La Maline de La Teste – Une Grande Dame en péril

Quel est le rôle d’une Maline pour l’ostréiculture ? Quelle est l’histoire de la Maline de La Teste  ?  Que peut on dire de son avenir?

Les “Malines” sont de très grands bassins en terre remplis d’eau de mer .

Elles ont pour but par l’action combinée de la sédimentation et des rayonnement UV d’approvisionner en eau de mer « propre » certains établissements conchylicoles pour leurs activités de production (travail sur des coquillages en période d’élevage) et d’expédition.
Le rôle de la Maline est de fournir une eau décantée de sa vase, l’action bactéricide des  rayons UV sur cette eau au repos permettant également un assainissement des  matières en suspension contenues dans l’eau.
L’efficacité de ces deux actions suppose une faible agitation de l’eau dans la maline, des durées de repos nécessaires à la décantation et une faible profondeur pour  une action efficace des UV.

Diverses règlementations fixent les conditions à remplir pour élever et expédier des huîtres  (les premiers décrets datent de 1923 sous Albert Lebrun).
La commercialisation des produits ostréicoles est fortement surveillée par les autorités sanitaires françaises qui disposent, depuis un décret de 1939, d’un arsenal juridique spécifique à l’exploitation et la salubrité des coquillages.
Le contrôle administratif s’exerce d’une part sur le classement des zones autorisées de production conchylicoles en A, B et C, et d’autre part sur la qualité des coquillages en termes d’élevage, de purification éventuelle et d’expédition pour la consommation humaine.
Depuis le 1er janvier 2006, le dispositif de surveillance des coquillages des zones de production jusqu’à la remise au consommateur repose sur les textes réglementaires du «Paquet Hygiène » (Législation alimentaire européenne 2006).
Les établissements ostréicoles qui veulent commercialiser des huîtres doivent posséder des bassins dégorgeoirs
Dans les dégorgeoirs, les huîtres se débarrassent des sables, vases, mucus et autres contaminants physiques captés sur les parcs. Cette opération permet de satisfaire la qualité du coquillage. L’utilisation de ces bassins est rendue obligatoire par la DDSV ( Direction Départementale des Services Vétérinaires) au moins la veille de la commercialisation.

La Maline de la Teste

est la pièce d’eau située au Nord du quartier du Canelot d’environ 2,45 hectares.
L’espace de la Maline, la moitié sud de la digue qui la sépare du bassin  ainsi que  la digue qui la sépare du Canelot et la digue au sud, appartiennent à une association : l’ASA de la Maline.
Ces terrains ont été acquis par l’ASA  de la Maline? en 1955 pour la somme de 2,5 MF.
L’ASA de la Maline a été fondée en 1934. Sont membres statutaires de droit de l’ASA, les propriétaires d’une zone délimitée correspondant à l’espace de terrain entre l’avenue des ostréiculteurs et le Canelot « Zone Expéditeurs » sur le plan ci-joint.

En 1934 cette zone était purement ostréicole. Les seuls résidents étaient les ostréiculteurs qui habitaient sur leur exploitation. De fait l’assemblée générale des adhérents était constituée des Ostréiculteurs Expéditeurs qui avaient besoin de l’eau de la Maline pour alimenter leurs bassins dégorgeoirs.
Cette association étant une association de type « Autorisée » ceci signifie que les adhérents avaient obligation de payer une cotisation calculée pour assurer l’équilibre budgétaire de l’ASA.
De la même façon, les habitants de l’ASA du Pyla sont obligés de payer les frais d’entretien du perré qui protège leur zone de l’érosion.

Ce quartier appartenait historiquement à Harry Scott Johnston qui l’avait obtenu par adjudication en 1872 .
Harry Scott Johnston accorde des concessions  pour ostréiculture et bassins à poissons, puis cède sa propriété en 1903.
Plusieurs propriétaires se succèdent alors sur diverses parcelles.
En 1928, une grande partie de la propriété est acquise par La Société du Domaine des Prés Salés.

Suite à la crise de mortalité des huîtres des années 1970, le nombre d’ostréiculteurs diminue dans la zone délimitée.

Les exploitations ostréicoles qui sont cédées pour bâtir des résidences n’exploitant plus de bassin dégorgeoir. Les nouveaux propriétaires ne font plus partie de l’assemblée générale de l’ASA de la Maline et ne payent plus de cotisation.

Par ailleurs de nombreux parqueurs qui se trouvaient à l’est du Canelot (Zone « Parqueurs » sur le plan)  comme des ostréiculteurs qui se trouvent sur la partie Ouest du port de la Teste et sur la presqu’ile deviennent expéditeurs et doivent mettre en place des bassins dégorgeoirs ayant besoin de l’eau de la Maline.

Actuellement les revenus de l’ASA de la Maline proviennent de trois sources

  1. Les membres de l’ASA de la Maline qui restent propriétaires de la Maline et payent leur cotisation (Il ne reste plus que 4 exploitations ostréicoles de ce type).
  2. Les ostréiculteurs du port de la Teste regroupés au sein de l’AOB (Association des Ostréiculteurs du Bassin). L’AOB paye une redevance globale à l’ASA de la Maline calculée sur la base de son nombre de bénéficiaires de l’eau de la Maline, elle fait son affaire du recouvrement auprès de ses adhérents. Il y a environ 32 exploitations à l’AOB)
  3. Les anciens parqueurs de la « zone de la Petite Maline » (voir plan) qui payent chacun directement leur contribution à l’ASA de la Maline. La plupart des exploitations de cette zone ostréicole ont été cédées en vue d’être transformées en résidences.

Le montant de la contribution est calculé suivant deux critères : la taille du bassin dégorgeoir et le mode de raccordement. Ceux qui sont alimentés par simple gravité payent un tarif qui tient compte de la taille de leur bassin, ceux qui sont alimentés par un système de pompes payent en supplément une redevance liée au système de pompage.

Il y a trois réseaux d’alimentation des bassins.

  1. Les bassins situés le long du Canelot sont alimentés par simple gravité.
  2. Un réseau de pompes achemine via une canalisation enterrée sous le port de la Teste le réseau de l’AOB (ostréiculteurs du port de la Teste)
  3. Une canalisation avec pompe alimente séparément la zone de la Petite Maline.

Au cours de l’histoire de l’association,  plusieurs familles de directeurs et gestionnaires bénévoles se sont succédées à la tête de l’ASA de la Maline. Devant certaines difficultés de recouvrement des cotisations et redevances, l’administration des finances publiques a mandaté un percepteur pour assurer le recouvrement des paiements dus à l’association.
La gestion a ensuite été confiée à un centre de gestion agréé.

Le maintien de l’activité de la Maline est primordial pour la conservation de l’activité ostréicole sur le Port de la Teste.
La règlementation fait obligation d’avoir des bassins dégorgeoirs pour les exploitations qui veulent commercialiser leur production (expédition ou dégustation).
Ces bassins doivent être alimentés en eau « propre » (décantée de vase et soumise aux UV)
En cas d’interruption de service de la Maline, une solution alternative doit être mise en place pour assurer cette fourniture d’eau aux bassins dégorgeoirs.

Les incidents récents survenus sur l’écluse de la maline en décembre 2022 ont montré que les ressources et les finances de l’ASA de la Maline ne lui permettent pas toujours de faire face à ses obligations d’entretien et de garantie du service de ses installations.

La commune et le département (via le SMPBA) ont dû intervenir pour réaliser des travaux d’urgence indispensables au maintien des conditions sanitaires des exploitations ostréicoles.

Yvon Corcia
Association des Riverains et Amis de l’Avenue de Ostréiculteurs (Avdo) , http://avdo.fr

 

Références

  • POSSIBILITES D’AMELIORATION ET DE MAINTIEN DE LA QUALITE DE L’EAU UTILISEE DANS LES BASSINS OSTREICOLES DE FINITION SUR LE BASSIN D’ARCACHON.
    Elixabet CAPOT – Mémoire de l’École Nationale de la Santé Publique – 200
  • Arrêté du 15 juin 1978 relatif aux conditions techniques auxquelles doivent satisfaire les établissements ostréicoles habilités à expédier ou à vendre directement les huîtres

 

 

CORCIA Yvon

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