Lagune des Anguilleyrons

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Au nord du village de Saint-Magne, la lagune des Anguilleyrons (ou Anguillons ; rappelant l’abondance des anguilles dans ce type de formation), propriété de M. Gabriel Monjeau, est localisée dans une zone de pinède actuellement déboisée et labourée. D’un diamètre à peine supérieur à une vingtaine de mètres, la dépression est occupée par une micro-tourbière (1,80 m de profondeur) et bordée d’aulnes, de bouleaux (Betula) et d’osmondes (Osmunda regalis).

Une datation réalisée à la base de l’enregistrement sédimentaire a donné un âge de 2170±30 BP (362-157 cal. BC). Cette séquence dilatée permet par conséquent de suivre les évolutions des environs de la lagune sur un peu plus de deux millénaires.

À la base de la séquence (“zones An-1 et An-2”), les données polliniques indiquent un paysage en mosaïques dominé par les chênes et les landes à Erica sp. et Calluna. La présence du noisetier, de l’aulne et du bouleau prouve l’existence de zones enfrichées, avec le hêtre et le sapin qui est représenté par quelques occurrences.

Dès la fin de l’âge du Fer le milieu est largement anthropisé comme le suggèrent plusieurs indices polliniques d’activités agro-pastorales et les céréales. La forte représentation des colonies de Botryococcus sp. indique l’existence d’un plan d’eau permanent (présence continuelle de Nymphea) dont l’eutrophisation pourrait être mise en relation avec une fréquentation pastorale des berges de la lagune (présence de Sporormiella-type).

Durant les phases correspondant aux “zones An-3a et An-3b”, l’enregistrement reflète une intensification des activités humaines signalée par la hausse des céréales, l’apparition du seigle (Secale) et du noyer (“zone An3b”) ainsi que par un développement des espèces rudérales nitrophiles associées aux pratiques pastorales (Urtica, Chenopodium sp.). Cette dynamique s’accompagne d’une réduction du couvert forestier et d’une extension des espaces de prairie signalés par la réduction des espèces forestières et la hausse des Poacées tandis que la légère diminution de la callune pourrait suggérer une réduction des landes. Ces indices traducteurs d’une hausse de la fréquentation pastorale sont confirmés par l’augmentation des ascospores de champignons coprophiles (Sporormiellatype, Sordaria-type et Podospora-type) dans la “zone An3b”. La tendance s’inverse durant la “zone An-4” suivante. Le recul des orties et des chénopodes qui coïncide avec une augmentation discrète de la callune, mais également du noisetier et des saules, traduit une régression temporaire de la fréquentation pastorale confirmée par la quasi-disparition des ascospores de champignons coprophiles. Durant cette période, la hausse des Cyperacées indique une extension des prairies humides à la périphérie de la lagune tandis que le plan d’eau et ses berges sont envahis par une végétation aquatique soulignée par l’apparition des massettes (Typha latifolia), l’expansion des hydrocotyles, des Nymphea, des potamots et des sphaignes.

Les deux dernières zones du diagramme (“An5 et An6”) reflètent une hausse du peuplement et des activités anthropiques. L’essor de la représentation du noyer (probablement implanté aux abords des habitats) et des plantes rudérales sont de bons indices de la poussée agraire et pastorale qui caractérise les périodes tardo-médiévale et moderne. Durant cette période, les données polliniques indiquent un paysage très largement ouvert dans lequel persistent probablement encore quelques bosquets de chênes au milieu de landes et de prairies. Ceinturée par des prairies humides à Cypéracées, la lagune reste active jusqu’à une époque récente, ce que souligne la persistance des taxons aquatiques. Ces derniers ne disparaissent qu’au sommet de l’enregistrement (“An6”) avec l’assèchement et la disparition de la lagune, tandis que les paysages environnants subissent une transformation importante caractérisée par l’effacement des manifestations anthropiques, par la disparition de la chênaie et par le développement des pinèdes.

Ainsi que le confirment les enregistrements des Anguilleyrons, la fin du haut Moyen Âge et la période médiévale apparaissent comme une autre étape déterminante dans le processus d’anthropisation du triangle landais. L’épisode, variable en intensité d’un secteur à l’autre, se caractérise par des déboisements importants, par une accentuation de la pression agropastorale mais surtout par une extension des landes à bruyères. C’est durant cette période que certaines des lagunes prises en considération dans le cadre de cette recherche montrent des signes évidents de comblement ou d’atterrissement des Anguilleyrons. Une dernière étape, plus ou moins clairement identifiée selon les enregistrements, est contemporaine des derniers siècles : elle marque un net recul des pratiques agro-pastorales et des chênaies au profit du pin et souligne le processus irrémédiable d’assèchement des lagunes en raison des drainages et des reboisements.

Source : « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande », Élodie Faure, Didier Galop, Fédération Aquitania, 2011

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01207927/document

Guide communal de la biodiversité végétale du Pays Bassin d Arcachon-Val  de l Eyre

http://docplayer.fr/75807045-Conservatoire-botanique-national-sud-atlantique-guide-communal-de-la-biodiversite-vegetale-du-pays-bassin-d-arcachon-val-de-l-eyre.html

Raphaël

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