Chronique n° 030 – Comme au Far-West !

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Le commerce constitue une large part des revenus du Pays de Buch, notamment au XVIIIe siècle. Ce qui reste vrai depuis. Et d’abord, avec la vente du poisson à Bordeaux. En 1725, elle fait vivre 654 marins et leur famille, dont trente-sept mousses. Les femmes assurent une large part de ce commerce et l’histoire a retenu qu’en 1750 quatre d’entre elles, des “pechouneyres”, comme on dit en gascon, se lancent sur le dur chemin de Bordeaux, un “caminasse”. Même fatiguées, on peut compter sur elles pour tenir tête aux sentinelles et aux officiers soupçonneux, qui, à la clie, la criée bordelaise, veillent à la fraîcheur du poisson et à l’honnêteté des transactions. En principe, malheur au gargotier qui achèterait au noir !

Autre important commerce pour le pays de Buch : celui des produits résineux. En 1782, le Testerin François Peyjehan exporte 3 600 pains de résine vers la Suède, le Danemark et l’Autriche. La même année, Pierre Portier en vend 2000 à Ostende et 1500 à Bruges. Le transport se fait en partie par bateaux et, vers 1715, Lamoignon de Courson compte à La Teste, quatorze barques de trente à huit tonneaux auxquelles il faut ajouter, l’été, douze chaloupes de trois à cinq tonneaux. Et l’intendant de préciser : “elles portent aux côtes de France, vin, “raisine” et “goldron” du pays et y rapportent des grains”. Les plus gros navires, répertoriés dans le port bordelais comme venant d’Arcasson, s’appellent “Saint Vincent”, “Sainte Anne” ou “Madeleine”. Ils ont pour patron Jean Baleste, dit Baillon, Michel Rangeard ou plusieurs membres de la famille Dumeste. Les échanges se font vers la Saintonge, parfois vers la Normandie et souvent vers Redon. Les bateaux rapportent du seigle, du blé et des moellons. Une bonne affaire pour le captal qui perçoit six taxes différentes sur tout ce qui entre chez lui. D’où la tentation de la contrebande. Et parfois, comme le 20 août 1736 à Pilat, cela s’achève, autour de cinquante-quatre ballots de tabac, par des coups de feu tirés contre “ces chiens de gabeleurs”, les gens des Fermes de France qui jurent à grands cris de se venger sans tarder.

Bordeaux sert souvent de relais vers d’autres ports, les bateaux d’Arcasson étant assez petits, afin de franchir aisément les passes. Mais beaucoup des transports vers Bordeaux et même vers Bayonne, se font par convois, de 200 à 300 chariots à quatre roues, des “carts”, généralement le vendredi En 1740, il arrive 10 000 chariots à Bordeaux, chargés de goudron, de brai, de résine ou de térébenthine. Lamoignon de Courson raconte : “les Bougès portent toujours avec eux de la paille et du millet pour nourrir leurs bœufs, ils s’arrêtent là où la nuit les prend, mettent tous leurs carts en rond, couchent dessous, les bœufs au milieu et mangent leur pain de seigle et leur cruchade”. On se croirait au Far-West !

Quant au commerce de détail, il se pratique sur les foires et sur les marchés. Celui de La Teste, remonte à 1383, grâce à un édit de Richard III, roi d’Angleterre. Celui qui achète aujourd’hui ses salades au marché testerin, avance dans les pas de l’Histoire la plus ancienne. Autant qu’il le sache car cela donne du prix à sa laitue. En 1762, M. de Ruat reçoit tous les vendredis des bouviers qui vendent des fers et des victuailles, durant trois heures après le lever du soleil. En 1779, le captal fait même installer un poids public. On ne pourra même plus tricher honnêtement !

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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