Ostréiculture

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1860 – Cadastre ostréicole, Dmokowski

 

En 1860, Julien Dmokowski, conducteur des Ponts-et-Chaussées, dresse le Plan général du Bassin d’Arcachon avec l’indication des dépôts permanents d’huîtres autorisés par son Excellence le Ministre de la Marine (premier cadastre ostréicole) ; 112 concessions ont été attribuées.

Julien Dmokowski est propriétaire à Arcachon depuis décembre 1846 ; il est marié à une demoiselle Bourquin.

En 1847, Julien Dmokowski, né le 24 février 1807 à Obzrin, Pologne, marié, le 22 août 1840 à Bordeaux, avec Arsène Bourquin 1810 (sœur de l’horloger bordelais Louis Bourquin, propriétaire « arcachonnais » depuis 1850 et fervent sécessionniste en 1855-1856.

Dmokowski échange une parcelle de « sable blanc, parsemée de quelques pins » dans la pièce de Bos sur laquelle il sera ensuite construit. En 1852, résidant à Bordeaux, il est conducteur de 4e classe, affecté aux travaux du chemin de Bordeaux à La Teste.

Ses opinions politiques attirent l’attention des autorités bonapartistes sur sa personne, mais le 5 mars 1852 un arrêté préfectoral lui octroie un permis de séjour pour résider en Gironde ! Il est présenté quelquefois comme architecte ; de fait, c’est lui qui établit les plans de la mairie originelle d’Arcachon.

 

L’ostréiculture du quartier de la Teste est concentrée entièrement dans le Bassin d’Arcachon. Parcs et établissements bien groupés y forment un centre très important ; le premier de France au point de vue production, le second au point de vue expédition.

Le bassin a la forme d’un triangle, dont le périmètre dépasse 80 kilomètres ; sa superficie est évaluée à 15 000 hectares ; mais, si à marée haute la totalité en est recouverte (il n’émerge que le petit plateau de l’île aux Oiseaux), à marée basse, plus de 10 000 hectares sont mis à sec. Merveilleuse situation pour l’ostréiculture, car ces fonds sont composés de vases plus ou moins sableuses sur lesquelles l’huître se plaît.

À marée basse, toute cette immense baie apparaît comme un parc ostréicole unique dont la configuration très découpée peut s’observer aisément, si l’on veut bien prendre le temps de gravir la plus haute des collines situées au sud de la ville même d’Arcachon. À une altitude de 90 mètres environ, le paysage est admirable, et du centre même des belles forêts de pins qui bordent la ville vers le sud, l’observateur peut contempler l’ensemble des exploitations réparties en îles ou presqu’iles vaseuses désignées sous le nom de « crassats » et bien délimitées par les sinuosités complexes des chenaux ; la baie a l’aspect d’un vaste terrain hérissé de branchages auxquels restent adhérents des débris d’algues ou de zostères arrêtés au passage alors que le mouvement des eaux tendait à les entraîner dans un sens ou dans l’autre…

C’est dire que la profondeur de la baie est très faible ; son maximum est de 12 à 15 mètres à marée basse en certains points des principaux chenaux et dans les passes d’entrée. La communication avec la mer se fait exclusivement par le sud du cap Ferret où une échancrure de 3 kilomètres de large, obstruée par des bancs de sable qui menacent de fermer un jour complètement le bassin, permet l’afflux de cette masse d’eau énorme qui à chaque marée vient recouvrir les crassats et évaluée pour une marée moyenne de vive eau à 370 millions de m3.

L’eau douce si nécessaire aux huîtres est amenée par plusieurs rivières dont la principale est l’Eyre, au sud-est, et de nombreux ruisseaux. Le degré de salure est fortement abaissé et les périodes de pluies causent souvent de fortes pertes d’huîtres surtout au nord du bassin, dans les parties les plus éloignées de l’océan.

Les principaux chenaux sont celui de Teychan qui suit une direction est-ouest provenant de la ramification à l’est des chenaux de Lanton, Audenge, Comprian, Gujan, Le Teich, etc., et, se dirigeant du nord au sud, du chenal de Piquey provenant des chenaux d’Arès, de l’Île, etc.

Des chenaux secondaires, (de Causse, du Courant, etc.,) font communiquer les premiers entre eux.

On considère habituellement que les premières cultures d’huîtres dans le Bassin d’Arcachon eurent lieu dans l’île aux Oiseaux en 1849. Détrompez-vous, ceci est tout à fait inexact !

Jusqu’à 9000 ans avant notre ère les hommes vivent essentiellement de la chasse, de la pêche et du ramassage des fruits et des petits animaux ; les fouilles réalisées ont permis de découvrir des escargotières, ainsi que des stocks de coquilles d’huîtres et de moules qui témoignent d’une consommation en grande quantité[1].

Pline[2] cite celles du Médoc ; dans sa lettre à Paulus il vante : « … celles que nourrit l’océan des Médules, ces huîtres de Burdigala que leur qualité merveilleuse fit admettre à la table des Césars, qualité non moins vantée que l’excellence de notre vin. Ces huîtres, entre toutes, ont mérité la première palme ; elles ont de bien loin le pas sur les autres … ». Pline apprécie en particulier le très raffiné hallex[3].

Ausone[4] vante la qualité des produits de nos rivages girondins, « les rivales des huîtres de Baïes, ces huîtres que les vagues du reflux des mers engraissent dans les douces eaux des Médules, je les ai reçues, mon cher Théon, et le compte en est facile…/… On ne va pas le chercher au sein d’une mer orageuse, en bravant des périls qui en doubleraient le prix ; mais au bord des eaux, quand la vague s’est retirée, on le recueille sur le rivage, parmi les algues dont il a la couleur. »

Au Ve siècle, Sidoine Apollinaire, visite l’Aquitaine et se trouve à Bordeaux. Dans une lettre adressée à Trigetius[5], celui-ci de passage à Bazas, il lui reproche son peu d’empressement à venir le voir : « Cette ville de Bazas, dit-il, et ce qui l’entoure, te charment-ils donc au point de ne te laisser attirer à Bordeaux ni par les puissances, ni par l’amitié, ni par les huîtres engraissées dans nos viviers ? »

Ce passage laisse supposer qu’il existe dans le Bordelais des parcs analogues à ceux de l’Italie, signalés par Pline dans son IXe livre, et dont Sergius Orata fut l’inventeur : s’étant aperçu que les mollusques, élevés en viviers, ainsi engraissés ont une saveur plus fine que celle des mollusques pêchés, il tire profit de sa découverte et devient très riche et célèbre. N’ayant pas hésité à s’approprier des grèves et portions de rivage, il est poursuivi en restitution des biens publics qu’il s’est attribués sans droit.

Rabelais, dans la bouche de Dindenault[6], le marchand de moutons saintongeais, gage « ung cent de huytres de Busch » dans un pari qu’il propose à Panurge.

 Jacques Auguste de Thou[7] raconte qu’en 1582 : « Ces Messieurs[8] firent dresser une table pour dîner sur le rivage (de la Teste de Buch) ; comme la mer était basse, on leur apportait des huîtres dans des paniers ; ils choisissaient les meilleures & les avalaient sitôt qu’elles étaient ouvertes ; elles sont d’un goût si agréable & si relevé, qu’on croit respirer la violette en les mangeant ; d’ailleurs elles sont si saines, qu’un de leurs laquais en avala plus d’un cens sans s’en trouver incommodé. »

La productivité des bancs naturels donne quelques signes d’épuisement. Un décret promulgué en 1681, interdit la pêche des huîtres. On commence à en importer et le mollusque devient un met de luxe de plus en plus convoité, réservé aux classes aristocratiques.

En 1708, dans son « Mémoire sur la Carte du 6e quarré de la Générale de Médoc et partie de Guienne et de Saintonge », Masse rapporte que les habitants des paroisses qui entourent la petite mer de Buch « vont presque tous à la pesche dans certaines Saisons, tant hommes que femmes et enfans, se mettant communément deux ou trois dans de petits Bateaux qu’ils appellent pinasses qui ont 15 à 16 pieds de long sur 4 à 5 de large, qu’ils laissent dériver avec le descendant de la Mer, et vont échouer sur les bancs de sable ou vaze qui sont dans l’étendue de cette petite Mer qui est entrecoupée de nombre de grands chenaux et un très grand nombre de petits, par où s’écoule presque toute l’eau, et laisse à sec une grande espace de terrain vazeux et remply d’herbe verte limoneuse sur lequel on amasse une quantité prodigieuse d’huitres dans de certaines saisons, & autres coquillages, surtout dans le temps des malines des Equinoxes, où il ne reste qu’environ d’étendue d’eau dans cette petite Mer que ce qui est marqué en cette Carte particulière, et c’est dans ces temps où les habitans de Son rivage travaillent avec grande avidité à ramasser les huitres qui sont en certains endroits si épaisses que l’on les amasse avec autant de facilité que l’on fait le foin dans un pré très abondant…./…

Ordinairement les huitres sont autour de l’Isle de la teste, et sur les autres qui sont au Nord et à l’Est. Cette pesche d’huitres est quelquefois si abondante que l’on en a une charretée pour un Escu ou 4 francs. Aussy dans la belle Saison l’on en voit communément se promener dans tous les Villages de Médoc qu’ils vendent à médiocre prix, le surplus de ces huitres qu’ils ne débitent pas à Bordeaux et dans le Païs voisin, ils les mènent à Bayonne dans de grandes chaloupes et aux autres ports de Biscaye où il ne s’en pesche presque point. »

En 1745, les huîtres qui proviennent pour une bonne part du Bassin d’Arcachon sont généralement servies nature en entrée ou en entremets, parfois en friture, et plus rarement en accompagnement de volailles comme la poularde aux huîtres. Les édiles bordelais se distinguent par leur prédilection pour les huîtres vertes[9], c’est-à-dire des huîtres qui ont été parquées dans des trous d’eau stagnante mêlant eau de pluie et eau de mer, ce qui leur donnent un goût vanté par les gourmets. Cette particularité révèle la prégnance dans les habitudes alimentaires bordelaises des saveurs acides. Notons au passage que, dans les factures, ces huîtres sont aussi couramment accompagnées de beurre frais, indice peut être d’un mode de consommation répandu[10].

En septembre 1750, afin de reconstituer le stock, le parlement de Bordeaux suspend, pour trois ans, la pêche aux huîtres dans le bassin d’Arcachon, sous peine de 500 livres d’amende.

Passé ce délai, la pêche devait être autorisée du 1er septembre aux 1er avril, mais en 1753, par ordonnance du 24 août, l’amirauté de Guyenne élargit la prohibition de la pêche aux huîtres jusqu’au 1er novembre de chaque année (le premier reconfinement !)

Puis, en 1756, une nouvelle interdiction est déclarée pour deux ans.

L’arrêt du Parlement de Bordeaux dénote une préoccupation sérieuse, celle de conserver au Bassin sa richesse compromise par l’avidité des pêcheurs rapportée, par ailleurs[11], par M. le baron de Villers : « Ceux-ci font la même manœuvre (que pour le poisson) sur les huîtres et coquillages qu’ils prennent dans le bassin, quelque petites qu’elles soient, puisque ces huîtres ne sont pas de la grandeur d’une pièce de vingt-quatre sols. »

Thore rapporte en 1810, dans sa « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne », que « l’huître de gravette, et surtout la moule s’y multiplient avec une telle abondance, qu’elles forment des bancs très grands et qui vont toujours en croissant. Nous osons même assurer que ces deux espèces de coquillages finiraient par former des îles et encombrer le bassin, sans la pêche continuelle qu’on en fait. Il arriva quelque chose d’approchant il y a quelques années ; nous voulons parler de l’époque (1756) où le Parlement de Bordeaux défendit cette espèce de pêche. Pendant les deux années qui suivirent l’interdiction, ces deux bivalves se multiplièrent tellement, qu’on les voyait par las dans les ruisseaux et les rigoles et jusque dans les fossés qui environnent le bassin et dans lesquels la marée se faisait sentir. Il arriva même que, privés d’eau d’une lunaison à l’autre, ils périrent, se corrompirent et altérèrent la pureté de l’air par les miasmes qui s’exhalèrent de leurs cadavres putréfiés. »

La pêche n’est nullement surveillée ; aux temps où les huîtres sont prohibées, les exigences de la clientèle aristocratique encouragent le braconnage et les marins s’établissent sur les crassats où, à l’aide de râteaux, ils forment des monticules d’huîtres[12]. Les plus avancées sont consommées sur place ou emportées ; on laisse les autres périr, sans avoir la prévoyance de les rejeter à la mer.

Faut-il rappeler qu’antérieurement à la création des parcs, les huitres provenant directement de la cueillette ou du dragage sont immédiatement livrées à la consommation. Cette cueillette est réservée aux femmes et aux enfants  – d’abord – comme la récolte des autres coquillages, moules, palourdes, clovis, claques ou bigorneaux, les hommes se réservant la pêche et le dragage.

La chronique du XVIIIe siècle signale que les bancs d’huitres sont parfois si abondants qu’ils peuvent gêner la navigation dans les chenaux.

Les premières activités ostréicoles méthodiques et importantes se situent à Audenge où elles sont conçues comme complémentaires de la production du sel dans les salines nouvellement aménagées par le Marquis de Civrac.

Civrac est propriétaire des côtes qui s’étendent de Biganos à Andernos, mais il exerce, outre celle de Général, la fonction honorifique de Menin du Dauphin qui fait de lui un courtisan de Versailles. Il voit arriver à la Cour les huîtres de Marennes qui sont d’autant plus appréciées qu’elles ont une merveilleuse couleur vert émeraude et qui sont hors de prix (ce qui n’a d’ailleurs pas changé). « Marennes : c’est un gros bourg situé entre la rivière de Seudre et le havre de Brouage (…) les huîtres vertes de Marennes sont en grande réputation » rapporte M. Begon en 1698 dans son État de la Généralité de La Rochelle.  

Le principal pourvoyeur de Versailles est le Maréchal Duc de Richelieu, seigneur de Marennes et à cette époque, Gouverneur de Bordeaux. Il est aussi le plus important propriétaire de marais salants de Saintonge.

Pour Jean-Baptiste Antoine Colbert, marquis de Seignelay et de Châteauneuf-sur-Cher, baron de Lignières la couleur verte lui semble suspicieuse : les protestants voudraient-ils empoisonner le roi…

C’est donc probablement à l’exemple du Duc, que le Marquis de Civrac décide de créer des salines sur les côtes de ses domaines et aussi d’y produire des huitres vertes : car dès l’origine, il est question d’huitres vertes, et non grises, afin de concurrencer celles de Marennes.

La création de parcs à huitres dans le Bassin est donc concomitante à la création des marais salants. Le premier texte où apparait l’intention de créer des salines parle en effet à la fois de marais salants et de production d’huitres. Le 19 juin 1761, la Marquise de Civrac au nom de son mari retenu par ses activités militaires, vend la totalité des terres de Certes « incultes, vaines, vagues, les landes et marais » afin qu’elles soient assainies, aménagées, mises en culture. La société concessionnaire peut créer des salines sur les prés salés à l’exception cependant de Branne et de Malprat. L’acte du 19 juin est suivi d’une convention d’application qui, dans son article 14, précise que Civrac se « réserve le droit d’établir des claires pour les huîtres vertes le long des tailles des marais salants ». On notera que l’on utilise le terme de « claire » en usage en Saintonge et non celui de parc à huitres qui nous semble mieux approprié ; on notera aussi qu’il est question d’huîtres vertes et non d’huitres d’Arcachon.

La société concessionnaire des landes et marais fait faillite après avoir entrepris quelques premiers travaux. Civrac fait annuler la concession de 1761 et reprend les travaux.

Les premières salines sont créées en 1764. Lorsque le Marquis de Civrac se lance dans l’ostréiculture, il a en vue des objectifs limités et précis : cultiver comme à Marennes des huitres vertes sur des parcs spécialement aménagés en bordure des digues des marais salants et vendre cette production sur les marchés où les prix sont élevés tels que Paris ou Versailles.

Considérant que la production d’huîtres est associée à la production de sel – tout au moins qu’elle serait parallèle et complémentaire – Civrac prévoit que les sauniers produisent des huîtres le long des digues. Voici le mot à mot des instructions que Turgan, son intendant, adresse de Paris à Pessale, régisseur de Certes, en date du 28 juillet 1764 : « Il donnera sa principale attention que les sauniers ne négligent point les marais salans qui leur sont confiés et qu’ils ne volent mon dit seigneur pour la quantité de sel qu’ils pourront produire. Il tiendra à cet effet une marque chaque jour de saunaison de ce qui sera sorti de sel par les sauniers et le distinguera par une mesure dont ils se servent à cet effet. Il veillera que les claires se fassent en quantité et qu’il soit fourni des huitres en assez grande quantité pour qu’on puisse dans quelques années faire du revenu. Les claires ne doivent rien coûter à Monsieur le Marquis que l’achat des huitres qu’il pourra se procurer très bon marché ». Il est ainsi hors de doute qu’il ne s’agit pas de dépôt dans des claires mais de culture pouvant durer quelques années.

Les premiers sauniers arrivent en 1763-1764. Le tout premier, Jean Hervé est originaire du village de Sauzelle, dans la paroisse de St-Georges-d’Oléron. Il fait venir parents et amis. Nous ne connaissons qu’un seul contrat d’engagement de saunier établi à cette époque, le 10 novembre 1767, par le notaire de Gujan. Il concerne quatre charentais dont un de Bourcefranc et les trois autres de St-Georges. La question de la culture des huîtres y est très nettement posée. Le contrat décrit la durée de l’engagement qui est de 20 ans, les conditions de travail, les avantages sociaux – et oui ! car il faut bien offrir à ces jeunes gens des conditions attrayantes afin de les fixer durablement à Audenge ; ils recevraient 120 livres de dot en cas de mariage. Le contrat précise que, en plus du travail aux marais salants, ils doivent « comme en Saintonge entretenir trois claires propres à faire venir des huitres vertes qui contiendront 50 000 à 60 000 huîtres les trois. Ils ne pourront pas prendre ces huitres qui sont au Seigneur. Ils planteront des tamarins, etc…»

En Saintonge, dans la zone des marais salants, il est de coutume de réaliser des abots (habots, haboteaux), petits réservoirs submersibles dans un chenal ou une sartière, où les sauniers cultivent de jeunes huîtres pour leurs maîtres de marais.

Nos jeunes Saintongeais ont la hardiesse de leur âge. Croient-ils vraiment pouvoir cultiver des huîtres vertes à Audenge ? Sans doute André Moreau de Bourcefranc connait-il bien les huîtres vertes ; mais les Oléronais, Jean Guillaumeau, André Lafon et Jean Gabarret n’ont sans doute pas vu d’huîtres vertes sur la plage de Saint-Georges.

En tous cas, ils produisent des huîtres à Audenge sur des parcs à huîtres et font de Civrac le premier ostréiculteur-expéditeur du Bassin. Mais il est douteux qu’ils aient pu produire autre chose que des gravettes dont la chair est grise. Et s’ils connaissent le secret du verdissement des huîtres, ils meurent sans le livrer[13].

La double concurrence du sel et des huitres, indispose Richelieu. Cela finit très mal, par une querelle fiscale avec la révision des droits sur le sel ; Civrac est ruiné et succombe !

Nous connaissons des contrats d’engagement de sauniers établis 20 ans plus tard. Il n’est plus question d’huitres, sans doute parce que la tentative de les faire verdir a échoué.

Les bancs huîtriers, desquels une partie de la population tire son revenu, livrés à eux-mêmes (on les croit inépuisables), commencent à décroître de façon alarmante, et la rigueur du froid de l’hiver 1829-1830 leur sera fatale. Le 14 août 1840, avant même l’arrivée du train à la Teste, renouant avec des interdictions édictées au XVIIIe siècle par les autorités maritimes de Guyenne, le baron de Sers[14], préfet de la Gironde, signe un arrêté interdisant la pêche des huîtres et des pétoncles dans le Bassin d’Arcachon pendant la saison où ils se reproduisent. D’août à décembre 1840, le préfet maritime de Rochefort expédie comme stationnaire un petit bâtiment pour réprimer les abus : présence à peu près inutile, les bancs étant épuisés…

En 1841, le chemin de fer ouvre de nouveaux débouchés : auparavant écoulées sur les marchés locaux, les huîtres peuvent être acheminées et servies fraîches sur toutes les bonnes tables des villes ; leur consommation s’embourgeoise.

En 1847, M. Boyer-Fonfrède[15], publie son cri d’alarme : « De la destruction des huîtres dans le Bassin d’Arcachon. » Il faut faire quelque chose de plus : repeupler le Bassin. S’ouvre l’ère du redressement productif !

Suite au déplacement de Mortemart de Boisse, du 6 mars au 26 mai 1849, le négociant bordelais M. Jean Eugène Nonlabade[16] sollicite, le 11 juin, la concession d’une plage de 40 hectares, dans la partie sud-sud-est de l’île, pour y former des réservoirs et des parcs, ce qui conduit l’administration maritime de la Teste à mettre au point, le 14 août 1849, un projet d’arrêté sur l’établissement de parcs à huîtres.

Nonlabade, fort de son autorisation obtenue en décembre 1849, installe un parc de stockage dans lequel il rassemble des huîtres ramassées dans les chenaux en espérant qu’elles vont se développer et surtout se reproduire ; le résultat est médiocre !

L’expérience se solde par un échec car le passage de la pêche aux huîtres à leur culture nécessite d’avoir la maîtrise du captage du naissain.

Revenons en Charente-Inférieure. En 1854, un simple maçon de l’île de Ré fait avec succès les premiers essais de l’élevage artificiel des huîtres.

M. Fraîche dit même que l’insulaire Hyacinthe Bœuf, de Rivedoux, entreprend le premier, sur 1 800 mètres de terrains concédés par l’État, la multiplication et la culture des huîtres. Comme Bœuf est maçon, il commence par enclore sa propriété d’un mur de pierres ou branches, puis il couvre ce sol de paille et de fascines, pour consolider la vase et recevoir les huîtres qu’il se propose d’aller chercher en Bretagne, car la côte de l’île d’Oléron en est complètement dépourvue. Mais quel n’est pas son étonnement quand il voit les pierres de son mur se couvrir spontanément de naissain arrivant du large, probablement des parcs de la côte de Nieulle ! Grande fut sa joie de compter près de deux mille jeunes huîtres sur le fond du parc. Favorisant leur développement avec soin et intelligence, il a l’honneur de créer, dans l’île, l’élevage artificiel des huîtres, véritable industrie dont les résultats vont bientôt devenir une source féconde de richesse et de travail.

Le docteur Eugène Kemmerer 1815-1900 – plus connu pour ses travaux d’historien – s’enthousiasme pour cette science naissante et va devenir un acteur majeur dans le domaine de l’ostréiculture naissante. En contact régulier avec Victor Coste, il partage sa conception de la diffusion des innovations, aussi ne prend-t-il jamais de brevets pour protéger ses découvertes « j’ai voulu que cette invention [le mastic friable] devienne la propriété de tous ». Dès 1860, il s’attaque à un problème clé : comment détacher les huîtres des rochers sur lesquels le naissain s’est collé ?

Jusqu’alors on utilise un outil en fer, appelé marochon, pour détroquer (détacher) les jeunes huîtres ; mais les pertes sont très importantes, de l’ordre du tiers de la récolte. Différents matériaux sont alors envisagés pour remplacer la pierre : tuile, bois goudronné, ferrailles, toile … mais sans donner de résultats très pertinents. Kemmerer a l’idée de recouvrir les tuiles d’un mortier friable, un enduit de chaux et de sable. Le procédé fait l’objet d’une brochure et d’une communication de Victor Coste à l’Académie des sciences : « M. le docteur Kemmerer double ses tuiles d’une couche de mastic solide pour résister à l’action des eaux, assez friable pour que l’on puisse aisément en détacher de jeunes huîtres. Quand cette doublure est chargée de naissain, il réussit à l’enlever d’un seul morceau et il porte ce naissain, ainsi soutenu, dans des claires d’élevage […] ».

Mais, comme le reconnait Kemmerer, « le mélange calcaire, qui peut varier suivant les caprices de l’ostréiculteur, devait rester mou pour permettre le détroquage et assez dur pour résister aux flots. » C’est pourquoi, afin d’obtenir un mélange plus constant, il propose de délayer de la chaux hydraulique pure ou « un mélange de chaux et ciment un huitième ». Largement diffusé, en 1874, le procédé est utilisé à Arcachon, sur les côtes de la Bretagne, les îles de Ré et Oléron, ainsi qu’en Angleterre.

La diffusion du procédé et son absence de protection font des envieux ; on assiste aux essais de M. Bailly, de Bourg (Gironde) qui procède à un mélange d’argile, de chaux, de ciment et de sable,  puis de MM. Montauge Frères, d’Arcachon, qui ajoutent de la bouse de vache diluée.

Kemmerer se plaint amèrement « des savants de tous les pays d’Europe m’écrivirent pour me demander la composition de ces mortiers. Je leur répondis à tous […] Et tous s’empressèrent de prendre des brevets d’invention !… ». Kemmerer ne poursuit qu’un seul d’entre eux, le sieur Michelet « se disant propriétaire d’un brevet d’invention pris en 1867 pour un nouveau ciment plus pratique, moins coûteux et meilleur que les ciments des collecteurs Kemmerer […] » qui veut soumettre les ostréiculteurs d’Arcachon à un droit de cinq francs par mille tuiles. Le 10 juin 1875, le brevet de Michelet est annulé et l’inventeur rhétais rétabli dans ses droits par la Cour d’appel de Bordeaux.

Extrait du jugement de la Cour d’Appel de Bordeaux (10 juin 1875).

Un sieur Michelet, se disant propriétaire d’un brevet d’invention pris en 1867, pour un nouveau ciment plus pratique, moins coûteux et meilleur que les ciments des collecteurs Kemmerer, et d’un certificat d’addition pris en 1868, ayant voulu soumettre les ostréiculteurs d’Arcachon à un droit de cinq francs par mille tuiles, en a été repoussé.

Il a alors fait saisir des collecteurs dans les parcs de deux grands propriétaires, MM. Aurélien Grangeneuve et Dignac, et les a cités devant la deuxième Chambre du Tribunal de première instance de Bordeaux qui, sans rien statuer au fond, a ordonné une enquête. L’affaire, engagée le 20 mars 1874, est revenue le 6 avril 1875 devant la Cour d’appel de Bordeaux.

Les débats sont solennels, car c’est une question de vie ou de mort pour les trois mille parqueurs d’Arcachon.

L’avocat Lévesque, pour Michelet, soutient qu’il importe peu que les inventions du docteur Kemmerer aient donné à Michelet l’idée de son nouveau ciment ; qu’il n’y a rien de nouveau dans le sens absolu ; qu’il ne reste qu’à perfectionner les découvertes déjà faites dans les sciences et les arts, ce qui caractérise l’invention dans la loi du 5 juillet 1844. Il conclue en demandant quarante mille francs de dommages-intérêts.

Maître Dubourg réplique ; il offre de prouver par titres et par témoins que, dès 1860, à l’île de Ré ; en 1864, à l’île d’Oléron ; en 1864, à Arcachon, l’invention des ciments de toute nature du docteur Kemmerer était tombée dans le domaine public. (Il aurait pu ajouter en Angleterre en 1863, en Irlande en 1863, en Espagne en 1862, en Italie en 1863, à Malte en 1864, etc.)

L’avocat Brochon, pour Grangeneuve, dans une plaidoirie chaleureuse qui prend plusieurs audiences, rend hommage à plusieurs reprises et dans des termes élevés au docteur Kemmerer, au savant de province, pratique, modeste, persévérant et désintéressé, chercheur infatigable, véritable inventeur de l’idée, puis de la mise en pratique des enduits à interposer entre le collecteur et l’huître, pour faciliter l’égrenage, et qui, vrai patriote, a livré sans aucun droit ses découvertes à ses concitoyens.

L’avocat général Thiriot discute les points de droit.

La Cour:

Attendu que réduit aux indications du brevet, le procédé Michelet se réduit à se servir de tuiles ou autres objets revêtus d’un enduit ;

Attendu que cette idée est connue depuis longtemps ; qu’elle a été préconisée dans deux brochures publiées en France, par le docteur Kemmerer en 1861 et 1863 ; qu’elle est alors passée dans la pratique, comme le constatent de nombreux documents et notamment le rapport du docteur Soubeyran en 1866 ;

Attendu que la publicité, la description de ces procédés, leur mise en pratique, ne permettent plus d’en faire l’objet d’un brevet valable ;

Déclare le brevet et le certificat d’addition non valables ;

Condamne Michelet, à tous les dépens de première instance et d’appel.

Izoard, Premier président.

 

Aguiaine : revue de recherches ethnographiques, Éditeur : Grandjean ; Société d’ethnologie et de folklore du Centre-Ouest (Saint-Jean-d’Angély)

Date d’édition : novembre 1994

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65586040/f67.item.r=kemmerer%20michelet%201875/f67n1.texteBrut

Ironie de l’Histoire, le nom de Victor Coste, le « père fondateur » de l’ostréiculture, n’est connu que de rares spécialistes et celui du docteur Kemmerer, l’inventeur du chaulage, totalement oublié alors que le nom de Michelet, le « pseudo-inventeur » est revendiqué par les Arcachonnais, voire certains qui se disent … scientifiques !

Revenons à Arcachon. En 1854, la concession n°2 au « Port de l’île » est attribuée à Jean-Baptiste Durand, avoué à Bordeaux, associé au marin testerin Augustin Dauty (ou Daussy) ; la tentative de Me Durand est une réussite !

Le 10 février 1855, un projet d’engraissement des huîtres, autour de l’Île-aux-Oiseaux, est envisagé.

Barbier, qui s’était manifesté en 1841, adresse de sa résidence de Fraiche, palu de Bacalan à Bordeaux, le 16 février, une demande au préfet de la Gironde afin de provoquer l’aliénation de l’île aux enchères. Il dit, entre autres :

« Pour qu’aucun doute ne puisse planer sur le but que l’on doit désirer d’atteindre il sera établi un cahier des charges spécifiant que l’aliénation ne se ferait que pour cause d’utilité publique et, pour cela, sous la condition expresse qu’une grande partie de l’île[17] sera convertie en parcs à huîtres pour le développement, l’engrais, et la multiplication de ce mollusque. ….

Barbier expose « qu’il creusera des parcs destinés à conserver au moins 15 à 30 centimètres d’eau lorsqu’une nouvelle marée y arrivera, et cela dans le but que le frai y parcourt sans altération ses phases de génération, jusqu’au moment où les embryons pourront être transportés par la marée dans les lieux où ils trouveront à se fixer.

… En présence des nombreux avantages généraux qui résulteront de la transformation de ces lieux vacants, n’offrant de ressources à personne, en une source féconde de produits alimentaires à la portée de tous, j’ose espérer, Monsieur le Préfet, qu’en considération d’intérêts si précieux pour le pays, votre bienveillante sollicitude pour l’amélioration de la condition du peuple, ne fera pas ici défaut pour en poursuivre activement la prompte réalisation, ce que vous ferez avec d’autant plus de plaisir qu’indépendamment de la satisfaction que vous éprouverez d’avoir favorisé l’introduction dans ce bourbier solitaire d’une industrie qui la vivifiera, tout en procurant de nombreux éléments de bien être à vos administrés, vous satisferez encore aux désirs de l’Empereur dont la vive sollicitude est de tous les instants pour l’amélioration de l’existence des populations.

J’ai l’honneur…            Signé J Barbier »

De 1849 à 1858, l’État attribue au compte-gouttes – les « clients » ne se pressent pas au portillon – des parcs ostréicoles de dépôt pour entreposer les huîtres importées de Bretagne.

En 1852, les sieurs Averous et Blanchet, alors fermiers de l’Île aux Oiseaux, établissent[18] des parcs, mis sous la surveillance de gardiens spéciaux, qu’ils font ensemencer de grandes quantités d’huîtres venues de Noirmoutier.

Le cadre légal est fourni par la loi organique sur la pêche côtière du 9 janvier 1852, dont le premier décret d’application de 1853 autorise les « dépôts permanents d’huîtres ».

Plusieurs concessions de 4 à 8 hectares[19] prolifèrent alors autour de l’Île aux Oiseaux. Plusieurs personnes se lancent dans l’aventure dont le maître au cabotage Pierre Ostinde Lafon[20], et des notables, associés pour la circonstance à des inscrits maritimes ; ainsi, on y trouve le médecin Pierre Lalanne.

En 1857, sont attribuées :

– les concessions n° 13 et 29 sur 8 ha à Jean Lagauzère, armateur, et Guillaume Lagauzère, marin, dans la partie sud de l’île ; Castaing / Ducos prendront leur suite ;

– la concession n°16 de 5 ha à François Dineau, ancien marin et Jean Dineau, entrepreneur en bâtiment, au crassat de Tatchot, près de l’Estey d’Afrique ;

– la concession n°18 pour 5 ha à Martin Castaing, marin, et Raymond Dupuy, propriétaire (puis François Beduchaud, charpentier et Jean Ardenne, marchand) du crassat de la Pointe de Larousse et le Badoc le long du chenal du Courbey ;

En 1858, la concession n° 30 à la Pointe du Congre (1858) est attribuée à Jean-Baptiste Durand associé à Augustin Dauty ;

En 1860, sont attribuées :

 – 4 ha du crassat de l’Estey Neuf correspondant à la concession n° 34 à Maucouvert, matelot, et de Tocqueville, lieutenant colonel ; Jean Lacou, libraire, prendra la suite.

– la concession n° 54 à Bouscau Jean, matelot / Bouscau Jean, charpentier, pour 3 ha du crassat de Tatchot.

L’ostréiculture devient une nouvelle industrie, enrichie par de nombreux échanges de savoirs et de pratiques entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Norvège et les Etats-Unis. Arcachon est alors le terrain d’expérimentation de nouvelles techniques avec l’huître plate ou gravette[21].

Il semble que ce soit les conséquences sociales d’une nouvelle épizootie qui ait incité Napoléon III à s’intéresser à l’exploitation des bancs d’huîtres. En septembre 1852, le coup d’État achevé, Louis Napoléon envoie le pisciculteur Victor Coste étudier les procédés d’élevage des huîtres de la baie de Naples[22] : les premiers parcs à huîtres y auraient été construits peu avant la guerre des Marses (90 à 88 av JC). En 1855, Coste observe au lac Fusaro[23] avec intérêt les fagots qui servent à capter le naissain d’huîtres et étudie tout particulièrement leur disposition : « Entre le lac Lucrin, les ruines de Cumes et le cap Misène, se trouve un étang salé d’une lieue de circonférence environ, de 1 à 2 mètres de profondeur dans la plus grande étendue, au fond boueux, volcanique, noirâtre, l’Achéron de Virgile enfin, qui porte aujourd’hui le nom de Fusaro.

Dans tout le pourtour du lac, on voit de distance en distance des espaces, le plus ordinairement circulaires, occupés par des pierres que l’on a transportées. Ces pierres simulent des espèces de rochers que l’on a recouverts d’Huîtres de Tarente, de manière à transformer chacun d’eux en un banc artificiel… Autour de chacun de ces rochers factices qui ont en général deux ou trois mètres de diamètre, on a planté des pieux assez rapprochés les uns des autres, de façon à circonvenir l’espace au centre duquel se trouvent les Huîtres. Ces pieux s’élèvent un peu au dessus de la surface de l’eau, afin qu’on puisse facilement les saisir avec les mains, et les enlever quand cela devient utile.

Il y en a d’autres aussi qui, distribués par longues files, sont reliés par une corde à laquelle on suspend des fagots de même bois destinés à multiplier les pièces mobiles qui attendent la récolte. Le produit de la pêche, renfermé et entassé dans des paniers en osier, de forme sphérique et à larges mailles, est provisoirement déposé, en attendant la vente, dans une réserve ou parc établi dans le lac même, à côté du pavillon royal, et construit sur des piliers qui supportent un plancher à claire-voie armé de crochets auxquels on suspend les paniers. »

Dans son mémoire, Coste fait remarquer que ce modèle d’industrie de Fusaro, qui sert de base à ses expériences, est la copie d’une pratique imaginée par les anciens Romains, continuée par leurs descendants, dans le lac Lucrin au fond du golfe de Baïa.

On attribue aux Chinois d’avoir les premiers – il y a plus de 4 000 ans – pratiqué le captage sur des pieux en bambou entaillés pour porter des coquilles comme support de fixation du naissain.

D’après de récentes découvertes archéologiques, on sait aujourd’hui que, chez les Romains, l’ostréiculture remonte au moins au siècle d’Auguste. Deux vases funéraires en verre trouvés dans la région de Naples reproduisent grossièrement des installations montrant des pignots disposés en cercles ; on peut y deviner le nom de la villa que Néron possédait sur les bords du lac Lucrin[24] et celui du golfe célèbre « Baïa » à proximité duquel elle était construite. Sergius Orata y exerça vers 108 av. J.C., non seulement pour le plaisir mais par goût du lucre, nous dit Pline l’Ancien.

En 1857, les ministres de la marine et de l’agriculture donnent une prime d’encouragement à l’introduction des huîtres de provenance étrangère dans le Bassin d’Arcachon.

En 1859, des parcs impériaux sont mis en place et l’on assiste petit à petit au développement de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon et ses environs.

Coste préconise « d’ordonner que les agents de l’administration procèdent immédiatement à l’organisation de deux espèces de fermes modèles, […] à la fois semoirs publics et grands cantonnements pour la concentration de la récolte ».

L’avenir de l’ostréiculture est tout entier dans ces paroles[25] de Coste : « On pourra créer quand on le voudra, sur les 800 hectares de terrains émergeants susceptibles d’être mis en exploitation dans la baie d’Arcachon, un revenu de 12 à 15 millions. »

Et la suite est très instructive : « Quoique la baie d’Arcachon puisse être entièrement transformée en une vaste huîtrière, il y a deux emplacements cependant, la pointe de Germanan et l’espace compris entre l’Estey de Crastorbe et le port de l’île aux Oiseaux, qui sont encore plus favorables que tous les autres à la reproduction. Le fond vasard et coquillier de leurs crassats et de leurs chenaux se prêtera admirablement à toutes les expériences.

J’ai donc l’honneur de proposer à Votre Excellence d’ordonner que les agents de l’Administration procèdent immédiatement â l’organisation de deux espèces de fermes modèles, qui seront à la fois des semoirs publics et de grands cantonnements pour la concentration de la récolte.

L’excédent de semence que les appareils collecteurs de ces ruchers de prévoyance ne retiendront pas, ira au loin se répandre sur les coquilles et sur les reposoirs artificiels dont on aura soin de parer les diverses régions de la baie, et fournira, soit à la pêche à pied, soit à la pêche en bateau, un aliment sans cesse renaissant. Ce sera la part commune de la moisson.

Tout ce qui se développera dans les cantonnements réservés sera distribué en lots de faveur aux marins les plus zélés, que ce prêt en nature ou ce don généreux mettra à même d’exploiter des parcs concédés par l’Administration, et de se créer ainsi un premier capital de roulement, qui les fera passer de l’état mercenaire à la condition d’éleveurs. Ce sera la part des récompenses.

Mais pour que la production emprunte à toutes les forces vives ses moyens d’expansion, il sera bon aussi d’admettre, dans une certaine mesure, la spéculation elle-même au bénéfice des concessions, en l’obligeant partout à association avec les pêcheurs, dont les droits seront garantis par des contrats passés devant l’autorité dont ils relèvent. En sorte que, sans rien aliéner, le Gouvernement pourra ouvrir plus largement la voie et y attirer progressivement ceux que le spectacle des prospérités de l’industrie déterminera à s’y engager.

Si Votre Excellence donne son agrément à ce plan d’organisation, M. le commissaire de l’inscription maritime de la Teste aura soin de faire prendre immédiatement, soit par le bâtiment garde-pêche, soit par des embarcations de louage, sur le banc de Matoc, situé à l’entrée du bassin, qui les lui fournira en abondance, des chargements de coquilles destinées à servir de reposoir au naissain. Mais avant d’en paver la baie, il les laissera à sec sur le rivage tout le temps nécessaire pour les purger des animaux nuisibles qui les habitent ou qu’elles portent, de manière à n’amener sur les fonds à fertiliser que ce qui peut les convertir en un champ de germination.

Pendant qu’on poursuivra la réalisation de cet aménagement général, on portera, vers le mois de mars ou d’avril prochain, aux lieux que j’ai désignés pour la création de deux établissements modèles, un million d’huîtres mères prises, soit dans les chenaux où la pêche est interdite, soit sur les marchés. Ces huîtres seront immergées, comme sur les étalages ordinaires, par rangées parallèles, entre lesquelles on ménagera des chemins pour la libre circulation des hommes de service qui, pendant les grandes marées viendront se livrer aux travaux de l’exploitation. Mais, afin d’éviter les inconvénients qu’une trop longue exposition aux chaleurs excessives ou aux froids rigoureux pourrait occasionner, on fera ces installations dans les points qui découvrent le moins longtemps.

Au-dessus de chacune de ces plates-bandes, on alignera, bout à bout, des caisses de trois mètres de long, de deux mètres de large, de soixante centimètres de profondeur, construites en planches de sapin, défoncées par la partie inférieure, et maintenues à une certaine hauteur au-dessus du sol au moyen de pieux auxquels on les tiendra liées.

Ces caisses, divisées intérieurement aux deux étages par des traverses en bois, à la manière des valises de voyage, recevront dans leur compartiment supérieur autant de fascines qu’on en pourra loger avec leur couvercle garni de stalactites artificielles ; couvercle mobile sur des charnières, qui permettra de suivre, sans le troubler, le travail de la nature, et d‘en écarter les causes qui pourraient lui faire obstacle.

À côté de ces appareils posés comme des cloches, admettant par leur partie inférieure ouverte le naissain émané des étalages, on en établira de complètement clos, dont les côtés seulement seront percés de trous pour la libre circulation des eaux, et, dans ces appareils, également garnis de branchages, on enfermera quelques huîtres en lait, afin de voir s’ils retiennent plus au moins de semence que les premiers.

En d’autres endroits, l’installation consistera à placer les fascines sous de simples planchers collecteurs portés par des traverses fixées à des pieux. Mais le ciel de ces planchers, déchiré en copeaux adhérents, offrira au naissain des lambeaux fragiles qui remplaceront les stalactites artificielles.

J‘ai fait construire par l’équipage du « Chamois » des modèles de ces divers instruments de récolte, que je mettrai à la disposition de l’Administration quand le moment viendra de procéder à leur installation.

Au centre de chacune de ces fermes-écoles, un ponton, surmonté de deux chambres, servira de logement à des surveillants qui contribueront au service des appareils, de concert avec les gardes maritimes Dauris[26], Seveillard, Daillon, agents dévoués, dont le premier surtout se fait remarquer par un zèle ardent. Mais, pour que ces agents trouvent dans leur emploi des moyens suffisants d’existence, j’exprime le vœu que leur salaire soit élevé à 800 fr au moins, soit au moyen d’une subvention temporaire, soit au moyen d’un crédit définitif.

Les surveillants des deux pontons (2 hommes par ponton) seront pris, à tour de rôle, dans l’équipage du bâtiment garde-pêche, parce que le personnel de la flotte, étant soumis à une discipline sévère, offre une sérieuse garantie.

Dans l’état présent des choses, la surveillance générale de la baie est insuffisante. Il n’y a, pour un périmètre de dix-huit lieues et pour dix mille hectares de superficie, que trois gardes maritimes, l’inspecteur des pêches et un petit cutter commandé par un simple patron. Un personnel aussi restreint ne peut évidemment suffire aux exigences de sa charge. Je propose donc de porter le nombre des gardes maritimes à six, de doubler leur solde, d’élever l’inspecteur des pêches à la première classe, afin que la hiérarchie continue à être exprimée par une rétribution supérieure, de faire mouiller le garde-pêche actuel vers le fond du bassin, du côté du Gujan et d’affecter, en outre, au même service, une chaloupe à hélice de 25 à 30 tonneaux d’un faible tirant d’eau, construite sur le modèle de celles qui servent aux approvisionnements des phares, commandée par un enseigne ou par un lieutenant.

Avec ces moyens d’action et le concours de l’industrie privée, une subvention de 20 000 francs permettra de transformer en deux ans, au profit de tous et à l’honneur du Gouvernement qui aura donné les mains à une pareille entreprise, le bassin d’Arcachon en un véritable grenier d’abondance. Ce bassin portera alors, sur ses fonds ensemencés par des établissements de prévoyance, une immense récolte, dont l’étendue peut se calculer d’avance par les richesses que les dépôts permanents commencent à y accumuler.

Mais le coquillage n’est pas la seule moisson qu’on puisse tirer de cet admirable domaine. L’Administration s’y mettra facilement en mesure de créer sur les bords une source non moins précieuse de production, en y organisant, au moyen de tranchées convenablement ménagées, des réservoirs qui amèneront l’excédant de la semence du poisson dans l’intérieur des terres ; question controversée sur laquelle j’appellerai votre attention, Monsieur le Ministre, dans un prochain rapport. … »

Suite à ces recommandations, l’empereur Napoléon III encourage la création des deux parcs expérimentaux préconisés. Cette initiative se révèle opportune en raison de la raréfaction du naissain dans le bassin d’Arcachon.

Sur la demande de Coste, M. Chomel, ostréiculteur de l’État dans la baie d’Arcachon, choisit, au commencement de l’année 1860 pour y faire des essais, les deux emplacements cités dans son rapport : le premier s’étend sur 12 hectares ; il est   situé sur les fonds émergeants de l’Île-aux-Oiseaux[27]. L’autre sur des fonds de même nature du Grand-Cès longeant l’estey de Germanan représente 10 hectares. Ces deux fermes-écoles sont soigneusement aménagées, les terrains recouverts de coquilles de sourdons chargées sur le banc de Matoc, et destinées à servir de reposoir aux naissains que les collecteurs de semences perfectionnés par MM. Lalesque et Lalanne ne retiendraient pas. Aristote qui spécula sur le sexe des huîtres n’avait-il pas constaté qu’elles se fixaient sur les débris d’amphores jetées par-dessus bord des navires de Rhodes ?

Ces parcs – il s’agit des parcs impériaux – sont établis sur des points déjà huîtriers puisque on estime les huîtres existantes à 400 000 dont 50 000 marchandes[28] sur la partie ouest du parc de Crastorbe, à l’ouest de l’estey du même nom, et à 600 000 petites huîtres au Cès[29]. Deux millions d’huîtres mères, « prises soit dans les chenaux où la pêche est interdite, soit sur les marchés », sont semées. Deux pontons – l’un et l’autre placés au centre des deux établissements modèles – servent d’abri à quatre surveillants. Un aviso à vapeur et des bateaux garde-pêche surveillent attentivement l’exploitation et le repeuplement des parcs.

Le docteur Paul-Henri Fischer, aide-naturaliste de la chaire de paléontologie au Muséum d’Histoire naturelle, dit que les plages de l’Île aux Oiseaux sont admirablement disposées pour y établir des claires[30]. « C’est là, en effet, qu’on a creusé deux fosses à titre d’essai. Des huîtres prises dans les parcs du Gouvernement y ont été apportées, et nous avons pu nous convaincre personnellement qu’elles verdissent rapidement et que leur chair est savoureuse et leur viridité parfaite. Cet essai, dû à l’initiative du commandant du stationnaire, encouragera, nous l’espérons, les futurs clarayeurs d’Arcachon. » 

Pour Jean-Pierre Deltreil[31] cette expérience menée en 1863 pour implanter de nombreuses claires submersibles dans les « bas » et même dans les prés salés se serait révélée sans grand succès ; il aurait observé des traces de quatre d’entre elles, conçues sur le modèle charentais[32].

Coste décrit ensuite, par le menu, les modalités pratiques de l’opération et souligne l’importance d’un service de surveillance.

Le bâtiment garde-pêche Le Chamois assure la police des parcs, en liaison avec le brick Le Léger, que commande le lieutenant de vaisseau Blandin et dont l’équipage participe à l’exploitation des deux fermes.

Le 18 janvier 1861, le ministère de la Marine approuve deux marchés passés par M. Filleau, commissaire de l’Inscription maritime de La Teste. L’un concerne « la fourniture et la livraison d’appareils collecteurs de naissain d’huîtres destinées aux dépôts formés au compte de l’État » par les charpentiers Desombres et Monpermey. Le second, conclu avec les fabricants de chaussures Larrieu et Bruel, porte « sur la fourniture et la livraison de 38 paires de bottes de mer destinées aux marins du brick Le Léger employés aux opérations d’ostréoculture (sic) dans le bassin d’Arcachon ».

Le commerce de l’huître, en vogue à l’époque dans la haute société, et grâce au chemin de fer, connaît un essor spectaculaire et les huîtres finissent par se faire rares ; les années 1860 sont marquées par l’épuisement des bancs naturels d’huîtres du Bassin : il est évident que l’exploitation des bancs naturels ne peut se perpétuer indéfiniment. Huit concessions sont attribuées au nord, de part et d’autres de l’Estey de l’île, au sud-est de l’Estey neuf, et au sud-ouest entre Afrique et Gahignon. Une balise surmontée d’un grand numéro d’ordre peint en blanc sur un fond noir est placée à l’une des extrémités de chaque propriété, et reste apparente même aux plus hautes marées. Entre les parcs, des chemins sont réservés à la circulation Des jalons de branches de pin, distribués de distance en distance et décrivant tantôt des cercles, tantôt des trapèzes variés, fixent les limites de chaque parc. Ces concessions occupent les meilleures parties du Bassin ; leur étendue est très variable et dans leurs parties les plus basses, les parqueurs placent leurs collecteurs alignés régulièrement.

Dans le même temps, au mois de mars et d’avril 1860, ce ne sont pas moins de quarante-trois navires chargés d’huîtres venant du Morbihan, de Noirmoutier, de Marennes, de l’île d’Aix et d’Espagne qui entrent dans le Bassin. D’autres navires chargés d’huîtres partent de la Tremblade ; les huîtres sont débarquées à Bordeaux et sont mises dans les wagons du chemin de fer et arrivent à bon port à La Teste[33]. Ces divers moyens de transport y amènent 10 000 000 huîtres pour les particuliers et 500 000 pour les parcs du Gouvernement.

Au fur et à mesure que l’Administration leur livre les crassats, autrefois zones réservées pour l’exercice de la pêche, ce sont cent douze concessionnaires, associés[34] à des marins inscrits, qui exercent la nouvelle industrie – la culture de l’huître plate – sur une étendue de quatre cents hectares de terrains émergents autour de l’île aux Oiseaux et dans le Bassin.

Non content de repeupler les parcs d’Arcachon, en y introduisant des huîtres de diverses parties de l’Europe, et connaissant l’immense succès gastronomique des clams[35] à l’étranger, voyant avec quelle facilité il semble se reproduire, Victor Coste songe à doter nos rivages de quelques mollusques exotiques, « remarquables par leur volume et leur saveur ».

Sa première tentative d’acclimatation se fait dans le Bassin d’Arcachon. Voici ce que rapporte le D. P. Fischer : « En 1864, nous avons visité, en compagnie du commandant du stationnaire, les fonds émergents situés au nord-est de l’île des Oiseaux. Là, sont déposés dans une excellente situation, les Mollusques d’Amérique expédiés par M. Coste.

Un premier envoi de Clams a été expédié à Arcachon, en 1861 ; en 1863, nouvel envoi. Ces Mollusques, reçus en bon état, sont placés dans un parc spécial entouré de fascines. Ils y vivent, enfoncés dans le sable, à une profondeur variable qui atteint un décimètre et davantage. Les animaux sont robustes et bien portants ; ceux du premier envoi ont accru leur coquille de 2 centimètres environ ; ceux du deuxième envoi de quelques millimètres seulement. Malgré nos recherches, il nous a été impossible de trouver de jeunes individus. La ponte n’a donc pas eu lieu en France, ou bien les embryons ont été dispersés par les courants. »

 Ainsi, les mollusques amenés à grands frais d’aussi lointaines régions, grâce à la puissance vitale qu’ils possèdent, ont pu continuer à croître dans leur nouvelle patrie d’adoption ; mais ils se sont refusés à faire souche. L’expérience, il faut bien en convenir, ne manquait pas d’une certaine hardiesse. Mais a-t-elle bien été faite dans toutes les conditions voulues pour s’assurer complète réussite ? Il est à craindre que non. H. Ruckebusch, Inspecteur Régional du Contrôle Sanitaire explique[36]  que le sol doit être suffisamment meuble, mais non mobile, pour permettre au jeune Clam de s’enfoncer dans la couche superficielle de un centimètre. Or, sur l’Île aux Oiseaux, le fond de la partie N.E., constitué de vase molle d’une assez grande épaisseur (on ne peut parcourir ce crassat qu’équipé de mastouns[37]), est soumis à l’influence d’un courant assez fort qui entraîne le jeune mollusque.

« L’Ostrea Virginica[38], dit le D. P. Fischer, a été également l’objet de deux envois, en 1861 et 1863. Les Huîtres ont été déposées dans un petit parc du bassin d’Arcachon qui ne diffère en rien des parcs du gouvernement où l’on élève l’Ostrea edulis.

Les huîtres d’Amérique nous ont paru de taille médiocre, elles ont à peine augmenté leurs dimensions. L’examen des valves ne montre pas de naissain appartenant à leurs espèces. Les jeunes huîtres qui y sont fixées offrent les caractères distinctifs de l’Ostrea edulis. »

Après l’installation des parcs modèles de Coste à Paysan et Crastorbe, à Lahillon et au Petit Cès, les demandes affluent : de 297 en 1865, le nombre des parcs atteindra 6 750 en 1903, puis il diminue régulièrement ; en 1915, il y a 3 485 concessions occupant 1 947 ha ; 2 080 seulement sont maintenues après la crise de mortalité. En 1928, le bassin d’Arcachon renferme 3 266 parcs dont la superficie totale est de 1 015 ha.

Avant l’invasion quasi-totale de la portugaise, les huîtres plates occupent tous les parcs des zones nord et ouest délimitées par les chenaux de Cousse, de Girouasse et de Mouchtalette ; les zones est et sud sont mixtes. Les groupes de l’ouest sont d’autant plus riches en collecteurs qu’ils sont plus voisins de la passe ; le Grand Banc, le platin de l’Île-aux-Oiseaux, Lahillon, etc., sont les emplacements les plus productifs.

En 1927, les collecteurs se posent plus loin des passes ; le Ferret, le Grand-Banc et le sud de l’Île-aux-Oiseaux sont à peu près abandonnés. Par contre, les zones nord, est et sud sont abondamment garnies de ruches. De plus, les parqueurs forment des dépôts importants de coquille de sourdons sur les crassats de Comprian, du Grand Verdura, des Salines, mais surtout sur celui de Piréou.

Est-il possible d’évaluer le nombre des collecteurs ? Il n’y a pas de concessions affectées spécialement au captage du naissain ; les ruches sont posées en bordure des chenaux, au bas des parcs d’élevage. Des 1 500 parqueurs du bassin, près des 2/3 posent des collecteurs, 6 à 7 000 tuiles chacun, à raison de 100 ou 120 par ruche. Nous arrivons ainsi à 6 ou 7 millions de tuiles. Chaque tuile donne en moyenne 150 naissains, (ces tuiles sont plus grandes que celles employées en Bretagne). Nous arrivons donc au chiffre formidable de : un milliard d’huîtres récoltées. Ce résultat place le bassin d’Arcachon au premier rang des centres de production.

En 1863, Arnaud Coycaut négociant et armateur de pêche de la Teste lance son entreprise, la société Coycaut-Boussang[39] et Cie avec le chalutier à vapeur « Émile Pereire », suivi en 1864 de l’« Hubert Delille[40] ».

Le 28 mars 1864, Coycaut propose à ses collègues de la Société scientifique, « une excursion en mer (à bord de l’Émile Pereire), où il sera fait l’essai d’une puissante drague qui permettra d’extraire des mollusques, des crustacés et autres productions sous-marines ». Constatant la pénurie d’huîtres dans le Bassin d’Arcachon, il décide d’y introduire l’huître creuse portugaise. Bien que l’autorisation lui ait été accordée par arrêté du préfet maritime de Rochefort le 17 décembre 1865 ce n’est que le 5 janvier 1867 que la première cargaison est débarquée du vapeur Anglais « Speedwell » sur les crassats de Grahudes.

L’une de ces expéditions d’huîtres du Portugal reste gravée dans les mémoires : Coycaut arme[41] le brick de haute mer « Le Morlaisien » commandé par le capitaine Hector-Barthélémy Patoizeau[42] qui, en avril 1868, doit ramener de Setúbal[43] un fret de 600 000 « portugaises[44] ». La légende raconte «  qu’une tourmente de tempête d’équinoxe » (le soleil s’était-il attardé cette année-là ?) l’oblige à rentrer dans l’estuaire de la Gironde ; Patoiseau tente en vain de vendre sa marchandise à Bordeaux mais les services sanitaires la jugeant impropre à la consommation l’en empêchent, et il rebrousse chemin. Il se met à la cape, le 14 mai 1868, au sud des Marguerites[45]. Commençant à avoir, comme on dit, du « sentiment », la cargaison est jetée par-dessus bord ; elle donne naissance au fameux banc[46] qui vit, un siècle durant, détroquer les femmes de Talais au bénéfice des autres régions ostréicoles.

D’autres envois suivront pour le compte de Coycaut jusqu’en 1871.

Sept ans plus tard, il échoue (ce qui est grave pour un armateur) et meurt ruiné, entraînant son entreprise avec lui.

Arcachon a un jour compté un troisième parc impérial … à huîtres établi à Lahillon et implanté entre juin 1863 et janvier 1865 par l’équipage du Léger. La preuve en est portée par M. Chomel commandant le garde-pêche d’Arcachon. Mais je ne vois pas l’empereur, sa femme, ni le petit prince prendre leur pinasse le matin pour aller soigner les huîtres… La première récolte est vendue au profit de Notre-Dame d’Arcachon.

L’ensemble des parcs connaît de rapides succès, et survit deux ans au Second Empire ; ils auront rempli le but qui leur avait été assigné au départ. L’industrie privée prend alors le relais  Le 20 décembre 1872 les parcs impériaux de Paysan et Crastorbe sont concédés à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, à charge pour celle-ci de réserver au repeuplement un tiers des huîtres susceptibles d’être enlevées.

Le grand problème est celui du captage du naissain. La recherche d’un procédé satisfaisant dure dix ans. On essaie des fascines, des planches brutes puis chaulées, enfin les tuiles. En 1865 seulement, et après bien des essais, le maçon Michelet met au point une formule de chaulage des tuiles qui permet le détroquage ; l’ostréiculture moderne est née.

En 1871, il existe 21 huîtrières naturelles. Deux disparaissent en 1873, ensablées (Truc du Noël et pointe du Tés). Les autres occupent 200 hectares.

Durant l’été 1872, Harry Scott Johnston, directeur des Pêcheries de l’Océan, demande[47] l’adjudication du fermage de l’Île des Oiseaux, pendant 50 années, dans le but d’y créer des réservoirs à poissons et des parcs à huîtres. Ce sont surtout les emplacements couverts et découverts par les eaux que M. Johnston veut affermer en vue de la création d’établissements de pêche.

Cette demande tombe comme un cheveu sur la soupe car la question de savoir si les portions du domaine public maritime, susceptibles d’être affectées à la création d’établissements de pêche, devaient être mises en adjudication publique vient d’être récemment examinée et résolue négativement. Une autre considération importante s’oppose d’ailleurs à ce que la création de réservoirs à poissons ou de parcs à huîtres soit autorisée d’une manière générale autour de l’Île aux Oiseaux car les crassats, journellement recouverts par la mer, sont de vastes frayères naturelles, qu’entretiennent de nombreux chenaux où le poisson trouve un refuge et une nourriture abondante : la conversion de ces terrains en réservoirs ou en parcs priverait la pêche libre d’une source féconde de produits. « Il serait peut-être, en outre, imprudent, ainsi que le fait remarquer le commissaire de l’inscription maritime à La Teste de diminuer nos frayères naturelles déjà si réduites au moment où des engins puissants, mus par la vapeur[48], labourent à outrance les fonds qui avoisinent le Bassin d’Arcachon. »

La demande de M. Johnston n’a pu être accueillie favorablement ; cependant, cette année-là, Harry Scott acquiert les « prés salés est[49] » à La Teste qui sont déjà endigués.

Bouchon-Brandely, inspecteur des pêches maritimes au Ministère de la Marine, rapporte[50] « qu’une bonne partie (des huîtres) a été livrée à la consommation dans des conditions peu favorables à la vieille réputation des gravettes d’Arcachon. »

Dans son rapport, on peut lire que : « Le personnel affecté à la garde du bassin comprend deux inspecteurs et seize gardes maritimes. Les deux premiers passent une partie de leur temps à mesurer les parcs, à en vérifier les limites et à recueillir les renseignements, à l’aide desquels on en dresse depuis dix ans la carte complète, véritable toile de Pénélope, … »

En juillet 1875, lors de l’assemblée de la Société scientifique, Dmokowski propose d’élever à Arcachon une statue à Coste à qui l’on devait « le développement considérable de l’industrie ostréicole dans la contrée ». On nomme une commission, chargée d’étudier la proposition qui … sombre dans l’oubli !

Comment se porte cette industrie ? Voici ce qu’en dit François Coppée[51] le 19 septembre 1883 :

« Malgré toutes les précautions prises, – et, dans cette industrie de fraîche date, on en découvre constamment de nouvelles, – il faut compter sur beaucoup de déchet. Grâce à la découverte de Coste, rendue pratique par l’invention du collecteur, due au docteur Kœmmerer, et par d’autres procédés trouvés par les gens du métier, l’élevage des huîtres est, à l’heure qu’il est, il faut le dire, exceptionnellement favorable pour ce genre d’exploitation, produit, chaque année, une énorme quantité d’huîtres, et la seule île aux Oiseaux, où sont les parcs de M. Laroque, en expédie plus de vingt-cinq millions aux quatre coins de l’Europe. »

Et il rajoute : « Vous connaissez le vieux et cynique proverbe : « En août, ni huîtres, ni femmes, ni choux[52] ».

Vers 1888, le « Guide d’Arcachon » dit que: « Tous ses rivages (de l’Île aux Oiseaux) sont bordés de parcs aux huîtres, et plus au large, des pontons d’exploitation.»

À la fin du XIXe siècle, Paul Adolphe Kauffmann, dans « Le tour du monde : nouveau journal des voyages[53] » rapporte : « Comme nous étions aux derniers jours de septembre, ma bonne étoile me faisait assister aux premiers travaux de l’année ostréicole, qui commence au 1er septembre pour finir au mois de juillet.

Le sol qui devait contenir les claires venait ces jours derniers d’être débarrassé au préalable de ses matières inutiles ou nuisibles, herbes marines ou moussillon, mais on en avait conservé une certaine quantité dans la partie avoisinant la construction de l’écluse de séparation, afin d’éviter le creusement qui pourrait se produire en vidant la claire. Précisément à ce moment quelques marins, sous la direction du contremaître, organisaient tout un système de claires ou bassins. Voici en quoi consiste ce travail : les claires sont placées de préférence dans la partie la plus basse de l’exploitation, afin de rester à chaque marée le moins possible à découvert, et disposées de façon à ce qu’elles soient à l’abri du mauvais temps et de la mer de fond. Leur longueur varie entre 40 et 50 mètres sur une largeur de 10 à 20. Une digue les entoure, mesurant 0m 30 de hauteur sur 0m 50 à 0m 60 de largeur. Elles sont solidement construites en argile que l’on prend généralement dans les hautes terres de l’Île aux Oiseaux. […]

Ces digues permettent aux claires de conserver l’eau qu’elles contiennent, lorsque la marée est basse. Afin de les maintenir solidement, on les entoure de planches de 0m 02 à 0m 03 d’épaisseur, appuyées à de forts piquets qui, solidement enfoncés dans le sol, les relient entre elles et les tiennent ainsi encadrées ; ces piquets sont placés extérieurement et intérieurement à un mètre d’intervalle. Ces planches sont d’une largeur d’environ 0m 20. Il faut éviter avec soin qu’il y ait le moindre vide, soit au-dessus, soit au-dessous. Au-dessus de ce blindage de planches, on fixe une sablière de 0m 30 de largeur faisant saillie des deux côtés. Cette sablière est destinée à arrêter les crabes et autres destructeurs de même nature, lesquels, attirés par les jeunes huîtres, rampent autour des claires ainsi fortifiées, s’épuisent en efforts inutiles et, grâce à l’infranchissable sablière, sont obligés de rebrousser chemin. …

Entre chaque claire est installée une petite écluse qui permet l’écoulement et l’assèchement provisoire du sol, lorsque celui-ci a besoin d’être nettoyé, débarrassé de ses impuretés et ensablé au fond, pour recevoir le semage des huîtres jeunes. »

Des réserves d’huîtres plates avaient été jadis aménagées par l’État, à Hautebelle, au Cès, au Maubinot, au Bouc, à Comprian ; elles sont supprimées en 1907.

Vers 1910, 26 gisements sont classés, mais en réalité il n’en existe déjà plus que 13, très appauvris : ce sont les bancs du Ferret, Balherbe, Hautebelle, Chenal-de-Ville, Maubinot, Courant, Audenge, Comprian, Gujan, Arams, Navire-Brûlé, Cousse et la Pointe du Congre. Aucun d’eux n’existe plus. Par contre, des portugaises s’agglomèrent dans certains endroits, au sud-est du bassin, et forment de véritables gisements.

Les procédés des détroqueurs qui, pour récolter les jeunes portugaises avec plus de commodité, amènent les blocs, grosses et petites, à terre et y abandonnent les huîtres mères, en auraient rapidement amené la destruction. Aussi les a-t-on classés en 1927. Ils sont situés dans les chenaux de Comprian (de l’embouchure à 3 km en amont ; ce gisement est particulièrement riche vers Carguefond), Audenge (de l’embouchure à 3 km. 500 en amont), Lanton (de la pointe de Piréou à 3 km. 500 en amont), Gujan (de l’estey de Gaillard à celui de Mestras, soit 2.500 m). Sauf celui de Lanton, ils occupent les emplacements d’anciens gisements d’huîtres plates. Ces huîtrières forment un appoint précieux pour la production du naissain. Celui-ci provient pour la plus grand part des huîtres parquées. Mais si, lors de certaines fins de campagne, tous les parcs sont encore garnis et contiennent beaucoup de sujets reproducteurs, on a vu, en 1924, les affaires être très actives, et vendre jusqu’aux huîtres de 18 mois. L’année suivante, peu de naissain ; certains s’en étonnent et parlent d’une « crise de la portugaise ». Une réserve d’huîtres plates existe de nouveau au Cès, où des huîtres plates achetées dans le Morbihan sur les crédits de l’État sont répandues en février 1927. Malgré la surveillance, le succès ne semble pas avoir couronné cette tentative de repeuplement. Beaucoup de ces huîtres meurent ; peut-être les survivantes acclimatées procréeront-elles largement. Les stocks d’huîtres plates qui existent encore dans la baie, en particulier au Cap Ferret produisent en 1927-28 une quantité appréciable de naissain ; aussi leur exportation est-elle entravée, sinon interdite, à la demande même des ostréiculteurs !

Et pour conclure ce propos, sachez que le système sexagésimal nous vient de la Mésopotamie : les huîtres se mangent à la douzaine ! (les commerçants en ajoutent une treizième, au cas où, dans le lot, une huitre serait avariée…)

 

« Audenge 1764, les débuts de l’ostréiculture dans de Bassin… », Pierre Labat, bulletin SHA n°37, 3e trimestre 1983.

https://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fdocplayer.fr%2Fdocs-images%2F78%2F77322947%2Fimages%2F15-0.jpg&imgrefurl=http%3A%2F%2Fdocplayer.fr%2F77322947-Bulletin-pays-o-bueh-bja-ca-chon-pavs-de-buch-et-communes-limitrophes.html&tbnid=2-B9cnOqeNms4M&vet=10CHsQMyihAWoXChMI0MTA9IOc5wIVAAAAAB0AAAAAEAM..i&docid=UEIgAMr7YXHayM&w=1023&h=745&q=%22amiraut%C3%A9%20de%20guyenne%22%20%22la%20teste%20de%20buch%22&hl=fr&ved=0CHsQMyihAWoXChMI0MTA9IOc5wIVAAAAAB0AAAAAEAM

&

http://docplayer.fr/77322947-Bulletin-pays-o-bueh-bja-ca-chon-pavs-de-buch-et-communes-limitrophes.html

Une institution respectable, la Société scientifique d’Arcachon. Bulletin SHA

https://www.shaapb.fr/une-institution-respectable-la-societe-scientifique-darcachon-i/

Carte photographiée à la Société scientifique d’Arcachon.

Une histoire du Bassin : Arcachon, entre Landes et océan, Jacques Bernard, Marie-Josèphe Pajot-Tauzin, Jacques Plantey, [et al.] ; sous la dir. de Charles Daney et de Michel Boyé, 1995

https://books.google.fr/books?id=WdrsDwAAQBAJ&pg=PT210&lpg=PT210&dq=Dmokowski+%22plan+du+bassin%22&source=bl&ots=Jv5L2cZ2Xs&sig=ACfU3U3RSRf7fPIatOwzpHSQzW4fWoGxUQ&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjStu28vL30AhVIKBoKHe27AMAQ6AF6BAgCEAM#v=onepage&q=Dmokowski%20%22plan%20du%20bassin%22&f=false

Annuaire “Chaix” des chemins de fer, 1853

https://books.google.fr/books?id=JO6jKBGqbbIC&pg=PA26&lpg=PA26&dq=%22Dmokowski%22&source=bl&ots=5crAE4-AH-&sig=ACfU3U0NS2OHCYcZ9GgbuPMn72P0eWaqLw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwie99eF9r30AhVJTBoKHTfGAisQ6AF6BAgOEAM#v=onepage&q=Dmokowski&f=false

« Contrôle sanitaire ostréicole », DLouis Lambert, Revue des Travaux de l’Office des Pêches maritimes

https://huitresyvandernis.com/wp-content/uploads/2020/05/historique_huitres_XXeme_siecle-min.pdf

L’Île aux Oiseaux, Raphaël Vialard, 2013

Naissance de l’ostréiculture, sur Ré, au XIXe siècle, Jacques Boucard, 2017.

https://cdciledere.fr/sites/default/files/publications/resume_naissance_de_lostreiculture_jacques_boucard.pdf

« Notes préliminaires sur les gisements de mollusques… », J. Guérin-Ganivet, Bulletin de l’Institut Océanographique, n° 135, 15 mars 1909

file:///C:/Users/rapha/Downloads/bulletin-n135.pdf

L’évolution de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon, Rémy Ladouce

file:///C:/Users/rapha/Downloads/333899.pdf

Voir https://htba.fr/file/SHAA_084.pdf

1894 – Bassin d’Arcachon, parcs à huitres, Poisson

Carte des parcs ostréicoles dressée en 1894 par Schaerff et dessinée par J. Poisson architecte à Bordeaux « indiquant les emplacements des parcs à huîtres autorisés par M. le Ministre de la Marine, levée avec le concours des Inspecteurs des pêches du Quartier de La Teste, MM. Meynier, Bayle & Dupouy, dressée par M. Schaerff, Commis Principal du Commissariat de la Marine, dessinée par Mr J. Poisson ». On y remarque notamment le grand nombre des concessions qui occupaient tout le pourtour de l’île aux Oiseaux et tous les espaces possibles entre les principaux chenaux du Bassin. On en n’en trouvait par contre aucun le long de la côte est du cap Ferret.

En 1896, en page 67 du « Guide d’Arcachon » de Gabory, on lit : « Sur ses bords (de l’Île aux Oiseaux) sont situés grand nombre de parcs à huîtres, au-dessus desquels (dorment) sur l’eau, à marée haute, des pontons, larges bateaux plats pourvus d’un toit en voûte peint en blanc. C’est là la demeure des gardiens de parcs. Quand la mer baisse, le ponton, qui est affourché, c’est-à-dire retenu par deux ancres, descend sur le parc et reste à sec.

Ces bords forment des bancs nommés crassats, qui découvrent à chaque marée »

L’inspection de la carte montre, même à première vue, qu’on peut répartir ces concessions en plusieurs groupes bien délimités par les chenaux qui serpentent dans l’étendue du bassin à marée basse et dont les principaux sont le grand chenal Teychan, le chenal du Piquey, les chenaux d’Arès, de la Girouasse et de Mouchtalette, du Courant, de Gousse et de Gujan.

  1. Un premier groupe de concessions s’étend du Cap Ferret au nord-est de la dune de Jan de Boy, et comprend toutes les concessions numérotées 48 à 66. Plage du Ferret (48), Bélisaire (49), la Vigne (50), la Villa Algérienne (51), l’Herbe (52), le Canon (53), Piraillan (54), Piquey (55), le grand Coin (56), les Truquets (57), Caballeyrots (58), Guian (59), Bouilla (60), Sangla (61), Drole (62), Poutey (63), Graouey (64), la Réousse (65), Tatchot (66). Tous ces groupements bordent à l’ouest le littoral du bassin ; ils sont d’autant plus riches en collecteurs qu’ils sont plus voisins de l’entrée de la passe.
  2. Un deuxième groupe très étendu est compris entre les chenaux d’Arès, de Hautebelle et de Lège d’une part, et de Mouchtalette de l’autre, et limité au sud par le prolongement du chenal du Piquey et le chenal de la Girouasse. Il comprend tous les groupements de concessions numérotés 67 à 119. Grueyres (67), Guide (68), Batchat (69), Gardet (70), Rade Gardet (71), Craqueyrots(72), Matte d’Arès (73), Bergey (74), Hautebelle (75), Canelette (76), Règue (77), Payotte (78), la Hosse (79), Gargeys (80), Miracle (81), Berlot (82), Pitchouneou (83), Marchambaou (84), Touilles (85), Plateou (86), les Argiles (87), Bounon (88), les Graouères (89), les Douilles (90), le Petit Cès (91), le Grand Cès(92), Germanan (93), Crastères (94), Boulejon (95), Germananot (96), Biaou (97), Lantounes (98), Boucat (99), Gréco (100), Hagney (101), Pergeot (102), Maubin (103), Matte de Maubin (104), Lorbègue (105), la Peyre (106), Rastillot (107), Matte de Tagne (108), Grignard (109), Matte de Grignard (110), Mauret (111), Tit (112), Gabatch (113), Tatchot (114), Lucasson (115), le Bouc (116), Matte longue et Ferreyron (117), Matte de Boucat (118), Lahillon (119). Toute cette étendue est sillonnée par de nombreux chenaux ou esteys qui la découpent en crassats plus ou moins sinueux dont les principaux sont les chenaux de Graveyron, de Ville, de Germanan, du Bouchot, de Pelissey, d’Andernos, de Maubin, etc. Les points les plus riches en collecteurs sont situés vers le sud (région du Cès, Graouères, Germanan, concessions de Lahillon). Dans le nord, les concessions ne sont pas aussi fertiles ; il n’y a guère d’entretenus que les parcs qui sont au voisinage immédiat des chenaux ou des esteys. Souvent même les parties les plus élevées, émergeant entre les chenaux, ne sont pas concédées, ou ne sont que des concessions inexploitées ou abandonnées.
  3. Un troisième groupe est compris entre les chenaux de Mouchtalette et de Taussat, le chenal de Courant, le chenal de Teychan et ses prolongements vers l’est (chenal de Comprian et de la Bougesse). Il comprend toutes les concessions numérotées 120 à 146. Baillet (120), Loscle (121), Hagnette (122), Estey Tort (123), Grands et Petits Marrouquets (124), Dispute (125), Plateau de Garrèche (126), Loc Blanc (127), Bourru (128), Essillat ( 129); Petche (130), Truc de Gorp (131), Salos (132), Gorp (133); puis, séparés des précédents par le chenal de Lanton et l’estey de Cassis : le Pont (134), Branne (135), Puant (136), Piréou (137), Passant (138), Cap de Prat (139), Ilet de Branne (140) ; enfin, séparés de ces derniers par les chenaux de Certes et d’Audenge : Banc de Sable (141), Sableyre (142); Comprian (143), Pradia (144), Matte Sardinière (145) et Dous (146). Toute cette région de la baie, dont la première partie est sillonnée de nombreux chenaux, entrepose une quantité considérable d’huîtres portugaises. De même que dans la précédente, les crassats les plus en amont n’ont de concessions qu’au bord même des chenaux.
  4. Le quatrième groupement est compris entre les chenaux de Comprian et de la Bougesse d’une part, et le chenal de Gujan. Les concessions qu’il comprend sont numérotées de 147 à 159. Carquefond (147), Baoure (148), Marsoupe (149), Coustey (150), Lahillaire (151), Passant (152), Teich (153), les Arrouillats (154), Tès (155), Pointe du Tès (156), Betet (157), Petit Verdura (158), Grand Verdura (159).
  5. Le cinquième groupement, contigu aux laisses de basse mer avoisinant immédiatement les rives de la baie, comprend en dehors des concessions isolées de Matelle (160) et de Matelette (161), toutes celles qui sont situées au Nord des prés salés de la Teste et de Gujan. Elles portent les numéros 162 à 172. Mestras (162), Salines (163), Larras (Larros ?) (164), Barrouleyres (165), Gaillard (166), Angoulins (167), Maoureou (168), la Hume (169), Lucarnan (170), Bordes (171), Arams (172). De nombreux esteys traversent aussi ces concessions que les huîtres portugaises occupent en même temps que les huîtres indigènes. Il reste à indiquer deux derniers groupements qui sont complètement isolés à marée basse.
  6. Ce groupement est le plus central de tout le bassin ; il est compris entre les chenaux de la Girouasse, de Cousse, du Courant et de Teychan. Ces concessions sont numérotées de 173 à 181. Les Moussettes (173), Hagnous (174), Macaque (175), Grahud (176), Humeyre (177), Navire brûlé (178), Gailloc (179), Courant (180), Nègre (181). Les huîtres portugaises y sont également présentes et en grande abondance.
  7. Enfin le septième groupement est constitué par les parcs compris dans la laisse de basse mer de l’île aux Oiseaux et dans les quelques bancs situés au sud. En dehors du banc de Mapouchet (182), les concessions de l’île aux Oiseaux sont numérotées de 183 à 200. Congre (183), Paysan et Crastorbe (184), Port de l’Île (185), Nord de l’Île (186), Jalles (187), Jeanne Blanc (188), Marens (189), Afrique (190), Ganelon (191), Courbey (192), Réousse (193), Badoc (194), Tatchot (195), Pelourdey (196), Gahignon (197), Bray (198), les Hosses (199), Estey Neuf (200). Trois esteys importants partagent au sud ce groupement : ce sont les esteys de Réousse, d’Afrique et de Pélourdey. Il ne reste plus à signaler que les concessions du Grand Banc (201), du Banc Blanc (202) et celles qui forment au voisinage de la plage du Moulleau, les seules concessions de l’est de la passe d’entrée (203).

Toutes ces concessions sont plus ou moins favorisées en raison des situations plus ou moins avantageuses qu’elles occupent dans le bassin. Aussi les redevances que les concessionnaires paient à l’État sont-elles différentes et réparties en trois classes, suivant que la portion du crassat qui leur est attribuée présente plus ou moins d’avantages, plus ou moins de chances de réussite.

Alors que, depuis quarante ans, les Portugaises y ont rempli de nombreux parcs, leur prolifération est encore déclarée impossible en 1909 par un de nos éminents naturalistes qui mentionne « leur inaptitude inexpliquée à se reproduire dans les eaux du Bassin d’Arcachon ». Sans doute, les deux espèces rivales, plate et portugaise, pourraient cohabiter (comme l’huître et la moule cohabitent) ; sans doute, la plupart du temps, la portugaise ne détruit pas l’huître plate, mais s’implante après la disparition de celle-ci et prend simplement sa place.

Il n’en convient pas moins de préserver l’huître plate contre une concurrence vitale redoutable et de lui réserver sa place jusqu’à ce qu’on soit assuré qu’elle sera incapable de la reprendre.

En 1920, l’huître plate (Ostrea edulis) disparaît du Bassin[54], supplantée par la portugaise (Crassostrea angulata).

En octobre 1936 un article de Simone Legrand consacré au Bassin d’Arcachon paru dans la revue du Touring Club de France fait la description des travaux ostréicoles autour de l’île : « Des haies de pieux et de lattes dessinent le réseau cadastral du parc. Les longs pieux incrustés de coquilles semblent onduler dans l’eau comme des serpents. Le fond étincelle de débris d’écailles nacrées. Protégés par des branchages, les collecteurs sont alignés ; ce sont des cages treillagées, remplies de tuiles sur lesquelles se colle et se développe le naissain. Une seule huître donne naissance à 1.000.000 d’embryons cilés. Mais la marée, les poissons et les oiseaux en font disparaître la plus grande partie et l’ostréiculteur lui-même fait une sélection parmi les jeunes éléments qu’il détache des collecteurs pour les porter dans le champ d’huîtres où ils vivront encore trois ans avant d’être définitivement recueillis et vendus. A côté de leur pinasse à demi échouée dans la vase, un homme en côte bleue, et une femme en larges pantalons et capeline noire, travaillent les jambes dans l’eau. Courbés sous le soleil, ils réparent des lattes. L’homme m’a appris que l’huître était cultivée dans le bassin depuis près de 100 ans, mais que la culture méthodique et fructueuse n’avait guère commencée qu’au moment où l’huître portugaise s’était introduite accidentellement dans le bassin et s’y était développée dans des proportions extraordinaires.

À l’époque de la prospérité d’Arcachon on comptait 300 000 cages ostréophiles comme celle que vous voyez là madame ! Puis, avec un soupir, « Mais ce beau temps là est passé la crise ! La crise ! » et les dos se recourbent, la marée va remonter, il n’y a pas de temps à perdre ».

C’est alors qu’en 1971, la portugaise est décimée à son tour, à la suite d’une épizootie. Suite à une importation expérimentale, elle est remplacée par l’huître japonaise (Crassostrea gigas)[55].

Il en est des huitres comme des vins : le « cru[56] » de l’île aux Oiseaux produit ses huîtres sur le plus ancien et le plus vaste des terroirs ostréicoles du Bassin.

 

 

Les parcs profitent à plein du rôle régulateur des eaux provenant de l’Eyre mélangées à celles du large. Sels minéraux nourrissants et flore planctonique intense sont les grands atouts du site pour donner des huîtres qui, au nez, véhiculent des arômes de champignon, tandis qu’en bouche on retrouve un croquant au goût de noisette.

 

Un blanc sec qui n’a pas peur de se mouiller

Partant du constat que les bouteilles du Titanic ont été remontées intactes, Franck Labeyrie, propriétaire du château du Coureau, à Haux, veut faire vieillir son « blanc des cabanes » à l’ombre de l’île ; il associe à son projet Nicolas Labarthe, dit le Paliquey, ostréiculteur à Meyran. L’élevage d’huîtres en eau profonde cède la place au vin blanc.

Patatras, après un article paru dans le journal Sud Ouest quelques jours après cette immersion, les défenseurs du Bassin d’Arcachon manifestent ; le préfet Francis Idrac écrit à Nicolas Labarthe une lettre l’invitant à stopper cette expérimentation

Labarthe ne s’en laisse pas compter et les Affaires Maritimes lui accordent une AOT (autorisation d’occupation temporaire) sur un banc de 50 m²coincé entre les tables ostréicoles de l’Île aux Oiseaux.

Immergées pendant quatre mois, à 3 m de profondeur dans des poches à huîtres, les premières bouteilles – 2 000 bouteilles de vin blanc sec, Château du Coureau 2008 -, sont remontées ; les bouteilles, « décorées » de coquillages, ont acquis un « plus » marketing indéniable.

Cette expérience débouche, en 2009, sur une dégustation organisée dans le cadre de Vinexpo. On constate que le vin a gagné en subtilité.

Le 1er mai 2009, seize bouteilles de Rhum Vieux Clément se joignent à l’aventure…

 

https://conservatoirepatrimonialbassinarcachon.fr/cpbamodules/module/5/487

 

http://cartelie.application.developpement-durable.gouv.fr/cartelie/voir.do?carte=sml_cultures_marines_sc&service=DDTM_33

 

Attention ! Certains prétendent qu’il s’agit de la  « Première (et unique ?) carte de l’ensemble des parcs ostréicoles ». Pourquoi prétendre de telles inepties ?

[1] Selon L. Zella Maître de Conférence à l’Université de Blida, et D. Smadhi membre de l’Institut Algérien National de Recherche Agronomique.

[2] Né vers l’an 23 ; en 79, Pline est victime de sa propre curiosité : il meurt asphyxié par des vapeurs sulfureuses en voulant observer de trop près l’éruption du Vésuve à Pompéi. C’est son neveu Pline le Jeune, qui le racontera vingt ans après.

[3] Pour le préparer on laisse fermenter les huîtres et on arrête la fermentation lactique dès que les chairs tombent en bouillie et donc avant qu’elles n’aient le temps de s’hydrolyser ; celui-ci évoque la sauce chinoise aux huîtres, une variante du nuoc-mâm.

[4] Ausone ou Decius ou Decimus Magnus Ausonius, naît soit à Bazas soit à Bordeaux en 309/310 et meurt en 394/395 dans la villa paternelle située dans le vignoble entre Langon et La Réole où il s’est retiré à la mort de son protecteur Gratien. Poète, il est aussi professeur et conseiller politique du Bas-Empire romain, préfet du prétoire des Gaules en 377-378, consul en 379, puis proconsul d’Asie. Son père, Jules Ausone (287-377), est médecin, préfet d’Illyrie et archiatre de Valentinien Ier. Sa mère Attusa Lucana Sabina est la fille du sénateur Attusius Lucanacus Talisius.

Et s’il fallait en rajouter une couche… d’Ausone, il se dit que sa tombe serait dans l’ermitage monolithe de Mortagne-sur-Gironde mais, à notre avis, il pourrait y avoir méprise dans cette légende avec son homonyme, né à Mortagne au IVe ou Ve siècle, premier évêque d’Angoulême et enterré à Angoulême, à la limite de la ville.

[5] Épist. XII, lib. VIII.

[6] Pantagruel, liv. IV, chap. VI.

[7] « Historiae sui temporis », 4e tome (publié en 1608) par Jacques-Auguste de Thou

[8] Jean de Thumery, conseiller au Parlement, Antoine Loysel, avocat, et Pierre Pithou, procureur général en la Chambre de justice de Guyenne

[9] Il s’agit d’un pigment vert produit par une algue phytoplanctonique, la navicule bleue, Haslea ostrearia.

[10] AD Gironde C 1042 : notes des 22-11-1745 & 27-11-1746.

[11] Résumé d’observations sur la Commission de Sa Majesté (Louis XVI) décernée à M. le baron de Villers, pour l’examen du projet de former un port au Bassin de la Teste-de-Buch – Manuscrit conservé à la Bibliothèque de la ville de Bordeaux.

[12] Quelques érudits s’avancent même à prétendre que La Teste doit son nom aux coquilles (testa) qui couvrent ses rivages ! Cette étymologie circulait déjà à l’époque de Thou qui a pris la peine de la mentionner dans ses « Mémoires de la vie » en 1582: « Quelques-uns prétendent que cette ville tire son nom d’un rocher qui la domine, et qui est couvert d’une grande quantité de tests ou d’écailles d’huîtres que produit le voisinage de la mer ; ce qui ne me paraît pas invraisemblable car le mot latin testa ne signifie point ce qu’entendent les Gascons dans leur langue par le mot de teste. » (Mémoires de la vie de De Thou (par lui-même), etc., liv. H, p. 59. — Rotterdam, 1711)

[13] – Les marais de la Seudre, dans lesquels on entrepose les huîtres après l’élevage en mer, abritent une algue microscopique qui colore l’huître de son pigment. À la fin du XVIIe siècle, le scientifique anglais Sprat, est l’un des premiers à étudier le phénomène. Mais c’est Gaillon qui identifie en 1820 l’agent responsable du verdissement de l’huître : un micro-organisme classé dans le genre « Navicula ». La navicule bleue est en fait le nom familier de Navicula ostrearia, une microalgue ou diatomée, de 100 microns de long et 10 microns de large. En 1886, Edwin Ray Lankester, zoologiste britannique appelle marennine, le pigment bleu vert sécrété par les diatomées et retenu par les huîtres.

https://www.leshuitresmoissenot.fr/2018/12/22/pourquoi-les-hu%C3%AEtres-sont-elles-vertes/

[14] Joseph Sers, né à Bordeaux en 1786, mort en 1862.

[15] Jean François Bernard Boyer-Fonfrède, né le27 janvier 1809 à Bordeaux, décédé le5 décembre 1875. Avocat près la cour royale de Bordeaux.

Marié le 4 septembre 1825 à la Teste avec Marie-Anne Félice Peyjehan, née le 5 octobre 1804 à la Teste.

Les ascendants de Marie-Anne ont pour noms Peyjehan de Francon (mère), Baleste-Marichon (grand-mère paternelle), Taffard, des noms qui ne nous sont pas inconnus… Et même en remontant six générations … Isabeau de Vialard née vers 1600.

[16] L’idée lui était venue suite à un séjour qu’il avait fait sur l’île au début de la décennie. (« Faune conchyliologique marine du département de la Gironde et des côtes du sud-ouest de la France » de Paul-Henri Fischer). Remarque : Le bulletin du 5 mars 1909 de l’Institut océanographique l’orthographie Fonlabade.

[17] Excepté la partie sablonneuse qui n’est propice qu’à des semis pour former des arbres, ou a des cultures agricoles en ce qu’elle est trop élevée pour y recevoir l’eau des marées ordinaires, et la partie sud-est de l’île exposée à l’envahissement des vases.

[18] Demande faite en 1851. Service historique de la Marine de Rochefort, registre 12 P 1 / 4.

[19] Comme le dit le curé d’Arcachon Xavier Mouls dans son opuscule sur les huîtres : « Les hommes du brick mesurent au cordeau un carré long de quatre hectares de superficie. »

[20] Pierre-Ostinde Lafon publie en 1855 une plaquette de 16 pages : « Reproduction des huîtres de gravette dans le beau bassin d’Arcachon », expliquant les bénéfices que l’on peut tirer de cette activité, et en 1859, « Observations sur les huîtres du Bassin d’Arcachon ».

[21] Les Gravettes ou huîtres d’Arcachon (Ostrea edulis) qui pullulaient jadis dans les crassats avant leur repeuplement, sont ainsi définies par M. le Dr P. Fischer : « Ces Huîtres étaient irrégulières, petites, minces ; la valve concave avait une coloration bleue, violacée ou purpurine, parfois très intense, et les lamelles transversales de sa surface extérieure se relevaient en festons bien détachés ; les oreilles étaient larges et redressées ; enfin, chaque valve concave retenait un coquillage entier ou un fragment (Cardhim edule, Nassa, Trochus), sur lequel l’Huître s’était fixée après la période embryonnaire ».

[22] En 1852, Coste visite en Italie les pêcheries de Comacchio et l’industrie huîtrière du lac Fusaro, et en France, Marennes et l’anse de l’Aiguillon.

En 1859, il crée la station de biologie marine de Concarneau, la plus ancienne station marine au monde. Elle lui sert de laboratoire d’abord pour l’étude de la reproduction des huîtres, puis pour l’élevage des poissons plats (turbot). (La station zoologique d’Arcachon fut fondée en 1867, à l’initiative de la Société Scientifique d’Arcachon alors présidée par le Docteur Gustave Hameau.)

[23] Dans le cratère d’un vieux volcan, séparé de la mer par une langue de terre étroite, s’est formé l’ancien marais des enfers, palus Acherusia, connu sous le nom chrétien de lac de Fusaro ; la température constante de ses eaux saumâtres le rend poissonneux et giboyeux. C’est ici qu’en 1764 Ferdinand IV de Bourbon-Sicile, dernier roi de Naples, y développe la culture des moules et des huîtres, qui ont été recueillies à partir des pots, des roseaux, de fagots, les palissades, et du fond du lac.

[24] « Manuel pratique d’ostréiculture » d’A. Logard

[25] « Rapport à S.E. le ministre de la Marine sur le repeuplement du Bassin d’Arcachon »,  du 9 novembre 1859, dans « Voyage d’exploration sur le littoral de la France et de l’Italie », 1861.

[26] Joseph Dauris est gardien-chef des parcs impériaux ; marié à Catherine Michelet, fille de Jean Michelet qui fut un des rescapés du « Grand Malhur » de 1836. Jean Michelet, frère de Catherine, mettra au point, en 1865, le produit améliorant la récolte du naissain, et l’ambulance l’année suivante.

[27] La Société scientifique d’Arcachon possède le premier cadastre ostréicole de l’État dit de Crastorbe, le plus vaste des parcs impériaux, et sur lequel 400 000 huîtres sont déposées afin d’effectuer les premières expériences de captage sur coquille de sourdons.

[28] Le Parc de Crastorbe avait été pêché l’année précédente.

[29] Culture des plages maritimes : pêche, élevage, multiplication des crevettes … par Henri de La Blanchère.

[30] L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert avait présenté des « claires » ou « parcs à verdir les huîtres » au siècle précédent.

[31] « Historique de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon », IFREMER 2006

[32] P. J. Labourg, 2000

[33] Le déchargement se fait à la Teste, la gare étant à une encablure du port.

[34] Les premiers ostréiculteurs sont des marins car il fallait être inscrit maritime pour obtenir une concession.

[35] Que les naturalistes qualifient de venus mercenaria, grande et belle espèce, qui abonde sur tous les rivages est de l’Amérique du Nord, et dont le nom vulgaire est Round Clam, Hard Clam, ou tout simplement Clam.

[36] Note sur Venus mercenaria L. Son introduction et son élevage dans le Bassin de la Seudre. 1949

[37] Patins en bois pour marcher sur la vase.

[38] L’huître d’Amérique.

[39] À la même époque on retrouve Coycaut et Boussang à tête de la Compagnie de navigation du Dropt. En 1869 la société concessionnaire Coycaut & Cie est autorisée par arrêté préfectoral en date du 16 juillet à « établir sur le Drot, entre l’embouchure et Eymet, des bateaux à vapeur à hélice (vitesse limitée à 15 km/h) pour le transport des voyageurs et le remorquage des marchandises ». Ce projet ne fut jamais réalisé.

[40] Il y a tout lieu de le croire qu’il y a une relation avec les Hubert Delisle, propriétaires du château du Bouilh ? Natif de la Réunion, Henri Hubert Delisle en devient gouverneur le 8 août 1852 (nommé à ce poste par décret présidentiel le 17 mars 1852) ; nommé sénateur le 18 janvier 1858 par Napoléon III. Il s’éteint subitement le 8 décembre 1881 à Bordeaux alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole à une séance de la Société d’agriculture de la Gironde ; il repose au cimetière de la Chartreuse.

La maison noble du Bouilh existait déjà en 1300 puisque l’on retrouve Milon du Bouilh qui rendait hommage en 1304 à l’archevêque de Bordeaux. À la suite d’une transaction, Charles d’Albret, comte de Dreux et de Gaure et captal de Buch, vendit la baronnie du Cubzaguais avec quelques autres fiefs à Bertrand de Montferrand. Le domaine est ensuite vendu en 1524 à Clinet de Lannes et passe ensuite aux mains de son gendre Charles de Durfort. Sylvie de Lannes épousa en 1654, Gaspard de La Tour du Pin, seigneur de Chastelard, comte de Paulin. Sous la Restauration, l’héritier du marquis de La Tour du Pin, Frédéric-Séraphin, vendit le château en 1835 à un créole réunionnais Florentin Hubert de Montfleury : son fils est Louis Henri Hubert Delisle. En 1864, Noéline Hubert Delisle épouse Édouard de Feuilhade de Chauvin. Le château du Bouilh appartient aujourd’hui à leurs descendants.

[41] Le “dictionnaire biographique des charentais” de François Julien-Labruyère, attribue l’armement à l’armateur Louis, de Bordeaux.

[42] Patoizeau (1828-1891) est originaire du Château d’Oléron ; son portrait se trouve page 48 du bulletin 84 de la SHAAPB. Sa famille habite aujourd’hui à Saint-Denis d’Oléron. Son portrait se trouve page 48 du bulletin 84 de la SHAAPB.

[43] Situé sur une lagune sur l’estuaire du Sado, au sud de l’embouchure du Tage.

[44] Indienne de souche, portugaise d’adoption.

[45] Devant Meschers-sur-Gironde.

[46] Un gisement sera également créé sur les rives de l’Adour par le Capitaine Izaute qui déversera en 1883 et 1886 deux chargements de gryphées.

 

[47] Que nous apprend  une copie de la dépêche ministérielle adressée de Versailles, le 8 août 1872 au Préfet du 4e arrondissement maritime.

[48] Allusion voilée faite à l’encontre des chalutiers à hélices en fer, le Cormoran et le Héron, que possède Harry Scott !

[49] Quant aux « prés salés ouest » ils seront adjugés en 1877 à son frère Nathaniel qui ne put les endiguer en raison d’une clause datant du 1er mai 1851 ; l’endiguement sera cependant réalisé au cours des années 1930-1935 sans autorisation.

[50] Journal officiel du 18 mai 1876, p. 3389, 3e col. 

[51] François Coppée, « Le Critique en vacances, Lettres de voyage à M. Eugène Guyon, Directeur de La Patrie ». In : Œuvres complètes. Prose. Tome II. Édition Hébert, Paris 1886.

[52] Le proverbe dit aussi « En juin, juillet, août, ni femmes, ni choux ».

[53] Publié en 1901 sous la direction d’Édouard Charton.

[54] – J.-P Deltreil., « Historique de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon », IFREMER

[55] – J.-P. Deltreil.

[56] – Quatre crus existent correspondant à leur terroir. Cette localisation influe sur le goût des huîtres / et le choix des vins :

– Banc d’Arguin a une saveur sucrée, lactée / chardonnay, et marine / chardonnay, melon, chenin.

– Île aux Oiseaux offre un caractère puissant avec des arômes végétaux et minéraux / chenin, sauvignon blanc.

– Cap-Ferret a des arômes délicats de légumes frais et d’agrumes / chardonnay, sylvaner , riesling, viognier, sauvignon, sémillon, muscadelle, petit et gros manseng, camaralet , lauzet, courbu, arrufiac, chenin, muscat, tokay, etc. …

– Grand Banc a la saveur de fruits blancs / chardonnay, et de noisette grillée/ aligoté, chenin, viognier.

1990 – Cadastre ostréicole, Jean-Marie Bouchet

Cette carte de l’environnement marin du bassin d’Arcachon reproduit la carte au 1/25000 réalisée par Jean-Marie Bouchet du CNRS et publiée dans les années 1990. Les textes sont bilingues français-anglais.

Des campagnes océanographiques ont été effectuées à bord du :

Thalia (Ifremer) en juin et novembre 1979 ;

Côtes d’Aquitaine (CNRS), de 1981 à 1984.

Dans le bassin, les campagnes de terrain ont été effectuées à bord du :

Nauplius (pinasse de l’Institut de Biologie Marine), avant 1986 ;

Caprelle (vedette de l’Ifremer), de 1990 à 1994 ;

Atea-Nui (voilier), de 1990 à 1994.

Les photographies aériennes à axe vertical utilisées sont :

Aéro Photo Industrie (couleur), octobre 1984, échelle 1/10000 à basse mer ;

STU (noir et blanc), 17/05/1987, échelle 1/10000 à basse mer ;

STU (noir et blanc), 02/10/1988, échelle 1/10000 à basse mer ;

IGN (couleur et infrarouge noir et blanc), mai 1993, échelle 1/20000 à haute mer (passes et bancs des passes).

Les cartes utilisées sont :

Bouchet J.M., 1966, Bassin d’Arcachon, Carte marine des chenaux, bancs de sable et crassats, échelle 1/20000 ;

IGN, Carnets de coordonnées géodésiques Arcachon, Audenge, La Teste ;

Institut de géologie du bassin d’Aquitaine (LA 197), Service de géomorphologie, Carte bathymétrique du proche plateau continental du cap Ferret, échelle 1/50000 ;

Port Autonome de Bordeaux, 1987, Chenaux intérieurs, Bathymétrie, échelle 1/20000 ;

Port Autonome de Bordeaux, 1993, Passes d’entrée, Bathymétrie, échelle 1/20000 ;

SHOM, 1991, Carte n° 6766, échelle 1/48800.

Date de Publication : 2009

https://geo.data.gouv.fr/fr/datasets/f327db0dd04ff95888206336eb055c99365dad2d

https://backend.geo.data.gouv.fr/api/geogw/records/f327db0dd04ff95888206336eb055c99365dad2d/thumbnails/9719d47

Hydronymes

Afrique                ;

Angoulins            ;

Angoulins            ;

Arams        Aram en gascon = arôme        ;

Argiles                 ;

Arrouillet   Arrouille évacue l’eau des vasières; arrieu = ruisseau (occitan); arrolha en gascon donne arrouye – arrouille = ruisselet  ;

Badoc         Badoc en gascon = vide ;

Baillet         en gascon balha donne baye = flaque d’eau sur les crassats  ;

Ballerbe               ;

Banc d’Arguin               ;

Banc de Bernet    Bernet = Aulnes (bern en gascon)    ;

Banc des Chiens            ;

Banc du Toulinguet                ;

Bancot                 ;

Baouré                 ;

Barrouteyres        le gascon barroutère veut dire porteur de bâtons        ;

Bayle le gascon bayle  désigne le porteur de cierges    ;

Bayon                  ;

Bertic                   ;

Betet en gascon désigne le veau       ;

Biaou                   ;

Bordes                 ;

Bouilla                 ;

Boulaman            ;

Bouléjon              ;

Bourrut      en gascon bourrut veut dire couvert de duvet (juvénile)        ;

Branna       en gascon brana avec un seul n  donne brane = brande, utilisées  pour faire les “pointus” que l’on plante pour protéger les parcs à huître ;

Bray           ;

Brignaud              ;

Cabaleyrots                   ;

Cailloc        Calhoc: nom gascon de la mouette ou du goéland        ;

Canelette d’Arès  en gascon canaleta donne canelète = canelette = petit chenal; on dit aussi canalot ou canelot         ;

Canélon               ;

Cap de Prat (Andernos)         en gascon prat: les marins de Gujan disent “àou prat” pour dire “au port”       ;

Cap de Prat (Certes)               ;

Carguefond          ;

Causseyre            ;

Cès    en gascon cès désigne le répit; Lahillon est un grand crassat d’une quarantaine d’hectares, séparé au N.E. de l’île aux Oiseaux par le chenal de l’Ile, où furent entrepris sous Napoléon III les premières expériences d’ostréiculture après les tentatives entreprise sur le Cès (au nord du chenal du Carret) et Crastorbe (sur l’île aux oiseaux)    ;

Chenal d’Andernos                 ;

Chenal d’Arès               ;

Chenal de Bouca           ;

Chenal de Branne          ;

Chenal de Carret           ;

Chenal de Comprian              ;

Chenal de Courbey                 ;

Chenal de Girouasse               ;

Chenal de Graveyron             ;

Chenal de Gujan           ;

Chenal de la Bougesse            ;

Chenal de la Sableyre             ;

Chenal de Lanton          ;

Chenal de Lège              ;

Chenal de l’Ile               ;

Chenal de Lucasson                ;

Chenal de Mapouchet             ;

Chenal de Maubinot               ;

Chenal de Mouchalette           ;

Chenal de Platissey                ;

Chenal de Taussat                  ;

Chenal de Touze           ;

Chenal de Ville              ;

Chenal du Courant                 ;

Chenal du Passant                  ;

Chenal du Teich            ;

Chenal du Teychan                 ;

Comprian   Comprian est un quartier de Biganos        ;

Congre                 ;

Coudoun              ;

Courant               ;

Courbey               ;

Coustey      En gascon coustey désigne un coteau (désigen aussi un pilote côtier); Cousteyre est la pêche côtière par opposition à Péougue, pêche hauturière ou pélagique         ;

Craste de Lesclaux        en gascon crasta = fossé de drainage         ;

Crastères    en gascon crasta = fossé de drainage         ;

Crastorbe   en gascon crasta = fossé de drainage; Lahillon est un grand crassat d’une quarantaine d’hectares, séparé au N.E. de l’île aux Oiseaux par le chenal de l’Ile, où furent entrepris sous Napoléon III les premières expériences d’ostréiculture après les tentatives entreprise sur le Cès (au nord du chenal du Carret) et Crastorbe (sur l’île aux oiseaux)         ;

Crecq          ;

Cristaou               ;

Croix de la Matte d’Arès                  ;

Curé (Chenal du)          ;

Dispute                ;

Douils                  ;

Drôle          ;

Escarpe                ;

Estey de Curd (ou du Curé?Dico Arcachon)                ;

Estey de Gahudes                   ;

Estey de Laoutey          ;

Estey de Meyran           ;

Estey Neuf (lieu dit)               ;

Gabatch               ;

Gahignon             ;

Gaillard               ;

Galouchey  en gascon galouchey désigne le fabricant de galoches  ;

Gardes                 ;

Gardet                 ;

Gargeys               ;

Garrèche (Chenal du Courant)                  ;

Germananot                  ;

Gorp          ;

Grand Banc de Muscla  du gascon muscla = moule; nom ancien du “Grand banc”; lieu où il y a des moules         ;

Grand Cès           ;

Grand Verdura              ;

Grande Touze               ;

Grands et Petits Marrouquets          ;

Graouères   en gascon gravèir donne graouèy = gravier; sur le bassin, désigne les graviers constitués de coquilles d’huîtres. Peut aussi désigner une zone proche du rivage         ;

Graoueyrot en gascon gravèir donne graouèy = gravier; sur le bassin, désigne les graviers constitués de coquilles d’huîtres. Peut aussi désigner une zone proche du rivage         ;

Graveyron  en gascon en gascon graveiron ou graouèyroun désigne un petit banc de gravier        ;

Gravel (Chenal de)        Chenal de Piquey ;

Gruyères              ;

Guian                   ;

Guide                   ;

Hagnette     en gascon hanhèir ou hagnèy désigne un endroit où il y a de la vase; Hagne = espace boueux; le gascon hagnà est un soulier de boue    ;

Hagney       en gascon hanhèir ou hagnèy désigne un endroit où il y a de la vase; Hagne = espace boueux; le gascon hagnà est un soulier de boue    ;

Hagnous     en gascon hanhèir ou hagnèy désigne un endroit où il y a de la vase; Hagne = espace boueux; le gascon hagnà est un soulier de boue    ;

Hautebelle            ;

Hossettes    en gascon hosse est un trou profond, une fosse  ;

Hourquet    en gascon désigne le confluent de deux cours d’eau     ;

Ilet de Branne                ;

Illiant          ;

Ilon (I. aux Oiseaux)               ;

Jacquets     Bécasse: Jaquet en gascon      ;

Jan de Boy Boy est un patronyme de Lège        ;

Jean de Guiraou            ;

Jeanne Blanc                 ;

Jugla           ;

La House             ;

La Humeyre         en gascon humèir ou humey désigne le fumier; pour le bassin désigne des algues dérivantes ;

La Laque              ;

La Molle              ;

La Negue             ;

La Peyre              ;

La Règue              ;

La Réousse (Ile aux Oiseaux)           ;

La Réousse (Piclaouey)          ;

Lahillaire du Passant              ;

Lahillon      Lahillon est un grand crassat d’une quarantaine d’hectares, séparé au N.E. de l’île aux Oiseaux par le chenal de l’Ile, où furent entrepris sous Napoléon III les premières expériences d’ostréiculture après les tentatives entreprise sur le Cès (au nord du chenal du Carret) et Crastorbe (sur l’île aux oiseaux)  ;

Lahillon de Branne                 ;

Lapin Blanc                  ;

Larquette et Miey          ;

Larros                  ;

Le Bouc               ;

Le Broustey                  ;

Le Cla                  ;

Le Claquey du gascon claquèir est un endroit où l’on trouve des “claques” (coquillages)        ;

Le Nord               ;

Le Tès        en gascon tèst ou tès désigne une coquille vide en général     ;

Le Teychan          ;

Le Tit                   ;

Lentounès            ;

Les Angoulins               ;

Les Arrouillats              ;

Les Grahudes                ;

Les Hosses du gascon hossa (accent grave sur le o) désigne une fosse     ;

Les Jalles    du gascon jala, désigne généralement un petit cours d’eau des landes du Médoc        ;

Les Maouréou               ;

Les Moussettes             ;

L’Ilon (Jan de Boy)                 ;

Lorbègue              ;

Loscle                  ;

Lou Blanc            ;

Lou Dos               ;

Lucarnan             ;

Lucasson             ;

Madone               ;

Malprat      Mauvais pré        ;

Maougue              ;

Mapouchet          ;

Marache               ;

Marchambaou               ;

Marens                ;

Marsoupe   du gascon marsope = marsouin       ;

Martram     en gascon martramau ou martramàou désigne un filet à grosses mailles pour pêcher les “martrames”, ange de mer ou squatina squatina (syn martét ou marteth)         ;

Matelle       du gascon mata = banc d’argile        ;

Matelotte             ;

Matoc         en gascon matoc (avec accent grave sur le o) désigne une masse de choses; gros tas. L’analogie toponymique du Banc du Matoc provenait bien de cette herbe caractéristique des landes humides dont le bulbe radiculaire constitue des mottes désagréables dans la marche du promeneur ou du travailleur : la molinie ou aougà en gascon (aouguiche en patois)  ;

Matoucail   en gascon matocatge ou matoucatge désigne l’entourage d’un lac de tonne         ;

Matte de Tagne             ;

Matte de Talence           ;

Matte de Tayne             ;

Matte Longue                ;

Matte Longue                ;

Matte* de Bouca  Matte = Tas de boue; Terres neuves déposées en bordure de Gironde, le plus souvent conquises par endiguement. En gascon matoc (avec accent grave sur le o) désigne une masse de choses; gros tas  ;

Maubin                ;

Maubinot             ;

Maudit                 ;

Mauret       en gascon veut dire brun        ;

Mestras                ;

Mimbo       surnom d’un pêcheur Testerin qui y avait installé une cabane et disparut en mer en janvier 1831  ;

Miracle                ;

Mouille-Coudes             ;

Navire Brûlé                 ;

Noël           ;

Papon (passes de)                  ;

Passant (Bétey)             ;

Passant (Chenal de Branne)             ;

Passe Can            ;

Pausan                 ;

Payotte                ;

Pelourdey            ;

Pergeot                ;

Petché         le gascon petché veut dire alimenter ;

Petit Cès              ;

Petit Verdura                ;

Petite Touze                  ;

Piquey        Dune, tertre, colline en gascon         ;

Pireou                  ;

Pitchounéou         en gascon pitchoùne veut dire petit ;

Platéou                ;

Platissey              ;

Pointe de Garrèche (Arès)                ;

Pont           ;

Pourey                 ;

Pout           ;

Pradia                  ;

Prés salés             ;

Puant (Chenal de Lanton)                ;

Puant (Piclaouey)          ;

Quinconces          ;

Rastillot               ;

Réservoir             ;

Sableyre de Comprian            ;

Salines                 ;

Salos          ;

Sangla        en gascon sanglà désigne le sanglier ;

Saous                   ;

Tatchot (Chenal de Taussat)  du gascon tachot (accent sur le o) = petit banc; “tatch” du gascon tach est un haut fond qui découvre à marée basse         ;

Tatchot (Claouey)         du gascon tachot (accent sur le o) = petit banc; “tatch” du gascon tach est un haut fond qui découvre à marée basse     ;

Terrèyron            ;

Tessillat      du gascon tessilhèir ou tessiyèy désigne les débris de coquillage; pour le bassin il s’agit d’un banc couvert de coquillages ;

Touillet       du gascon tolh ou touy, le touil est le chien de mer de la famille des squales       ;

Trincat du Gentil           ;

Truc de Gorp       du gascon truc, nom donné à un montidule        ;

Truc Vert   du gascon truc, nom donné à un montidule        ;

Truquets     du gascon truc, nom donné à un montidule.

2012 – Cadastre ostréicole – rentabilité économique

Évaluation environnementale du schéma des structures des cultures marines ; Superposition des enjeux économiques (productivité exprimée en euros/are) et des enjeux écologiques zostères marine et naines).

Herbiers à zostères

La zostère marine est présente seulement dans trois partie de la lagune, en bord de chenaux : au niveau du chenal du Courbey, du chenal de Mapouchet et du chenal de l’Île. La superposition cartographique des enjeux économiques et des enjeux écologiques liés aux zostères marines permet de décliner deux préconisations.

– Le recul, sur les hauts de l’estran sur une longueur de 1 m au minimum, des zones concédées à fort enjeux économiques se superposant avec Z. noltii

– La possibilité de création de zones de réserve en Z. marina non reconcédable (ex: fig.3, cercle rouge), avec l’abandon de zones à faibles enjeux économiques mais forts enjeux écologiques.

La forte régression des herbiers de Zostera marina et de Zostera noltii dans le Bassin durant les dernières décennies n’est pas attribuable seulement à l’ostréiculture, toutefois, cette activité peut entrainer la destruction mécanique des plants de zostères par piétinement aux abords des concessions (Z. marines et naines) et/ou par un raclage éventuel au passage de la barge en haut de chenal (Z. marines) concernant les parcelles jouxtant des herbiers.

Cette destruction peut entrainer une perte de fonctions écologiques des zostères (une diminution de la production primaire, des zones de frai pour la seiche et de nourricerie pour les juvéniles de poissons et une érosion des hauts de chenaux, etc.)

La prise en compte par la DDTM33 de la présence de zostères lors d’une création, d’un morcellement et d’un réaménagement de cadastre ostréicole, grâce à une analyse de terrain couplé à l’outil cartographie SIG, est inscrite au schéma des structures afin de diminuer les impacts sur les zostères et favoriser leur (re)colonisation.

http://www.association-port-taussat-fontainevieille.fr/medias/files/resume-non-technique-de-l-ee.pdf

2013 – Cadastre ostréicole du bassin d’Arcachon

Utilisez la carte interactive du SIBA pour découvrir le Bassin d’Arcachon et naviguer en toute sécurité entre parcs ostréicoles, chenaux et sites exceptionnels…

Contenu de la carte :

  • Secteur dédié à la purification des coquillages
  • Séparation des zones par densité d’élevage
  • Concessions de cultures marines actuelles
  • Concessions historiques
  • Classement des zones de production

http://cartelie.application.developpement-durable.gouv.fr/cartelie/voir.do?carte=sml_cultures_marines_sc&service=DDTM_33

http://geo.bassin-arcachon.com/e-navigation/index.html

https://siba.geosphere.fr/geo/e-navigation/doc/Guide_plaisance_2021.pdf

 

Voir Cartographie de l’état du DPM du Bassin d’Arcachon par télédétection, décembre 2010

 http://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-57967-FR.pdf

Évolution et situation actuelle (1965) des gisements d’huitres plates ; essais de régénération des gisements d’huîtres plates du Bassin d’Arcachon

On consomme une bonne centaine d’espèces d’huîtres à travers le monde ; Belons, claires, fine de claires, spéciales, n°1, n°2 ou 3, du charabia pour vous?

En eau salée, douce ou saumâtre, on distingue deux catégories, les huîtres plates et les creuses qui sont commercialisées selon leur lieu de culture et leur degrés d’affinage.

À l’origine, les huîtres du bassin d’Arcachon – Ostrea Edulis – sont plates (et vivipares) ; on les appelle les gravettes, car elles poussent sur fond de gravier. Il s’agit de coquillages à l’état sauvage dont la population est mise en péril par une commercialisation intensive au début du XIXe siècle.

Alors que l’ostréiculture semble être abandonnée au sein du bassin, une poignée d’ostréiculteurs testent la mise en place de parcs, puis l’utilisation de tuiles chaulées. C’est un succès qui permet à l’ostréiculture de reprendre vie !

Mais l’huître plate va être progressivement remplacée par l’huître creuse portugaise qui a été introduite suite au délestage d’un navire coincé en Gironde par une tempête : les huîtres qu’il transporte étant devenues avariées, elles sont jetées par-dessus bord et … prolifèrent.

En 1920, une épizootie touche et décime les huîtres plates et épargne les huîtres portugaises ; l’huître plate (Ostrea edulis) disparaît du Bassin, la production chute brusquement des trois quarts, puis devient presque nulle en 1922[1], supplantée par la portugaise (Crassostrea angulata), ovipare ; lorsqu’elle pond, la femelle expulse plusieurs millions d’ovules en effectuant des battements des valves tandis que les mâles laissent échapper les spermatozoïdes comme un mince filet continu, en entrouvrant leurs valves. Mais seulement, après la fécondation au gré des courants, une dizaine d’œufs donnera naissance à une huître). Les huitres sont hermaphrodites : l’huître creuse change de sexe après chaque saison de reproduction tandis que la plate le fait après chaque ponte (il peut y avoir plusieurs émissions de gamètes chaque été).

Une dizaine d’années plus tard, la culture de l’huître plate redevient possible dans la baie, mais des problèmes de compétition avec l’huître portugaise limitent son extension.

Par la suite cette production ne dépassera jamais 1500 tonnes, ne représentant ainsi que 10% de la production annuelle en huîtres du bassin d’Arcachon : on évalue à 10% environ la superficie des parcs occupés par cette espèce dont la production moyenne est de l’ordre d’une tonne/are.

Le 18 février 1959, Jean Le Dantec décrit devant le Comité de gestion, l’évolution naturelle et les essais de régénération des gisements d’huîtres plates du Bassin d’Arcachon depuis le début du siècle, montre l’utilité du maintien des réserves naturelles, étudie les problèmes posés par une reconstitution : choix des emplacements, choix des huîtres, formalités et financement.

Le programme de travail suivant est adopté :

1er – demander le classement et la gestion par la section régionale de l’estey de Payotte ;

2e – demander éventuellement le classement et la gestion du « Petit-Nice » ;

3e – réunir des observations sur le développement d’huîtres naturelles d’origines diverses (autofinancement) ;

4e – prospecter les chenaux ouest et obtenir que la gestion d’un haut-fond soit confiée à la section régionale ;

5e – établir alors, en connaissance de cause, la demande de subvention dans les formes indiquées.

Cinq ans après il est utile de faire le point et de préparer un nouveau protocole.

  1. – Compte-rendu des travaux accomplis.

A – Expérience de l’estey de Payotte.

En amont du chenal de Graveyron, l’estey de Payotte est creusé dans l’argile à près de 2 mètres en contre-bas du crassat voisin. Un courant d’eau y coule constamment, venant du chenal de Ville et se déversant dans une anse de Graveyron dont la profondeur à marée basse varie de 2,5 à 4 m.

Le sol, à fond d’argile et de vase, est recouvert d’une couche d’une dizaine de centimètres de sable et de débris coquilliers qui l’affermissent. Sur ce tapis de cérithes poussent des codium et des zostères marines. On y rencontre des troques et des coques, mais surtout des palourdes (Tapes decussatus), qui valent à l’estey le nom local de « rouy des coutoyes ».

Depuis 1954, des huîtres plates naturelles s’y développent, en amont de l’ancienne huîtrière disparue de Hautebelle et grâce aux conditions toutes particulières de cet estey : fond coquillier ferme, permanence d’un courant d’eau à marée basse, salinité toujours légèrement plus forte que dans le chenal voisin de Graveyron.

Le gisement est classé administrativement par arrêté du 18 juin 1959 sur une longueur de 500 m en amont de l’embouchure et une largeur de 8 m.

Dans une communication à la section régionale le 25 novembre 1959, Jean Le Dantec propose d’ensemencer la « rouy » en « tout-venant » originaire des bancs reconstitués de la rivière d’Auray, soumis à des variations de salinités comparables à celles de Payotte avec des températures plus basses. En dépit de leur qualité médiocre, ces huîtres ont de fortes chances de se développer mieux que des sujets de meilleure apparence provenant de milieux plus riches, tels ceux de la baie de Quiberon par exemple. D’autre part les débris coquilliers portent une quantité énorme de naissains (dans des paniers d’un volume total de 130 dm3. M. Marteil – Chef du laboratoire de biologie ostréicole de 1’I.S.T.P.M. à Auray – dénombre 1 500 huîtres et 7 705 naissains dont 6 346 sur les coquilles).

L’opération comporte un risque : la propagation de la maladie de la coquille (20 à 25 % d’individus atteints) mais il semble limité par le fait de l’isolement relatif de l’estey. D’autre part il y a lieu, au moment du semis, d’éliminer les bigorneaux perceurs et une partie des vieilles coquilles improductives, de prévoir un transport et une immersion rapides.

Devant les difficultés présentées par le tri, la section régionale se prononce pour l’ensemencement en « 18 mois » et charge M. Mahéo (Président du Syndicat des ostréiculteurs du Bassin d’Arcachon) de se procurer cette marchandise pour la somme de 160 000 francs (anciens).

C’est ainsi que le 6 décembre 1959, 2 tonnes d’huîtres plates provenant du golfe du Morbihan (Séné) sont immergées à Payotte.

Sur les tableaux ci-après figurent nos observations, depuis cette date, sur les variations des conditions de milieu et l’évolution des huîtres natives et bretonnes. En résumé, après une mortalité brutale de 50 % des sujets importés, consécutive à une baisse de salinité dès l’immersion, l’expérience est un succès à tous points de vue.

Croissance excellente : au cours de la première année les sujets indigènes font une croissance pondérale de 6 kg environ et les « 18 mois » bretons, de plus de 8,5 kg.

En octobre 1960, le naissain de 1959 pèse plus de 9 kg le mille. En décembre 1959 un lot de 1 000 huitres « tout venant » pèse 16 à 17 kg ; le 4 octobre 1963 ce lot est composé de 700 jeunes d’un poids moyen de 20 à 21 kg, de 200 sujets de 3 à 5 ans de 36 à 37 kg et de 100 vieilles huîtres de 77 à 78 kg soit pour le tout-venant un poids moyen de 28 à 29 kg le mille.

[…]

Extension du gisement vers l’amont.

Ensemencé sur une longueur d’environ 300 m en décembre 1959, le lit de la « rouy des coutoyes » est actuellement (début 1964) tapissé d’huîtres sur 500 m environ. En particulier nous en avons observé au-delà du coude marquant à la fois la limite du gisement classé et une ligne de crête de l’estey,

B – Prospections.

Tenant compte des modifications que le drainage des Landes et le déplacement des passes provoquent constamment dans les conditions physico-chimiques régnant dans la baie, sans négliger la surveillance des anciens bancs, nous avons recherché de nouveaux emplacements où l’apport d’huîtres adultes pourrait avoir des chances d’entraîner la fixation des jeunes et de permettre leur développement de façon moins sporadique. Voici le compte rendu succinct des visites effectuées.

Chenaux de l’Île et de Cousse. Deux hauts-fonds situés de part et d’autre du chenal de Girouasse, où l’on note des profondeurs de plus de 10 m, ont retenu notre attention.

Ils présentent les caractères communs suivants.

En forme de croissant, ils prolongent en pente douce les terres de Lahillon et des Moussettes.

Par basse mer de vive eau ils sont couverts d’une hauteur d’eau moyenne de 0,50 m et sont limités à l’accore du chenal par un « à pic » de 2 à 3 m. Le fond est d’argile recouvert d’une couche de sable et de débris coquilliers. Le terrain est plat dans la partie constamment immergée et forme des dépressions dans la partie qui émerge. Le jour de notre visite, dans la première heure de flot, la salinité est 28,35 ‰, et la température 11°.

Les deux hauts-fonds diffèrent en ceci : celui de Lahillon entoure la pointe et épouse le coude du chenal d’Andernos ; le courant de flot y est violent et rapide ; au contraire celui des Moussettes est légèrement convexe vers le crassat, à l’abri de la pointe ; nous constatons qu’au flot des débris coquilliers soulevés par le courant tourbillonnent au-dessus du platin.

L’existence des remous au flot et la propreté des fonds nous incitent à donner la préférence au platin des Moussettes. On y trouve d’ailleurs quelques vieilles coquilles d’huîtres plates témoins de l’existence d’une ancienne huîtrière.

Cependant les facteurs suivants peuvent se révéler défavorables, et sont à vérifier : violence du courant de jusant qui ravine la partie émergente, présence de poissons prédateurs au voisinage.

La superficie du platin n’a pas été évaluée avec précision, elle doit être comprise entre 50 et 100 ares.

Chenal de Courbey. Nous ne prospectons pas le haut-fond qui s’étend à l’ouest du Courbey en face de l’estey des Gardes par fonds de 2 à 3 m et où vivent des vernis (Merefrix chione) car la création d’un gisement d’huîtres plates y gênerait les pêcheurs.

Par contre M. Dupouy (Président de la Fédération des syndicats d’ostréiculteurs-expéditeurs du Bassin d’Arcachon) nous fait remarquer l’avancée vers l’est de la pointe du « Grand-Banc ». Les sables provenant de l’érosion de la partie sud du banc viennent s’y déposer. Ils sont fixés par des zostères. On manque encore de renseignements précis sur la nature des courants de flot et de jusant, la présence de prédateurs et la gêne possible que provoquerait un gisement d’huîtres plates en cette zone.

Dans le chenal de Piquey de nombreux hauts-fonds mériteraient d’être exploités : celui qui est situé en face des parcs de la Villa-Algérienne nous paraît le plus favorable. Cependant ces bancs se déplacent vers le nord-est, et des travaux de fixation des sables seraient nécessaires avant de tenter un essai de création de gisement. Quelques zostères poussent ici et là dans la partie nord du banc émergent de la Villa-Algérienne, laissant espérer une stabilisation dans l’avenir ; plus au nord le banc s’abaisse et un grand platin stabilisé (fonds sableux avec touffes de zostères) s’étend au large de la passerelle en pente douce jusqu’à l’accore du chenal. Sur ces fonds vivent des coquilles St-Jacques (Pecten maximus). La salinité à basse mer le 27 février 1959 est de 28,62  ‰. C’est une zone calme avec remous soit au flot, soit au jusant, donc favorable semble-t-il ; inconvénients possibles : présence d’étoiles de mer, gêne pour les pêcheurs.

  1. – Comportement général de l’huitre plate de 1959 à 1964.
  2. a) Sur les anciens gisements naturels. On continue à noter la présence d’huîtres plates naturelles mêlées aux portugaises sur les anciens gisements d’Audenge, du Verdura, à la base des ouvrages de la Vigne … Mais elles sont plus denses à Comprian et au Betet (chenal de Gujan, entre Passant et Verdura).

Une pêche à la drague effectuée le 7 octobre 1960 dans la partie aval du chenal de Comprian nous montre la richesse en huîtres adultes et en naissains : 164 naissains pour un volume de « tout-venant » correspondant à 100 sujets adultes.

Une nouvelle pêche le 17 février 1961 montre une mortalité pendant l’hiver de l’ordre de 30 % environ. Par trait de drague on compte en moyenne 83 huitres et 56 naissains vivants.

Le 7 décembre 1961, ce chiffre tombe à 58 adultes et 39 naissains de 25,5 mm.

[…]

  1. b) Sur les parcs.

Depuis 1959, d’importantes quantités d’huîtres plates ont été importées de Bretagne ; en 1959 en particulier plusieurs centaines de tonnes de sujets d’origines diverses d’un poids moyen au mille de 18 à 20 kg sont immergées. Une bonne partie des huîtres dites sauvages proviennent des vasières du golfe du Morbihan. Malgré leur très bonne apparence, un assez fort pourcentage d’individus présente les premiers signes de la maladie de la coquille. Toutefois il n’y a de déboires que sur les concessions où elles sont reparquées pendant plus d’un an. Dans les autres cas, elles donnent satisfaction. Dès mars-avril 1959, elles poussent, comme les natives, dans d’excellentes conditions (salinités et températures élevées). Au printemps et en été 1960, contrairement aux gryphées, une croissance importante des plates est notée. Des bretonnes d’un poids inférieur à 10 kg le mille, semées au printemps au Courbey, pèsent 40 kg le mille au mois de septembre. Les hivers pluvieux de 1960-61 et froid de 1962-63 causent des mortalités mais la croissance se manifeste dès que les conditions de milieu redeviennent favorables.

En ce qui concerne la reproduction nous observons : sur les tuiles, des récoltes faibles dues aux mortalités qui sévissent en juillet-août (malgré de très bonnes fixations en 1960 et 1962) et aux fixations médiocres en 1963 ; sur les collecteurs naturels, dans les chenaux (débris coquilliers) ou même sur les huîtres des gisements et des parcs à niveau bas, on a des fixations beaucoup plus importantes qu’autrefois. C’est à partir de 1962 que ce phénomène attire l’attention des parqueurs ; ils attribuent ce naissain aux huîtres « sauvages » et le vendent sous cette dénomination.

Il faut y voir, nous semble-t-il, d’une part l’action du milieu (salinités relativement plus fortes au fond, lors des années pluvieuses), le fait de l’augmentation du stock des reproducteurs et aussi dans certains cas, comme l’a montré Marteil dans sa thèse sur l’écologie des huîtres du Morbihan, « la modification de la couverture biologique des fonds » provoquée par l’apport d’huîtres adultes : « c’est à l’emplacement du semis et là seulement que se fixèrent de nombreuses larves sur les mollusques vivants ou les coquilles ».

III – Nouveau protocole de travail proposé.

Le programme fixé en 1959 a été partiellement réalisé.

Sur le plan administratif, il reste à obtenir l’extension de la limite amont du gisement classé de Payotte et sa gestion par la section régionale. L’idée du classement et de la gestion du « Petit-Nice » est abandonnée pour diverses raisons (surveillance, conflit avec le tourisme…).

Il faudrait entamer la procédure de classement et de demande de gestion de nouveaux fonds.

Sur le plan des travaux.

Compte tenu de l’expérience réussie de Payotte, que la section régionale a menée par autofinancement, il semble souhaitable d’immerger sur les emplacements existants de Payotte, Comprian et le Betet, une vingtaine de tonnes de produits bretons. Il est évident qu’il faut un tonnage important de « tout-venant » dragué sur des gisements naturels pour obtenir une quantité notable d’huitres mères.

À Comprian et le Betet plus particulièrement, les fonds doivent être préparés avant semis par enlèvement de vieilles coquilles, destruction des ennemis et parasites.

Enfin à l’approche de la saison de reproduction, il serait opportun de herser les fonds et de jeter des collecteurs propres.

Depuis le 7 février 1964, l’évolution continue dans le même sens : prospérité des gisements naturels, bonne condition des mollusques en général, mais déficit des récoltes sur les tuiles (seuls les collecteurs immergés en fin juin à niveau bas et à proximité du gisement naturel du Betet conservent une cinquantaine de naissains).

Sur le plan administratif il faut noter :

  • l’arrêté ministériel du 5/XII/64 qui classe en réserve d’huîtres plates et portugaises 1’« anse du Sangla » ;
  • la reconduction jusqu’en 1975 de l’arrêté du 29 juin 1955 confiant la gestion des bancs naturels huîtriers d’Audenge, Comprian et Gujan à la section régionale du C.I.C. ;
  • l’octroi d’une subvention de 40 000 F à la section régionale pour la réalisation du programme de travail proposé, en particulier l’immersion de produits bretons sur les emplacements anciens de Payotte, Comprian, Betet et dans l’estey du Sangla.

La réalisation de cette tranche de travaux ne s’opposera pas à l’amodiation ultérieure de nouvelles zones sur des hauts-fonds de cotes variant de – 1 à – 4 m. Il sera toujours possible de prélever des huîtres sur les anciens gisements pour tenter d’en créer de nouveaux.

À partir de 1970, une nouvelle maladie de l’huître plate, provoquée par un parasite, Marteilia retringens, décime progressivement le cheptel arcachonnais. C’est à la même époque que, suite d’une épizootie, la portugaise est décimée à son tour ; suite à une importation expérimentale, elle est remplacée par la japonaise (Crassostrea gigas)[2], seule espèce élevée aujourd’hui au sein du bassin.

L’immersion de 3 tonnes d’Ostrea edulis originaire d’Écosse, à titre d’un premier essai de reconstitution des gisements naturels, est entreprise en 1978. Dix tonnes de naissain, originaire d’écloserie et de Bretagne, sont également mis en culture. Cette nouvelle tentative de relance de l’huître plate se solde par un échec.

Toutefois, à partir de 1987, on note un accroissement du nombre de larves d’huîtres plates dans le plancton, et par la découverte d’un gisement naturel d’Ostrea edulis dans le chenal de Piquey. Ces données nouvelles ravivent les espoirs de nombreux ostréiculteurs. À la demande de ces derniers, et avec leur collaboration, une étude de faisabilité d’une relance de l’huître plate dans le bassin d’Arcachon est entreprise à partir de 1988.

Quatre parcs, situés dans trois secteurs à caractère océanique, Le Ferret, Le Grand Banc et Le Courbey, ne découvrant qu’à fort coefficient de marée (> 90) sont retenus pour ces expérimentations.

Cent trente mille juvéniles, captés en 1987, originaires de Quiberon et indemnes de parasites à l’origine, sont mis au sol en août 1988, soit en élevage monospécifique à raison de 25kg/are, (50 individus/m), soit en élevage mixte avec des Crassostrea gigas âgées de 3 ans, à raison de 100 kg/are, (50 huîtres plates/m et 150 huîtres creuses/m).

Un stockage préalable des jeunes Ostrea edulis est réalisé en poche pendant deux mois en bas de parc. Les observations sur la croissance, l’état d’engraissement et la contamination des mollusques sont réalisées trimestriellement pendant un an et demi sur 30 individus par lot. Un échantillonnage plus fréquent (mensuel) est réalisé au printemps, principale période de croissance des huîtres dans le bassin d’Arcachon.

[…]

Une forte prédation par la dorade, constatée quinze jours après semis sur l’élevage situé au Courbey, empêche de poursuivre l’étude sur ce site. Les résultats exposés ne concernent donc que trois élevages, un élevage monospécifique au Grand Banc, et deux élevages mixtes, l’un au Grand Banc et l’autre au Ferret.

En février 89, après seulement huit mois d’élevage en culture monospécifique (huître plate), le poids moyen des individus est égal à 42,9g ± 3,15, soit un gain d’environ 40g (poids départ 3,39g).

La diminution en poids notée en mars 89 correspond à une première commercialisation des têtes de lot représentant environ 1/3 du cheptel. Cet artefact ne masque cependant pas la forte croissance printanière puisqu’en quatre mois le poids moyen des individus passe de 30,7g ±3,85 en mars à 49,1g ± 4,98 en juillet, soit un gain d’environ 20g. Une deuxième commercialisation étalée sur la saison estivale explique la nouvelle diminution apparente en poids notée en novembre 1989. À cette date il ne reste en élevage qu’1/4 du cheptel d’origine.

Quel que soit le secteur, les élevages mixtes (huître plate et huître creuse) présentent une moins bonne croissance que l’élevage monospécifique. Pendant les huit premiers mois aucune différence significative n’est mise en évidence entre les deux lots. En février 89 le poids moyen des individus est égal à 29,1g ± 3,74 au Grand Banc et 28,3g ± 3,09 au Ferret, soit un gain d’environ 25g (poids de départ 3,87g).

Ultérieurement, seul le lot du Grand banc permet de déterminer la croissance réelle de la population, aucune commercialisation n’ayant été effectuée en cours d’élevage. La croissance printanière est peu marquée. En juillet le poids moyen des individus est égal à 37,7g ± 3,43 et le gain n’est que de 9g environ. À l’inverse, les croissances estivale et automnale sont importantes puisqu’en octobre le poids moyen est égal à 54,4g ± 6,46, soit un gain d’environ 17g.

La légère diminution en poids observée en mars sur 1’élevage du Ferret correspond également à une commercialisation des têtes de lot. De ce fait la différence qui semble se dessiner au cours du printemps 1989 entre les deux secteurs est probablement un artefact. Les pentes de croissance printanière sensiblement parallèles vont dans le sens de cette interprétation. Une deuxième commercialisation étalée elle aussi sur la période estivale explique la stagnation apparente de la croissance jusqu’en octobre.

Quel que soit la stratégie d’élevage, culture mixte ou plurispécifique, 1’infestation par Marteilia refringens est importante. En mars, 1’infestation par Marteilia est soit comparable à celle de février, soit moins importante (5 à 20%). Par contre, dans l’élevage monospécifique, les individus touchés par Bonamia ostreae sont plus nombreux (10%).

Le succès d’un éventuel “plan de relance” de l’huître plate dans le bassin d’Arcachon reste hypothéqué par la persistance de la Marteiliose et de la Bonamiose.

 

Plat de résistance de Giaomo Casanova et des couples à la recherche de tendresse, on attribue à l’huître des vertus aphrodisiaques[3] tout comme le chocolat (chez les Aztèques, le cacao était connu comme un excitant sexuel ; les plus hardis ajoutaient du piment, du poivre et du clou de girofle pour en multiplier les effets) et les fraises ; Aphrodite, déesse de l’amour, est connue dans la mythologie pour avoir émergé des océans en chevauchant une huître, pour venir donner naissance à son fils.

Les huitres stimulent la production de testostérone chez les hommes mais aussi de cyprine (sécrétion vaginale d’excitation sexuelle) chez les femmes. Elles sont riches en zinc et en sélénium, deux oligo-éléments nécessaires au bon fonctionnement des organes sexuels.

Et pour aller plus loin : l’ostracisme, du grec ostrakismos, désigne le bannissement pour dix ans, prononcé par l’assemblée des citoyens, d’un dirigeant suspecté d’être trop ambitieux. Il dérive d’ostrakon, qui signifie “tesson” : en l’absence de papier, les tessons de poterie servaient de support à l’écriture, et en particulier à l’expression des suffrages et des sentences de l’assemblée. Mais ostrakon signifie aussi “coquille”, et, via le latin ostrea, il donne également “huître”.

L’ostracisme est l’art d’empêcher les huîtres de trop s’accrocher aux postes.

 

« Langue, sauce piquante », le blog de Martine et Olivier, camarades de casse, Le Monde du 18 septembre 2006.

https://www.lemonde.fr/blog/correcteurs/2006/09/18/2006_09_post_6/

Science et Pêche, Bull. Inform. Document. Insf. Péches marit., no 142, novembre 1965

https://archimer.ifremer.fr/doc/1965/publication-7252.pdf

L’ostréiculture du Bassin d’Arcachon au travers des siècles.

http://patrick.labouyrie.free.fr/ostreiculture.html

[1] – J.-P Deltreil., « Historique de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon », IFREMER, 1990.

[2] – J.-P. Deltreil.

[3] – Consommer des aliments aux vertus aphrodisiaques ne faira pas forcément de vous une « bête de sexe ».

Raphaël

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