Chronique n° 109 – Un bâtisseur

15 juillet 2020 0 Par Aimé

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La longue époque Veyrier-Montagnères, qui s’étale de 1897 à 1922 a profondément marqué le paysage arcachonnais. On a déjà raconté comment, dans l’expansion vers le sud, la municipalité a acquis les quarante hectares de la forêt des Abatilles-Bernet pour 80 000 F. Faisant une bonne affaire, elle en cède dix au docteur Armaingaud pour 20 000 francs, afin qu’il y construise un sanatorium. C’est l’actuel établissement Saint Vincent de Paul, cédé par une municipalité de Lucien de Gracia, vers 1950, aux Petites sœurs des pauvres, en échange de leurs locaux, l’actuelle Maison des associations. But de l’opération communale : établir en centre-ville, un hôpital, attendu depuis soixante ans.

À la fin de l’année 1906, alors que sur deux mille mètres carrés acquis à un particulier, s’ouvre l’actuelle place Carnot, l’électricité est installée à Arcachon. Dans cette affaire d’éclairage, Veyrier-Montagnères n’a cependant pas été très brillant car ce progrès essentiel existe déjà au Teich et à La Teste, depuis trois bonnes années. En 1909, un don financier de 45 000 F, effectué par le beau-père du maire, M. Matéo Petit, dote la ville de l’actuel stade, boulevard Deganne. En janvier 1914, la ville rachète au docteur Armaingaud ce qui devient, sur 6 000 m2 la place des Arbousiers, au sud de Pereire. Dans la ville elle-même, la municipalité agrandit la mairie avec l’achat de l’hôtel limitrophe. On peut toujours en voir la façade, l’entrée et même l’enseigne.

Mal branché sur le courant électrique, le maire, par contre, va se montrer très efficace dans la réalisation de son premier grand projet, déposé en 1901. Biarritz ayant sa passerelle ouverte vers le large, Arcachon se doit de réagir. On décide donc de bâtir deux jetées, sous le prétexte de défendre la plage où il manque, il est vrai, beaucoup de sable. Ce qui amène l’Etat à participer à 50 % de la dépense, le reste étant couvert par un emprunt. Le Service de ponts et chaussées établit alors un plan pour bâtir ces deux jetées, l’une en regard de la place Thiers, longue de cent soixante-dix mètres, large de quatre, s’achevant par une plate-forme de vingt mètres. L’autre se trouve vis-à-vis de l’allée de la Chapelle, mesure quarante-huit mètres de long, un mètre de large et se termine par une esplanade. Innovation pour l’époque : l’entrepreneur bordelais Goguel choisi pour la construction utilise le système Hennebique, c’est à dire du béton armé, formant un entrelacs de poutrelles. Et le 12 septembre 1903, alors que croiseur “Cassini” et le contre-torpilleur “Flamberge” arborent leurs grands pavois et sonnent de toute la vapeur de leurs sirènes, Veyrier-Montagnères inaugure ses jetées.

Elles sont suffisamment solides pour tenir vaillamment le coup jusqu’en 2002, bien que les nazis, en se repliant en août 1944, aient fait sauter l’une des arches de la jetée Thiers. On la répare. La municipalité de Lucien de Gracia songe à l’allonger, le 25 novembre 1944, afin de profiter de l’estacade construite par les troupes d’occupation. Puis on y renonce, vues les difficultés de l’heure. Le 23 janvier 1948, on y dresse des lampadaires modernes en remplacement de ceux très XIXème. Mais, lorsque la population est consultée, en 2002, pour savoir comment décorer la nouvelle jetée, elle se prononce largement pour un retour à l’illumination “Belle Époque”. Car il a bien fallu se résoudre à reconstruite l’aïeule jetée. Depuis une dizaine d’années, elle donne des signes si évidents de fatigue qu’il faut la protéger par de gros poteaux métalliques afin d’amarrer les bateaux. Il faut aussi la consolider par une plate-forme en bois et clore ses escaliers d’accès latéraux. Et une année, on a même renoncé à y tirer un feu d’artifice. La vieille dame, symbole d’Arcachon, avait vraiment besoin de cette héritière, blanche le jour et multicolore la nuit. Même toute neuve, elle perpétue le souvenir de Veyrier-Montagnères, auquel Arcachon doit aussi d’autres grands travaux. Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca