L’exploitation des gisements de lignite – La centrale d’Hostens et ses remarquables résultats

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par Jean-Raymond GUYON, vice-président du Conseil Général de la Gironde, ancien ministre

La présence de lignite dans la Gironde et les Landes est connue depuis la moitié du siècle dernier. La couche a été jadis traversée par des puisatiers et, en certains points, elle a été mise à jour par les cours d’eau.

Les gisements ont fait l’objet, à diverses reprises, de tentatives d’exploitation. Citons, en particulier, l’extraction de quelques milliers de tonnes par les mines de Laluque, de 1916 à 1920.

Une campagne de prospection menée par diverses sociétés minières (Carmaux, La Mure, Mines de Neux, etc.) entre 1920 et 1927 a permis de reconnaître, d’une façon très précise, un certain nombre de gisements : celui d’Hostens et ceux de la région de Laluque, Rion, Beylongue et Arjuzanx.

Ces gisements ont fait l’objet d’attribution de diverses concessions- qui, vers 1930, ont été réunies au profit de la Société, minière et électrique des Landes, qui groupair les différents intéressés désignés plus haut.

Le lignite des Landes, bien que portant le même nom que celui de Provence, en est extrêmement différent; alors que ce dernier es: plutôt un carbo-lignite. Très voisin du charbon, le lignite des Landes est pratiquement identique au lignite de Rhénanie ou ce Saxe, connu sous le nom de « Braunkohle ». Comme lui, notamment, il contient, approximativement, une humidité de carrière de 58 à 63 % et son pouvoir calorifique inférieur est de l’ordre de 1 500 calories a l’état brut.

Etant donné son faible pouvoir calorifique, il ne peut être exploité, de façon économique, qu’avec des moyens extrêmement puissants et qui conditionnent la mise en œuvre de tonnages importants, pour justifier l’amortissement du matériel nécessaire.

La Société minière et électrique des Landes, qui avait groupé la quasi-totalité des gisements consentant un tonnage reconnu par sondages de l’ordre de 170 millions de tonnes, décida d’établir le premier siège d’exploitation sur le gisement d’Hostens, à 40 kilomètres au sud de Bordeaux.

Ce gisement présente, en effet, les caractéristiques les plus favorables au point de vue exploitation : la couche de lignite d’une puissance moyenne de 6 mètres est recouverte d’une épaisseur moyenne d’environ 8 mètres de morts-terrains, sables et argiles, alors que dans la région Arjuzanx-Morcenx, à 90 kilomètres au sud, le rapport de recouvrement est beaucoup moins favorable.

La matière première constituée par le lignite des Landes peut être utilisée par combustion directe, dans des chaudières spécialement adaptées, ce qui conduit à la production de vapeur et d’énergie électrique. Elle peut être séchée et agglomérée sous pression pour fournir un combustible pour foyers domestiques bien connu, dans le bassin du Rhin, souple nom de « briquettes Union ». Elle peut, enfin, être gazéifiée directement sous pression pour fournir un gaz d’un pouvoir calorifique de 4 000 à 4 500 calories, dont l’analyse est celle du gaz de ville.

L’utilisation par combustion directe est celle qui entraîne le minimum d’immobilisations ; c’est la raison principale pour laquelle la Société minière et électrique des Landes décida la construction, à proximité immédiate du gisement d’Hostens, d’une centrale électrique de 25 000 kilowatts reliée au poste de Pessac par une ligne à 60 000 volts au réseau général.

Les travaux entrepris, en novembre 1930, furent entièrement terminés en juillet 1932 et l’exploitation commença aussitôt dans le cadre d’un contrat de fournitures de la Société minière et électrique des Landes à l’Union des producteurs d’électricité des Pyrénées occidentales qui assurait l’écoulement de la totalité de la production énergique d’Hostens.

Cette production a cru de façon continue, passant de 40 millions de kilowatts annuels en 1934 à 70 millions en 1938, à 120 millions en 1941-1942, fléchissant a 90 millions en 1944, pour remonter à 140 millions en 1946 et atteindre près de 200 millions de kilowatts en 1953, valeur s’approchant du plafond des possibilités de l’installation.

En 1946, l’achèvement proche de la tache dite du « Bousqueys » constituant l’un des éléments du gisement d’Hostens, l’obligation d’exploiter la tache de « Lamothe » dans laquelle les rapports relatifs du mort-terrain et du lignite sont plus défavorables et l’accroissement de puissance de la centrale ont nécessité l’ouverture d’un autre chantier d’exploitation, à 3 kilométrés environ de la centrale, au lieu-dit « Cote 89 ». Ce chantier est équipé avec des pelles électriques puissantes et une sauterelle de grandes dimensions qui mesure 75 mètres dont 60 mètres de porte-à-faux

Les deux chantiers d’exploitation travaillent sur des fronts de taille qui ont environ 1 200 mètres de longueur. Sur tous les deux, les morts-terrains recouvrant la couche de lignite sont actuellement rejetés de l’autre côté du chantier, laissant derrière lui un aspect assez chaotique qui disparaît, à la longue, lorsque le reboisement s’est effectué, mais rendra pénible l’exploitation des bois. Des études actuellement en cours laissent supposer que l’adaptation des appareils existants permettra de laisser subsister, derrière le chantier, des espaces pratiquement nivelés, sensiblement plats ou faiblement ondulés sur lesquels l’exploitation forestière pourra, à nouveau, être menée avec facilité.

Parallèlement à l’accroissement de la production minière, la puissance de la centrale a augmenté progressivement. Équipée au début de trois chaudières à grilles produisant 30 tonnes-heure de vapeur et de deux groupes turbo-alternateurs de 12 500 kilowatts de puissance, la puissance de la centrale est, actuellement de 45.000 kilowatts-heure, ce qui lui permet de fournir, au réseau général, après prélèvement pour ses services propres, un peu plus de un million de kilowatts par jour.

On peut évaluer à 200 millions de kilowatts la fourniture annuelle de la centrale d’Hostens pour une extraction de lignite de 700 000 tonnes.

La centrale fonctionne en liaison avec les hydrauliques des Pyrénées, avec un rythme assez particulier, unique en France. Elle marche à pleine puissance, sans aucune réserve, pendant les mois d’été et d’hiver, et elle est arrêtée, de façon totale, pendant six à huit semaines. chaque année, au moment de la fonte des neiges dans les Pyrénées, époque pendant laquelle la plupart des barrages tendent à déverser, assurant une production d’énergie hydraulique régionale surabondante. Cette période est mise à profit pour une révision générale de la totalité des installations qui peuvent ensuite repartir, comme l’expérience le montre depuis vingt ans, pour une marche de dix mois, à pleine puissance, sans réserve et pratiquement sans arrêts.

Contrairement à ce que pensent certaines personnes qui semblent croire que l’exploitation d’un aussi vil produit que le lignite est une vue de l’esprit qui caractérise bien les errements des sociétés nationalisées, l’exploitation d’Hostens a été une réussite totale au point de vue économique.

Les moyens mécaniques extrêmement puissants mis en œuvre permettent de ne faire appel, que de façon très limitée, au travail physique de l’ouvrier, à qui l’on demande, surtout, une surveillance consciencieuse des appareils.

L’exploitation occupe environ trois cents personnes, cadres, services administratifs et ateliers compris. Tout le personnel fait preuve du plus bel esprit de discipline et de labeur, sous la conduite d’un remarquable animateur, M. Besson, ingénieur des mines, directeur de la centrale.

La productivité est très élevée, puisque au gisement principal, exploité avec le pont d’extraction, la production de lignite est ressortie, en 1953, à près de 20 tonnes par poste effectif d’ouvrier employé à la mine et, à la « cote 89 », à plus de 30 tonnes.

Il faut trouver dans ces chiffres l’explication d’un prix de revient de l’énergie produite à Hostens extrêmement intéressant pour l’économie générale, en dépit des caractéristiques techniques d’une centrale dont la construction remonte à près d’un quart de siècle.

D’ailleurs, M. Reufflet, inspecteur général des mines, ne reconnaît-il pas lui-même dans le n 5 des « Annales des mines » de 1949, dans un article consacré à la centrale d’Hostens, que le prix de revient d’exploitation sans amortissement de la tonne de lignite est de l’ordre de 200 francs en fin 1948. Si l’on admet, d’une part, que ce prix obéissant à la courbe des prix industriels est, à l’heure actuelle, de 300 francs ; que, d’autre part, l’amortissement est presque intégralement réalisé, il ressort que le prix du million de calories fournies à la centrale est de l’ordre de 200 francs.

Si l’on compare ce prix de revient à celui du mazout lourd (780 francs le million de calories) fourni par les raffineries aux centrales industrielles, on fait apparaître d’une façon indiscutable l’intérêt économique d’une telle exploitation.

La centrale d’Hostens n’a pas de réseau de distribution propre. Une ligne en haute tension à 60 000 volts la relie à Pessac au poste de la SNCF, où elle rejoint les deux lignes 150 000 volts venant des Pyrénées, une ligne à 90 000 volts et une ligne a 60.000 volts. L’énergie produite est ainsi déversée dans le réseau général, d’où elle est répartie au mieux en fonction des besoins et des disponibilités en énergie hydraulique provenant, tant du Massif Central que des Pyrénées. En cas de nécessité, des dispositifs sont prévus, au poste de Pessac, pour que la centrale d’Hostens puisse alimenter directement Bordeaux et la région immédiate.

Depuis sa mise en service, la centrale d’Hostens a exploité près de 9 millions de tonnes de lignite et produit 2 milliards 300 millions de kilowatts fournissant ainsi un appoint extrêmement important à l’économie.

Elle a apporté, localement, dans une région aussi peu industrielle qu’est le plateau landais, sur lequel elle est construite, un élément de vie fort appréciable. Acceptée au départ sans enthousiasme par les propriétaires locaux qui craignaient une mutation de main-d’œuvre à son profit et une dégradation de leurs propriétés, elle s’est avérée, au contraire un élément de stabilisation extrêmement important. Elle a formé son personnel elle-même et l’a recruté pour la quasi-totalité dans les environs immédiats d’Hostens. C’est ainsi que chaque famille de la région — ou presque — à un de ses membre, travaillant à l’usine, ce qui a permis à cette région laborieuse de supporter les à-coups consécutifs aux incendies de forêts, de pallier en partie les difficultés d’exploitation des bois et de la gemme et de fixer à Hostens tous les éléments de la cité.

Malheureusement, le gisement d’Hostens est limité. Plus de la moitié du tonnage en a été exploité et, au régime actuel, il sera épuisé dans un délai relativement court. Des prospections et sondages se poursuivent pour déceler la présence d’autres amas dans la région immédiate, ce qui permettrait de prolonger la vie de l’exploitation. Elles n’ont pas, hélas! donné de résultats positifs, à l’heure du j’écris ces lignes.

Quels que soient les résultats de ces recherches, que nous voudrions favorables, n’oublions pas qu’Hostens, dans l’esprit de ses premiers exploitants, était surtout destiné à servir de banc d’essai pour former du personnel et roder les méthodes qui permettraient l’exploitation des gisements beaucoup plus importants de la région de Morcenx. Les études effectuées en liaison par les services de l’équipement et de l’exploitation d’EDF, montrent que, grâce aux progrès de la technique, ces derniers sont maintenant exploitables dans des conditions économiques qui, pour n’être pas aussi brillantes qu’à Hostens, sont pourtant favorables. Ils pourraient donc, dans un avenir prochain, prendre la relève de l’exploitation d’Hostens ot fournir, tant à l’économie nationale qu’à l’économie régionale du plateau landais, un élément de vie intéressant.

Extrait de Sud Ouest du 7 décembre 1954

Images extraites du livre Arjuzanx – L’empreinte d’une centrale.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Raymond_Guyon

Aimé

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