Éden de la Côte d’Argent

15 juillet 2020 0 Par Raphaël

Imprimer cet article Imprimer cet article

Table des matières

Visite patrimoniale de l’Éden

Formation dunaire

Bernardbeigt

Signal de Pissens

L’établissement médical du Pilat

Éden de la Côte d’Argent

Pétrole

La visite débute place du Sémaphore ; ne le cherchez pas, il n’est pas là !

Nous sommes à l’emplacement du garde-feu du Sémaphore, ou du fil télégraphique car, autrefois, un fil télégraphique reliait le Sémaphore situé à la Pointe Sud (environ du Petit Nice) à Arcachon en suivant le pare-feu.

Formation dunaire

Les dunes de sable ne se réduisent pas à la partie visible au bord des plages : elles s’étendent sur plusieurs kilomètres de large à l’intérieur du massif dunaire et sont aujourd’hui recouvertes de la plus vaste forêt domaniale de France.

On  distingue  deux  grands  types  de  dunes  selon  que  les  « cornes »  des  croissants  sont tournées  vers  le  vent (« dunes  paraboliques ») ou  tournées  sous  le  vent (« barkhanes » ou « rides barkhanoïdes »). Elles indiquent la direction du vent au moment de la mise en place de ces dunes.

Les dépressions entre les dunes sont localement appelées « lèdes » ou « lettes[1] » ; jadis, avant que les dunes ne soient fixées, elles apparaissaient comme des oasis entre les dunes blanches du « désert landais ». Elles étaient, selon le niveau de l’eau, marais pour la pêche ou la chasse au canard, pâture pour les vaches marines ou les chevaux sauvages, refuges des buissons entre les sables arides. De nos jours, grâce à l’assainissement et la mise en valeur des Landes de Gascogne, l’eau s’y est faite plus rare et les blosas, sables mouvants d’antan, n’y apparaissent plus comme dangereuses.

À la cime, dans la concavité de la dune, le vent creuse des cuvettes, les cadoueyres, mot occitan signifiant chaudière (en anglais blow-out).

Le chemin « Bernardbeig »

Le chemin de bourrage de Moulleau au sommet de la dune de Pissens, 72 mètres au-dessus du niveau de la mer, réalisé par M. Bernardbeig, est aujourd’hui terminé. De la route du Moulleau au sommet de la dune de Pissens, il mesure 1170 mètres dans le Domaine de l’État jusqu’au garde-feu du fil télégraphique (aujourd’hui Sémaphore), et 1455 mètres dans le domaine de la Société Forestière de la Gironde du garde-feu du fil télégraphique jusqu’au sommet de la dune, d’où l’on découvre un superbe panorama sur l’Océan d’un côté et sur l’immensité de la forêt de l’autre. Ce chemin de 4 mètres de large est pourvu de plusieurs garages assez larges et spacieux pour que les voitures puissent tourner librement. Ce chemin assez résistant pour laisser passer les lourdes charges, est moelleux et élastique pour les voitures suspendues. Toutefois sa composition d’aiguilles de pins et de mousses le rend délicat et susceptible à sa superficie ; c’est dire que les cavaliers sont priés de ne pas le suivre au galop ; non que le sous-sol ne soit très solide et peu défonçable, mais à cause de la délicatesse de surface que saccageraient les sabots des chevaux  .

Le « chemin paillé Bernardbeig à la dune de Pissens » nous mène donc au sommet de la dune. Dans une clairière, dès le début de l’ascension, on laisse sur main droite la cabane de résinier, nommée Calède  proche du garde-feu du Sémaphore. Arrivant à la crête, une échappée de vue sur la mer, à travers les pins. Les arbres ont grandi et masquent un panorama qui, il y a quelques années, était féérique : à main droite le phare et le sémaphore sur la pointe du Ferret ; en face les Passes, à gauche le grand large à perte de vue. Un poteau indicateur signale que cette cime de la dune de Pissens s’appelle « Avenue de Bellevue » . Malgré les recommandations, il ne se passe pas une saison pour que le nouveau et utile chemin de bourrage, qui va à la dune de Pissens, soit en mauvais état. Dans les Landes, on recharge deux fois par an les chemins de bourrage, avec une épaisse couche d’aiguilles de pins. Le rechargement d’hiver se fait au commencement de novembre, époque où commencent les lourds charrois de bois. Si on laisse les ornières se défoncer au point de rompre les faissonnats qui forment le lit du sous-sol, les sables ne tardent pas à envahir et ensevelir le chemin lui-même

Pierre Joseph “Albert”  Bernardbeig

Pierre Joseph “Albert”  Bernardbeig (parfois orthographié Bernarbeigt ou Bernarbeig), dirige pour le compte d’une société, une entreprise de scieries volantes et achète pour son compte personnel des propriétés forestières, en abat les arbres, et revend ensuite les terrains. Ancien associé de la maison Astruc et Raynal, il fait un gros commerce de bois et de résine. Il est fabricant d’essence à La-Teste. [Source : Le Moniteur scientifique du Docteur Quesneville, 1892.]

Albert Bernarbeig décède à Arcachon, le 29 janvier 1906, en nettoyant son fusil de chasse. Font part de son décès : sa veuve, ses filles Magdeleine, Marie-Louise et Marthe, Mme Paul Igounet, M. et Mme Alexis Leydet, et leurs enfants, M. Édouard Veillon, etc. L’Avenir d’Arcachon du 4 février 1906.

Signal de Pissens

En 1744, Cassini choisit Petit et Grand Pissens (ainsi que Taulette en forêt usagère) pour implanter un signal géodésique servant à l’établissement de la carte de France par la méthode de triangulation : tracer les parallèles à la méridienne de Paris (à l’approximation près où les méridiennes seraient parallèles !). La carte de Cassini, qu’il serait plus juste de nommer la carte des Cassini puisqu’elle tient son nom d’une famille de quatre géographes italiens installés dans le royaume à la fin du XVIIe siècle, est la première grande entreprise cartographique couvrant l’ensemble du territoire français. Elle se compose de 180 feuilles dont les levés, entamés en 1756, ont été achevés en 1789. Elles ont été gravées sur des plaques de cuivre puis tirées à l’Observatoire de Paris de 1757 à 1790. Destinées à être commercialisées auprès d’un riche public, certaines éditions ont, en outre, été aquarellées.

La carte de Cassini doit son extraordinaire précision à la méthode de la triangulation, sollicitée pour son élaboration. Cette méthode consiste à mesurer la distance entre deux points B et C puis, à partir d’un point de référence A, à mesurer les angles des droites BA et CA. Il suffit ensuite au géographe d’appliquer les formules de trigonométrie afin de connaître les distances BA et CA. Cette méthode est employée par le Hollandais Snellius en 1615, puis par l’abbé Picard en 1670 et, enfin, de 1683 à 1718, pour la mesure d’une grande méridienne allant de Dunkerque à Perpignan. Les coins de chaque feuille de la carte de Cassini portent les distances en toises à la méridienne de Paris et à sa perpendiculaire (qui joint Saint-Malo et Strasbourg). Outre cette triangulation principale, chaque planche compte près de 300 points de repères (édifices, hauteurs), utiles pour établir une triangulation secondaire.

Après la carte de Cassini, la couverture géographique du territoire français est laissée aux militaires, preuve de l’intérêt hautement stratégique d’une telle réalisation. Une carte générale d’état-major est ainsi dessinée de 1816 à 1866. En 1940, le service géographique de l’armée devient organisme civil : l’Institut géographique national (I.G.N.).

https://histoire-image.org/fr/etudes/cartographie-service-monarchie-carte-cassini

Taulette

En 1777, on dit Toulettes ; ce “plateau” de la forêt usagère appartient à la veuve Taffard qui y possède 4 fours à goudron. Semé vers 1831, presque tout fut recouvert par les sables, il ne fut pas réclamé : comme souvenir, il n’en reste que les “Peytoulets de Mesteyreau” qui sont mitoyens. Il est possible que les deux noms aient été confondus et que taulette soit une déformation.

L’établissement médical du Pilat

Dans la séance du 11 mars 1897, le Conseil municipal de La Teste vote à l’unanimité le boulevard qui doit relier cette ville à l’établissement médical du Pilat projeté.

Ce sanatorium modèle, station sanitaire vernale et hivernale, sur une étendue de 101 hectares, rêvé depuis de nombreuses années par son principal fondateur M. Masgnaux, appuyé par plus de cent médecins, prend une forme plus tangible après la formation du Comité d’organisation qu’il s’est adjoint, avec, pour président, le Dr Deschamps, et M. de Pobog Dmochowski[2] comme ingénieur.

Le résultat de plusieurs années d’études sérieuses, de travail ardu et d’énergie considérable des membres de ce comité, chacun dans sa partie, est la réalisation complète d’une œuvre grandiose et unique. Patronnée par plus de 1000 membres du corps médical français, elle semble vouloir être aidée, même de la nature, par le site choisi pour son établissement. Tout le monde connaît le Pilat, plage incomparable à deux kilomètres de Moulleau, ce versant de la dune de Pissens, montant en pente douce pendant 800 mètres jusqu’à une altitude de 70 mètres ; là, un plateau d’où l’on jouit d’un coup d’œil magique : d’un côté, l’océan avec les passes du bassin d’Arcachon toujours mouvementées ;

de l’autre, la vaste étendue de cette forêt de pins vallonnant ses vagues d’émeraude à perte de vue ; puis, soudainement, une vallée large de 300 mètres franchement ouverte au midi, et abritée de l’ouest et du nord par cette muraille aux flancs garnis de verdure et couronnée de pins. C’est dans cette vallée, où la température est toujours égale, sans vents violents, toute ensoleillée, avec sa flore tropicale, que sera édifié le Sanatorium modèle, entouré de ses dépendances : ses jardins aux promenades hygiéniques, ses villas spécialement bâties pour les malades, son économat, sa laiterie, ses jardins de primeurs, son verger, ses vignobles, ses prairies avec puits artésien, son usine électrique ; tandis que sur la dune, dévalant sur la mer, étagées comme en un cirque, de coquettes villas émergeront de la forêt de pins qui recouvre le sol et, enfin, sur la plage, un hôtel de premier ordre, avec tout le luxe et le confort désirable, entouré de jardins pour recevoir les convalescents auxquels l’air vivifiant de la mer aura été recommandé après leur cure dans le sanatorium d’hiver. L’établissement sera relié à La Teste par le boulevard, que le Conseil de cette ville vient de voter, et qui, après avoir traversé le domaine de la Société, aboutira à l’hôtel d’été, puis communiquera avec Arcachon par Moulleau au moyen d’une route des plus pittoresques, construite sur le versant ouest de la dune de Pissens, en face de la mer. Voici dans ses grandes lignes, le projet rêvé par son auteur M. Masgnaux, arrivé au point de réalisation. En attendant qu’il prenne corps et soit édifié sur l’emplacement choisi par la Société médicale, un peintre-décorateur de talent, M. Fortuné[3], vient de fixer sur la toile les lignes grandioses du futur établissement avec vue à vol d’oiseau de toute la forêt et du littoral, du Pilat jusqu’à Gujan-Mestras. Nous croyons que cette toile, de proportions gigantesques, va être exposée à Arcachon, puis envoyée à Paris où elle sera placée sous les yeux des membres du Comité lors de la première assemblée générale ; enfin elle fera retour à Arcachon où, en attendant l’emplacement qui lui sera réservé dans le futur établissement, elle sera déposée chez le fondateur ou chez le Président. Nous pouvons faire connaître la composition du Conseil d’administration de la Société qui est la suivante : MM. Leyssenne, Inspecteur général honoraire de l’instruction publique, Président de l’Association des membres de l’Enseignement, Chevalier de la Légion d’honneur ; Brun, ancien Préfet et ancien Trésorier général ; Dechamp, Docteur en médecine, Chevalier de la Légion d’honneur, Président du Comité de direction de la Société civile d’études médicales ; Hurstel, Colonel en retraite, Commandeur de la Légion d’honneur ; Leouzon-Leduc, avocat, ancien député ; Remy, Docteur en médecine, Professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris, Chevalier de la Légion d’honneur ; Masgnaux, ancien Pharmacien (123 bd. de la Plage), Propriétaire. Nous savons, en outre, de bonne source, que le Comité consultatif qui aura la haute direction médicale, est composé de professeurs attachés aux Facultés de médecine de Paris et de Bordeaux[4].

Éden de la Côte d’Argent

La création, en 1905, d’un comité d’initiative pour la construction d’un « boulevard » d’Arcachon à Biarritz ne pouvait que faire travailler les esprits des hommes d’affaires et, après la réussite de Moulleau, susciter de nouvelles Sociétés Immobilières en vue de prolonger cette station vers le sud.

Des promoteurs jettent leur dévolu, en 1912, sur la lette de Pissens et lancent « l’Éden de la Côte d’Argent ». Nom de rêve pour un projet grandiose.

Le terrain envisagé est distant d’Arcachon de 3 kilomètres 500, et de La-Teste de seulement 2 kilomètres 500. Par son côté sud-ouest, il vient aboutir tout proche du rond-point du Pilat et du restaurant Seguin qui sont à cent mètres environ de la belle conche du Pilat, venant mourir au pied de la grande Dune Blanche.

L’opération immobilière, dont il s’agit, est préparée, en 1911, par Jules Rémi Edmond Labrasse[5], ingénieur géomètre, Francis Lamy, et Émile Laîné, des Parisiens[6]. Nos promoteurs achètent les terrains que possède la Société Forestière de la Gironde dans la lette de Pissens : Albert Bernardbeig étant mort, ils achètent, 15 centimes le m², 200 hectares de terrain culminant à 60 mètres d’altitude, à 500 mètres de la plage et à l’abri des grands vents, à Élisabeth-Marie-Louise Bernardbeig[7], célibataire, demeurant 49 quai des Chartrons à Bordeaux. Ils confrontent les propriétés Lalande et Ducos, à l’est, Grouvelle, au sud, Lesca, au nord et à l’ouest. Ils créent la Station climatérique et balnéaire de l’Éden de la Côte d’Argent (dune de Pissens) et, éventuellement, de la plage de Pilat. Ce doit être une ville modèle de 1 000 résidences, avec la Place d’Angleterre, la Place de Russie, la Promenade de l’Éden… Le promoteur installera même une centrale électrique !

Le lotissement va de la lette surplombée par la dune de Pissens jusqu’au garde-feu du Centre, à proximité de la route qui actuellement relie La Teste au Pyla jusqu’à l’aplomb de la chapelle forestière (la route et la chapelle n’existaient pas à l’époque).

En septembre 1912, on apprend avec plaisir que les terrassements du tramway de La Teste à l’Éden – de la Côte d’Argent – sont très avancés ; en octobre 1912, on transportera des matériaux de construction, en janvier, ce seront les voyageurs. Ce tramway est destiné plus tard à joindre l’hôtel Seguin et le Pilat et venir la souder avec la ligne des tramways Arcachon-Moulleau. De plus, un chemin se trace en pente douce sur le versant oriental de la dune de Pissens, qui pour les voitures ralliera très commodément l’Éden avec Moulleau. Cet aménagement de la dune de Pissens, dont nous parlons depuis dix ans, aura été réalisé en dix mois par M. Labrasse[8].

Le Cahier des Charges du lotissement, certes succinct, précise que tous les arbres ayant plus de cinquante centimètres de circonférence restent la propriété des vendeurs (du pin perdu pour l’acheteur) ; ils seront marqués au marteau avec initiales. Les dispositions concernant le sol des écuries devenaient dérisoires vu l’avènement de véhicules à pétrole.

Ils descendent dans la vallée par un escalier monumental  de 465 marches en rondins et mousse.

Près de la cabane du résinier Villetorte, se trouve le café-restaurant Repetto. Le grand cafetier d’Arcachon, le dimanche, met des rafraîchissements à la disposition des visiteurs à qui l’eau du puits  n’aurait pas convenu.

Aucune route n’arrive en ce pays de cocagne, seuls quelques chemins muletiers… : on leur promet que la première section du tramway  de La-Teste à l’Éden de la Côte d’Argent va être mise en service prochainement, oui, … très prochainement même ! La Société de l’Éden, qui a le souci de créer une attraction nouvelle, se propose même de prolonger sa ligne de tramway de façon à venir la souder avec la ligne du Moulleau, ce qui constituera une promenade en forêt des plus attrayantes.

Bien entendu, les lots partent comme des petits pains  qu’il ne faut pas tarder à se décider, et que …, et que …, et que… ce lotissement, au prix exceptionnel de 10 à 30 centimes le m², est la convoitise de nombreux Bordelais…

Puis c’est Sarajevo, et le désastre que vous savez. Dans le même temps, la culbute de la firme met fin au doux rêve de paradis sur terre de Buch. Subséquemment la course triangulaire, organisée par Laîné grillé, se termine par l’hallali annonçant la mort des serfs ; avec si peu de fonds, nageant à faible compte-courant, Labrasse coulé ne réussit à endormir ses bailleurs qui se retournent vers le troisième larron enfoiré, mais, passant de fonds en combles, Lamy nie mise   ! Trop éloignée de la plage, sans voie d’accès, le conflit mondial aidant, la station ne voit jamais le jour.

L’Éden de la Côte d’Argent et les Dulas ne font qu’un tellement cette famille a marqué le lieu où elle s’est établie. Joseph Dulas, né le 1er avril 1892, s’est marié, le 1er février 1916, avec Louise Legarto, originaire du Pays Basque  et de neuf mois sa cadette ;

ils auront dix enfants. Les Dulas, en plus du dur métier de résinier, élèvent vaches, cochons, et diverses volailles dans la lette de l’Éden.

La Société Foncière du Sud-Ouest leur construit une nouvelle maison forestière en 1942 (sur le modèle de la maison forestière de la Grave, dans le plus pur style des « Gauminettes ».

Émile Dulas, frère de Joseph, habite aussi à l’Éden.

Le 2 mars 1977, M. Lignon se plaint que sa propriété est transformée en un bourrier où les ordures de tous ordres (grabats (sic), branchages, literies, matériel ménager, etc.) Une lettre de la préfecture, du 25 mars, fait état de diverses infractions : constructions en bois, voies d’accès, et des lignes de distribution électrique installées en 1977 : il n’est pas nécessaire d’insister sur le danger que ferait courir à la forêt un court-circuit provoqué par la chute d’un arbre sur une ligne électrique.

Lors d’une visite de terrain le 6 avril, M. et Mme Lignon déclarent que tous les occupants de toutes les constructions n’ont pas à emprunter le chemin qui traverse leur propriété  , mais doivent emprunter un autre chemin lequel vient déboucher au lieu-dit Braouet, à La-Teste.

Il en est de même pour M. B. qui doit passer par le haut Pyla, ou le lieu-dit Cabot (Cabo sur la carte de Rebsomen), car, disent-ils, ce monsieur ne se gêne pas de passer chez les autres propriétaires, mais lui interdit de passer chez lui en barrant un chemin de servitude qui traverse sa propriété.

Et, faut-il ajouter, sous la protection d’un … canon !

Le 6 décembre 1978, la Direction départementale de l’équipement dresse des P.V. à l’encontre de : Robert Gaston M. propriétaire d’une maison en brique, 10×4 et d’un hangar en bois, 4×4 ;  Gilbert C. pour son préfabriqué 6×5 et son hangar en bois, neuf, 4×4 ; Jean B. pour 3 maisons en dur et en bois de 8×4 ; Albert D. pour deux maisons en dur, dont une en cours de construction le 6 avril 1977, ayant obtenu le permis de construire du 18 janvier 1976, certes « affiché », mais dont la construction de 97 m² n’est pas conforme aux 13,96 m² prévus, malgré certains avis défavorables, 6 hangars, une porcherie où se trouvent une vingtaine de cochons et de la volaille ; Gilbert de B. époux T., Robert G. époux T., Henri G. époux T. pour deux chalets en bois de 12×7 recouverts en éverite, plus un appentis depuis très peu de temps, ainsi que pour un chalet en bois de 10×7, type nordique, recouvert avec de l’Isorel et du carton bitumé et deux chalets en bois 10×7 de même type que ceux couverts d’éverite ; G. (BI 165, baraque de résinier occupée par un frère Dulas) ; B. ; M. ; Guy S. ; L. ; Mme S, veuve G. ; plus 4 PV, sans avoir pu identifier les propriétaires ; quant à Yvonne G., elle proteste car sa première construction, un chai en bois, date de 1927   ; puis, après pas mal de privations et de sacrifices, en 1929, elle a fait construire une petite villa « Sam Habrit », en pierres factices, comprenant 2 chambres, une cuisine, une véranda, attenant au chai primitif. En 1929, elle a donné asile à un ménage très ami dont le mari, M. M., était un combattant de 1914, ayant fait toute la guerre, et dont l’air des pins lui était bénéfique. M. M. a occupé la villa de façon permanente par de 1940 jusqu’à son décès en 1970.

En 1978, on peut aussi noter la présence d’autres constructions : la vieille maison en dur non habitable de Joseph dit Léonce L. ; la maison à étage et piscine de M. B. ; il a obtenu le permis de construire le 19 novembre 1971 après 3 rejets et malgré l’avis défavorable de l’O.R.E.A. ; la maison en briques en ruines, et la baraque en bois 10×4 avec appentis, bien entretenue de Mme Gabriel L ; l’ancienne maison en bois de 9×9, recrépie et entièrement rénovée en novembre 1976 appartenant à Mme Aline B ; plus la maison en bois 10×8 d’un propriétaire non identifié  .

En 2020, plusieurs de ces maisons sont rasées après avoir été acquises par le Conservatoire du littoral ; un scandale à mes yeux alors que de nombreux sans abris pourraient en rêver. De la villa de M. Bédouret ne subsiste que la mare à nénuphars et, sur le chemin à environ 250 mètres, les poteaux électriques qui desservaient cette maison.

Vestige de la Seconde Guerre mondiale

Dans la lette de Pissens, à l’aplomb de la limite nord du lotissement du « Domaine »,

une balise en fer galvanisé marquée PTT serait le repère d’un boitier de dérivation implanté par les Allemands. La ligne téléphonique posée en sous-sol joindrait la batterie de l’Éden à la position Ar 45 (La Corniche) avec dérivation vers la position Ar 44, avenue des Vanneaux.

Partant de cette balise et se dirigeant vers le nord, on distingue une levée de terrain qui correspond à l’avenue appartenant au lotissement de « l’Éden de la Côte d’Argent », avenue qui aboutissait au sommet de la dune, au droit de l’actuelle avenue des Alizés.

Pétrole

À diverses époques, on a trouvé le gaz en abondance dans la propriété de M. Maubourguet, à Moulleau, à la villa Léo chez M. Révolier aux Abatilles ; M. le docteur Bonnat, nous rappelle que pareil fait s’est produit au chenil de l’Équipage de chasses, des Abatilles, le 18 janvier 1912 : comme les puisatiers étaient à 16 mètres de profondeur, l’eau se mit à bouillonner et à jaillir avec une telle violence qu’ils furent tout mouillés. En 1913, près de la villa « La Forêt », qui se trouve à toucher l’ancien octroi d’Arcachon, entre la ville d’hiver d’Arcachon et Moulleau, du forage d’un puits, assez profond, s’est dégazé une quantité considérable de gaz inflammable, que l’on a capté ; le propriétaire, M. Javid, la basse bien connue à Bordeaux, veut l’utiliser pour son éclairage. Comme force d’expansion de ce gaz, le manomètre a donné 60 centimètres de pression ; et l’on sait que dans une usine à gaz, il suffit d’une pression de 12 centimètres pour faire monter une cloche.

C’est dire qu’on trouve du gaz sur un périmètre ayant bien deux kilomètres de diamètre.

Au chenil, le gaz – en quantité suffisante pour faire bouillir rapidement une lessive – avait brûlé plusieurs jours jusqu’à ce qu’on négligeât de l’utiliser ; on en concluait que sous cette masse du gaz, qui est un hydrocarbure, doit se trouver certainement, à une profondeur plus grande, une couche de naphte ou de pétrole  .

En 1922, des machines à vapeur fonctionnent nuit et jour à grand fracas : on cherche du pétrole aux Abatilles. On en parle d’autant plus qu’on ne sait rien. Les bavards resteraient muets s’ils ne devaient parler que des choses qu’ils connaissent.

Certes, ce ne sont pas les puits qui manquent ; il y en a déjà une demi-douzaine, à droite et à gauche de la route du Moulleau, un peu plus loin que la Farandole, propriété du prince de Broglie Revel.

Les uns sont creusés par la société bordelaise Florida, les autres par la société Schneider. On accomplit là des travaux importants, enveloppés du plus profond mystère ; des barrières empêchent le public d’approcher ; un écriteau prévient les curieux qu’il y a danger de mort.

En outre, des recherches ont commencé à l’Éden de la Côte d’Argent et au Lapin Blanc  .

En février 1951, le « Permis des Landes », permis de recherche d’hydrocarbures, est attribué à Esso.

Découvert par Esso Rep, en mars 1954, à 2250 mètres de profondeur, le pétrole du gisement sublacustre de Parentis-en-Born est exploité à partir de 1956 par Esso[9] ; à l’époque, c’est le plus important gisement d’Europe de l’Ouest, et il est resté le plus grand découvert en France. L’anticlinal est orienté est-ouest de 11 x 4,5 km, à l’aplomb du lac de Parentis. Plus de 110 puits ont été forés ; grâce aux efforts de la compagnie canadienne Vermilion (opérateur du gisement depuis 1997) le rythme de production du champ a pu être maintenu à un niveau relativement élevé, avec en particulier une augmentation de 25% en 1998.

Un premier puits « Mimosas 1D » est foré en 1994, mais n’a pas rencontré d’indices pétroliers concluants. « Mimosas 1DG » a repris par forage de « Mimosas 1D » et, en juin 2004, ce puits a rencontré des indices d’hydrocarbures dans le grès du Purbeckien à une profondeur verticale d’environ 3300 mètres. La longueur totale du forage effectué en déviation a atteint 4037 mètres[10]. La société Vermilion est titulaire, depuis 2004 pour 25 ans, de la concession des Mimosas[11] qui couvre plusieurs gisements de même formation géologique et situés entre 3 000 et 3 500 mètres de profondeur.

La mise en production en 2005 atteint 250 m3/jour. Le pétrole est alors acheminé par camions jusqu’au dépôt de Cazaux.

Pour injecter de l’eau dans le gisement pour en maintenir la pression et aider à évacuer l’huile du réservoir vers le puits producteur, un troisième puits « Mimosas 2D » a été foré en 2010.

La société Vermilion souhaite reconnaître et délimiter les pièges pétroliers des structures de « Bernet », « Nord-Acacias » et « Les Genêts » et a déposé une demande de sept forages supplémentaires d’exploration et de développement, sur la durée de validité de la concession  .

De nouveaux forages, sont prévus, en 2015, à partir de la plate-forme déjà existante des Mimosas, par la technique du forage dévié, laquelle limite les impacts et les multiplications de plateformes.

Chemin rural n°15

On quitte le puits de pétrole et, après avoir traversé la route Pyla-La Teste, on rejoint le chemin rural n°15 qui permet de gravir le flanc de la dune sans trop de difficulté. Une fois traversée l’avenue de l’Ermitage, le chemin rural se divise en deux branches dont une, que nous n’empruntons pas, dessert le Moulleau ; la voie de gauche se dirige vers le rond-point du Figuier que nous atteignons via l’avenue des Camélias.

[1] – Le terme de lette est la francisation du gascon leta ou leda, lui-même issu du latin latus, lata : large. Dans le Nord de la France, le terme correspondant est panne. Littré donne la définition : Nom donné dans les dunes de la Gironde à des amas d’eau qui se forment lors des pluies au fond des vallées sèches séparatives des dunes et qui s’évaporent par les chaleurs.

[2] – Boleslas de Pobog Dmochowski, boulevard de la Plage, villa Emilia, à Arcachon, figure sur l’annuaire, 1868, de l’Association des anciens élèves de l’École polonaise, promotion 1858.

[3] – Louis Léonard Fortuné, né le 9 septembre 1855 au 8 rue Traversanne à Bordeaux, décédé le 8 mars 1928, 70 cours Héricart de Thury à Arcachon.

[4]Arcachon Saison du 25 mars 1897.

[5] – Edmond Labrasse est en quelque sorte « un lotisseur de plages ». Outre l’Éden de la Côte d’Argent, il est également présent à Criel-sur-Mer, en Seine-Inférieure, à Lorient-plage, dans le Morbihan, à Stella-Plage dans le Pas-de-Calais, à Riva-Bella et à Varengeville, toutes deux lieux de villégiature balnéaire en Normandie. Sa boulimie d’investissement ne se cantonne pas au littoral mais aussi à l’Île-de-France, puisqu’on le retrouve dans plusieurs créations de petits lotissements que l’on dénommait aussi « villa ». Source : Les stratégies des investisseurs : des bords de ville aux bords de mer, Sophie Cueille, 2004.

[6] – Leur société avait son siège à Paris, 18 rue de la Grange-Batelière (téléphone 259-84) et avait ouvert une antenne locale au 27, rue Lamartine, à Arcachon.

[7] – Les autres vendeurs étant MM. Raynal et Astruc. L’Avenir d’Arcachon du 26 mai 1912.

[8]L’Avenir d’Arcachon du 29 septembre 1912.

[9] – La concession est accordée en 1956 pour 50 ans sur 93 km². Fin septembre 2015, le gouvernement a accordé 7 permis exclusifs de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux, dont celui de « Pays de Born », prolongé jusqu’au 20 janvier 2017, à la société Vermilion.

[10] – Esso REP est la filiale de Recherches et d’Exploitation Pétrolières d’Esso S.A.F. Le forage a été effectué par une association regroupant Esso REP (opérateur 50%) et Lundin (50%). Esso, Communiqué de Presse, le 23 juin 2004.

Grand Sud-Gironde, un nouveau gisement, Pierre Sauvey, La Dépêche du Midi du 24 juin 2004.

[11] – La « concession des Mimosas » couvre quatre structures de même formation géologique, appelées « Les Mimosas », « Bernet », « Nord-Acacias» et « Les Genêts ».