Chronique n° 027 – Des inventeurs d’impôts.

    Imprimer cet article Imprimer cet article

Parmi les nombreux embêtements qui assaillent les Bougès, figurent … les impôts ! André Rebsomen, dans ses carnets, a relevé pas moins de cent trois impositions seigneuriales diverses, frappant les gens du Bassin au cours des siècles. S’y ajoutent les taxes comme la dîme, due à l’église et à certaines autorités civiles, ou encore la gabelle, l’impôt royal sur le sel. Le plus ancien impôt local répertorié date de 1027, c’est le “tonlieu”. Les marchands le paient au comte de Gascogne. Entre 1414 et 1485, ces marchands de poissons versent le huitième denier sur tout poisson d’écailles vendu à Bordeaux. C’est le captal de Buch qui, au début, a reçu cette part, à condition qu’il entretienne le chemin de La Teste à Bordeaux et qu’il le préserve des voleurs.

En 1494, le chapitre de la cathédrale de Bordeaux exige le droit d’escoureigne, la valeur d’un oiseau “pêché” par manant. Il s’ajoute au droit de pêche qu’il impose aux marins depuis quatre siècles. Et quand, au XIIIe siècle, le seigneur de Buch veut garder ses droits pour lui seul, l’Eglise le menace d’être excommunié, sans autre forme de procès. En 1580, les marins acquittent chaque semaine, trois sols par filet et par bateau, plus un droit d’ancrage de six sols. En tout, vingt-et-une taxes accablent alors la marine et la pêche et vingt taxes tombent sur les agriculteurs. Par exemple, en 1274, le seigneur de Buch reçoit le droit d’agrière, soit le quart de la récolte. En 1332, le captal invente la “padounentage” : chaque sujet qui fait paître ses animaux sur ses terres en friches lui apporte trois soles et une poule.

En 1517, le même captal établit un impôt sur les ventes des bêtes à pieds fourchus et, depuis 1422, il profite d’un droit sur le ramassage du “bruc”, la fougère qui sert de litière aux animaux. En 1581, la “gémère”, un droit sur la résine rapporte cinquante francs bordelais par an au seigneur de Salles. En 1692, le prieuré de Comprian, à Biganos reçoit, à bras très ouverts, l’onzain, le onzième des récoltes effectuées sur ses terres. Quant à la dîme, le dixième des récoltes, un quart va à l’évêque et s’y ajoutent les décimes. Pour qui, les décimes ? Pour le roi qui ne se prive pas de les faire passer de trente-sept livres en 1727 à 355 livres en 1783. On fait des révolutions pour moins que ça !

Ajoutons-y, l’entretien du presbytère et parfois les fantaisies des petits maîtres comme ce sacristain de Salles qui réclame une gerbe par famille car le malheureux peine à sonner les cloches. D’où des manifestations de mécontentement : en 1532, les gens de Mios refusent de payer un nouveau droit sur le millet ou encore, on note une longue bagarre qui dure 80 ans, menée à partir de 1672 par les résiniers testerins, chasseurs de palombes, pour créer des clairières où leur gibier se posera. Des pêcheurs, en 1763, se disputent avec la comtesse d’Estillac qui prétend leur interdire de faire sécher leurs filets sur le banc de Pineau qui lui est inféodé. Quant aux serfs, dépourvus de toute liberté parfois jusqu’en 1520, on sait qu’en 1360 le chapitre de Bordeaux achète, pour cent quatre écus d’or, quatre hommes du Teich. Ils promettent d’être très obéissants, eux qui ne se possèdent même pas. On le voit : nos inventeurs d’IGF, d’ISF, de CSG et autre TVA manquent vraiment d’imagination ! Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.