Le Porge, lieu-dit Gressier

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André Gressier[1] est créole de la Guadeloupe, né à Trois-Rivières. Il est le fils d’André Gressier, né vers 1629, ancien sucrier et lieutenant d’une compagnie d’infanterie, et d’Anne Sauvage. Ses parents sont tous deux protestants, originaires de Dieppe. André Gressier père avait tout d’abord fait l’acquisition d’une habitation à la Martinique sur laquelle travaillaient quatre engagés. En 1662, il s’embarqua à Dieppe[2] avec Jean Sauvage, son jeune beau-frère, âgé seulement de quinze ans, pour aller prendre possession en Guadeloupe d’une habitation dont Étienne Sauvage, son beau-père, et lui sont propriétaires chacun pour moitié. Il s’agit vraisemblablement de leur habitation de Trois-Rivières, située entre la rivière du Petit-Carbet et celle du Trou-au-Chien.

Les affaires prospèrent et, en 1669, la sucrerie de Monsieur Gressier produit 34 000 livres de sucre par an.

Après la mort d’André Gressier père (vers 1671), l’habitation reste indivise entre ses deux fils, André fils et Jean, encore pendant de nombreuses années.

Le 20 avril 1698, André Gressier fils (1671-1710) épouse à Trois-Rivières Pauline Poyen, fille de Jean et Lucrèce Van Ganspoël, eux aussi sucriers protestants.

En 1700 André Gressier doit prendre la fuite, après avoir « été obligé de mettre l’épée à la main pour se défendre » ; il vient de faire passer de vie à trépas Corneille Classen d’un coup d’épée le 17 avril 1700 à Capesterre. Corneille n’est autre que le frère d’Anne-Élisabeth Classen, épouse de Jean Gressier frère d’André. André Gressier est condamné à mort par contumace, pendu en effigie, et ses biens confisqués au profit de l’Intendant Robert, du Gouverneur Auger et des Religieux de la Charité.

 Cependant André Gressier demande et obtient des lettres de rémission dès juillet 1701, l’homicide du 17 avril 1700 ayant été involontaire (il se défendait contre Classen, pris de boisson) mais, quand il rentre en Guadeloupe avec ses lettres de rémission, il constate que ses biens ont été saisis 5. Il demande donc de renouveler les lettres de rémission ce qui est fait le 5 juin 1702. Puis, ne pouvant reprendre ses biens confisqués, il quitte la Guadeloupe pour s’établir à Bordeaux où il meurt le 6 août 1710.

Les mariages entre cousins, permettant de rester dans le même cercle protestant et de conserver les terres familiales, se multiplient dans les premières générations entre les Poyen, Classen, Gressier, Van Ganspoël. Les religieux de la Guadeloupe tentent en vain de s’y opposer (en raison d’abjurations fictives ou de cousinages sans dispenses de consanguinité). Les familles contournent le problème en allant se marier en France (Bordeaux, Paris, Palaiseau) dans des paroisses aux curés plus compréhensifs ou qui ne connaissent pas les familles et ne savent pas que ce sont des « enragés religionnaires », après avoir demandé et obtenu en cour de Rome les dispenses de parenté, puis elles font transcrire le mariage dans le registre de catholicité de la paroisse du domicile. Mais bien souvent, le mariage des parents appartenant à l’église réformée étant considéré par l’église catholique comme non valide, les enfants seront déclarés illégitimes.

Quoiqu’il en soit, de fil en aiguille, apparaît Jean Noël André Gressier, né le 31 octobre 1761 à Capesterre Belle-Eau, fils du négociant André, Pierre Gressier 1708-1780 et de Lucréce Boyer 1722- ; il se marie le 31 août 1788, à Bordeaux avec Marie, Pauline Poyen de Lance 1768-1836 dont les arrière-grands-parents ne sont autres que Jean Gressier et Anne-Élisabeth Classen[3].

L’abbé Patrice-John O’Reilly (1806-1861) dans son Histoire complète de Bordeaux, parue en 1856, situe André Gressier négociant, devant les Chartrons au 72, à Bordeaux parmi les notables de la ville à la date du 12 janvier 1793.

Durant plusieurs décades, les terres de Grand Poujeaux et de Saint Mambert (devenu Saint-Lambert à Pauillac ; l’actuel Château Latour) ont le même propriétaire. En 1560, à Moulis, on dit qu’un sieur Gressier y faisait du vin[4],  En 1700, Château Gressier commence seul son histoire sur la croupe de Grand Poujeaux à Moulis.

La propriété prenant le nom du nouvel acquéreur.

Le deux prairial an X de la République [22 mai 1802], c’est à Moulis que nous retrouvons Jean Noël André Gressier et Pauline Poyen de Lance : avec plusieurs amis, tant de Bordeaux que de Moulis, ils organisent une partie de pêche sur la côte d’Arcachon, au lieu appelé au « Crouhot de la Grinne » situé sur la commune du Porge. Après la pêche qui vient de se faire, à une heure de l’après midi, n’ayant pas encore fini de digérer, le citoyen (Jean Noël) André Gressier reste dans la mer pour se baigner avec ses amis et parents. S’élançant pour aller aux vagues pendant quelques instants pour rejoindre les citoyens Vergne fils, Lespaze fils, Giraud son neveu, Laval aîné, Brun jeune. Ce dernier, s’apercevant que Gressier se laisse aller trop aux vagues, lui fait signe en l’appelant de venir à terre ; mais, apparemment sachant bien nager, il dédaigne l’avis qui lui est donné. Un instant après, une vague – qu’on dit scélérate –  bien plus forte que les précédentes l’entraine au-delà des vagues, ce qui le fait entrer dans le grand courant de baïne. N’ayant aucune espèce de bateau pour le lui donner, tous les efforts que font ses amis et parents ne sont d’aucun secours ; après l’avoir vu surnager au environ d’un quart d’heure, les deux frères Castaing, ses neveux, Pourrein, Dumoulier, Gobineau, Gui Chevalier et Marcel Brun sont témoins de le voir engloutir dans les flots ; en foi de quoi, au Porge, le trois prairial l’an dix à onze heure du matin, Brun jeune, adjoint au maire de la commune du Porge, dresse un verbal pour servir au besoin et en donne la copie au juge de paix du canton sur papier livre [sic pour libre], n’étant à portée d’en avoir de timbré ; il déclare ainsi le décès d’André Gressier, disparu en mer, domicilié de la commune de Moulis au lieu appelé Poujeaux.

Depuis cet évènement tragique, le « Crouhot de la Grinne » est appelé « Le Gressier[5] ».

[1] – Nous empruntons à Jean Christophe Germain les informations données dans son article « Un étrange accident survenu à Trois Rivières en 1702 ».

[2] – Tabellionage de Dieppe, 22 mars 1662.

[3] – Voir, par exemple,

https://gw.geneanet.org/ftidzrd4w?lang=fr&pz=cyrielle+giullia+marie&nz=calvet&m=D&p=andre&n=gressier&oc=1&siblings=on&notes=on&t=T&v=6&image=on&marriage=on&full=on

[4] – https://moulis.com/les-chateaux/chateaux-et-fiches-techniques/chasse-spleen/

[5] – Le truc et la dune du Gressier : Registre des décès de la commune du Porge pour l’an X de la République. A.D. Gironde, dépôt communal 333, registre E 6.

 

Raphaël

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