L’école spéciale de filles d’Haureuil

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Historiquement, la commune du Barp est organisée autour de deux centres, le bourg du Barp et le bourg d’Haureuil (le h est adventice : sur la carte de Cassini, c’est « Quartier d’Aureuil » ; c’est peut-être aurulh, cf aurulha “lierre”, en effet, on trouve aussi Les Ireuils à Saucats ! Or irulha “lierrre” également !)

Mais au final, c’est le développement du Barp situé à la croisée des chemins RN10 et RD5 qui a raison d’Haureuil.

Actuellement, Haureuil est un village d’environ sept cent âmes, très caractéristique des villages de la Haute Lande Girondine ; ses activités économiques et de services déclinent dans le temps, seules une salle des fêtes et une école ont survécu. Ainsi, c’est la vocation résidentielle qui prédomine aujourd’hui.

En ce qui concerne l’histoire de l’école, voici ce qu’écrit Jean-Jacques Cluzeau dans son ouvrage « Le Barp, village des Landes girondine » :
« Le 14 février 1869, le Conseil municipal reconnaît que les distances qui séparent les hameaux du bourg sont un obstacle pour que de jeunes enfants puissent fréquenter l’école et, en septembre, la Municipalité décide qu’il y aura donc deux écoles communales de filles, l’une au bourg, l’autre à Haureuil et “reconnaît comme telles celles existant depuis le 1er janvier 1869″.

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En ce qui concerne l’école des filles d’Haureuil, Monsieur l’abbé Ballion, accepte, en février 1870, de louer la maison qu’il vient de faire construire à Haureuil pour en faire une maison d’école, et en même temps, servir de logement à l’institutrice.

La loi du 16 juin 1881 sur la gratuité scolaire va induire un accroissement considérable du nombre d’enfants scolarisés : au bourg, 91 garçons en 1882, 80 filles en 1885. La Municipalité demandera donc que des postes d’adjoints et d’adjointes soient créés et, pour diminuer l’effectif des garçons au bourg, où venaient tous ceux de la commune, que l’école d’Haureuil devienne école mixte : en août 1886, l’école spéciale de filles d’Haureuil, section de la commune du Barp, est, pour des raisons justifiées d’économie, transformée en école mixte.

Haureuil dispose de l’école élémentaire Jean de la Fontaine de 2 classes, soit une cinquantaine d’enfants environ. En 2018, l’école a une importante baisse d’effectif. Elle souligne la demande de repas végétariens à la cantine par des parents peu nombreux pour l’instant mais persuasifs. Début 2020, la maire revient sur la fermeture de l’école d’Haureuil : « Sur 47 enfants scolarisés dans cette école, 9 seulement habitent le quartier. Les effectifs de la commune étant en constante baisse pour diverses raisons, garder des classes à Haureuil n’a plus de sens, d’autant que des classes sont disponibles dans le bourg. » Si Christiane Dornon souhaite encore garder un peu de mystère autour de son programme, elle assure que l’implantation d’un centre de loisirs dans l’école d’Haureuil sera étudiée, un projet pour lequel seront associés les parents d’élèves et les habitants du quartier.

Je vous livre le témoignage d’Adrien Boudy : Il y a bien longtemps que je n’ai plus aucun lien direct avec le Barp, et encore moins avec Haureuil et sa petite école. Exilé d’abord à Bordeaux, puis à Paris et maintenant en Nouvelle-Zélande et à Barcelone, je n’ai entendu que très récemment parler de la décision de la mairie de fermer l’école. Ma première réaction fut l’incompréhension : je n’ai passé qu’un an dans cette école, mais c’est peut-être une de mes années de primaire où j’ai le plus appris. Mon CM1 fut marqué par une maîtresse très exigeante, Sandrine Duvignac, qui n’est restée qu’un an je crois, mais avec une méthode d’éducation complète et diablement efficace puisque j’en suis sorti la tête bien pleine, sur tous les sujets. On dit que ces années sont déterminantes pour construire les adultes que nous sommes, c’est en suivant cet adage que je me dis qu’étudier dans cette école m’a aussi permis d’accéder à une classe préparatoire scientifique, au lycée Michel-Montaigne, une des plus réputées de province, et par la suite à une des plus prestigieuses écoles d’ingénieur françaises, l’école des Mines de Paris. Dans cette école, je m’épanouis un peu plus chaque jour et celle-ci m’offre l’opportunité de voyager et d’acquérir de l’expérience autour du monde dans des sujets qui me plaisent, la transformation durable des territoires et des mobilités.

Cette incompréhension fut suivie par une certaine tristesse, moins rationnelle, de savoir qu’il y a un risque que bientôt, dans cette école, aucun élève ne puisse plus étudier et en même temps rêver, jouer, partager – bref, profiter de son enfance. La multitude de cerceaux, d’échasses, de ballons, de plots et d’arbres disponibles, c’est le paradis pour n’importe quel enfant.

Et oui, cet environnement qui nous permettait de nous évader pendant les récrés,  ça nous incitait aussi à mieux nous concentrer en classe, à développer notre imagination et notre esprit critique.

Alors non, je ne pense pas que les élèves qui étudient à Haureuil ont des moins bons résultats que les autres. Les parcours de mes amis, de gens que je connais et de moi-même prouvent le contraire. De même, je ne pense pas que la transformer en garderie serait une bonne chose, car l’environnement d’Haureuil, loin de tout, enfoncé dans la forêt, a développé, chez moi et chez plein d’autre élèves, une créativité et une ouverture d’esprit qui sont indispensables pour apprendre intelligemment. À vrai dire, c’est l’environnement idéal pour une école primaire.

Alors, pourquoi s’en priver ?

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57386499/f1.item.r=haureuil%22le%20barp%22

https://www.facebook.com/B.CHAPU/posts/330751987538136/

https://www.ladepechedubassin.fr/app/uploads/2020/02/ddq_dba_20200219_048p.pdf

Raphaël

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