Salles et Mios

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Salles, à 9 000 mèt. au N. 0. de Belin. C’est la commune la plus agréable du canton, la mieux cultivée, la plus saine ; aussi l’appelle-t-on le Paradis des Landes. La Leyre la traverse, laissant, à gauche, une vaste forêt de pins très bien exploitée ; à droite, l’ancien manoir seigneurial, le bourg, quelques villages, des maisons isolées, des champs productifs. Salles est encore remarquable par la pureté de ses eaux, par ses prairies, par d’abondants dépôts de falun, et de minerai de fer, par son antiquité dont nous avons retrouvé les traces, enfin par ses calcaires grossiers, particularité très rare dans les landes. — Population, 3 628 hab.

 

Statistique du département de la Gironde..., François-René-Bénit Vatar-Jouannet, (1765-1845), 1839

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9624942h/f156.image.r=salles#

 

Construits sur l’interfluve des ruisseaux de Badet et de Camelave, le bourg de Salles et l’église Saint-Pierre, proches du gué qu’ils dominent, concentrent des chemins nombreux qui descendent des landes environnantes.

À huit kilomètres en aval, au bout d’un chemin absolument désert qui court dans les chênes tauzin sur le plateau, le long de l’Eyre, Saint-Martin de Mios et son bourg occupent, à proximité de leur gué, un site semblable. L’organisation de l’espace dans ces deux gros villages qui s’étendent – comme Belin – de part et d’autre de la rivière, présente bien des similitudes.

Même convergence de chemins vers l’église et le gué, petits vignobles voisins des maisons et des jardins du bourg, au départ de l’éventail des terres cultivées ouvert vers l’est dans la lande.

Insolites, dans les deux communes, des terres argilo-calcaires affleurent à proximité des ruisseaux ourlés de bonnes prairies et ces terres portent des champs plus généreux qu’ailleurs.

L’occupation très ancienne des lieux a semé des quartiers nombreux aux toponymes pittoresques.

Salles est un bourg assez considérable. Les hommes ont repoussé la lande au delà du Beguey, de Perrin, de Peybideau, du Bougès, de Jonques et de Guérin, occupant les meilleurs terroirs. À proximité du ruiseau des Esclaures, ils ont reconnu depuis des siècles et défriché les bonnes terres de Bas et de Naz de Hé et sur la rive droite du ruisseau des Lassieux, celles d’Argilas, d’Hourcet, de Peylahon et de Larrieu. Peu de lande sépare ces champs limitrophes de leur vis-à-vis miossais de la Saye, Haubre (Hobre), Lillet, Amauton. Car depuis Guérin et le ruisseau de Camelave au nord de Saint-Pierre de Salles, les bois taillis débordent des pentes de l’Eyre et drapent ces quartiers satellites et le pinhadar allongé dans la courbe de la Surgenne en face des champs et du Moulin de la Lande. Sur la rive droite du gros ruisseau, ils bordent la Carreyre et Peyot, isolant Saint-Brice et sa chapelle délabrée, le moulin et le vieux chemin désert de la bordure qui débouche sur le bourg de Mios à la hauteur du gué.

L’essentiel des terres cultivées au cœur de la commune se groupe dans le triangle déterminé par le Voisin, l’église et le Craque.

Mios est moins étendu que Salles mais parcouru par un réseau de chemins similaire.

Dans les deux communes, sur la rive droite de l’Eyre, les routes divergent pour rejoindre le chemin de Bayonne à Bordeaux en desservant les écarts au passage : Lillet, le Craque, Belin à Mios, le Beguey, le Pujeau, Perrin, le Bougès, Peloc à Salles.

Ceux d’Argilas, de Sangues, de Naz de Hé, rencontrent les Miossais dans la lande et ils cheminent ensemble vers Le Barp à partir du Tutou.

Autre similitude : comme La Vignolle de Salles si éloignée de son bourg, traversée par la grande route, les deux écarts les plus importants de Mios – si l’on excepte le domaine de Beauchamps – établis de part et d’autre de La Canau en amont du Moulin de Paulon, Florence et Ramonette (sur la rive droite) forment un gros village sur la route de Mios à Bordeaux qui permet d’atteindre selon le choix Pessac ou Talence.

La déchéance de La Mothe et les difficultés du franchissement de la Canau dans les fonds marécageux du confluent interdits par des inondations périodiques, l’évolution de la Seigneurie de Certes ont bien promis l’usage de la route de la bordure qui a probablement précédé les autres dans le temps.

Depuis les origines du peuplement, elle longe la rivière au plus près, partie de Beliet, reliant les églises jusqu’à La Mothe.

Ainsi au XVIIIe siècle, la plus grande part des échanges, en vérité assez limités entre les gens du Bassin et ceux de l’Eyre, s’accomplissent par la route de Biganos à travers les vignes du bourg de Mios, le Voisin, Cantalaude et Ponnau.

Les documents qui évoquent la traversée de la rivière à Mios et à Salles sous l’Ancien Régime montrent l’importance de la topographie des deux paroisses dont les vastes territoires s’étendent entre le Bordelais et le Pays de Born.

Traversant la Gourgue à Sanguinet au Moulin de La Mole, une route venue des lacs landais se digite dans les sables vers La Teste, Gujan, La Mothe, Mios et Salles. La branche la plus orientale se dirige presque en droite ligne vers le gué de Mios. Aux environs de Lagnereau (un bosquet, deux bâtisses et leurs champs) elle diffuse dans la lande les chemins qui atteignent à l’est les deux gros villages de Bilos et du Caplane pour s’y intégrer dans le réseau des carreyres nombreuses, finalement réunies aux abords du gué de Salles.

On comprend l’intérêt que les seigneurs des deux paroisses ont toujours porté à ces passages, exerçant avec soin leur droit de péage que le monarque, malgré les protestations des usagers, maintiennent jusqu’à l’abolition prononcée par la Constituante.

Mais si la structure des deux communes traversées par la rivière est similaire, les paysages et l’occupation du sol sur la rive gauche sont bien différents.

À Mios, en bordure et sur les longues pentes qui descendent vers les fonds, des bois taillis plus étendus que ceux de la rive opposée se succèdent. La lande les festonne, les échancre largement au voisinage des ruisseaux dont les eaux rouillées coulent entre les prairies aménagées par les paysans (des prats d’arriu) sur les berges. De petits écarts s’alignent sur cette bordure au seuil des terres vaines. Telle un cordon ombilical, une route issue du Caplane et de Graulet relie Nouaux, Curchade et Gassian aux quartiers de Vigne et de Caudos (aujourd’hui le Petit Caudos) d’où l’on descend vers le gué tout proche. Dans les taillis court un chemin parallèle parti des maisons de Coulare, chemin de charbonniers, tantôt lande, tantôt fourrés. On voit que le pin est rare à Mios alors que les chênaies et les autres feuillus couvrent pratiquement le cinquième du territoire de la commune.

Il en est autrement à Salles. À quelques toises de lande, en amont de la borne seigneuriale (qui se dresse toujours à Luc artigue), un important pinhadar, long et pansu (plus de trois mille hectares) succède aux feuillus. Accrochés aux végétations et aux bordures humides de la rive, « la Montagne de Salles » et les « pignadas de Lugos » s’étendent jusqu’ au cours supérieur du ruisseau de Lugos qui débouche dans le marais en contrebas de l’église Saint-Michel. Les derniers pins moulent les taillis et les champs du vieux village mourant. À cinq kilomètres de là, sur la lisière méridionale de la forêt, de part et d’autre de Peleou, où la carreyre qui monte de l’église aboutit, entre Cazaque et le « château », les paysans de Lugos ont reconstruit leurs maisons au plein front de la lande.

Les deux tiers du massif s’étend donc sur le territoire de Salles où, du gué à Graillet, au Caplane, à Bilos, tout n’est que forêt. Les ruisseaux de la rive gauche, à l’exception de celui de Pebrot coulent entièrement dans cette forêt. Là encore des prairies s’allongent sur quelques berges favorables à proximité des carreyres. Les gros villages de la rive gauche, le Caplane, Bilos en lisière et confrontés aux landes de l’ouest, sont très éloignés du bourg. Les difficultés et les périls de la traversée qui croissent avec la montée des eaux dans l’Eyre aggravent cette situation. Car la chapelle de Bilos, comme celle de La Vignolle, n’existe plus depuis longtemps !

Bilos (avec le Lanot et le Mayne) ont sans doute connu une certaine importance économique dans le passé. Les routes anciennes du Marensin et du Born aboutissaient là et en particulier celle de Lipostey (ancien itinéraire romain) le long de laquelle s’alignent les maisons du Lanot, de nombreux logements ouvriers construits sur un seul niveau ; dans les années 1870, le Lanot est le quartier le plus peuplé en raison de la proximité des forges du Bran. On y trouve une boucherie et son école primaire à classe unique a fêté en 1999 ses 100 ans d’existence. C’est également le premier, à la fin du XIXe siècle dernier, à profiter des bienfaits de l’électricité. 

Les routes de Parentis, de Biscarrosse, d’Ychoux, se rencontraient avant Peyreherine et traversaient le ruisseau de Pebrot à « la carrière ». Au reste, dans le sable des landes, l’état des chemins que les pratiques des bouviers détériorent quotidiennement ne permet pas de classer les voies de communication et d’établir une hiérarchie des itinéraires.

La création de la Poste du Roi privilégie Belin, mais Salles demeure au XVIIIe siècle un important passage au-delà des Landes de Dax, du Marensin et du Pays de Born.

« Il y a deux cents ans, le Pays de Buch », Fernand Labatut, Bulletin Sha n° 62

https://shaapb.fr/wp-content/uploads/files/SHAA_062_opt.pdf

 

Raphaël

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