Croquis du Bassin – La Teste résiste

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En ces jours de fêtes de la Libération, on nous dit : “ Vous avez souvent parlé de la Résistance arcachonnaise. Et à La Teste, alors ? ”. Effectivement, La Teste eut sa résistance, souvent imbriquée dans celle d’Arcachon, dirigée par l’instituteur Robert Duchez et qui, m’a raconté José Diego, appelait collectivement ses jeunes membres voisins “ La Teste” et sa mère leur offrait des cigarettes …

De nombreux témoignages insistent sur l’importance du travail de recherches et de transmissions de renseignements fournis par des résistants testerins. Il y eut l’enseignant Henri Dheurle, dans le cadre du réseau Gallia et qui fut déporté. Il y eut aussi Raymond Marty. Employé civil à la base aérienne de Cazaux comme peintre en bâtiment, il notait les mouvements de matériel et d’avions, de chasse, d’abord puis de bombardement, à partir de 1944. C’est lui qui, sous le prétexte de changer une vitre cassée, put pénétrer dans un local secret où il “emprunta” des plans de la base de Cazaux. Transmis par un réseau local, ils ont facilité un bombardement du site le 27 mars 1944, tuant un Arcachonnais, Henri Ducourneau et un Cazalin, Maurice Mézel et blessant cinq autres personnes civiles qui travaillaient sur la base. Un autre bombardement d’un quart d’heure eut lieu le 19 juin 1944, à 9 heures 30, enflammant des réservoirs d’essence.

Un autre bon moyen d’obtenir des informations, c’était … la pratique de la pêche sur le lac qui permettait d’observer les mouvements et les types des appareils. D’où le nom du contact bordelais des cazalins : “Poisson”. Par le chemin du réseau Mithridate, il transmettait des renseignements patiemment collectés. Un réseau auquel appartenait Jean Minville, le président, à l’époque, de la société sportive les Jeunes du Captalat où le patriotisme était vif. Le petit groupe de résistants testerins s’est organisé dès fin 1942, début 1943, autour du menuisier Pierre Peyronnat, trop oublié aujourd’hui, un vrai meneur d’hommes, dont l’atelier se trouvait place Gambetta. Pierre Peyronnat, un fonceur réfléchi mais qui fut tout de même arrêté. Il se blessa volontairement, fut transporté dans un hôpital bordelais, où grâce à des complicités il put se cacher, s’enfuir et … revenir à La Teste. D’autres réunions de ce groupe “Grégoire” avaient lieu chez l’ingénieur André Vareilles.

Ce groupe, armé de trois mitraillettes, de trois revolvers et de quelques fusils de chasse, fut chargé, à la libération, de contrôler la base de Cazaux. Dans la nuit du 22 au 23 août 1944, une douzaine de Testerins prend donc la route de Cazaux où les Allemands organisaient leur départ depuis le 15 août. Sur la place de l’école, ils vendaient tout ce qu’ils pouvaient aux habitants. C’était un tel désordre qu’on envoya deux policiers arcachonnais, Bosc et Belliard, pour surveiller les lieux.

À six heures du matin, après une nuit passée dans le chai de la garde-barrière, au pont de Saous, le groupe Grégoire, dans une forte fusillade, arrête un train qui vient de Cazaux où il ne trouve que trois passagers, deux hommes et une femme, tous très apeurés. Fort heureusement, ce qui a évité une bataille que la troupe testerine n’aurait pas gagné, les Allemands ont quitté la base par la route de Sanguinet. Mais ils ont laissé un massacre à Cazaux où le groupe Grégoire arrive en pleine tragédie. Le gendarme maréchal des logis-chef, Carrazé, son adjoint, Giret et les policiers, Bosc et Belliard, ont été fusillés dans la centrale électrique de la base. Par miracle, Bosc en réchappera. Mais une certaine obscurité plane sur ces crimes. On parle d’une vengeance des Allemands, le gendarme Carrazé ayant voulu s’opposer aux ventes de matériel sur la place de l’école. Par contre, on a condamné à vingt ans de travaux forcés un jeune homme, interprète qui aurait eu, à cause de cette opposition, une altercation avec Carrazé. Il a toujours nié les accusations. Toujours est-il que le groupe Grégoire pénètre dans la base abandonnée et s’émeut beaucoup devant les victimes déchiquetées par une grenade. Ce qui n’empêche pas ces jeunes hommes de déguster dans les cuisines un café allemand encore chaud tandis que les Cazalins ont dressé des tables pour faire manger ses libérateurs. Des hommes dont plusieurs se retrouveront dans la colonne Duchez sur le front du Médoc puis dans le 34è RI. Un régiment qui n’a pas reculé d’un seul mètre durant la contre-offensive allemande des Ardennes, parce que, m’ont dit deux des membres du groupe Grégoire : “Depuis des années nous avions la rage de vaincre”. Et c’est le moment de songer à ce qu’écrivit Robert Escarpit : “De seul fait d’être même un peu résistant, on risquait sa vie plus que les autres”.

Jean Dubroca

Aimé

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