Croquis du Bassin – De l’hiver à l’été

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Avec le passé, point trop de nostalgie. Voici encore pourquoi. Hier, nous avons évoqué le guide d’Oscar Déjean, centré sur le train, puis le premier guide Michelin paru en 1900 et qui marquait l’avènement du tourisme par l’automobile. Qu’en est-il encore de l’évolution du tourisme vue à travers quelques placards publicitaires parus dans les nombreuses publications concernant Arcachon ?

Par une étrange cohabitation entre la  maladie et la  joie de vivre, comme si   « L’on assistait à la mort, avec la force entière de la vie »,  nos deux villes, celle d’été et d’hiver,  fleurissent dans les débuts cahotants de la IIIe République et s’épanouissent dans la “ Belle époque ” qui les suit, puis dans ces “ Années folles ” qui succèdent à la démence de la Grande Guerre. Les concerts, les thés dansants et les bals costumés se suivent dans les salons de l’hôtel Continental, aujourd’hui “L’Oasis”. Car le Grand hôtel, sur la plage, a lancé la construction des palaces arcachonnais. Il en reste le fleuron. Dans une de ses “ réclames ”, il vante ses cent cinquante chambres confortables, son bar américain et ses bains de mer chauds. Une taxe de séjour de 2  francs 40, en 1920, n’est donc pas usurpée.

Retour en arrière. Dans la ville d’hiver, l’hôtel “ Régina et d’Angleterre ” ouvert  en 1881, dans l’allée Corrigan, a subi plusieurs agrandissements et, aujourd’hui encore, il présente une perspective à la fois fantaisiste et imposante, avec son élégant escalier d’où descendit, un jour de folie motorisée, l’une des autochenilles Citroën, prête pour  la Croisière Noire et chargée de jolies filles. Le “Continental”, inauguré en 1889, est construit sous la direction de l’architecte Pujibet, très à la mode depuis qu’il a conçu l’énorme casino de Trouville. Ici, par contre, on admire la finesse de  trois étages, couronnés par la brillance des ardoises de la  haute toiture brodée d’arcades. On l’a dit : il s’appelait hier encore « L’Oasis », et appartenait aux œuvres sociales de la Banque de France en ayant conservé sa belle allure. 

De cet Arcachon qui commence à voir se lézarder le pouvoir médical sur son activité touristique et qui revient à ses premières amours pour les bains de mer, datent d’autres grands hôtels. Ainsi du “ Richelieu ”, toujours en activité et qui montre une altière mais fine façade sud-ouest, bâtie en angle droit pour capter au maximum le soleil d’hiver. Juste à côté, aujourd’hui devenu une résidence, s’élèvent les quatre-vingts chambres du “Victoria ”. Son gérant parle, dans sa publicité, de ses appartements ensoleillés « Pour séjours d’hiver, avec arrangements des prix », prouvant ainsi que, jusqu’en 1930 environ, Arcachon n’a pas encore renoncé à rester une station hivernale, malgré certains tiraillements.

D’ailleurs, paru en 1929, le vénérable dictionnaire médical Larousse consacre quelques lignes seulement à l’Arcachon d’été et une longue colonne aux vertus médicales de la station d’hiver  avec son caractère spécial  associant « cure marine et forestière ». Elle est favorisée, peut-on encore lire, par une humidité moyenne qui uniformise les températures, par une pression  atmosphérique à faibles variations ce qui atténue le travail du poumon et du cœur et par des vents qui, ayant passé sur l’Océan ne contiennent pas de microbes. « Aussi n’en trouve-t-on pas dans la forêt d’Arcachon », confirme sans hésiter, le bien hardi docteur Lalesque ! Si bien qu’ainsi conçu  ce bon air arcachonnais diminue la toux, calme l’irritation nerveuse et accroît les urines. Un esprit mal tourné songerait au docteur Knock. Mais qui oserait manifester du mauvais esprit ici ?

Cependant, l’hôtel “Victoria”, dans ces années 20, insiste sur sa « fosse pour l’entretien des voitures », illustrant ainsi que le tourisme suit désormais tout autant les routes tracées par le “Guide Michelin » que par le « Chaix », qui répertorie tous les horaires ferroviaires, jusqu’au plus profond du Cantal ou de la Drôme. De cette époque des palaces, date aussi le « Grand hôtel du Moulleau » qu’une modernisation indigente a ravagé, gommant les briques rouges qui appareillaient les trois étages de sa façade mais dont la partie est a conservé un superbe escalier arqué, tandis qu’à l’ouest une large terrasse, bâtie sur une rangée de cabines de bain, permet de suivre « les plus belles régates du continent », disait-on alors au Moulleau, en toute modestie.

Naturellement, preuve de l’évolution touristique d’Arcachon, on peut aussi s’offrir des croisières sur le Bassin, différentes des navigations de santé préconisées dans les cures médicales. Les concierges de ces grands hôtels, ces hommes dont les clés d’or ouvrent toutes les portes les plus secrètes d’une station, n’ont aucun mal à trouver un canot automobile à pétrole, loué vingt francs de l’heure, tandis qu’on navigue sur un voilier, manœuvré par son équipage de deux marins, pour huit francs. Autant de signes qui montrent que, depuis quelques années, dans la Ville d’Hiver, on commence à percevoir, venue de la ville basse, des craquements dans l’industrie de la santé. Il ne faut donc pas prendre à la légère les transformations qui s’amorcent alors que certains petits hôtels arcachonnais annoncent par de larges pancartes : « La maison ne prend pas de malades contagieux ». De tels petits détails montrent que le tourisme arcachonnais commence à se modifier.    

Cependant, très longtemps encore, jusqu’au début des années 1960, la flamme des PTT, imprimée sur les enveloppes parties d’ici vantera « Arcachon : l’été sa plage, l’hiver sa forêt. » La ville s’accroche à sa « saison » hivernale. Pourtant, en 1938, lorsqu’André Rebsomen publie son guide touristique « Arcachon et le Pays de Buch », il s’intéresse plus au parc des Abatilles et à l’ascension des « Grandes du Pilat »  qu’à la Ville d’Hiver. À La Teste, il invite à visiter la Forêt usagère, à Gujan-Mestras son port et les moulins à eau d’Audenge, de Béliet, de Lanton ou de Mios, prônant ainsi un tourisme itinérant qui changera beaucoup de choses. C’est ainsi qu’à partir de 1945, Arcachon entrera dans une nouvelle ère touristique. Faut-il le regretter ?

Aimé

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