Chronique n° 061 – Un miracle ferroviaire

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“Notes sur les œuvres d’utilité publique de M. Deganne ” : c’est un document peu connu dont l’auteur est un anonyme “étranger de distinction qui aime beaucoup Arcachon ”, ainsi qu’il se présente lui-même. L’opuscule paraît en 1883, trois ans après que Deganne eut perdu la mairie de sa ville, pour la seconde fois. Et dans ces pages fort laudatives, on voit cependant comment Deganne a joué un rôle important dans l’arrivée du chemin de fer à Arcachon. La compagnie des frères Pereire a retenu un tracé de voie, soumis à enquête publique en 1854. Il n’est pas des plus heureux mais les habitants d’Eyrac veulent tellement leur ligne qu’ils sont prêts à accepter n’importe quoi. Même ce qu’on leur propose, c’est à dire une voie de six kilomètres qui arrive en plein Eyrac mais qui a le gros inconvénient d’isoler ce quartier du reste de la ville. La Compagnie du Midi refuse le projet. C’est le désappointement dans Arcachon.

Mais en octobre 1855, Deganne sauve la situation. Il propose à M. Simon, ingénieur en chef de la compagnie, un nouveau tracé, celui qu’aujourd’hui encore empruntent les TGV. Deganne s’engage à y mener les travaux à bien, d’autant mieux que c’est son métier. Il est d’autant plus enthousiaste que la voie aboutit exactement à la limite de ses propriétés arcachonnaises… Toutefois, moins long de moitié et moins coûteux sur l’achat de terrains proches du Bassin, le trajet de Deganne reste le meilleur et les huit plus gros propriétaires arcachonnais l’appuient auprès du gouvernement.

Et que répond M. Rouher, ministre de l’Agriculture et des Travaux publics, le 9 février 1856 : “Il n’a pas paru susceptible à l’administration d’approuver le tracé”. Catastrophe ! Deganne a déjà commencé à déblayer la place de la gare et continue de s’assurer des terrains à traverser, avec l’appui discret de la Compagnie qui se remue beaucoup à Paris dans les bureaux du ministre. Il finit par accorder une nouvelle enquête. Elle a lieu du 7 avril au 7 mai 1856 et se révèle favorable. Mais voilà qu’en septembre 1856, le ministre Rouher débarque à Arcachon. Il s’inquiète du nouveau tracé et, panique chez les officiels : il demande à visiter les lieux prévus pour le passage éventuel de la voie. On invente une histoire de marée afin d’aller au plus vite visiter le site portuaire soutenu par le cardinal Donnet et le ministre n’aura plus le temps de découvrir la pleine activité d’un chantier qu’il n’a pas autorisé.

Mais sa réponse tarde. Si bien que, le 25 novembre 1856, Deganne attaque le percement de la dune de “ l’Arrège-Blanque ” (sic) et poursuit les terrassements, doutant de ce qui pourrait dégringoler de Paris. On y alerte d’urgence les Pereire et, le 22 avril 1857, le décret autorisant la nouvelle voie La Teste-Arcachon est publié au “Moniteur Universel ”. Il faut donc hâter les travaux qui occupent quatre cents terrassiers, recrutés à grands frais car la concurrence avec les travaux saisonniers dans les champs est rude. Le 20 juin, la machine des terrassements arrive à Arcachon et, le 26 juillet 1857, le train y parvient dans une gare provisoire, venue d’Agen. Le ministre a dû se demander comment un tel miracle ferroviaire a été possible en trois petits mois ! Et notre étranger de distinction de célébrer les lourds sacrifices personnels de M. Deganne “dans une des réalisations des améliorations les plus utiles au pays”. Mais Deganne va encore faire beaucoup pour Arcachon. C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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