Chronique n° 022 – La vigne de l’instituteur

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Nous avions laissé le duc d’Épernon, captal de Buch, se dépêtrer avec sa curieuse, téméraire et incongrue idée d’abolir les droits d’usage dans la forêt  testerine. Devant la farouche opposition qu’il rencontre, il commence par amadouer les Bouges en leur octroyant la chapelle de son château, pour remplacer l’église paroissiale qui, selon la tradition populaire, a disparu sous les sables de la dune dite de l’Eglise. Jacques Ragot minimise beaucoup la générosité du duc, car il estime, un : qu’il n’a rien pu donner avant 1593, date du décès de son épouse, propriétaire du Captalat. Et de deux : qu’il n’a fait qu’entériner une situation de fait, puisque la messe paroissiale se dit depuis deux siècles dans la chapelle du château.

Par contre, le duc se montre conciliant dans l’affaire des droits d’usage. Le 25 janvier 1604, il met de l’ordre dans cette situation confuse. Il reconnaît, par écrit, qu’il y a deux catégories de Bougès : les usagers, ou non-ayant pins et les ayant-pins, ou propriétaires du sol, qui exploitent la résine. Toutefois, les Testerins ont d’autres ressources : la culture de la vigne qu’ils pratiquent depuis avant le XIIIe siècle. Elle  produit un petit vin rouge fort buvable, comme celui que fignolait en son jardin et en son chai, M. Labit, un instituteur testerin, dans les années 1980.

Mais l’économie locale évolue beaucoup à partir du XVIe siècle. A ce moment-là, l’invasion des sables a fermé les ports fluviaux de la côte du Médoc. Leurs embouchures sont devenues de vulgaires lacs d’eau douce. Les Bougès vont donc développer la pêche en mer, le marché de Bordeaux s’ouvrant à eux, à peu près sans concurrence. Et ils demandent au duc d’Épernon davantage de bois pour façonner des avirons, dresser des mâts et construire des bateaux. La vocation maritime d’Arcachon se développe beaucoup à ce moment-là. L’événement mérite d’être souligné.

Si l’on trouve trace de noms de chaloupes arcachonnais dès 1243, on connaît, beaucoup plus nombreux, des noms de navires qui, au XVIe siècle, alternent pêche et cabotage, selon les saisons Et tous ces bateaux désignent Arcachon comme port d’attache et non point La Teste. D’ailleurs, ils sont baptisés “Le cavoyr d’Arquasson”, “La Jaquette d’Arquansson”, “Le Notre Dame d’Arcasson” ou  la “Catherine d’Arquasson” et même, en 1559, il existe “La Louyse d’Arcaisson”. Il s’agit d’une patache, c’est à dire un galion, commandé par un maître et par un chef militaire, et armé pour la guerre par deux bourgeois bordelais. Quant à l’élégante pinasse, on trouve son nom mentionné pour la première fois en 1552.

Naviguer hardiment figure donc dans les fibres des Bougès depuis des siècles. Plus tard, ils affrontent l’océan lointain en lançant des navires de pêche jusqu’au bout du monde et  ils construisent des voiliers rares dont les équipages sont souvent arcachonnais. Rien d’étonnant à ce que, dans les années 1920, on ait fait d’Arcachon la Mecque de la voile. Il est vrai que Cowes lui a disputé ce titre. Mais, en matière de marine, les Anglais sont trop prétentieux pour qu’on puisse discuter de cela avec eux sereinement. Il vaut mieux retrouver  le duc d’Épernon  car la pêche, partie intégrante de l’histoire arcachonnaise depuis toujours, lui vaut de très sérieux ennuis. C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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