston III dit Le Boiteux réplique en leur interdisant l’entrée de la « Montagne ».

Le 3 novembre 1535, Gaston III se trouvant en son château de La Teste, les représentants des paroisses de Gujan et de La Teste, « se retirent devant le dit seigneur et lui remontrent leur pauvreté » disant que « sans l’entrée de la dite montagne ils ne peuvent vivre ». Puis ils lui remettent une supplique en sept points. Après l’avoir « vue et fait voir à son conseil », considérant la pauvreté de ses sujets, Gaston III se déclare d’accord et appose sa signature au bas de la supplique et déclare qu’il serait fait « instrument » aussitôt que son contenu aura été approuvé par les habitants de chaque paroisse réunis en assemblée capitulaire ; les deux assemblées capitulaires ont lieu le même jour (3 novembre) à Gujan et à La Teste, devant le même notaire qui consigne sur l’acte les noms de tous les présents et les fait suivre presque tous du « chaffre » ou sobriquet des porteurs. Ces sobriquets, gascons pour la plupart, nous montrent que dans ces deux petites paroisses du Captalat, si l’on est pauvre, on n’en est pas pour autant dépourvu d’esprit. Les Gujanais, moins nombreux que les Testerins, leurs « chaffres » n’en sont pas moins aussi pittoresques :

– Pey Deycard, dit « dou clerc » : fils du clerc, clerc de notaire, espérons-le, et non d’église.

– Guilhem de Castaing, dit « pochot » : la petite poche (?).

– Jean de Mesple, dit « fou faus » : le faux, le traître.

– Amanieu Deycard, dit « du pénin » : du « petit bout ».

– Ricard des Camps, dit « caydot » : « cayedo », ouverture d’un fenil par où l’on fait tomber le foin. Ricard des Camps doit avoir une grande bouche toujours prête à engloutir…

– Ricard de Bernet, dit « pite » : « la pointe », en général pointe de clocher. Ricard ne doit pas être petit.

– Ricard Deycard, dit « memè » : grand’maman.

– Maria Deycard, dite « baguette » (ou « baquête ») : petite bague ou petite vache.

– Raymond Deycard, dit « Moussuran » : qui fait le monsieur.

– Raymond, dit « fifliou » : le filleul.

– Guillaume Mesteyreau, dit « de mersadé » : du dépensier.

– Ricard Dubernet, dit « pilou » (ou « filou ») : si c’est « pilou », le pilon en français, ceci ne veut pas dire grand-chose ; si c’est « filou », rusé, c’est une autre affaire !

– Bertrand de Ricard, dit « canelhous » : celui dont le nez coule comme une chandelle.

– Ménicou de Mesteyreau, dit « couquet » : le petit coquin.

– Amanieu Deycard, dit de « piret » : atteint d’une forme de priapisme, et, malgré la largeur de son pantalon, cela n’échappait à personne !

– Jean de Mesteyreau, dit « culot » : le petit cul.

D’autres Gujanais qui sont là, tel Jean de Caunac, « tant en son nom que pour ou au nom de Jeannette de Castaing, sa nourrice », jurent sur les Saints Evangiles, « avoir pour agréable ferme et stable, tout ce que par les dits syndics serait fait, convenu, contracté, passé, pacifié, transigé, appointé, accordé quant aux choses susdites ».

L’acte notarié du 2 décembre 1535 fait et enregistré au château de Castelnau-de-Médoc restreint la baillette de 1468 : le bois de chauffage et de construction ne peut être ni vendu ni donné, ni transporté hors des limites du captalat exception reconnue en 1759 pour les pinasses que les habitants peuvent vendre soit pour vétusté ou en cas d’urgente nécessité pour eux et leur famille et fournir à la subsistance des uns et des autres ; le bois de chêne ne pourra être coupé que “pour la nécessité des bâtiments” ; le droit de résine est soumis à une rente de sept sols six deniers tournois.

Le droit du guet est ramené de quinze sols tournois à la somme de sept sols tournois 6 deniers pour chaque feu, payable pour chaque an. De même elle leur donne permission et faculté d’entrer en sa Montagne (nom donné aux massifs de dunes anciennes, depuis longtemps boisés), pignadas, bois et forêts accoutumés et y faire gemme et résine au prix de sept sols et six deniers tournois payables au terme de la Saint-Michel, au mois de septembre.

Cette baillette prévoit la constitution d’un syndic des habitants à raison de six principaux de chacune des dites paroisses (Cazaux, La Teste et Gujan) afin de faire et passer l’instrument et obligations des choses sus dites.

Par procuration, du 20 novembre 1535, faite séparément par les habitants de La Teste et ceux de Gujan à la constitution de leur syndics, les dits habitants promettent et jurent, sur le contenu des présentes, aux Saints Évangiles notre Seigneur, touchés de leurs mains dextres, en l’église paroissiale de La Teste de Buch d’une part  et devant la Croix située devant l’église paroissiale de Gujan d’autre part.

La procuration et baillette à fief nouveau du 22 avril 1550 concerne le fief nouveau des vacans de padouens[1] et autres héritages remis aux manants et habitants des dites paroisses de La Teste, Gujan et Cazeau en Buch par contrat spécifié et déclaré aux paroissiens, manants et habitants pour tout ce qui a été accoutumé être tenu en padouens et vacans des dites Paroisses, pour d’iceux padouens et vacans jouir et padouenter par les dits manants et habitants.

Ainsi, les manants et habitants deviennent « Vrais Seigneurs » des Vacants & Padouens : moyennant un droit « d’entrée et charités » de 800 livres et une rente annuelle de 10 francs bordelais, le Captal de Buch Frédéric de Foix-Candale, Comte de Candale, d’Esterac et Benauges, Seigneur de Cadillac, Langon et Podensac, abandonne « perpétuellement et à jamais… aux paroissiens, manants et habitants des paroisses de La Teste, Gujan et Cazaux en Buch… tout ce que a été accoutumé être tenu en padouens et vacants es dites paroisses de La Teste, Gujan et Cazaux ». En gros, c’est l’immense lande qui existe des limites du Teich jusqu’aux dunes de l’océan et des terrains cultivés de Gujan et de La Teste jusqu’au lac de Cazaux et Sanguinet. La rente annuelle doit être payée au seigneur en « son hôtel de La Teste », à lui ou à son receveur « le jour de chacune fête de Noël », à raison de 5 francs pour La Teste et Cazaux d’une part, de 5 francs pour Gujan d’autre part. L’acte est signé à Bordeaux, le 23 mai 1550. Le captal absent est représenté par Jean de Portepain et les habitants de Gujan par Gaillard Darriet et Ricard de Bernete, appelés « comtes de Gujan » (c’est le seul acte où ce titre est employé). Les habitants de Gujan deviennent ainsi propriétaires indivis avec ceux de La Teste et de Cazaux de la lande où jusqu’alors le pacage de leurs troupeaux n’a été que toléré par le seigneur. À celui-ci reste la propriété directe, simple satisfaction d’amour-propre. Toutefois, le captal se réserve « le pouvoir et la puissance de pouvoir bailler à fief nouveau les susdits vacants à ceux qui voudront les convertir en labourage pour faire bled[2] ». Cette clause n’inquiète guère Gaillard Darriet et Ricard de Bernete ; qui pourrait être assez fou pour venir mettre en blé cette lande inondée en hiver et brûlante en été ? Ils ne peuvent imaginer que deux siècles plus tard, à l’époque des physiocrates et du retour à la nature chanté par Jean-Jacques Rousseau, ce fou s’appellera Nézer.

https://www.addufu.org/Les%20baillettes/1468.pdf

[1] – L’idée exprimée par le mot padouen, nous dit M. Baurrein, est celle d’objet de libre usage, c’est-à-dire que le padouen est en général tout objet quelconque, chemin, eau, pacage, forêt, etc., dont l’usage est laissé à d’autres qu’au propriétaire, et qui, conséquemment, est ouvert à tous, omnibus patebat ces objets sont donc patentia, ou, comme on dit au moyen-âge, patuentia, d’où, par dérivation régulière, paduentia, padouens. Le padouen le plus essentiel à la vie des populations, celui qui rend le plus de services, est le pacage. On arriva donc tout naturellement à confondre l’espèce avec le genre, et à identifier pâturage et padouen. (Les padouens du Bordelais, étude historique).

En 1323, avec le “padouentage”, le Captal récupère trois sols et une poule auprès de chaque sujet qui fait paître son troupeau dans des terres en friche.

[2] – Baillette confirmée en 1550, ne permet alors que de « semer en bled » ce qui n’est déjà futaie.

Le procès et transaction du 25 janvier 1604 par laquelle le seigneur de la Valette, duc d’Epernon, Captal de Buch, en présence notamment de Jean Dumesple de la paroisse de Gujan, recouvre le partage de la forêt que les exploitants de résine ont fait entre eux : les exploitants s’étant déclarés propriétaires sont reconnus tenanciers des parcelles.

Le représentant du seigneur donne la permission de couper du bois vert pour construire et faire autres usages nécessaires qui se présentent. Pareillement a été arrêté qu’étant sur la mer, leurs avirons, mâts, venant à se rompre, qu’ils pourront prendre sans avoir permission, du bois pour faire des avirons, mâts, ganchots et toslets de pinasses et bateaux, et de même sera-t-il observé pour les outils qui leur sera nécessaire pour leur labourage, charrette et en outre pourront aussi prendre en forêt du bois pour faire du pau pour mettre aux vignes, le vergne, bois blanc pour cercles codres pour cuves et barriques ; pour cet effet, il sera fait état et registre de ceux qui prendront du bois vert. Les habitants ne pouvant vendre aucune sorte de bois vert ni sec en dehors de la dite juridiction, les contrevenants étant poursuivis en justice et tenus de payer tous dépens, amende et pignore (dommages et intérêts)

Item le dit seigneur captal promet octroyer à concéder aux dits habitants de pouvoir aller prendre dans la dite forêt du pau de palet perches, pour eux seulement, pour la pêcherie, la chasse des oiseaux, et ce aux lieux appelés fosses ou brau, qui sont adjacents aux dits étangs et lacs, et ailleurs où il y en aurait.

Pour chaque millier de résine ou gomme, ils seront tenus de payer la somme de douze sols six deniers tournois dés aussitôt que la dite résine et gemme seront cuites, porter icelle résine et gemme au lieu de La Teste, où le poids du dit seigneur est établi, pour être promptement pesées.

Le seigneur se réserve les droits de glandage, pâturage et pignassage pour lui et les siens, comme ses prédécesseurs en ont joui par ci-devant ainsi que le droit de six sols l’ancrage par millier de résine qui se chargerait dans les barques et navires étrangers.

En 1604, quand le captal s’avise de vouloir reprendre la forêt, prétendant en être le seul et légitime propriétaire, les habitants protestent, prouvant à leur seigneur que la forêt leur appartient en tout droit, qu’elle a de tous temps été exploitée et tenue par leurs aïeux, et que du reste elle leur a été donnée depuis quatre-vingts ans par messire Gaston de Foix, captal de Buch, et ce en toute propriété et titre de bonne foi. Bref, ce droit est reconnu complètement et définitivement dès cette époque.

Cependant certains propriétaires avaient dû aliéner pour une cause ou pour une autre leur portion de forêt, ainsi qu’en témoignent les nombreux actes de cette époque relatant les ventes, les échanges ou les partages de diverses pièces de piñadas, qui de l’année 1500 à 1604 ont fait passer de main en main les parcelles de la forêt. Mais, par celle aliénation, qui créa une caste d’habitants “ayant pins”, et d’autres “non propriétaires “, ceux-ci conservèrent sur ladite forêt ce que l’on appelle encore aujourd’hui des droits d’usage. On n’a pas encore pu les détruire, la lutte étant égale entre les partisans du statu quo et les adversaires de ces droits.

Les ayants pins, pour l’essentiel des personnes physiques, au nombre de 120 à 150 aujourd’hui, ont tous exactement les mêmes droits sur leurs parcelles à cela près qu’en fonction de leur lieu de résidence certains peuvent être usagers, d’autres pas.

Au début de l’année 1639, des émeutes ont eu lieu à La Teste, à la suite desquelles de la troupe fut envoyée pour maintenir l’ordre. L’entretien de cette garnison, sur ordre du Marquis de Sourdis et d’Alluye, Lieutenant général pour le roi en Guyenne, en date du 23 avril 1639, est mis à la charge des habitants de la Juridiction du captalat. Or Gujan, qui n’a pas participé aux émeutes, fait partie de la Juridiction. Il est vraisemblable que si les Gujanais s’étaient trouvés dans des circonstances semblables, ils eussent agi comme les Testerins, mais puisque, par chance, cela n’a pas été, malgré la solidarité entre Bougés, ils vont chercher à se faire exempter des frais. En leur nom, Castaing, suppliant, et X., suppliant, écrivent à Mgr le Prince Henri de Bourbon, gouverneur de Guyenne : « Monseigneur, Les habitants de la paroisse de Gujan en Buch vous démontrent très humblement que les habitants de La Teste se sont viollantement opposés dans cette ville au commissaire des Fermes du roi. Des gens de guerre ont dû être envoyés pour tenir la main à l’exécution des vollontés de Sa Majesté. Or les gens de Gujan sont obligés d’entretenir au même titre que ceux de La Teste les cent hommes logés au château de La Teste, bien que entièrement innocens de la désobéissance et n’ayant en rien contribué aux viollances, estons éloignés de plus d’une grande lieue, sous prétexte qu’ils sont de la même Juridiction. Ils sont tellement vexés et travaillés des dits gens de guerre qu’ils seront impossibles de se remettre d’un siècle. Ils demandent à être déchargés de l’entretien de ces gens de guerre. » Sur le document (A.D. H. Jésuites Collège 120), il est annoté en marge : « Soit pourveu à cecy favorablement par M. de Machaut, à son arrivée, au contentement des suppliants. Fait à Bordeaux, le 6 may 1639, Henry de Bourbon. »

Les droits usagers permettaient à tous les habitants et originaires seuls, captals propriétaires ou non propriétaires de la forêt, en vertu des transactions de 1604, 1716 et 1759 (les étrangers exclus de ces droits), de prendre tous les bois dont eux et les leurs peuvent avoir besoin tant pour leur usage que pour l’entretien de leurs maisons, leur chauffage, etc. Mais ils ne peuvent vendre ni débiter aux étrangers les bois verts ou secs qu’ils ont coupés, travaillés ou non, ni les faire transporter hors de la résidence, ces droits étant limités à l’usager seul ou aux siens. Il est également défendu de vendre tous les meubles, outils, appareils fabriqués avec ces bois, à aucun étranger au territoire, attendu que ces droits usagers ne sont établis que pour être limités au profit du sol des trois paroisses de la Teste, Gujan et Cazaux, qui limitent la superficie de ce que l’on appelle la grande forêt. Outre ces droits, les usagers possédant aussi celui de glandée et de pacage pour leurs troupeaux personnels. Mais ces différents droits furent soumis pour les uns à ce que l’on appelait la délivrance, tandis que les autres en étaient dispensés.
L’autorisation devait évidemment être nécessaire pour le bois vif destiné à la construction, afin d’éviter au propriétaire le désagrément de voir l’usager aller au plus près et ainsi enlever à l’exploitation un grand nombre d’arbres sur un même point : ce qui n’eût pas été juste.

Un syndicat spécial, ainsi qu’il en existe encore actuellement, indique à l’usager où il doit se rendre et ce qu’il est autorisé à prendre en tel ou tel endroit. Il arrive alors que si l’usager a besoin, pour se faire construire une maison par exemple, d’une dizaine ou une demi-douzaine d’arbres de grosseurs différentes, il fait un assez long trajet en différents endroits ; quelquefois il doit employer trois ou quatre journées à parcourir la forêt pour y recueillir des arbres souvent séparés l’un de l’autre de plusieurs kilomètres.

Quant aux droits d’abatage de bois mort ou de pacage, ceux-ci sont dispensés de toute délivrance.

Il est évident que les contrevenants à ces transactions sont passibles de peines variables dont les frappent les syndics du captalat.

De plus, ces transactions obligent, de même qu’aujourd’hui, tous les habitants, en cas d’incendie dans la forêt, de se rendre immédiatement, et aussitôt que le signal en est donné, sur le lieu du sinistre, pour porter les secours nécessaires. Ils sont obligés d’amener avec eux tous les instruments convenables, haches ou autres, et de travailler sans discontinuer jusqu’à ce que le feu soit éteint : par transaction du 5 mai 1645, auprès de Bernard de Foix, Prince de Buch, pour la première fois les tenanciers ou simples usagers doivent aller amortir le feu toutes les fois et quand cela arrivera dans la dite forêt sous peine d’une amende de dix livres et de privation du droit d’usage.

La redevance pour la gemme est portée à vingt-deux sols.

À la suite de l’incendie de la forêt en 1716, les seuls propriétaires la remettent en état de culture et de production, sans l’aide des usagers. Cet incendie démarre dans la parcelle du “Lettot” et détruit 2/3 de la “Grande Forêt”.

Par transaction du 7 août 1746 passée entre monsieur François-Alain Amanieu, chevalier seigneur de Ruat, seigneur Captal de Buch, et les habitants du captalat de Buch, le captal abandonne ses droits sur la forêt, à l’exception toutefois des bois appelés de Bernet, Hoursommar, Labette, Labat de Ninon et Binette (ou Bette), compris dans une baillette particulière du 25 mars 1543 ; les détenteurs de parcelles lui paient toujours une redevance de seize onces à la livre mais demeurent propriétaires des bois, forêts et montagnes, braux et bernèdes. Le seigneur se réserve néanmoins pour lui et les siens la faculté de pouvoir prendre et couper dans tous les bois, forêts et montagnes, braux et bernèdes, par rang et par ordre, généralement tout le bois qui lui sera nécessaire tant pour son usage et entretien dans l’intérieur du captalat de Buch, que pour celui de sa maison de Ruat seulement, située dans la paroisse du Teich.

Les propriétaires, par l’intermédiaire de leurs syndics qui  gèrent la forêt, sont tenus à fournir le bois aux usagers non propriétaires.

La contestation porte aussi sur le droit de civadage consistant en ce que chaque habitant tenant feu vif était obligé de payer annuellement un tiers boisseau de millet le jour et fête de Saint Michel de septembre, avec sept sols six deniers tournois pour le guet, et deux poules, l’une au jour et fête de Noël et l’autre au jour et fête de Pâques, le tout porté et rendu dans son château.

Et aussi rendre le devoir appelé bian, qu’il consiste en ce que chaque habitant tenant cheval, jument ou troupeau dans l’étendue du dit captalat, est obligé de faire un ou plusieurs bians chaque année, pour le service et utilité du dit seigneur. Le seigneur de Ruat consent à réduire à un seul bian ou voyage par an, à une distance maximale de dix lieues, dû par chaque marchand voiturier de la dite paroisse de La Teste faisant métier d’aller vendre le poisson à Bordeaux.

Et encore, le droit appelé manœuvres, de faire plusieurs journées dans la terre du seigneur, pour son utilité, et sans aucune rétribution, disparaît.

Un autre grief porte sur la plainte portée par les habitants sur le fait que le seigneur a accoutumé de se servir d’un poids de quatorze onces au lieu de seize à la livre comme il doit être, ce qui équivaut à une surcharge de deux sols deux deniers qui, jointe à celle de vingt-deux sols par millier de gemme ou gomme, revient à vingt-quatre sols deux deniers au lieu de cinq sols qu’ils étaient seulement obligés de payer suivant pacte du 10 octobre 1468.

Un autre chef de contestation est fait à l’encontre de la taxe des chairs faite par les officiers du dit seigneur, cette taxe étant trouvée trop forte et les habitants se trouvent exposés à prendre souvent de très mauvaise viande, et la payer toujours à un prix exorbitant, et que les syndics étaient fondés, en vertu des lettres patentes du 17 mai 1666, accordées par le tuteur de Mademoiselle de Foix, alors mineure, d’établir une boucherie dans la dite paroisse de La Teste de Buch. Sous les droits y exprimés, ils auraient fait crier à la sortie des messes paroissiales, pendant quatre dimanches consécutifs, que celui ou ceux qui voudraient vendre de la viande au meilleur marché, en payant au seigneur les droits qui lui sont dus soit la demi-poitrine pesant deux livres de chaque bœuf et vache, ou ventre et pieds de chaque veau, la maugette et les pieds de chaque mouton, la langue et le filet de chaque cochon, n’avaient qu’à se présenter ; qu’en conséquence les frères Jean Dejean ont offert de vendre la livre carnacière de mouton, veau et cochon à dix sols, de bœuf à sept sols et de vache à six sols, les dits sieurs syndics les auraient reçus à faire les dites fonctions de maître bouchers, à la charge par eux  de tenir boucherie, séparément, garnie de bonne viande et de payer au dit seigneur les droits ci-dessus expliqués. Cette nomination contestée par le seigneur de Ruat, remettant en cause les lettres patentes du 17 avril 1666, au motif qu’il n’appartient pas à un tuteur d’aliéner les biens et droits de ses mineurs, et qu’il était de notoriété publique qu’il n’y avait point de pays ni de terre où les chairs fussent à meilleur compte. D’ailleurs, il est insoutenable en bonne règle que le seigneur d’une terre, à qui sans difficulté appartient le droit de boucherie, ne soit fondé à faire sa condition meilleure avec les bouchers qu’il connut tout autant que la taxe des viandes se trouve conforme à celle des terres voisines.

Les syndics rétorquent qu’il y a grande différence entre le droit de police sur les bouchers, celui-ci relevant de la haute justice, et le droit de commettre ou établir des bouchers qui relève du droit communal et d’habitation, lequel, à l’exemple des droits de bian, guet, feuage, cidavage et autres, n’appartient au seigneur, haut justicier, qu’autant qu’il a un titre légitime, sans quoi il est plutôt censé appartenir à la communauté.

Le seigneur et les syndics conviennent que le prix de la livre carnacière des chairs demeure pour toujours fixé à dix sols pour le mouton, veau et cochon, sept sols pour le bœuf et la vache à six sols ; moyennant quoi le seigneur de Ruat a la faculté d’établir deux boucheries dans deux quartiers différents de La Teste.

Le 19 juin 1750, Jean Mesple achète une pièce de pignadas à Martin Depomps, acte passé devant Podiot, notaire. Cette propriété est confirmé par sentence du 27 fructidor an II, au motif que, conformément à l’esprit des lois sur l’abolition des droits féodaux, le titre initial de propriété est antérieur de quarante ans à l’époque du 4 août 1789.

En 1751, les propriétaires de la montagne de La Teste protestent avec virulence auprès de l’intendant Tourny car les résiniers leur causent un coûteux préjudice en faisant un grand abattis d’arbres pins pour la chasse à la bécasse et palombes. Afin de capturer au filet les précieux oiseaux, nos chasseurs ouvrent des fenêtres dans le pignadar, c’est à dire qu’ils coupent des arbres pour aménager des clairières munies de haies. La chose leur a pourtant été fermement interdite par un arrêt de 1718. En vain, puisqu’il faut renouveler l’interdiction ! Par la suite, l’on sait trouver un compromis : les chasseurs continuent à traquer les volatiles moyennant l’offrande de quelques paires de bécasses au propriétaire.

Suite au compromis du 24 septembre 1758, fait et passé à La Teste, dans le cimetière, la transaction du 16 juin 1759 règle les différends entre les propriétaires et les usagers ; dans l’application des textes de 1746 les propriétaires se montrent beaucoup plus exigeants envers les usagers que ne l’avait été précédemment le Captal, le ramassage du bois mort étant limité aux braux et bernèdes seulement. D’où une série de contestations qui prirent fin par cette transaction.

Les règles de cette transaction entre les ayants-pins et les non ayants-pins sont encore en usage aujourd’hui : elles autorisent le ramassage du bois de pin mort, c’est à dire de façon à ne plus pouvoir porter de résine ainsi que la coupe du chêne vert pour les usages de maison (le chauffage) et la coutume fait que l’usager peut couper du chêne vert pour son chauffage sans autorisation. La permission, qui ne peut être refusée, est de mise avant d’entreprendre la coupe d’arbres pins vifs ; en cas de refus, après avoir justifié le dit refus par le témoignage de deux témoins, les habitants non propriétaires pourront couper sans aucune autre formalité ni permission.

Le droit de glandage pour les non ayants-pins est limité à la période allant de la Saint-Michel à la Saint-André.

Les ayants-pins tout comme les non ayants-pins sont tenus de combattre le feu ou incendie et de se rendre sur le champ avec les instruments convenables, haches ou autres, et aussitôt qu’ils entendront le tocsin qui sonnera dans leurs paroisses.

Il sera nommé, pour trois ans, six syndics, deux pour les ayants pins, deux pour les non ayant-pins de La Teste, deux pour les non ayant-pins de Gujan. Nomination également d’un ou deux “gardes-montagnes”.

Une partie de la forêt usagère est mise en réserve durant vingt ans afin de rendre plus beaux et plus utiles les chênes qui s’y trouvent. À compter de ce jour, on ne pourra couper aucun chêne vert, gros ou menu, dans toute l’étendue du quartier qui confronte des nord et levant à la lande commune et aux sables de Notre Dame des Monts ; du midi à l’Étol (lande jouxtant les brauds et lèdes) de Cazaux ; du couchant et du levant au restant de la forêt et montagne, un chemin de charrette entre deux, qui, venant de la dite lande commune, entre dans le dit bois par la pièce du baron Capet, passe devant la cabane de cette pièce et ensuite entre les deux cabanes des pièces du Bequet, appartenant aux sieurs Taffard et Duborcq, et arrive au coin du brau de l’Escurade, et ensuite montant la règue ou hauteur appelée pignon, en passant dans les pièces du Natus, tout au coin du brau de la Taillade, qui fait coin ou coude aux pins de la Bat-Coude et Betouret, et mène ensuite sur les places de Courdeys de Bas et au coin du brau de la Cassotte, passant après sur la place des Jadelles, par devant la cabane de Goulugnes, appartenant au sieur Eymericq jeune, traverse celle du même nom qui est au sieur Peyjehan noble de Francon, et va aboutir au lieu appelé l’Étol de Cazaux.

L’importation de vin dans l’étendue de la juridiction de la terre étant devenue interdite amène les propriétaires à vendre leurs vins à des prix exorbitants ; il est convenu que les habitants de chaque paroisse aviseront et régleront les moyens qu’il y aura à prendre pour la fixation du prix des vins de chaque année, eu égard à l’abondance ou a la disette.

À partir de 1759, les affaires communes entre usagers et ayants pins sont administrées par six syndics, trois désignés par les usagers et les trois autres par les ayants pins. Depuis 1845 les syndics représentant les usagers ne sont plus choisis par ceux-ci mais par les conseillers municipaux de La Teste et de Gujan.

Le traité de “Nezer” du 5 février 1766 propose que le dit sieur Daniel Nezer (1724-1