« Nous ne voulons pas du chemin de fer par Arès »

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Tramway de Bordeaux au Cap d’Arcachon. — Par arrêté de M. le Préfet de la Gironde, une enquête d’utilité publique est ouverte sur l’avant-projet d’établissement d’un tramway à vapeur, reliant Bordeaux avec le Cap d’Arcachon, sur les territoires des communes de Caudéran, Mérignac, St-Jean-d’Illac, Lanton, Andernos, Arès, Lège, et La Teste, et présenté par M. Hébert.

Un exemplaire du dossier complet des pièces de l’avant-projet restera déposé aux mairies de Bordeaux, Pessac, Audenge et La Teste, chefs-lieux de canton des communes que la ligne doit traverser. En outre, le plan de traverse afférant aux communes de Caudéran, Mérignac, St-Jean-d’Illac, Andernos et Arès, restera également déposé pendant un mois, du 1er avril 1905 au 30 du même mois inclusivement, pour être communiqué, sans déplacement, de dix heures du matin à quatre heures du soir aux personnes qui voudront en prendre connaissance.

Un registre sera ouvert pendant le même temps aux mairies ci-dessus désignées pour recevoir, tous les jours non fériés, les observations auxquelles pourra donner lieu l’avant-projet.

À l’expiration du délai d’enquête, sus-indiquée, une commission se réunira à la Préfecture de la Gironde le 4 mai 1905, à deux heures de l’après-midi pour examiner les observations consignées aux registres d’enquête. La commission sera composée de MM. Bertin, Ducourt, David et Dignac conseillers généraux ; Léon Lesca, ancien conseiller général ; Dalbusset, négociant à Bordeaux ; Gufflet, courtier maritime à Bordeaux ; Denigès fils, négociant, propriétaire au Las.

Les Conseils municipaux des communes de Caudéran, Mérignac, St-Jean-d’Illac, Lanton, Andernos, Arès, Lège, La Teste, ainsi que la chambre de commerce de Bordeaux, sont appelés a délibérer et à exprimer leur avis sur l’utilité et la convenance de l’entreprise.

Monsieur le Directeur,

Le Syndicat des habitants du Cap d’Arcachon se voit fréquemment demander son avis au sujet d’un projet de chemin de fer à voie étroite dont on parle depuis plusieurs années et qui aurait pour but de relier le Cap Ferret à Caudéran, par Arès. Le moment lui paraissant venu de manifester son opinion, il a chargé son bureau de ce soin et décidé de faire appel à l’hospitalité de vos colonnes.

Nous, ne doutons pas que cette hospitalité nous soit largement accordée car, dans cette circonstance, les intérêts d’Arcachon, qui vous sont chers, sont aussi les nôtres.

Notre avis mûrement étudié et réfléchi est catégorique. Nous ne voulons pas du chemin de fer par Arès. Ce qu’il nous faut, ce sont des moyens de communication de plus en plus fréquents, de plus en plus rapides et économiques entre l’une et l’autre rive du Bassin d’Arcachon. Nous ne voyons aucune raison de désirer la réalisation du chemin de fer projeté.

Il ne pourrait rendre aucun service à la population, il n’aurait ni trafic ni voyageurs.

Or une mauvaise affaire est toujours exposée à jeter le discrédit sur le pays où elle est fondée.

Les habitants sont bien certains qu’ils n’auraient jamais l’occasion de se servir de celle nouvelle ligne pour les raisons suivantes :

  • Ils appartiennent administrativement à la commune de La Teste ; ils sont pour la plupart originaires de cette commune, ou de celles d’Arcachon et de Gujan-Mestras. Leurs intérêts, leurs amitiés, les rattachent fortement à la rive sud du Bassin d’Arcachon, et ils n’ont aucun désir de se voir relier à Caudéran par une ligne qui viendrait concurrencer sans utilité pour personne les services maritimes créés ou à créer qui doivent les rapprocher toujours de la rive arcachonnaise.
  • Quant à la population flottante elle est composée en majeure partie de Bordelais qui ne renonceront pas aux confortables voitures et aux trains express de la ligne d’Arcachon pour s’entasser dans les wagonnets d’un chemin de fer à voie étroite.

Ils ne demandent qu’une chose, c’est que le service maritime actuellement existant s’améliore et leur permette de correspondre toute l’année avec les express. On y arrivera peu à peu nous l’espérons, et la Compagnie du Cap sera bien inspirée si elle seconde dans cet ordre d’idées les desiderata des habitants.

 

Pendant la saison d’été, les voyageurs partant du Ferret par le vapeur de 6 heures 1/2 du matin arrivent à Bordeaux à 8 heures 15. Ce trajet, agréable par la variété même des moyens de transport au point de ressembler à une promenade s’effectue aussi en une durée totale de 1 heure 45. Quel chemin de fer à voie étroite serait susceptible de le faire dans le même temps ?

Empruntant le bord de la route dans la plus grande partie de son parcours, il serait obligé de marcher à une vitesse maximum de 25 kilomètres et d’ailleurs cette règle n’existerait-elle pas qu’il lui serait impossible d’aller plus vite, sans qu’un roulis formidable ne vienne secouer tout le train.

Il n’y a qu’à consulter les horaires du railway de Bordeaux à Cadillac pour constater qu’il met deux heures moins cinq à faire un parcours de 33 kilomètres. Si l’on s’en rapporte à cette moyenne, il faudrait 4 heures pour se rendre du Cap Ferret à Caudéran, plus d’une demi-heure en tramway de Caudéran à Bordeaux. Cela fait au total la moitié d’une journée de neuf heures, tout simplement la demi-journée.

L’intérêt des habitants du Cap Ferret et de la rive Nord-Ouest du Bassin n’est donc pas douteux. Il est du côté d’Arcachon.

Ceux de la rive Est ont déjà leur chemin de fer par Facture qu’il serait d’ailleurs facile de prolonger jusqu’au Cap si le besoin s’en faisait sentir.

Il ne restera pour alimenter le nouveau railway que le trafic existant entre Blagon, Saint-Jean d’Illac, le Las et Caudéran. Ce n’est pas très alléchant. Et l’on comprend que les promoteurs aient quelque peine à réunir les capitaux nécessaires.

Quant aux intérêts d’Arcachon, il est inutile de démontrer combien ils sont intimement liés aux nôtres. C’est Arcachon qui nous approvisionne ; ce sont ses ouvriers qui bâtissent nos maisons ou les entretiennent, ce sont nos marins qui nous transportent ou qui nous amènent les visiteurs. Arcachon est et doit rester notre port n’attache, de même que La Teste à laquelle nous relient tant d’intérêts et de souvenirs, doit rester notre commune. C’est en vain qu’on chercherait à détourner vers une autre voie notre modeste trafic.

Or l’état de la question serait actuellement le suivant. La caution nécessaire pour la concession du chemin de fer projeté n’aurait pas été versée et les promoteurs de l’entreprise qui n’ont pas eu jusqu’à ce jour le moyen de faire aboutir leur projet, chercheraient à le rendre réalisable en obtenant des concessions nouvelles. La demande qu’ils en feront devant donner lieu a une enquête de commodo et incommodo, il n’était pas inutile que les habitants qui sont les premiers intéressés soient éclairés et avertis. Il appartenait à leur Syndicat de remplir ce devoir et de motiver son opposition. Nous vous remercions de nous y aider et vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de nos sentiments les plus distingués.

Pour le Syndicat des habitants  et concessionnaires de la région du Cap d’Arcachon

Le Conseil

 

L’Avenir d’Arcachon du 2 avril 1905 & du 2 février 1908

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54315974/f2.item.r=cauderan.zoom

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6151462m/f1.image.r=%22Ar%C3%A8s%22?rk=6459259;2

Raphaël

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