Le péage de Lamothe 1

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Nous aperçûmes un pont de bois sur la petite rivière. Le gardien leva la barre, perçut la taxe, et Geoffroi fut à l’autre extrémité reposer ses bœufs sous un hangar bâti pour l’abri des voyageurs (1).
Sur une carte du Gouvernement de Guyenne, datant du XVIIesiècle et éditée par Langlois, à Paris, on peut noter qu’il existe un pont pour franchir Layre à La Motte.
Depuis le XIIe siècle, les marchands de poisson acquittent un péage lorsqu’ils franchissent l’Eyre, sur un pont ou sur un bac, à Lamothe ou à Mios ; Aliénor (2), duchesse de Guyenne, accorde le tiers de ce péage aux archevêques de Bordeaux comme respectueux hommages.
Jaques Ragot fait état d’un texte gascon du XIVesiècle : Et si bros o car qui angue et passe Leyra deu dar dos deneys et mealha (3).
Il est encore question du passage de la Leyre dans les Rôles Gascons des années 1400 & 1401, à l’occasion du baillage et péage de la paroisse de Mios qu’il s’agit d’accorder à Raymond Dorinha (4).
Le 13 janvier 1441, Henri VI, roi d’Angleterre, porte don et concession (5) au profit de Gaston de Foix, comte de Longueville et de Benauges, captal de Buch, du droit seigneurial de baillage et péage sur la Layre, ainsi que de la côte du Porge de Buch ; en 1451 et 1452, ce baillage et ce péage sont une nouvelle fois concédés par Henri VI au même Gaston de Foix. Cette concession consiste en la haute Justice de ce lieu, et un péage qu’il a le droit d’exiger à raison du passage de la rivière de Leyre : ce droit de péage est considéré d’utilité publique en deux endroits, à Mios et à la Mothe.
On paie 3 deniers par homme à pied, 6 deniers par homme à cheval, 1 sol pour une charrette ou un bœuf, 3 deniers pour un pourceau, une chèvre ou un mouton. Le passage à gué est gratuit. Le seigneur péager est responsable des vols commis en plein jour, entre deux soleils (6).
Le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon met un terme à la guerre de Cent Ans avec les effets connexes préjudiciables au captal de Buch qui est du côté du vaincu.
Dans un but de réconciliation, par lettres patentes du 17 mai 1462, Louis XI promet de céder et délaisser (7) au profit de Jean de Foix, comte de Candale, tous les droits, noms, raisons et actions, qui pouvaient appartenir à sa Majesté ès Terres et Seigneuries que feu le captal de Buch, son père, et lui avaient et possédaient au Duché de Guyenne et pays de Gascogne, avec leurs appartenances et dépendances, consistant, entre autres choses, aux droits de péages et autres droits en dépendant, sans rien en retenir ni réserver ; y sont mentionnées la possession et jouissance des terres et seigneuries de Certes, Mios et Coteux (sic) (8) en Buch, avec les droits de péages en dépendant, que le sieur le Captau, et ledit sieur de Foix avaient possédés, et que le sieur d’Albret tenait pour lors, et notamment, pour ce qui nous intéresse, les droits de péage par terre (9) aux lieux de La Motte et de Mios, ainsi que deux péages par eau sur la rivière de La Leyre.
En l’année 1538, un état des revenus de la vicomté de Castillon et un de ceux de Buch indiquent que les passage et péage de La Mothe sont affermés 120 boisseaux de froment, et le péage de Mios 42 boisseaux.
À compter du 1er août 1571, différents baux (10) en forme d’adjudications des revenus de la terre et seigneurie de Certes comprennent les péages de La Mothe et de Louze (11), et ceux de Mios. Une ancienne pancarte – antérieure à 1572 (12) – donne le détail des droits que lèvent les seigneur et dame de Montpezat (13) sur les marchandises passant dans la terre et seigneurie de Certes aux lieux du Barp, Mios et autres, dépendants de ladite seigneurie. Une autre pancarte dont une copie collationnée et légalisée non datée contient le détail des droits de péages et passages de la terre de Certes (14).
Il est à remarquer que, le 11 octobre 1583, un bail à ferme est consenti par François de Foix de Candale, captal de Buch, et comprend le droit de péage (15) dépendant de sa captalité.
Les documents parvenus jusqu’à nous (16) indiquent que l’ensemble du péage et passage de la Motte, y compris celui de Louze, avec la charge de l’entretien du bac et des abords, est, en 1587, au profit de Jean Garmeng moyennant 50 écus sols par an ; en 1589, au profit de Jean de Rastaing, pour la même somme ; en 1592, le bail revient à Jean Garmeng, moyennant 81 écus ; en 1598, le bail des péage et passage de la Motte, retourne à Jean de Rastaing, pour 30 écus, le péage de Louze étant au profit de Dupoui.
Pour le péage et passage de Mios, le bail de 1587 est au profit du nommé de la Lande, moyennant 11 écus sols ; en 1589, il est au profit du nommé d’Eyrard, pour 20 écus sols et passe, en 1592, au profit de Jean de Rastaing puis, en 1598, au profit de Bertrand.
L’adjudication du 20 juillet 1599 est faite pour une année ; le péage de La Mothe y est affermé 25 écus sol.
Le 20 juillet 1603, Charles de Lorraine, duc de Mayenne et dame Henriette de Savoie, vicomtesse de Castillon et dame de Certes, son épouse, donnent à bail, pour une année et moyennant 1 110 livres tournois, les revenus de la terre et seigneurie de Certes.
On a connaissance de trois autres baux de la terre et seigneurie de Certes, y compris les droits de péages et passages en dépendant, des 12 mai 1637, 11 juin 1640, et 4 septembre 1646, qui sont au profit de Jean Dusol, et autres.
Le 17 septembre 1665, le bail fait pour trois ans par le sieur Durfort au profit du nommé Soustra, moyennant 405 livres par an, concerne les droits de péage et de bac traversant la rivière d’Eyre de la Motte ; il comprend un autre bateau tenu ordinairement au lieu de Cazal, paroisse de Mios. (à suivre)
1 – Le Musée d’Aquitaine: recueil uniquement consacré aux sciences, …, volume 2, publié par Pierre Lacour 1823.
2 – Elle fut répudiée par le roi et son mariage – célébré à Bordeaux – déclaré nul, pour cause de parenté, par le concile de Beaugency-sur-Loire, le 18 mars 1152. Des gens mal intentionnés prétendirent qu’indépendamment du lien de parenté, Aliénor avait outragé son seigneur en s’unissant charnellement à un turc de la race du diable. Source : Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis, Daniel Massiou, 1838.
3 – Et le tombereau (à 2 roues) ou le char (à 4 roues) qui se présente et passe Leyre doit donner deux deniers et maille. La maille vaut la moitié d’un dernier ; d’autres disent le quart du denier bordelais (voir infra).
4 – Variétés bordelaises, abbé Jacques Baurein, 1876.
5 – Selon une copie collationnée d’une chartre, AD Gironde C 3686.
6 – Le Pays de Buch – Droits royaux, seigneuriaux, fiscaux, maritimes, militaires, A. Rebsomen, AD Gironde 4 J 516 & 4 J 520
7 – Selon une copie collationnée de Lettres patentes du 17 mai 1462, enregistrées au Parlement de Bordeaux, le 17 mars 1477, AD Gironde C 2585-1, C 2584 & C 3686
8 – Sur un autre document, on peut lire Le Tuch. Il s’agit vraisemblablement du Teich.
9 – Concerne le passage à gué.
10 – Baux des 1er août 1571, 1572, 1575, 1582, 1585, 1586, 1587, 1589, 1590, 1592, 1594 et 1598.
11 – Probablement à Sanguinet.
12 – Procède du téléphone arabe : pancarte dont la copie est collationnée sur une autre collationnée le 5 septembre 1705 sur autre copie vidimée le 17 avril 1651. AD Gironde C 2585-1.
13 – Henriette de Savoie, fille de Jeanne de Foix et petite-fille de Gaston de Foix, captal de Buch, est l’épouse de Melchior de Montpezat (décédé en 1572), gouverneur de Guyenne ; elle deviendra duchesse de Mayenne par son second mariage en 1576. Elle mourut en 1611.
14 – AD Gironde C2585-1.
15 – Bail du 4 septembre 1646. La copie collationnée et légalisée est tirée sur une copie signée Chaillou, receveur de ladite terre de Certes, selon une grosse en parchemin. AD Gironde C 3686.
16 – Un procès-verbal d’enquête, faite par le juge de Certes et Mios, nous apprend que, le 18 janvier 1727, quatre anciens habitants déposent unanimement qu’il y a environ 26 ou 27 ans le château de Certes fut incendié ; tous les meubles et effets furent consumés de manière qu’aucun ne furent tirés des flammes. AD Gironde C2585-1.

Aimé

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