Découvertes archéologiques en vallée d’Eyre

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Bertrand Peyneau, né à Mios en 1855, s’établit comme médecin dans sa commune natale en 1875. Il en est par ailleurs maire de 1881 à 1919. Archéologue, érudit, chercheur infatigable, il se consacra surtout à la préhistoire : ses fouilles sur les bords de l’Eyre apportent de précieux renseignements sur la vieille civilisation des Boïens ; il découvre à Mios des tumuli celtiques et, à Lamothe, la ville de Boïos. Il écrit trois importants ouvrages à ce sujet. Le 8 juin 1930, il fait don de ses collections à la ville d’Arcachon qui donne son nom à une place le 11 août 1955. Bertrand Peyneau meurt à Mios le 18 juin 1934.

La région de Belin-Mios est le lieu de découvertes assez nombreuses et souvent intéressantes, qui témoignent d’une occupation humaine autour de la vallée de l’Eyre durant la période protohistorique (Roussot-Laroque, 1985). Il y a cependant très peu de témoins d’occupation très ancienne à cause du caractère inhospitalier qui entoure cette région toujours humide. Plusieurs sites particulièrement favorables ont été occupés à diverses périodes.

1 Certes La Ruscade tumulus isolé

2 Houn de la Peyre nécropole

3 Bos de Caubet nécropole

4 Les Gaillards nécropole

5 Les Pujolets nécropole

6 Le Bois de la Potence nécropole

7 Les Coyouns tombes en fosses

8 Le Berceau Fouille nécropole

9 Camping municipal tombes en fosses

10 Coularre nécropole ou tumulus isolé

11 Pujaut nécropole

12 Castandet tumulus isolé

13 Truc du Bourdiou tombes en fosses

14 Bourg de Salles tombes en fosses

15 Pas de Pajot tombes en fosses

16 Craste de Montespiou tombes en fosses ?

17 Le Caille nécropole

18 Carret tumulus isolé

19 Le Graoux nécropole

20 Joué nécropole

21 Les Sables nécropole

Paléolithique supérieur

Les plus vieux témoins ont été trouvés au Truc de Bourdiou à Mios : dans un gisement de plein air azilien, plus de 100 outils ont été rassemblés, dont des pointes aziliennes et de nombreux grattoirs courts, mais le gisement est pauvre en burins.

 

Néolithique et Chalcolithique

À part les deux haches polies trouvées à Sanguinet et à la station du Barp, de nombreux sites, répartis à proximité de l’Eyre, ont livré un outillage assez abondant :

– haches de pierre à Belin, 3 haches polies à Mios, dont une en roche verte, haches polies à Salles ;

– flèches à ailerons en silex à Belin, Mios, Salles ;

– poignard en silex à Salles. De la céramique campaniforme (tessons de poterie à décors de cordelette) a été trouvée au Truc de Bourdiou (Mios).

Les mégalithes sont peu nombreux :

  • au Poujeau de Montmey à Salles
  • plus douteux, au Puyau de Montespioux, la Pierre de la Main du Diable (Lugos) au bord de l’Eyre, grès ferrugineux portant des gouttières creusées parallèles qui, pour certains archéologues, ne serait qu’un simple bloc naturel alors que d’autres pensent qu’elle faisait partie d’un cromlech.

 

Âge du bronze

Le Bronze ancien (1800-1500 av. J.C.) n’est attesté qu’à Mios, avec les fragments de vases du Truc de Bourdiou et surtout par le groupe des 7 haches à léger rebord découvertes aux Perduilles en 1897, dont une est conservée au musée de la Mer à Arcachon ; leur forme allongée est celle des haches médocaines, mais les rebords en sont moins saillants.

Durant le Bronze moyen (1500-1250 av. J.C), l’évolution commencée semble se poursuivre sans rupture notable ; c’est l’apogée du Bronze médocain, centré autour de Pauillac (célèbre aussi par son agneau des prés salés, et son… Mouton-Rothschild), mais dont le rayonnement couvre toute l’Aquitaine. Trois de ces très belles haches médocaines longilignes à rebords ont été découvertes au moulin du Martinet à Lugos : mesurant 20 cm de long pour 3 de large en moyenne, avec une épaisseur ne dépassant pas 1,5 cm, elles appartiennent au type médocain le plus pur ; la spectrographie a révélé un bronze à 12% d’étain, classique pour cette industrie. Le site du Truc de Bourdiou a aussi livré de nombreux fragments de vases provenant d’un habitat remanié par les constructeurs des tumuli du premier âge du fer. Mais la découverte la plus surprenante reste incontestablement l’inestimable bracelet d’or de Caudos (commune de Mios) trouvé vers 1863 (conservé au musée des Antiquités nationales) : c’est un bracelet ouvert, rond, lisse, à bouts légèrement élargis, en or massif… pesant 330,6g ! Il ressemble assez aux bracelets de Vieux-Bourg-Quintin en Bretagne et à ceux de Vendée et de Loire-Atlantique. En pensant que ces bracelets massifs de répartition atlantique servaient peut-être de lingots, Julia Roussot-Larroque[1] s’interroge sur de possibles influences irlandaises ou ibériques à cette époque : elle souligne d’ailleurs que deux des trois bracelets d’or de cette époque découverts en Aquitaine l’ont été dans la Grande-Lande ou à sa limite, démentant ainsi sa réputation de terre inhospitalière à partir de 1500 av. J.C. Il n’y a pas d’attestation du Bronze final (1250-700 av. J.C.) sur la carte elle-même, mais dans un tumulus de Saint-Magne, juste à l’est de Belin, ont été recueillis une garde d’épée en bronze et un bracelet.

 

Âge du fer

La période du premier âge du fer est une des mieux attestées par la conservation des objets dans les nombreux tumuli qui ont été édifiés tout le long de la vallée de l’Eyre. À Beliet, deux tumuli ont été signalés près du Graoux, dont le Puyau du Caux. Au siècle dernier, une cinquantaine d’objets ont été découverts dans un vase, dont 33 appliques coniques à bélière, un diadème, une tête d’épingle. À Biganos (Bos de Caubet, Gaillard, Houn de la Peyre et Lamothe) et à Mios (Berceau, Truc du Bourdiou, Pujaut, Castandet), d’importants ensembles de tumuli à incinération ont permis de découvrir des urnes à offrandes et des objets métalliques en fer et en bronze (épées, couteaux, fibules, bracelets, torques, boucles d’oreille, etc.). Au Teich, à Salles (Bourg), à Lugos (Le Martinet), les nécropoles sont par contre composées de tombes plates à incinération, séparées des sites à tumulus de tradition plus ancienne.

Plusieurs trouvailles doivent être mises au crédit de J.-L. Brouste, qui, dans les années 1980, a signalé un certain nombre de tertres : plusieurs tumulus présumés près de Lecaille à Lugos, d’autres près des Sables à Belin-Béliet. Il a aussi mis au jour des restes céramiques en divers points autour de Belin-Beliet. Au lieu-dit Craste de Montespiou, à Lugos, lors du recreusement d’un fossé, sont apparus des petits vases carénés presque entiers datables du premier âge du Fer. Bien que l’hypothèse la plus vraisemblable soit ici celle d’un contexte funéraire, d’autres tessons de récipients à usage domestique recueillis à peu de distance n’excluent pas l’implantation d’un habitat sur la même parcelle.

En 2004, H. Barrouquère a découvert au lieu-dit Carret un tumulus, et recueilli dans les terres retournées par le labour des fragments de vases du premier âge du Fer ainsi que des esquilles osseuses incinérées, le tout appartenant à une ou plusieurs sépulture(s) démantelée(s) par la charrue forestière. Au total, dans un rayon de 3 km autour de Belin-Béliet, de part et d’autre de la rivière, c’est une douzaine de sites funéraires qui sont répertoriés, ce qui démontre une certaine densité de l’occupation humaine dans cette zone.

À Joué, au sud-ouest de Belin-Béliet, en 1980, des tumulus anciennement référencés ont été redécouverts pas J.-L. Brouste, qui a pu identifier un groupe de huit tertres. Récemment, le passage d’une charrue forestière sur l’un de ces tertres a démantelé une sépulture dont quelques éléments mobiliers recueilli par Brouste appartiennent à une étape avancée du premier âge du Fer. Ces éléments justifient une intervention archéologique, dont on peut attendre d’utiles informations.

Cette dualité des structures funéraires n’implique pourtant pas des gestes funéraires différents. En effet, dans tous les cas, le défunt est incinéré. Une partie des restes osseux est prélevée sur le bûcher et déposée dans un contenant céramique. Ce dernier est généralement recouvert d’un plat renversé en guise de couvercle et accompagné d’un vase-accessoire (ou plusieurs), très rarement de mobilier métallique au début du premier âge du Fer. Le tout est placé dans une fosse remplie par le sédiment de son creusement. Des fosses contenant cendres et charbons de bois sont parfois mises au jour dans l’espace funéraire. Les pratiques sont très standardisées, montrant l’adhésion des communautés humaines à des rituels acceptés par tous.

http://www.archeolandes.com/documents/pcrbilb.pdf

[1] – Après avoir reçu l’enseignement du Professeur François Bordes et de Denise de Sonneville-Bordes au laboratoire de Préhistoire de l’Université de Bordeaux, Julia Roussot-Larroque s’est consacrée aux périodes récentes de la Préhistoire et à la Protohistoire ancienne. Ses travaux portent sur le Mésolithique, le Néolithique et l’âge du Bronze, plus particulièrement dans l’Ouest et le Sud-Ouest de la France. Elle est directeur de recherche émérite au CNRS. Décédée de 20 mars 2017.

Raphaël

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