Chronique n° 100 – Des Arcachonnais licencient les Testerins

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La tourmente de la guerre de 1870-1871 passée, les affaires, en tous genres, reprennent, seulement interrompues par le raz de marée du 28 octobre 1882. Ce jour-là, un énorme coup de vent soulève le Bassin. Ses eaux envahissent une grande partie de l’Aiguillon, de Notre-Dame et de la rue du Casino. Beaucoup plus grave : la jetée d’Eyrac s’écroule, la route de La Teste est coupée sur vingt mètres et la voie ferrée est inondée. L’île aux Oiseaux est submergée. Trois personnes y sont noyées tandis que près de quinze autres ne sont sauvées qu’in extremis, après avoir été recouvertes d’eau. Le 20 août 1877, une autre tornade fait des victimes et des dégâts sur le Bassin. Le 13 novembre 1902, une tempête détruit la petite jetée de la rue de la mairie et détruit celle de la rue Legallais.

Quant aux tempêtes politiques et aux polémiques qui les accompagnent, on a vu combien elles restent nombreuses. Pour mémoire, rappelons que, de 1871 jusqu’en 1897, on compte un manège de douze maires, quatre révocations diverses, soixante-seize démissions individuelles ou collectives, et quatorze élections générales ou complémentaires ! Et certaines fort passionnées. Ainsi, le 4 octobre 1885, les élections législatives ne donnent qu’une faible avance aux Républicains. Aussitôt, dans une atmosphère très tendue, ils font l’union sacrée. Au second tour, à Arcachon, le duc Decazes, royaliste, n’obtient que deux cent quatre-vingt-cinq voix contre huit cent quatre, au républicain Raynal. Il est donc intéressant de noter qu’Arcachon, après avoir été farouchement bonapartiste est devenu fondamentalement républicain.

Si bien que, les élections passées, on y règle des comptes dont des lampistes font les frais, en l’occurrence quatre employés de l’octroi. Ils ont manifesté bruyamment leur soutien au duc Decazes et le préfet demande leur révocation car, dit-il, “Ils sont hostiles au gouvernement qui les paie”. Finalement, un nouveau succès des républicains aux élections municipales arcachonnaises, amène l’avocat Georges Méran au fauteuil de maire. Il trouve des arguments qui permettent d’arranger l’affaire …

Par contre, ce qui ne s’arrange pas du tout, mais alors pas du tout, ce sont les relations entre Arcachon et La Teste. Car depuis 1874, les diverses administrations quittent la vieille capitale du Pays de Buch, leurs responsables préférant vivre dans la ville nouvelle. L’affrontement devient chaud le 28 novembre 1897, lorsque le conseil municipal testerin débat du transfert vers Arcachon du Bureau de l’Enregistrement. “L’Avenir d’Arcachon”, cité par Jacques Ragot, raconte : “Un pontife de l’endroit -l’endroit, c’est La Teste – jetant feu et flammes, va dans sa colère, jusqu’à comparer Arcachon à Sodome …”. Le compte-rendu officiel raye le terme mais, néanmoins indique “Qu’Arcachon donne aux fonctionnaires un exemple immoral et funeste qui les conduit à la corruption”.

La station balnéaire explose de tant de colère que des industriels de la ville licencient ipso facto tous leurs ouvriers testerins. De plus, “L’Avenir d’Arcachon” jette de l’huile sur le feu en écrivant : “Si La Teste veut la guerre, on la lui fera car elle ne cherche qu’à corrompre politiquement Arcachon. C’est La Teste qui a encouragé chez nous des tentatives réactionnaires”. Le journal va ainsi jusqu’au trait final assassin : “La Teste reste le Captalat, mais Arcachon, c’est la capitale !”. La divergence, sur ce sujet, n’est pas encore réglée…

Devant l’ampleur prise par la querelle, le maire de La Teste, Jules Lutzy, qui n’a d’ailleurs pas fini d’en subir dans sa ville, vient à Canossa, qui ressemble fort à Arcachon, présenter ses humbles excuses à son collègue, Veyrier-Montagnères. Lequel les accepte et le fait savoir par voie d’affiches, placardées sur tous les platanes et devant lesquelles la population se rassemble, en les commentant haut et fort de propos peu amènes. Cependant, les ouvriers testerins licenciés sont réintégrés. On ne voit pas d’ailleurs très bien comment on aurait pu s’en passer à Arcachon où ils sont fort nombreux et fort utiles, y faisant souvent des tâches ingrates. Mais cette première affaire n’est qu’une escarmouche par rapport à la grande bagarre qui va bientôt se déclencher. C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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