Chronique n° 116 – En quête d’un port

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Arcachon a attendu son port pendant cent deux ans ! Pourtant, il faut se souvenir que, le 24 janvier 1854, le cardinal Donnet a entamé des démarches pour créer ici “un port de guerre”. Quant au port de commerce, ou bien l’on se contente depuis la fin du XVIIIe siècle d’utiliser des chalands reliant la côte aux plus gros navires qui restent ancrés dans le Teychan. Ou bien, l’on dispose de l’ancestral port de La Teste où se fait le trafic commercial par de plus petits bateaux, concurrencés par le chemin de fer. Mais, lentement, les installations ostréicoles envahissent le port testerin et les élus abandonnent l’idée de le développer ou même seulement de l’améliorer pour le commerce. D’autant plus que, depuis 1844, l’ingénieur Alphand a construit, en bois, le débarcadère d’Eyrac et qu’une commode “route royale” le relie à La Teste, dès l’été 1845. De plus, plusieurs administrations nécessaires au commerce maritime, émigrent vers Arcachon.
Cependant, un port dans cette ville se heurte à beaucoup d’obstacles. D’abord, le 28 octobre 1882, une forte tempête détruit la jetée d’Eyrac. On la reconstruit en 1899 et, en 1905, la municipalité de Veyrier-Montagnères demande qu’un terre-plein et qu’une cale inclinée longent cette jetée, préludes d’un port commercial, situé là. Mais la guerre de 1914 arrête tous les travaux et ce n’est qu’en 1921 que le terre-plein est construit. Quant à la cale, elle n’enthousiasme plus du tout alors les élus qui voient très mal des activités commerciales lourdes prospérer dans les bruits et les fumées, à proximité du casino de la Plage et de l’élégant boulevard-promenade. Ils la préfèrent, à l’unanimité, plus au sud, dans le quartier déjà industriel de l’Aiguillon, ce qui scinde la ville en deux parties fort différentes l’une de l’autre. Une décision qui renvoie aux calendes un port commercial dans Arcachon bien que certains responsables économiques continuent d’estimer qu’une telle installation peut assurer des ressources durables, alors que le tourisme reste temporaire et aléatoire. Mais, un port au cœur de la plage, on n’en veut pas car il nuit, dit-on, autant à l’esthétique qu’à la propreté de la ville.
En décembre 1930, Marcel Gounouilhou devient maire, après un rude débat visant à écarter la notion de “ville sanitaire”. Selon ses adversaires, il commence par augmenter autour de 30 % les impôts. Puis il lance un emprunt et annonce de vastes projets, reprenant beaucoup de ceux de Veyrier-Montagnères : une nouvelle gare, l’agrandissement de la ville sur des terrains acquis à l’État, un aéroport, et même, on y revient, un port de commerce, de plaisance et de pêche. Car il faut relancer Arcachon. Déjà, en 1926, le conseiller municipal Brun avait relevé le mauvais état des rues, l’absence d’activités attrayantes, la tristesse générale de la ville.
Aussi, Marcel Gounouilhou se lance-t-il dans des travaux qui doivent apporter du neuf dans la ville. En 1932, on voit s’élever le fronton de pelote basque, dans le parc des Abatilles. En 1934, Hubert Longau obtient la construction d’un beau vélodrome, vite réputé pour son rendement sportif et pour ses courses … landaises. De 1933 à 1936, Gounouilhou fait bâtir le second boulevard-promenade à l’ouest de la place Thiers, attendu par des riverains pour protéger leurs perrés ! Il porte son nom et ouvre le panorama sur le Bassin à la dimension d’une Croisette. Avec, comme là-bas, déjà une très bonne idée qui consiste à isoler la circulation des autos de celle des piétons. Vient enfin la première jetée du Moulleau, construite légèrement plus au sud de l’actuelle. Mais de port, point. Pourtant, le développement de la pêche arcachonnaise ne peut que nécessiter une telle installation. Cependant, elle va s’avérer fort compliquée à mettre en œuvre. C’est une autre histoire.
À suivre…
Jean Dubroca

Aimé

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