Chronique n° 050 – “ A la ville nouvelle !”

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Lorsque François Legallais meurt, le 5 mai 1864, à Arcachon, il a vu “sa” ville se transformer rapidement, complètement et de manière étonnante, depuis la lointaine année 1823 où il a eu l’audace d’ouvrir, à Eyrac, le premier hôtel-établissement de bains du Bassin. De cette date, jusqu’aux prémices de l’arrivée du chemin de fer, le 26 juillet 1857, Arcachon est passé “De la forêt à la ville”, selon l’heureux titre du remarquable ouvrage que Robert Aufan a consacré à l’étude précise de cette transformation arcachonnaise, avant sa séparation d’avec La Teste. On l’a dit à ce microphone, Arcachon se trouve, dans sa partie basse, installé en pleine forêt usagère. Cela signifie, à l’époque, que tous les habitants y ont des droits sur le bois. Et le développement d’Arcachon, c’est, d’abord, l’histoire de la perte de ces droits ancestraux.

Tout a commencé lorsqu’on bâtit des maisons à Eyrac, dans un secteur où, selon le droit coutumier, l’on ne pouvait installer que de petites cabanes en bois et où tout enclos des propriétés est proscrit. Néanmoins, entre 1822 et fin 1852, Robert Aufan a compté déjà cent quatre-vingts constructions illégales dans le quartier. Jusqu’en 1845, Aufan constate aussi que ces constructions appartiennent à des Testerins. Avec une exception notable : dès 1842, un certain Lamarque de Plaisance commence à faire bâtir dans le quartier sa première maison, située en bord de mer, sur un terrain de seize ares planté de pins et orné de pelouse, issu du partage, non planifié, de la propriété Lalesque et Duprat.

Lamarque de Plaisance plante la crémaillère le 25 juillet 1843 et, chose étonnante, si l’on ne savait la suite, il porte un toast “A la ville future !” Une belle preuve que cet homme-là a déjà une idée précise derrière la tête quant à l’évolution d’Eyrac. En 1845, la route atteint le débarcadère du quartier et, en 1848, arrive à la chapelle Notre-Dame. Quand on déambule sur l’actuel boulevard de la Plage, on suit donc le tracé exact de cette voie. On marche alors dans le sens de l’Histoire, surtout si l’on va vers l’ouest. Lorsque la route avance, Robert Aufan décompte soixante-trois maisons, les pieds dans l’eau. Quarante d’entre elles, notons-le bien, appartiennent à des Testerins.

La réputation de la douceur de vivre à Eyrac s’étend, si bien qu’Arcachon voit bientôt naître son premier lotissement, la base d’une industrie locale qui deviendra vite très florissante avec, jusqu’en 1960, six opérations de très grande envergure. Sans compter les petites. C’est donc en 1842 que le partage de la propriété Lalesque entre ses trois fils lance un deuxième lotissement mais le tout premier présenté avec un plan préalable des parcelles à vendre. Autre phénomène : à l’est du débarcadère, deux riches négociants bordelais, nommés Hovy et Célerier, vendent ou louent une cinquantaine de chalets, sur des terrains acquis, soit aux Dumora, dans le quartier du Moueng, soit aux Pontac, face à l’établissement Legallais.

Quant aux prix, ils flottent… Un “étranger” comme Lamarque de Plaisance, paie son terrain trente-et-un francs l’are mais le bon docteur Testerin Hameau obtient, lui, son are, presqu’à côté, pour cinq francs cinquante. C’est ce qu’on appelle un prix d’ami ! Cependant, tous comptes faits, Robert Aufan établit qu’entre 1844 et 1855, le prix des parcelles a, en moyenne, quadruplé. L’effet chemin de fer, celui du droit d’enclore ajouté à la conséquence du prolongement de la route, font monter la valeur du foncier. Les prix des reventes, la spéculation aidant, menée surtout par des revendeurs, peut atteindre des sommets, jusqu’à mille francs l’are en 1854, rendez-vous compte ! Bref, les propriétaires forestiers ont intérêt à vendre.

Et même ailleurs qu’en bord de mer, dans l’intérieur du massif forestier, où les terrains ne se négocient pourtant, au maximum, qu’un franc l’are. Car la résine, dans la forêt arcachonnaise maintenant découpée en propriétés très privées, ne rapporte plus beaucoup. De plus, les usagers ne peuvent plus couper leur bois dans la zone construite et se rejettent sur les terres non bâties. Leurs propriétaires pestent alors contre leurs confrères vendeurs qui leur imposent de nouvelles charges usagères. Beaucoup d’ayant-pins semblent donc souhaiter qu’une solution aboutisse au plus vite pour éclaircir la situation. Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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