Croquis du Bassin – Mme Boyosse en colère sur un pilot

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Les lecteurs ont plébiscité Mmes Boyosse et Latestude. Voici une nouvelle occasion de les retrouver en pleine action.

Une initiative communale testerine, à l’époque, les avait profondément indignées. D’ailleurs, cette initiative avait aussi partagé l’opinion publique. Il s’agissait d’interrompre la circulation sur la petite route en contrebas de la voie directe et qui longe les installations sportives de la plaine des sports Gilbert-Moga. Cette route, auparavant ouverte jusqu’à La Hume, permettait aux automobilistes de sortir des embarras de la voie directe. Mais, la voie, toute droite, incitait à la vitesse et à l’imprudence. Bref, un beau matin, un énorme et rustique tas de sable barra la route dangereuse, juste à la limite avec Gujan-Mestras, à hauteur du centre de vacances. Les protestations furent nombreuses et notamment, celles de Mmes Boyosse et Latestude, qui s’expriment dans ce traditionnel langage bordelais et même arcachonnais.

“- E bé, Mâme Boyosse, qu’est-ce que c’est que ce gros cagnas qui vous tirougne avec sa laisse ? Mais boudiou, vous allez voir que, branque comme il est, ce carcan, il va vous décarrer dans une craste que vous en sortirez avec un brogne sur le crâne, aussi grosse que votre chignon !

– M’en parlez pas ! Cansouney, il s’appelle le cagnas. C’est celui de mon drole, celui qui est instituteur à Caudrot, vous savez bien, celui qui valait pas chipette quand il était au cours complémentaire, il répondait toujours, on n’arrêtait pas de lui donner des roustes pour ça. Enfin, en ce moment, il est au Guatemala et je lui garde son cagnot. Mais, ça, c’est rien. Que je vous raconte, ma pauvre. Voilà que, tout à l’heure, j’arrive sur la route près du terrain de rubi, vous voyez, le terrain de rubi et je me trouve en plein milieu du chemin qui va à La Hume, un grand pilot de sable, dites, tellement haut que je croyais que c’était une feinte des Gujanais.

– Sur la route, en plein milleu, le pilot ! E bé, dion !

– En plein, je vous dis et pas rikiki le pilot. Et voilà que ça me fait tellement tiquer que je lâche un peu Cansouney. Alors, il se met à trisser vers le haut du pilot de sable, comme s’il avait coursé une clouque !

– Ou la la ! Quelle avoinée il vous aurait passée votre fils, pasque son chien, il l’aurait trouvé à dire.

– Vous pensez. Alors, ma pauvre, je tâche moyen de me grimper en haut du pilot. Mais comme il a brousiné toute la nuit, en arrivant, j’avais les pieds trempés, j’étais toute sang-glacée et toutes les pressions de ma jaquette avaient sauté, dites-donc. Et tout en haut du raidillon, qu’est-ce que je vois en train de me gueyter, un gonze avec une pelle, de l’autre côté, côté Gujan, vous voyez.

– Et di-on ! Ca alors !

– Et le voilà, ce gonze, cette espèce de madure de grand cassé, avec une tête de pisse vinaigre, qui se met à me chacailler. Et que j’esquinte sa dune ! Et qu’il maille sans arrêt à la refaire ! Et que mon chien allait le niaquer. Il prenait drôlement la quinte, le gonze et j’ai cru que s’il montait, il allait me tuster à coups de pelle !

– Remarquez Mâme Boyosse, vous en haut avec le chien et lui en bas, il était pas près de vous rembarrer. Mais qu’est-ce que vous avez pu faire là-haut, pitée comme un crec ?

– E bé, je lui ai demandé à ce gougnafier, s’il savait pas que la guerre était finie, si c’était lui qu’était propiétaire de la route, que j’allais pas lui chibrer son tas et tout ça et pendant ce temps, Cansouney qui ginguait !

– Et alors ?

– Et alors, il a fini par m’expliquer que le tas, c’est pour pas que les autos elles écrasent les droles du rubi, comme des royans pas frais.

– Fi de loup! Mâme Boyosse. Mais si c’est pour qu’on n’èye pas d’accident qu’on ferme les routes, je vous demande un peu ce qu’ils vont faire de toutes leurs chignoles, les gens ?

– Alors là, comme dirait mon gendre, vous savez, celui qui s’est fait nommer à la sous-préfecture de Blaye, avec du piston, alors, là, Madame Latestude, aurait dit mon gendre, vous devenez caustique.

– Moi ? Mais moi, j’encaustique personne. Mais enfin, Mâme Boyosse, imaginez un peu qu’au lieu de la dune y’aurait eu un fossé anti-char, vous auriez eu plein d’escarougnades en tombant dedans, vous auriez été toute chibrée de partout et vous seriez encore en train de tourniquer dans le trou, comme un vieux cibot !”

Jean Dubroca

Aimé

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