La station Radio Bordeaux Lafayette

Imprimer cet article Imprimer cet article

Dès la déclaration de guerre, en août 1914, les liaisons téléphoniques par câbles sous-marins sont coupées ; il devient alors indispensable, pour des besoins de guerre, de mettre en place des solutions de remplacements : la radiotélégraphie qui est en plein développement vient à point nommé combler le manque de liaisons terrestres.

Le général Pershing, en 1917, projette de construire un poste de TSF à forte puissance pour assurer les liaisons entre la France et les États-Unis à la veille de leur entrée dans le conflit mondial.

Le 7 mars 1918, les travaux de construction de l’émetteur sont entrepris sur les 486 hectares acquis sur le site de l’aérodrome de la Croix-d’Hins (l’aérodrome sera définitivement abandonné en 1920).

750 Marines, placés sous la direction du colonel Ferrié, sont envoyés en France pour le montage du matériel et l’élévation des pylônes d’antenne, en partie fournis par la Pittsburg Des Moines Steel Co., société qui interviendra sur le chantier de construction.

Sont construits non seulement les antennes et l’émetteur, mais aussi des bâtiments techniques, un château d’eau, un atelier, un réfectoire, les logements pour le personnel et même une école.

Le jeudi 28 novembre 1918, l’office du Thanksgiving est célébré par Thomas Leroy Kickpatrick[1], alors âgé de 31 ans, aumônier presbytérien de l’U. S. Navy depuis le 19 février précédent.

Afin d’acheminer les pièces lourdes depuis le port de Bordeaux, un raccordement ferroviaire est installé ; la voie ferrée passe entre les pylônes et pénètre jusque dans le bâtiment principal.

La fin de la guerre voit un arrêt des travaux alors que 6 pylônes sont construits ; ces pylônes de 250 mètres de haut et pesant 560 tonnes reposent sur trois embases en ciment espacées de 66 mètres. Chaque embase a une circonférence de 13 mètres et une hauteur de 3,50 mètres.

Des discussions franco-américaines reprennent début 1919 ; un nouvel agrément est signé en février 1919.

On termine la construction et l’équipement des huit pylônes qui supportent une antenne en nappe de 20 fils parallèles d’une largeur de 400 m sur 1 200 m de longueur. Une terre artificielle de surface équivalente constituée de fils de cuivre est enfouie dans le sol, entre les pylônes. Elle est probablement encore en place : c’est peut-être là que se cacherait la chèvre d’or…

Le premier émetteur à arcs [2], réalisé par Fédéral Telegraph Co[3], émet sur des longueurs d’onde proches de 24 000m[4].

 

La station envoie son premier télégramme le 20 août 1920, à 14 heures : Secretary of the Navy, Washington. This is the first wireless message to be heard around the world and marks milestone of the road of scientific achievement. La Fayette radio station[5].

L’inauguration officielle a lieu le 16 décembre1920 et permet de communiquer avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Portugal, et plus tard avec les colonies françaises et le reste du monde.

En 1922, les premières stations radiophoniques naissent à Paris.

Ce n’est qu’en 1923, que la station radiotélégraphique de la Croix-d’Hins, qui prend le nom de Bordeaux-Lafayette-PTT en souvenir de l’amitié franco-américaine, devient une station radiophonique. Le son est transmis, mais les émissions régulières ne débutent qu’en 1926[6].

Se rendant compte de l’utilité des ondes très longues pour communiquer avec leurs sous-marins, les U-Boot (abréviation d’Unterseeboot qui signifie sous-marin en allemand), les Allemands s’emparent des installations en 1940. La station fonctionnera jusqu’à sa destruction par les Allemands, le 22 août 1944, lors de leur débâcle.

 

Gênant l’approche de l’aérodrome de Mérignac, le dernier pylône, utilisé pour la surveillance contre les incendies de forêt, est abattu le 21 novembre 1953.

 

Le site est aujourd’hui occupé par le Haras de la Croix-d’Hins.

 

 

De cet ensemble, ne subsiste qu’une stèle commémorative à proximité de quatre bâtiments, les ruines de l’ancien atelier et du réfectoire, seulement deux embases d’un pylône, sur les vingt-quatre, ainsi que les vestiges des deux pistes de l’aérodrome Blériot.

[1] – Premier aumônier américain à décéder lors de la 2e guerre mondiale, le 7 décembre 1941 à 8 h 4 min 35 s, à bord de l’USS Arizona, lors de l’attaque japonaise de Pearl Harbour.

[2] – Émetteur à ondes entretenues de 1000 kW, refroidi par des bassins qui permettent d’absorber les énormes déperditions de chaleur (500kW). C’est ce type d’émetteur à arc qui permettra de développer le premier cyclotron et servira au développement de la bombe atomique.

[3] – Initialement créée par Cyril Frank Elwell sous le nom de Wireless Development Co (deviendra la Federal Telegraph Co) pour promouvoir aux États-Unis le convertisseur à arc (ou arc Poulsen), invention de l’ingénieur danois Valdemar Poulsen (1869-1942) et de son assistant Peder Pedersen Oluf (1874-1941).

[4] – L’arc de 1 MW délivre à l’antenne une puissance de 500 kW, avec sept longueurs d’ondes d’émission possibles, allant de 19,150 km à 23,450 km. Source : Radiofil magazine, n°38, 2010.

[5]Département de la Marine, Washington. Ceci est le premier message sans fil à être entendu dans le monde entier et qui marque une étape sur la route du progrès scientifique. Station radio La Fayette.

[6] – L’émetteur de la Croix-d’Hins ne donnant pas de résultats satisfaisants, un nouvel émetteur est mis en service le 27 avril 1927 à l’Hôtel des Postes, 136 rue Ernest Renan à Bordeaux, puis déménage à nouveau, le 1er janvier 1931, à Carreire, dans le quartier de Bordeaux-Saint-Augustin.

C’est depuis le micro de Bordeaux-Lafayette, situé à Carreire, que Philippe Pétain diffuse son discours du 17 juin 1940, durant lequel on peut entendre : c’est le cœur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat

Raphaël

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.