1750/ – France, Bourgoin – Formation des lacs landais

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Carte de France. Echelle 1 / 80.000 : N° 137 – Biscarosse, Bourgoin, Aldring. Graveur ; édition : 1750-1815

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10567767k.r=biscarrosse?rk=64378;0

Les cartes anciennes de l’Aquitaine montrent que les lacs et les étangs n’existent pas. À leur place, de petites rivières se jettent directement dans l’Atlantique qui depuis environ 4000 avant J.-C. a atteint son niveau actuel.

Au cours du temps, l’embouchure de ces petits fleuves côtiers se ferme en raison de la mise en place de barrières de sable sous l’action du courant nord-sud du Golfe de Gascogne, des dépôts alluvionnaires de l’ensemble du réseau fluvial aquitain (essentiellement celui de la Garonne) et des vents d’ouest dominants. Les rivières côtières voient leurs estuaires s’obstruer progressivement, leurs seuils d’écoulement se surélever provoquant à l’est de ces barrages naturels des accumulations d’eau douce, les lacs aquitains et, avec eux, un ensemble de zones humides. Devant la progression des marais, les hommes installées sur les rives des cours d’eau s’adaptent à leur nouvel environnement en déplaçant leurs habitats vers l’amont. Aujourd’hui, des canaux et des écluses réalisés à la fin du XIXe siècle permettent de stabiliser de possibles variations des niveaux d’eau des lacs.

La Gourgue, à l’origine de la formation du lac de Sanguinet, est séparée de l’océan par un cordon dunaire formant un barrage naturel à l’origine du lac de Cazaux. Les prospections et les campagnes de fouilles menées depuis 1978 sur 5 km, sur la partie orientale de la rive gauche de la vallée aujourd’hui ennoyée confortent les études géologiques en permettant de situer le niveau du plan d’eau à divers moments de son évolution. De longues périodes de stagnation du plan d’eau ont dû favoriser l’installation de sociétés anciennes aux abords de ce lac en mutation qui, au fur et à mesure de la montée du niveau de l’eau, ont dû reculer leurs zones d’implantation de l’ouest vers l’est.

Cassini nous indique, à l’emplacement de l’actuel Gurc de Maubruc, un estuaire et un cours d’eau. La longueur de l’ensemble est d’un peu moins de 1000 mètres. Cette rivière coule du nord au sud et prend naissance dans la forêt. Belleyme ne dessine pas l’estuaire, mais le cours d’eau est bien présent et de même orientation. Actuellement, tout ce secteur est parsemé de zones humides soit en eau (le gurc – trou creusé par un courant) soit en marais, les braous (Maubruc), soit en marais asséchés (Arcambau, Arnaudy… Fabas) car depuis Cassini et Belleyme, le lac, qui à leur époque est au moins à 22 mètres d’altitude et déborde en période de pluies, a été ramené à la côte de 20,94 lors du creusement du déversoir vers le Bassin d’Arcachon : cette baisse artificielle du niveau a bouleversé ces zones humides. Ces braous, au XIXe siècle, forment un alignement au pied des dunes de Gujosse et Lanaudy, dunes modernes de plus de 50 mètres. On aurait pu avoir un marais continu si la croupe des Courpeyres anciennement appelée, dit-on, règue caude ou règue blanque (dune chaude ou blanche) n’était venue l’interrompre. Lorsque, empruntant le chemin qui surplombe le marais de Maubruc, on arrive à son angle nord-ouest, la dénivellation est de chaque côté impressionnante.

La distance entre l’étang et le fond du marais d’Arnaudy est d’à peu près un kilomètre. C’est pourquoi j’avais alors émis l’hypothèse que ces marais correspondaient au tracé du cours d’eau de Cassini et Belleyme et à la fameuse “rivière de l’étang ». Celle-ci est citée dans un acte de vente de 1563 entre Martin Pomps de Sanguinet et Pey de Caupos de Gujan qui achète “icelle pièce de pignada… au lieu appelé badia d’arcambau, confrontant devers soleil levant aux pins dudit vendeur acquis de Jean de Caupos, devers nuit aux pins de Caupos, acheteur, devers midi à la rivière de l’étang et devers nord aux pins de Jean de Pomps”. Les Caupos commencent là une série d’acquisitions auprès des mêmes vendeurs Pomps puisqu’on retrouve d’autres actes en 1562 et 1563. On peut penser, sous réserves, qu’il s’agit du même secteur puisque Martin de Pomps a comme chaffre Fabas. Plus tard, au XVIIe siècle, la famille De Caupos augmente encore ses possessions dans la Montagne en liaison avec l’éphémère « Manufacture Royale des Goudrons », mais c’est alors la résine qui les intéresse ! Cette pièce, comme les suivantes, est située dans la “Montagne et Pignada de Buch” ; le cours d’eau qui la borde ne peut être l’exutoire de l’étang vers l’océan. En effet, la maquette réalisée par le Centre de Recherches et d’études Scientifiques de Sanguinet démontre que le cours de la Gourgue, à l’origine de l’étang, s’incurvait vers le sud-ouest en direction du lieu-dit le Trencat et que la sortie devait se trouver un peu plus au sud (à hauteur de la plage du Vivier). Ce toponyme Trencat, associé à celui proche du prohoun (dune et lette du profond), évoque lui aussi une tranchée, et très certainement l’exutoire. Le lac de Cazaux s’est fermé bien avant celui de Biscarrosse et, à cette époque, c’est vers lui qu’il s’écoule, comme le prouvent les travaux archéologiques et les cartographies anciennes. D’ailleurs, dans l’acte concernant les droits d’usage de Biscarrosse, en 1277, il n’est question que d’une “ternière de Buch”. S’il y avait eu alors un cours d’eau entre l’étang et la mer, il est probable qu’il aurait servi de séparation plus franche que cette ternière simple «limite» entre deux seigneuries. L’exutoire ne pouvait donc être à La Salie dont les “hauts fonds” actuels sont dus tout simplement à l’érosion de la Pointe d’Arcachon puis à l’accumulation de ces sables, peut-être piégés par la construction du Wharf, dans une zone qui, pendant les quinze années précédentes, a été soumise à une forte érosion, cette alternance de pics d’érosion et de sédimentation étant caractéristique de nos côtes. La question qui se pose à propos de la règue caude, la croupe des Courpeyres, c’est l’époque à laquelle elle s’est formée : il s’agit vraisemblablement d’une poussée assez tardive des sables modernes qui a dû se produire entre les années 1760 (relevés cartographiques ayant servi à la carte de Cassini). En effet, alors que sur la carte de Belleyme n’apparaît qu’une petite coupure de la forêt, continue entre La Teste et Biscarrosse, il y a, sur le cadastre de 1810, une coupure plus large entre la pièce de Maubruc au nord et deux petites pièces de pins au sud, près de la limite des deux communes : Les Places et La Truque. C’est donc que les sables blancs ont gagné le lac comme ils ont grignoté, et continueront à le faire, la Forêt Usagère ainsi que le montre la comparaison des limites entre 1810 et 1849 et les plaintes des « ayant pins » de la Forêt Usagère contre l’ensablement de leurs propriétés. Toutes ces dunes blanches, sauf une partie de celle de La Truque où résistent encore les « pins de Fleury », seront semées entre 1831 (dune de Lanaudy) et 1832 (dunes de Tros de Boy, Gujosse, La Place et La Truque). Dans son inventaire des semis établi le 16 avril 1834, le conducteur des travaux Dejean précise même pour 1832 Lanaudy et Courpeyres. Or sur les cartes des semis effectués à l’époque, ce nom n’apparaît jamais en dehors de la Forêt Usagère, mais il semble être traditionnel de désigner les dunes blanches par le nom des pièces de vieille forêt qui les borde. Le 19 mai 1829, Marichon et Cravey, comme trente autres propriétaires, renoncent aux sables qui ont recouvert leurs parcelles. Ils posent deux conditions : que les semis commencent au sommet des dunes blanches qui les dominent et que le versant est continue à leur appartenir ; qu’ils puissent se réserver une bande de vingt mètres à l’alignement de leur parcelle ainsi que “les entrées en pointe que les sables auraient pratiqué dans l’intérieur de leurs pièces” à charge pour eux de les semer. Il est possible que Marichon ait utilisé cette dernière clause pour semer “l’entrée en pointe” de sa pièce, la règue blanque des Courpeyres, ce qui explique l’annotation de Dejean, son beau-père. Mais il ne réclame rien et même pas l’application du décret de 1810 permettant aux propriétaires de récupérer les nouvelles forêts poussées sur leurs anciennes parcelles. Par contre, Cravey réclame une distance de dix mètres sur le versant de la dune dominant le marais de Maubruc et cent dix-huit mètres de large au pied de la dune de Gujosse ; cela explique pourquoi dans cette zone, les bornes de séparation avec les Eaux et Forêts ne sont pas au sommet du versant mais presqu’en bas de la pente, près du marais. La forêt que domine la Bécassière est usagère, c’est pour cela qu’il y existe des pins très anciens car dans ce statut très particulier qui date d’avant 1468 et codifié à cette époque, le pin qui porte des aiguilles vertes, même si gemmé à mort et a pris la forme caractéristique du «pin bouteille», ne peut être abattu que pour satisfaire l’usage. Si donc personne ne le réclame, il peut vivre très longtemps. Ces pins servent de semenciers et de nichoirs aux oiseaux cavernicoles (mésanges, grimpereau des jardins…), et leur prestance a toujours été célébrée ; cela explique le respect que la population leur a toujours témoigné. Il y en a d’ailleurs un tout près de la cabane. Outre ces pins, le secteur est caractéristique des paysages de ce massif : une « chênaie-pineraie » naturelle dans laquelle l’homme a toujours favorisé le pin, porteur de résine donc de revenus ; il est donc normal qu’on y trouve, surtout près des cabanes, des chênes majestueux. Ceux-ci aussi sont respectés car dans le passé leur usage est fréquent pour la construction terrestre ou navale ; on met même, en 1759, une partie de la forêt en réserve pour en reconstituer le peuplement de chênes. Ils sont en général présents près des cabanes (un peu à la manière de l’airial landais) et s’ils meurent, c’est plus souvent de mort naturelle que sous la hache. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à celui qui était proche de l’ancienne cabane des Courpeyres, actuellement disparue, située plus bas près du lac. C’est en effet la disparition des résiniers propriétaires exploitants ou métayers qui explique l’aspect de plus en plus sauvage d’un massif que plus personne n’entretient. Mais si dans le passé cet entretien était mieux effectué et si les vaches sauvages, dont un dernier troupeau existait en 1956, y contribuaient, il ne faut pas en avoir une vision idyllique. Tous les observateurs, dont le plus célèbre est Durègne, remarquent cet aspect de forêt « vierge », unique en Aquitaine, « ce hallier inextricable couvert de fleurs blanches au printemps : des chemins tortueux aux multiples ramifications conduisant à de pittoresques cabanes de résiniers occupant de vastes clairières gazonnées, ombragées par des chênes séculaires. Les pins eux-mêmes perdent le caractère industriel du semis moderne, ils poussent à l’aventure, sans règle, et tous les âges se côtoient… ». C’est le statut usager qui permet la conservation de ce paysage, et l’usager respectueux des textes n’a rien à voir avec le « forestier » marchand de bois de chêne qui vient illégalement couper n’importe quoi ! Mais il est vrai que de nos jours la forêt souffre et qu’il faut y remédier, mais ceci est une autre histoire !

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À l’époque de Cassini, la « Montagne » de Biscarrosse s’étend à l’ouest du lac de Cazaux, depuis le port de Maubruc, jusqu’à 4 kilomètres environ du sud-ouest de Biscarrosse, sur les bords du lac de Parentis. Elle est limitée à l’ouest, à 4 kilomètres et demi de Biscarrosse, par le lac de Cue, qui a été comblé par les dunes modernes et dont un émissaire, indiqué par Cassini, se jette dans le lac de Parentis. Le témoin de cet affluent du grand lac existe dans le port formé sur les bords ouest, à 300 mètres du parallèle 49° 30′.

Au sud de la « Montagne » de Biscarrosse, Cassini indique une lède sous le nom de « Le Boucaut », qui se prolonge vers le sud en prenant le nom de lette de Prohond proche de l’étang du sud ; une autre lette homonyme existe entre le lac de Cazaux et l’Océan, en limite du département de la Gironde.

Lou Boucaut /Lo Bocau [luß’kaw] désigne l’embouchure d’une rivière qu’on retrouve dans le nom  de  Vieux-Boucau (Lo  Bocau  Vielh  en gascon)  en Marensin,  ancienne  embouchure  de  l’Adour.  Le  T  final  est vraisemblablement  une  erreur  de  transcription  du  cartographe, comme dans Camin Arriaout qu’on trouve parfois. C’est un lieu-dit qui apparaît sur la carte de Cassini, levée en  1762‐1763, à une époque où le souvenir de l’ancien exutoire de l’étang sud vers l’océan existe encore dans les mémoires.

Sur la carte de Cassini la lette du Prohond mentionnée  à  l’ouest  de  la  Lette  de  Lesbert  et  de  La  Pendelle poursuit le bocau vers le sud ; elle disparaît entre 1760 et 1860 à cause de l’envahissement des sables.  Sa  situation  et  sa configuration nord‐sud font penser, tout comme celle du nord de la commune, à ce qui a pu être le lit d’un ancien effluent débouchant à l’océan. La lette du Prohond est aujourd’hui recouverte par les dunes de Lesbarres, situées entre les lettes de Pin Courbey, de Lesbarres et de Lesbert.

À Biscarrosse, les dunes mobiles ne  sont  fixées qu’entre 1840 et 1860 et les lettes actuelles ne sont évidemment plus celles du XVIIIe  siècle. Il s’agit donc vraisemblablement de l’ancien cheminement vers l’océan du ruisseau de Nasseys, autrefois appelé de la Mouleyre ou de la Moulasse. Cette hypothèse est très probable puisque la carte bathymétrique de l’étang montre que son ancien lit se dirige droit vers ce Bocau, entre Pin Courbey et Lesbert.

Nous sommes ici sur des dunes de la formation moderne dont le tracé est, sans aucun doute, fantaisiste et, en tous les cas, sujet à se modifier, puisque ces dunes sont encore en mouvement au moment du tracé de la carte. Nous n’avons donc à en retenir que l’indication.

Si nous rapprochons la précieuse indication fournie par Cassini, et qui lui était rapportée par des traditions orales, du plan des courbes de profondeur du lac et des courbes hypsométriques des dunes fixées aujourd’hui, nous ne pouvons contester que le Boucaut existe encore sur une longueur vers l’ouest et le sud-ouest de plus de 3 kilomètres, comblé, mais non barré, jusqu’à la lède de la Louste, sur les confins de celle de Platagaou. À 1 kilomètre au nord de la lède de la Louste, la dune de la Barre semble, par son nom, éloquemment indiquer l’événement.

Une autre remarque, non moins importante que celles qui précèdent, est que le fond de la cuvette du lac de Parentis est érodé et situé au-dessous de la ligne d’inclinaison du plateau landais et sous-marin. En cet endroit, le littoral, à l’époque des dunes anciennes, devait former une concavité, reste de l’ancienne baie, dans laquelle le courant qui partait de la lède où est bâtie la cabane de Fondelle (44° 20′ de latitude nord), venait s’ouvrir à la mer. Quand les eaux s’élevèrent par suite de l’obstruction de ce canal, elles cherchèrent des issues pour s’échapper. Elles coururent dans d’anciennes dépressions à travers les dunes anciennes : au nord vers le lac de Cue, au sud dans la lède de Bouroue, près du signal de Bonnaure (44° 19′), et finirent par se déverser par le canal actuel, qu’elles se creusèrent sur les bords orientaux des dunes envahissantes.

Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, Groupe géographique et ethnographique du Sud-Ouest, 1899.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55684066/f27.image.r=biscarrosse?rk=193134;0

http://www.biscarrosse.tv/bloc_notes/media/blogs/Bloc-Notes/2017/Microtoponymie%20de%20Biscarrosse.pdf

https://www.musee-lac-sanguinet.fr/Musee-du-Lac/Thematiques/L-homme-cadre-geographique

Raphaël

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