1870 – ballons sortis de Paris

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« La Nature » du 18 avril 1874 donne les détails sur la perte en mer du Ballon « Richard Wallace », le 28 janvier 1871, et son pilote, Émile Lacaze, né en 1840, à Paris, où il exerce la profession de photographe. Son ascension a lieu le 25 janvier 1871, à quatre heures du matin. Lacaze est porteur de l’annonce de la capitulation de Paris ; on jugea inutile de lui donner un compagnon de voyage. Il a l’ordre d’atterrir le plus près possible de Bordeaux, où se trouve la Délégation. Il s’approche de terre lorsqu’il est arrivé à 5 ou 600 kilomètres de Paris, et peut échanger quelques paroles avec des paysans qui cultivent leurs champs dans les environs d’Angoulême. Apprenant qu’il ne se trouve qu’en Charente, Lacaze s’imagine qu’il peut s’approcher davantage du but qui lui a été assigné, et jetant un sac de lest il disparait dans les nuages. Des pêcheurs qui traînent leurs filets au large de la Rochelle l’aperçoivent essayant sans doute, mais trop tard, d’effectuer sa descente…».

Or, le fondateur de « La Nature », Gaston Tissandier, est aussi aéronaute ; selon lui « Si nous voulons connaître l’atmosphère qui enveloppe notre globe, qui règle le cours des saisons, qui entretient la vie… Deux modes d’exploration par aérostats sont nécessaires : ascensions de longue durée, ascensions à grande hauteur ».

1870 – ballons sortis de Paris

Tableau des ballons sortis de Paris pendant le siège 1870-1871 / Carte publiée par les frères Mangin ; et J. Godard, aéronautes

Éditeur : J. Madre (Paris)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53029817h/f1.item.r=mangin

De récentes et nombreuses manifestations sportives et culturelles ont commémoré l’invention du ballon à air chaud le 4 juin 1783 par les frères de Montgolfier. La première ascension en « montgolfière » est celle de Pilatre de Rozier et du marquis d’Arlandes le 21 novembre 1783. C’est le début de la « Belle Époque » de l’aérostation qui va durer jusqu’à la Guerre 1914·1918.

Le ballon joue un rôle militaire important en 1870-1871. C’est ainsi grâce à lui que Gambetta peut sortir de Paris investi et que la capitale conserve des liaisons avec les provinces. Or, le 27 janvier 187l, le ballon Richard Wallace part de Paris, monté par le soldat Émile Lacaze, et emportant 220 kilogrammes de lettres.

L’aérostat est indiqué officiellement comme perdu en mer, corps et biens, dans la baie d’Arcachon. C’est cette localisation du naufrage qui nous intrigue particulièrement. En effet, Arthur Maury relève sur un tableau qui figure dans le salon d’attente du sous-secrétariat des Postes-et-Télégraphes les indications concernant 69 ballons montés du 21 septembre 1870 au 28 janvier 1871.

Prévu pour le 24, l’envol est été retardé de soixante-douze heures. « À 3 heures, note le correspondant du Gaulois, par une bise glacée et un vent du nord assez vif, le ballon « Richard Wallace », construit par MM. Camille Dartois et Yon, et monté par Émile Lacaze, s’est élevé de la gare du Nord, en prenant sa route en plein vers le sud. Est-ce le dernier aérostat qui partira de Paris ? On pourrait le croire d’après les renseignements que nous ont donnés les rares spectateurs.

Un autre ballon devait en effet partir à 1 heure de la gare de l’Est, en emportant plusieurs personnages. Mais contre-ordre est arrivé au dernier moment. De même, le voyageur qui se préparait à monter le Richard Wallace a dû renoncer à son ascension. On nous a affirmé que c’était sur l’insistance de M. Rampont qui, depuis trois jours, n’avait pu faire expédier nos lettres, que le gouvernement avait autorisé ce départ… »

Le vendredi 27 janvier, vers 3 h 30, le Richard Wallace se détache de son poste d’amarrage de la gare du Nord, piloté par Lacaze, seul à bord. Celui-ci convoie quatre sacs de courrier pesant au total 220 kg, trois pigeons et quatre ballots, constitués par des exemplaires du Journal Officiel.

Nul autre élève aéronaute n’a bénéficié d’une aussi longue initiation depuis ce 8 septembre où, dix jours avant le blocus de la capitale, il vient, de lui-même, renforcer le petit groupe de Nadar. Aucun autre volontaire n’a assisté à autant de manœuvres de gonflement et de départ, aucun autre n’a fréquenté plus assidûment, pendant près de cinq mois, le milieu si particulier des praticiens du ballon, autrement dit, n’a pu mieux se préparer au voyage qu’il entreprend.

Le ballon est aperçu à 9 heures en Loir-et-Cher, glissant à 150 m au-dessus de Montrichard, à 33 km sud-sud-ouest de Blois. À 10 heures, le Richard Wallace a pris de la hauteur quand il passe sur Châtellerault, dans la Vienne. Trois heures plus tard, vers 13 h repéré à Parthenay, dans les Deux-Sèvres, on le voit se diriger vers Beauvoir-sur-Niort.

Le Richard Wallace n’est plus qu’à 150 m du sol quand Lacaze s’enquiert de l’endroit où il se trouve : « Vous êtes à Niort, descendez ! » Ceci est confirmé par le récit de M. Steenackers : « Ce même jour, 27 janvier, vers 2 heures de l’après-midi, le Richard Wallace fut aperçu aux environs de Niort, s’approchant de terre.

L’aéronaute à qui l’on criait d’atterrir, lança des paquets de Moniteur Officiel et repartit dans les airs.

On se demande pourquoi, au lieu d’amorcer son atterrissage, l’aéronaute se débarrassa des deux ballots du Journal Officiel. Le ballon ainsi délesté reprend aussitôt de la hauteur.

En agissant ainsi, Lacaze espère-t-il se rapprocher de Bordeaux en prolongeant son voyage à la faveur d’un courant plus propice qui lui permettrait d’atterrir tout près du siège de la délégation ?

On le vit plus tard au-dessus d’Angoulême, à une assez grande hauteur et là encore, il jeta une foule de papiers. Puis, que se passe-t-il ?…

Trois quarts d’heure plus tard, il survole la Charente-Inférieure et aperçu de Rochefort poussé vers le sud-ouest.

À 13 h 15, on l’aperçoit de Tonnay-Charente, si l’on en croit les témoins.

Toujours est-il que vers 4 heures du soir, l’aérostat courait au-dessus de La Rochelle à une hauteur considérable, poussé par les vents d’est vers l’océan… ».

Le dimanche 29 janvier, à 14 h 14, le commissaire de la marine, à la Rochelle, télégraphie au ministre de la marine à Bordeaux et au préfet maritime de Rochefort : « Un patron de chaloupe, rentré aujourd’hui à La Rochelle, a vu tomber à la mer, vendredi dernier, vers 14 heures, par travers d’Arcachon un ballon qui a disparu aussitôt. »

Incontestablement, des ballons parisiens, c’est le Richard Wallace qui est descendu le plus au sud de la France, perdu en mer dans la baie d’Arcachon : distance parcourue 780 km.

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, il faut remarquer que le 15 février 1871, le Vaucanson parti de la gare d ‘Orléans, atterrit à 577 km, à Saint-Avit-de-Soulège en Gironde. S’il ne porte que 75 kilogrammes, il est monté de quatre passagers. La cartographie des points de chute des 69 ballons montés, partis depuis Paris, confirme que les trajets dépendent de la météorologie. L’itinéraire du Richard Wallace est conforme aux grands courants atmosphériques prépondérants de septembre à janvier 1871.

Le 8 février, le directeur des postes de La Roche-sur-Yon télégraphie à Steenackers à Bordeaux : « Trois paquets d’imprimés relatifs au service des postes ont été retrouvés sur la côte. Deux viennent de m’être envoyés par le receveur de Saint-Gilles-sur-Vie et le troisième est aux Sables-d’Olonne. Ils proviennent, c’est malheureusement trop certain, d’un ballon perdu dans l’océan et dont nous ignorons le nom jusqu’à présent. Des ordres sont donnés pour que toutes les épaves me soient remises et j’aurai l’honneur de vous tenir au courant du résultat des recherches que l’on opère. »

Le lendemain, 9 février, à 12 h 10, il câble des Sables-d’Olonne : « Hier, il a été trouvé, sur la côte ouest des Sables-d’Olonne, plusieurs paquets d’imprimés des administrations des postes et des finances, et un paquet de cent cinquante lettres portant la suscription « Par ballon monté » et, la plupart timbrées de Paris le 16 janvier.

D’autres épaves, paraissant avoir la même provenance, ont été vues près de la côte mais n’ont pu être recueillies immédiatement. On espère pouvoir les recueillir. »

Le 10 février, le directeur des postes de la Vendée écrit à la direction de Bordeaux : « J’ai eu l’honneur de vous informer par le télégraphe de la nature des épaves recueillies sur les côtes de Saint-Gilles-sur-Vie et des Sables-d’Olonne et qui, malheureusement, ne sont pas de nature à laisser le moindre doute sur la perte du ballon qui a dû partir de Paris le 27 janvier, les lettres trouvées jusqu’à présent étant timbrées des 25 et 26 janvier. Je m’empresse de vous prévenir que j’ai dû faire sécher toutes ces lettres et bien qu’elles soient avariées, je suis en mesure de les faire parvenir toutes à leurs destinations respectives. Au lieu de les faire manipuler par les bureaux ambulants, je les transmets à MM. les directeurs des départements qu’elles concernent avec prière de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour leur remise en exemption de toute taxe, le repassage au fer ayant fait décoller presque tous les timbres-poste, et afin qu’ils soient en mesure de faire connaître aux destinataires la cause de l’avarie de leurs correspondances. Ces lettres sont au nombre de cent cinquante deux. Je crois devoir vous expédier un paquet séparé et sous chargement, une des liasses d’imprimés trimestriels servant probablement de lest… »

On en retrouve ainsi pendant des semaines, sur une étendue de 150 km de littoral. Les récits et la correspondance officielle permettent de jalonner le trajet du Richard Wallace. Ainsi, une première dépêche du 3 février 1871, du receveur de Royan, annonçait le dépôt, à l’inscription maritime, d’un paquet d’imprimés trouvé en mer par un pêcheur à 40 milles de Cordouan. Cette dépêche est confirmée par un télégramme adressé le 12 février au Ministère de l’intérieur, à Bordeaux, par le Préfet de La Rochelle.

Le Directeur de la Charente-Inférieure, par une dépêche du 13 février, rend compte également que des paquets de lettres, trouvés en différents points de la côte, ont été rapportés aux bureaux de la Tremblade, Saint-Denis-Isle-d’Oléron, Saint-Pierre d’Oléron et La Flotte (île de Ré). Cette dépêche se termine ainsi : « Malgré leur séjour prolongé dans l’eau, à peu près toutes les lettres après les avoir fait sécher, ont pu être dirigées sur leurs diverses destinations ».

D’autres ballots de lettres et d’imprimés sont recueillis sur la côte des Sables-d’Olonne. Le 10 février, à propos de cette dernière découverte, le directeur des Postes de la Vendée écrit au directeur général : « J’ai eu l’honneur de vous informer par le télégraphe de la nature des épaves recueillies sur les côtes de Saint-Gilles-sur-Vie et des Sables-d’Olonne et qui, malheureusement, ne sont pas de nature à laisser le moindre doute sur la perte d’un ballon qui à dû partir de Paris le 27 janvier ; ces lettres trouvées jusqu’à présent sont timbrées des 25 et 26 janvier.

Je m’empresse de vous prévenir que j’ai dû faire sécher toutes ces lettres et bien qu’elles soient avariées, je suis en mesure de les faire parvenir toutes à leurs destnations respectives. Au lieu de les faire manipuler par les bureaux ambulants, je les transmet à MM. les directeurs des Départements qu’elles concernent avec prière de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour leur remise en exemption de toute taxe, le repassage au fer ayant fait décoller presque tous les timbres-postes, et afin qu’ils soient en mesure de faire connaitre aux destinataires la cause de l’avarie de leurs correspondances.

Ces lettres sont au nombre de 152… Je crois devoir vous expédier en un paquet séparé et sous chargement une des liasses d’imprimés trimestriels servant probablement de lest…».

Une de ces lettres est adressée à George Sand par Mme Juliette Adam, la future égérie de Gambetta. L’illustre romancière l’a placée dans une enveloppe sur laquelle elle a écrit : « Lettre de Juliette pendant le siège, écrite le 26 janvier 1871, arrivée à Nohant le 15 février 1871 par la poste. Trouvée dans les Sables-d’Olonne. Le ballon a péri en mer. »

Le sacrifice du soldat Émile Lacaze n’a pas été totalement vain.

Monsieur le Professeur Alain Huetz de Lemps a la très grande amabilité d’examiner le dossier et voici ses principales conclusions : « Il est fort peu probable que le ballon se soit abimé dans le Bassin d’arcachon. En effet, on aurait trouvé des épaves sur les rives mêmes du bassin. Ce qui serait sorti du bassin à marée descendante, aurait été poussé vers le sud, car le courant lilloral est dirigé du nord vers le sud.

Pour pouvoir retrouver des restes à La Tremblade, Oléron et sur la côte des Sables-d’Olonne, il faudrait admettre que les paquets d’imprimés aient été poussés vers le large (par les vents d’est) suffisamment loin pour qu’ils soient ensuite repris par le courant de sud-ouest qui existe dans le Golfe de Gascogne…

Mais un tel mouvement exigerait plusieurs mois. Or, les paquets ont été trouvés dès le 12-13 février. Je pense donc que la perte du ballon n’a pas dû avoir lieu dans le Bassin d’arcachon mais au large de l’île d’Oléron.

Les vents d’est auraient d’abord refoulé les paquets vers le large qui auraient été ensuite poussés les uns vers Cordouan, les autres vers le nord…».

Les contemporains évoquent un éventuel malaise de Lacaze, nous pensons plutôt qu’il veut obstinément rallier Bordeaux où la délégation gouvernementale de Tours, dirigée par Gambetta, s’est instaurée le 9 décembre.

N’oublions pas cet humble martyr, le soldat Lacaze, mort en pleine mer, après combien d’heures d’angoisses ! mort seul dans cette immensité, la nacelle du ballon flottant sur l’Océan ! et lui, perdu et essayant de dominer par ses cris le bruit des vagues, qui continuent leur fracas, et qui, peu à peu, l’ensevelit dans son linceul humide ! Cette fois, l’océan a été plus fort que lui. Qui aurait pensé que cent quinquante et un ans plus tard, le baroudeur Jean-Jacques Savin subirait le même sort : samedi 22 janvier 2022, son corps “a été retrouvé sans vie à l’intérieur de la cabine de son canot l’ « Audacieux »”.

Le Bassin d’Arcachon n’est pas le lieu de naufrage du ballon Richard Wallace. Mais cette attribution est fort révélatrice du rôle d’ancrage d’Arcachon dans les mentalités du milieu parisien concernant le littoral atlantique.

Jacques Clemens

 

La diversité des points de chute des ballons montés rappelle que nous sommes à cette époque aux débuts de la climatologie aéronautique avec toutes ses incertitudes.

 

Sir Richard Wallace, philanthrope anglais (Londres Paris 1890) qui dote Paris de cent fontaines d’eau potable dont le modèle est exécuté par Charles Lebourg.

Le dossier est extrait de L’Histoire des Timbres poste français, Arthur Maury, 1907.

http://docplayer.fr/77322947-Bulletin-pays-o-bueh-bja-ca-chon-pavs-de-buch-et-communes-limitrophes.html

https://shaapb.fr/wp-content/uploads/files/SHAA_037_opt.pdf

Icare, 1970

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3201049m/f150.item.r=%22ballon%20Richard%20Wallace%22

Nous empruntons à son excellente revue scientifique, le récit de la première ascension de longue durée du ballon le Zénith, en 1875.

Si la science commence à entrevoir les lois qui président aux mouvements de l’Océan, c’est que des navigateurs ont sillonné la surface de ses eaux dans leur étendue tout entière ; c’est que des observateurs ont jeté la sonde dans leurs abimes, ont mesuré leur température à différentes profondeurs. Si nous voulons connaître l’atmosphère qui enveloppe notre globe, qui règle le cours des saisons, qui entretient la vie, il faut procéder de la même façon ; il faut la parcourir sur de vastes étendues, la sonder de bas en haut, depuis la surface de la terre jusqu’à ses plus hautes régions. De là, la nécessité de deux modes d’exploration par les aérostats : ascensions de longue durée, ascensions à grande hauteur. Les expéditions aériennes des Biot et des Gay-Lussac, des Robertson, des Welsh, de MM. Barral et Bixio, de M. Glaishe, en Angleterre, ont glorieusement ouvert la voie de l’exploration scientifique de l’atmosphère. Dans ces dernières années un grand nombre d’autres voyages aéronautiques, ayant pour but d’étudier les phénomènes aériens, ont été exécutés en France, notamment par MM. C. Flammarion, W. de Fonvielle, etc. ; des résultats intéressants ont été obtenus ; mais bien des obstacles, bien des entraves arrêtent l’observateur livré à ses propres ressources. Depuis le siège de Paris, les aérostats ont particulièrement attiré les regards. Une société savante, la Société française de navigation aérienne, a été fondée. Présidée l’an dernier par l’un des plus illustres membres de l’Institut, M. Janssen, qui, par ses grands travaux et sa mâle énergie, s’est assuré déjà l’admiration de la postérité ; présidée cette année par un autre membre de l’Académie des sciences, M. Hervé-Mangon, dont le rare dévouement à la science est connu de tous, dont le rôle si actif dans l’organisation de la poste aérienne, pendant la guerre, ne sera pas oublié, la Société de navigation aérienne, a vite attiré dans son sein la plupart de ceux qui se préoccupent de l’aéronautique et de l’étude de l’atmosphère. L’an dernier, c’est sous ses auspices que MM. Crocé-Spinelli et Sivel ont exécuté ce magnifique voyage en hauteur, dont tout le monde connaît les résultats.

Grâce aux remarquables travaux physiologiques de M. Paul Bert, et à l’inhalation de l’oxygène, les intrépides et savants voyageurs ont pu atteindre l’altitude de 7 300 mètres, et rapporter de leur expédition le fruit d’observations nombreuses et fécondes.

Cette année, la Société de navigation aérienne a étudié un nouveau programme d’ascensions scientifiques : il a été décidé que deux voyages aériens seraient successivement exécutés à l’aide du ballon le Zénith cubant 3 000 mètres et construit par M. Sivel : t’un de grande durée, l’autre de grande hauteur.

Grâce au concours de l’Académie des sciences, de l’Association scientifique de France, de l’Association française pour l’avancement des sciences, de quelques savants éminents, MM. Dumas, Hervé-Mangon, Henri Giffard, docteur Paul Bert, Dupuy de Lôme, docteur Hureau de Villeneuve, secrétaire général de la Société, d’Eichthal, docteur Marey, Houel, Lavalley, F.-R. Duval, Dailly, Chabrier, etc., les conditions nécessaires à l’exécution de l’entreprise ont été rapidement assurées.

Le premier voyage du ballon le Zénith a répondu aux espérances de la Société de navigation aérienne ; il a eu lieu pendant 22 h 40 dépassant ainsi de beaucoup la durée des plus longues ascensions accomplies jusqu’à ce jour ; il a permis aux membres de l’expédition d’entreprendre, sans interruption, une série d’observations, et a exécuter de nombreuses expériences.

Le départ a eu lieu le 23 mars, à l’usine à gaz de la Villette, où la Compagnie parisienne a fourni le gaz de l’éclairage nécessaire au gonflement. À 6 heures 20 minutes du soir, le ballon s’élève majestueusement dans l’espace, emportant dans sa nacelle les aéronautes désignés par la Société de navigation aérienne : MM. Sivel, Crocé-Spinelli, Albert Tissandier, Jobert et moi, 1 100 kilogrammes de lest formé de sable fin, des instruments et des appareils de physique et de chimie.

Nous nous élevons dans l’atmosphère, traversant Paris, ou milliers de lumières scintillent comme les constellations d’un ciel étoilé; nous passons lentement au-dessus du jardin des Tuileries, au-dessus du dôme des Invalides, et bientôt le spectacle de la grande métropole disparaît à l’horizon, pour céder la place au tableau non moins majestueux de la campagne. Le soleil jette ses derniers feux sur les brumes lointaines, amassées en grandes nappes de vapeurs, l’obscurité se fait, et nos lampes de Davy, exactement semblables à celles employées par les mineurs, nous éclairent seules au milieu de la nuit. Après avoir mis en ordre la nacelle, rangé uniformément les sacs de lest, nous commençons à procéder à nos expériences.

M. Sivel, à qui nous devons, par son énergie, par son amour de la science, par son infatigable persévérance, le succès de l’ascension, s’occupe de déterminer la direction de notre route, au moyen de la boussole et d’une cordelette longue de 800 mètres, qui, traînant à terre, se dirige toujours à l’arrière de la nacelle. M. Crocé-Spinelli commence ses observations spectroscopiques à l’aide de deux beaux appareils de modèle différent qu’il doit à M. Duboscq. M. Jobert lance par-dessus bord les imprimés, imaginés par lui, destinés à être recueillis à terre et renvoyés à Paris, avec les indications de la pression barométrique, de la température, de l’état du ciel, sur tous les points au-dessus desquels a passé le Zénith. M. Albert Tissandier, dessine, d’après nature, les paysages aériens, la déformation, de la lune qui vient de paraître au-dessus des nuages. Quant à moi, je fais passer successivement 100 litres d’air, à l’aide, d’un aspirateur à retournement, dans des tubes de pierre ponce imbibée potasse où l’acide carbonique absorbé sera dégagé plus tard dans le laboratoire et, dosé à l’état gazeux, par une nouvelle méthode que nous avons étudiée, M. Hervé-Mangon et moi.

Il faut, en outre, noter constamment la pression barométrique, dont une lampe des mines éclaire le cadran, inscrire la température qui, pendant la durée de la nuit, atteint le minimum de 4 degrés et demi au-dessous de zéro, prendre les degrés des deux thermomètres à boule sèche et à boule mouillée du psychromètre dont l’eau malheureusement ne va pas tarder à geler, mais que l’hygromètre à point de rosée de Regnault remplace avec avantage ; il faut descendre de la nacelle un long fil de cuivre de 200 mètres, et y approcher fréquemment un électroscope à feuille d’or, pour relever l’était électrique de l’air ; il faut enfin considérer ce spectacle infini du ciel resplendissant, où l’étoile filante trace parfois sa courbe lumineuse, de la terre que les rayons argentés de la lune éclairent d’une pale lueur, et qui, par une illusion de la vision, se creuse sous la nacelle, en prenant l’apparence d’une immense lentille concave. Que de fois ne nous a-t-on pas dit, au retour de notre voyage, que la nuit devait être longue et le froid mordant. Jamais, au contraire, le temps ne s’est écoulé plus vite pour chacun de nous, jamais les heures n’ont été mieux remplies. Le ballon, grâce à l’habileté de M. Sivel, se maintient sur une ligne horizontale de 700 mètres à 1100 mètres d’altitude, et déjà nous sommes persuadés que notre séjour dans l’atmosphère sera prolongé.

Au moyen d’un appareil imaginé par un des membres les plus actifs de la Société de navigation aérienne, M. A. Penaud, et que MM. Crocé-Spinelli et Jobert font fonctionner, nous pouvons constamment déterminer, du haut des airs, la vitesse de notre marche. Cet instrument est formé d’un limbe gradué, au centre duquel se meut une alidade mobile autour d’un axe. Un observateur vise, sous un angle de 30°, un objet visible sur terre, dans le sens de la marche du ballon ; quand cet objet a passé sur la ligne de l’alidade, il remonte celui-ci à 60°, puis il attend que le même objet ait été exactement relevé une seconde fois. Un autre observateur a noté le temps écoulé entre les deux lectures ; à l’aide des deux angles, et connaissant en outre l’altitude, une simple formule trigonométrique permet de déduire la vitesse de l’aérostat. Cette expérience, exécutée à plusieurs reprises, a donné des chiffres très précis, comme on a pu le vérifier après l’expédition.

Nous parlerons tout à l’heure des résultats généraux de notre ascension ; continuons actuellement notre voyage qui s’exécute toujours par un vent N.-N.-E., dans la direction de la Rochelle et de l’Océan. À 4 h. 30 du matin, un spectacle grandiose va se présenter à nos yeux. La lune, qui n’a pas cessé de briller dans l’azur du ciel, s’entoure d’un halo resplendissant, d’un cercle de feu, dû à la réfraction de la lumière à travers les paillettes de glace suspendues dans l’atmosphère ; ce cercle est blanc comme de l’argent, il se découpe sur un fond obscur, et grandit à vue d’œil, en prenant bientôt l’aspect d’une ellipse. Peu à peu, une croix de lumière étend ses quatre branches autour de la lune et complète ce tableau étrange, plein de majesté, qu’ont admiré parfois les explorateurs des régions polaires.

L’atmosphère offrait à ce moment un aspect particulier ; au-dessus de la terre une buée semi-transparente d’environ 800 mètres d’épaisseur avait diminué d’opacité au moment du lever de la lune, ce qui avait déterminé une ascension de l’aérostat. Elle allait se dissiper complètement deux heures après le lever du soleil. Quelques cirrus suspendus dans les hautes régions de l’air étaient très visibles pendant la durée du halo et restèrent dans l’atmosphère, avec plus de persistance que la buée inférieure, jusqu’à 11 h 1/2. En s’abaissant, à l’horizon, les cirrus prirent l’aspect d’une longue chaîne montagneuse couverte de pics glacés. Pendant quelques minutes même, l’illusion fut si complète, que nous crûmes voir apparaître au loin le massif pyrénéen. Ajoutons enfin que d’autres cirrus très- élevés se montrèrent encore dans le ciel vers trois heures de l’après- midi.

Le halo et la croix lumineuse, qui ont graduellement apparu, disparaissent de même, lentement, et progressivement ; la lueur se dissipe avec l’apparition du soleil, qui se montre bientôt au-dessus des nuées lointaines. La terre s’éclaire, et l’Océan ouvre au loin l’immensité de ses eaux. Nous sommes, en effet, en vue de la Rochelle, et à ce moment M. Sivel observe avec attention la direction du Zénith. Par bonheur le vent s’est relevé vers le nord et lance 1’aérostat vers le sud. Nous allons pouvoir côtoyer la mer pendant de longues heures, nous en rapprocher et ne jamais la perdre de vue.

Aussitôt que le soleil a dépassé la ligne de l’horizon, l’atmosphère, toujours sèche â la hauteur de 1 850 mètres où nous planons, se charge subitement d’électricité. Les feuilles d’or de l’électroscope approché de notre fil de cuivre se dévient en effet de 0 m 06. La quantité d’électricité décroît successivement, pour devenir très faible, jusqu’au moment où nous passerons au-dessus de la Gironde, qui réfléchit les rayons solaires avec intensité, et produit une élévation de température considérable. Cette traversée du grand fleuve, exécutée à 10 heures du matin, en vue de la tour de Cordouan, est certainement un des moments les plus émouvants de notre voyage. Le Zénith s’engage sur la Gironde à l’endroit de sa plus grande largeur, il y passe majestueusement et n’atteint l’autre rivage que 35 minutes après. Pendant que nous planons au milieu du fleuve, des bateaux à voile en sillonnent la surface ; deux navires à vapeur en descendent le cours, ils passent juste au-dessous de notre nacelle, et à ce moment ils font hisser trois fois leurs pavillons tricolores. Nous répondons à ce salut sympathique en agitant nos mouchoirs. Ce fleuve vu en plan, les navires lilliputiens, ce phare de Cordouan, réduit à la proportion d’une épingle brillant sur un fond brumeux, cette onde jaunâtre que rident les vagues, se colorent par les tons chauds d’un beau soleil et forment un de ces tableaux délicieux, qui laissent dans l’esprit les impressions les plus durables.

Pendant cette partie du voyage, nous avons opéré le lancement successif des quatre pigeons voyageurs que nous avait confiés M. Cassier, un des colombophiles du siège de Paris. Le premier pigeon a quitté la nacelle à 9 heures du matin, les trois autres ont été lâchés avant et après la traversée de la Gironde. Le dernier pigeon ne s’est pas élancé immédiatement dans l’espace ; il est resté juché sur le bord de la nacelle, en proie à une hésitation très apparente. Les quatre oiseaux messagers se sont rapprochés de terre en décrivant des grands circuits dans l’atmosphère, mais aucun d’eux n’est revenu au colombier. Il est à présumer qu’ils auront été désorientés par l’influence d’une longue nuit passée dans les airs, et qu’en outre la distance qui les séparait de Paris était déjà trop considérable pour qu’ils aient pu retrouver leur chemin.

Après avoir traversé la Gironde, le vent qui nous entraîne nous dirige vers l’étang des Carcans, que nous apercevons bientôt, et vers l’Océan, qui n’en est séparé que par une mince langue de terre. Heureusement que quelques feux, allumés à la surface du sol, au milieu des plaines marécageuses qui couvrent les landes, laissent échapper une fumée épaisse qui se dirige dans la direction du S.-E. Cette observation nous indique nettement qu’il règne à la surface du sol un courant aérien du N.-O., dont nous pourrons profiter pour nous éloigner de la mer.

Cependant le soleil est devenu très ardent : le Zénith se gonfle avec rapidité ; le gaz se dilate et s’échappe par l’appendice en descendant à flot jusque dans la nacelle.

Nous montons rapidement jusqu’à 1’altitude de 1 200 mètres, niveau qu’il y aurait imprudence à dépasser dans un si proche voisinage de la mer. M. Sivel donne un coup de soupape, et l’aérostat cesse bientôt, de s’élever ; mais l’action du soleil produit une dilatation si considérable, que le Zénith, à peine descendu de 200 mètres, remonte encore, et c’est par cinq ou six fois qu’il faut ouvrir la soupape béante, pour le faire revenir à 60 mètres au-dessus de la terre, où il est entraîné par le courant inférieur.

Ce courant inférieur était très humide, tandis que le courant supérieur était d’une sécheresse presque absolue, comme nous l’avons constaté, M. Crocé-Spinelli et moi, à l’aide de l’hygromètre à point de rosée et du spectroscope.

Le passage de l’aérostat de la couche d’air supérieur à l’autre courant fut signalé par des mouvements de rotation renouvelés et énergiques. On ressent une impression particulière quand on se trouve à la limite de séparation de deux vents ainsi superposés ; l’air est agité, le ballon frissonne et tourbillonne, son étoffe tremble, tandis qu’il est si parfaitement immobile quand il est bien équilibré dans l’atmosphère. Il y a là, entre les deux courants, des remous, des vagues aériennes que l’on ne voit pas, mais dont l’aérostat subit l’influence ; il y a des mouvements analogues à ceux qui existeraient à la surface inférieure d’une couche d’huile glissant sur une nappe d’eau douce, douée elle-même d’un mouvement rapide. Le courant inférieur va peu à peu diminuer d’épaisseur jusqu’à la fin du jour, où il n’aura plus qu’une hauteur de 150 mètres environ, mais en même temps il gagnera de vitesse. Le courant supérieur, au contraire, va régner uniformément, c’est toujours le N.-N.-E., bien établi dans l’atmosphère, c’est le courant dominant, général, que les observatoires terrestres ne voient pas cependant, plongés qu’ils sont dans le courant N.-O. inférieur, vent superficiel et probablement tout accidentel.

Pendant six heures consécutives, le Zénith a trouvé de précieuses ressources dans l’emploi de ces deux courants superposés ; huit fois, successivement, il est monté dans le courant supérieur, qui le dirigeait vers la mer, pour redescendre alternativement un même nombre de fois dans le courant inférieur qui le rejetait sur la terre ferme.

Nous ne suivrons pas les voyageurs dans les péripéties de ce long voyage en zigzag exécuté au-dessus des landes de la Gironde.

La route dans la verticale est singulièrement tortueuse, comme l’indique le diagramme de l’ascension ; sa marche en projection horizontale forme une série de zigzags, qui le rapprochent peu à peu d’Arcachon, près du bassin duquel il arrive à la fin du jour, après avoir tiré des bordées comme un navire à voile.

Le bassin d’Arcachon est en vue et il serait téméraire d’en tenter sa traversée alors que la nuit pourrait les surprendre avant la fin de celle-ci. Les aéronautes choisissent alors de tenter un atterrissage malgré une nature plutôt hostile. Les pins sont drus ne laissant que quelques espaces de landes que l’on devine, malgré l’altitude, gorgées d’eau. L’hiver vient de prendre fin, et le sol est saturé par une eau que les crastes, encore inexistantes, ne peuvent évacuer.

Après ce long voyage au-dessus des maigres sapins des landes, que découpent des flaques d’eau abondantes, après un séjour de six heures dans un air brûlant, où le soleil nous lançait des rayons ardents,

 

le Zénith touche terre à Montplaisir, commune de Lanton, dans le voisinage d’Arcachon, vingt-trois heures après le départ de l’usine à gaz de la Villette ; il est jeté violemment par une brise assez violente sur les pins des Landes, et la nacelle est emportée avec rapidité, mais l’ancre jetée par M. Sivel mord immédiatement dans le sol humide, sans secousse, grâce à un système d’arrêt très ingénieux, formé de frotteurs qui font glisser l’ancre avec des résistances, toujours croissantes, le long du câble où elle est attachée à l’aide d’une boucle. Les voyageurs, abandonnés à eux-mêmes, sans aucun secours étranger, se pendent à la corde de la soupape et, après quelques oscillations violentes, maîtrisent enfin l’aérostat qui les a si longtemps entraînés dans l’espace.

Au moment où nos aérostiers s’occupent de dégonfler le Zénith, quelques bergers des Landes, montés sur des échasses, en faisant entendre des cris, de joie ou d’étonnement, allez savoir, nous prêtent de très bonne grâce l’utile concours de leurs bras vigoureux.  Ils nous apprennent que ni station de chemin de fer, ni poste télégraphique, ne se trouvent dans le voisinage.

Après la fatigue d’un si long voyage, il faut encore plier le navire aérien.

Le ballon est chargé sur une charrette et acheminé, après une longue marche par des chemins impraticables et recouverts d’eau jusqu’à la ferme de Monplaisir, modeste chaumière où l’hospitalité est cordiale, mais le gîte primitif : des torches de résine sont le seul mode d’éclairage employé, et nos voyageurs, après avoir quitté la veille la capitale du monde civilisé, se trouvent, comme par enchantement, égarés dans des régions presque barbares.

Attirés par le nom prometteur, nos aéronautes déchantent vite, et la période de carême avancée comme excuse par les autochtones, justifie maladroitement les seuls malheureux haricots qui graillonnent, tourmentés dans l’eau d’une vilaine marmite.

Enfin, à la lumière chancelante des rudimentaires torches, tout le monde dîne tant bien que mal dans une cordiale hospitalité et une saine gaieté. Lanton n’est pas encore raccordé au réseau télégraphique et pendant ce temps, un berger est allé quérir un chariot. Les voyageurs y prennent place, et après bien des cahots qu’ils subissent sans broncher trois heures durant, parviennent enfin à la station de chemin de fer de Marcheprime. Le lendemain ils prendront le premier train pour Bordeaux et de là, partiront le même jour pour Paris.

Mais ils oublient leurs peines et leurs fatigues, en songeant qu’ils ont eu l’honneur de séjourner dans l’atmosphère bien plus longtemps que nul aéronaute ne l’avait fait avant eux, et qu’ils rapportent de leur exploration une ample moisson de faits intéressants, dignes de s’ajouter aux observations les plus curieuses de la physique du globe.

 

 

 

 

Une ascension de longue durée, comme celle que nous venons de raconter, exactement retracée à l’aide d’un diagramme, dont les éléments ont été recueillis sans interruption, ne manque pas de fournir des faits généraux offrant un intérêt réel au point, de vue de la physique du globe. Grâce aux imprimés, lancés de la nacelle, et retournés à Paris au nombre de soixante, de tous les points de notre route, notre diagramme indique les températures du sol en même temps que les températures de l’air supérieur. On voit que la température de l’air était plus élevée dans tout le parcours que la température du sol. Le diagramme montre encore que le ballon, quand il était maintenu sur l’horizontale, suivait les proéminences du sol et s’élevait de lui-même poussé par un vent ascendant quand il passait au-dessus d’une colline. Ce fait est surtout rendu manifeste par le passage du ballon à 600 mètres au-dessus d’un monticule situé dans la Touraine, et dominant de 268 mètres le niveau de la mer. Le tracé graphique de l’ascension met en évidence la ligne courbe suivie par un courant aérien, pendant un long parcours ; le ballon s’est, en effet, fréquemment éloigné d’une direction en ligne directe ; ce tracé montre enfin les variations très appréciables de la vitesse du vent, qui fait environ cinq mètres à la seconde pendant la nuit, dix mètres au lever du jour, et qui diminue de vitesse dans les hautes régions, contrairement à ce qui a lieu le plus habituellement. La vitesse du courant N.-N.-E. dans les landes de la Gironde ne dépassait pas la vitesse de trois mètres à la seconde, tandis que le vent inférieur dont la vitesse s’est accrue jusqu’au moment de l’atterrissage, était d’abord de sept mètres à la seconde, pour atteindre ensuite près de douze mètres. (Les chiffres de l’échelle des hauteurs indiquent, sur diagramme, les mètres ; ceux qui se voient sur la ligne horizontale de terre donnent les kilomètres.) Nous ne nous engagerons pas plus longuement dans le résumé de ces observations multiples ; il faudrait entrer dans des détails trop minutieux pour parler des effets de nuages, des déformations du soleil et de la lune par la réfraction, phénomènes dont M. Albert Tissandier a retracé la succession par le dessin, indispensable, complément des études météorologiques. Mais nous devons ajouter quelques mots sur les observations spectroscopiques de M. Crocé-Spinelli. Quand le soleil et la lune ont été au-dessous de l’horizon, les spectroscopes ont montré des bandes de la vapeur d’eau extrêmement accusées. Aussitôt que ces deux astres se sont élevés de quelques degrés seulement sur l’horizon, les bandes sont devenues infiniment plus faibles et ont fini même par être très peu visibles, ce qui démontrait que la quantité de vapeur d’eau dans les régions supérieures de l’air était très faible. Une telle sécheresse est un fait qui mérite d’être signalé. Le psychromètre, avant que l’eau qu’il contenait ne fût gelée, l’hygromètre de Regnault ont, comme nous l’avons vu précédemment, vérifié ces observations. Nous terminons ici le résumé d’une ascension où, pendant 22 heures 40 minutes, un record de durée de vol, il n’a jamais manqué ni d’expériences à exécuter, ni d’observations à entreprendre : car dans l’atmosphère si peu connue, tout est à considérer, tout est à apprendre. Nous espérons que la Société française de navigation aérienne ne s’en tiendra pas à ces premières tentatives ; elle saura prouver dans l’avenir qu’elle était digne de prendre pour devise cette belle parole : « Toujours plus loin et toujours plus haut ! »

Gaston Tissandier.

https://shaapb.fr/wp-content/uploads/files/SHAA_057_opt.pdf

L’Éclipse, François Polo, (1838-1874). Directeur de publication André Gill, (1840-1885). Illustrateur, du 25 avril 1875

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1182434d/f2.item.r=l’illustration%20lanton%20zenith.zoom#

Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire, Gustave Chadeuil, (1821-1896). Directeur de publication, du 28 mars 1875

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7558220x/f2.item.r=l’illustration%20lanton%20zenith.zoom#

https://www.leonc.fr/histoire/ballon/ballon.htm

https://www.loc.gov/search/?in=&q=+arcachon+tissandier&new=true

Raphaël

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