Croquis du Bassin – Madame Boyosse en récital

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– Hé adieu, Mme Boyosse. Et qui c’est ce petit maque avec vous ? Il est un peu pigassous, mais il est mignon.

– C’est le dernier de mon fils, celui qui est directeur d’école à Caudrot. Il nous le laisse chez pépé et mémé, jusqu’à paouse, pasqu’il est maigre comme une esquirre et tout palichot. Et alors, il lui faut le bon air ! Essuie ta mouquire sous le nez, Cadichon, pour bisouquer Mme Latestude.

– Votre fils, il est directeur d’école, é bé di-on ! On l’aurait jamais cru pasque c’est souvent qu’il faisait le renard et que Mr Dudognon, le directeur du cours complémentaire, il disait toujours que votre drole, il  avait la cagne comme une loche et que c’était un vrai artoupan !

– Hé bé, vous voyez, comme quoi, Mme Latestude …

– Mais, dites-donc, Mme Boyosse, vous allez à la plage, avec tout ce saint frusquin, la pelle, la bouée et qu’est-ce que ce gros bout de pignot ?

– Ah ! Ca, ma pôvre, c’est pour le requin !

– Le requin, et qu’est-ce que vous faites avec une bête rougnouse comme ça ?

– E bé, vous avez pas vu dans « sutoues », le journal, qu’il y a un requin à Pereire ?

– Et vous avez ce barrot pour vous tuster avec le requin ?

– Voui, pasque, maginez, si le requin revient pendant que mon maque se baigne, je le gueyte sans arrêt, ce requin. Et pour pas qu’il se harte avec un bout de mon Cadichon, si je le vois de près, avec mon barrot, je te lui fous une castagne entre les deux yeux, que ça le chibre complètement, le bestiau.

– Et, comme ça, Mme Boyosse, vous aurez son aileron pour doper votre mari.

– Té, ma pauvre, castamé comme il est mon mari, c’est tout le requin qu’il lui faudrait. Et même un requin baleine. Bon. Mais je vous ai pas tout raconté à propos du requin de Pereire. Figurez-vous, que hier, en surveillant mon Cadichon, qu’est-ce que je te vois pas ? Un aileron de requin, atoua !

– Oh Ami ! Comme dans « Les Dents de la Mer » !

– Idem au cresson, Mme Latestude, pareil. Alors, qu’est-ce que je fais ?

– Et voui, qu’est-ce que vous faites ?

– Bien enmouscaillée, je sors mon Cadichon de l’eau à toute bringue et je décarre vers la cabane des CRS, tellement vite que je me perds une groule sur le sable et que j’ai failli me mettre en pagaille dans la baïne. J’arrive, prête à caner et je crie au gonze sur sa grande chaise : « Y’a un requin là-bas, à main droite !  ». Forcément, il se met à rire bêtement comme un choine et voilà qu’il me dit : « C’est pas un requin. C’est un tuba. »

– Hé bé ! Il se fichait de vous, pasque moi, mon gendre, il joue du tuba à l’Avenir musical. Je sais ce que c’est, un tuba. C’est même tellement maous qu’il peut à peine l’encarasser dans sa  Twingo. Alors, vous pensez, sous l’eau, un tuba.  Et pourquoi on jouerait du tuba sous l’eau ?

 

– Je veux ! Et c’est ce que je m’escane à lui dire à ce bon à dale ! Et voilà qu’arrive une gonzesse qui se démounique sur une seule jambe, en branjolant. Je dis au CRS : « Vous voyez : elle a été gnaquée par le requin ! » Il recommence à rire, toujours comme un choine et qu’est ce qu’il trouve à me dire : « Elle a été piquée par une vive ! » Ca m’a fait tiquer ! Comme si, à mon âge, je savais pas faire la différence entre un requin et une vive ! Alors, ma pauvre, la quinte me prend et je commence à te lui dire de tout, à ce bestiasse ! Qu’il doit avoir les yeux en maigre de jambon pour pas voir le requin avec ses jumelles, qu’au lieu de faire nono sur son pitey, ce crâneur, il devrait tâcher moyen de se démouniquer au lieu de counilher ! Et alors, ma pauvre, je tarabuste tellement le pitey que le CRS, il tombe de sa câline sur le sable, tout escagassé il s’est fait une brogne et il crie  a moitié branque : « Le requin ! Le requin ! Le requin ! ». Alors les genses autour, ils crient aussi « Le requin, le requin ! » et tout le monde décarre. Il y en a même qui se tustent. Au bout d’un moment, ça castagne de partout. Le CRS il crie dans son micro : « Chef, c’est pire qu’en mai 68 ! »

– Mai 68, hé bé, il manquait plus que ça ! Dites donc : vous avez refait mai 68,  à vous toute seule !

– Et voilà di-on, l’hélicotère des gendarmes qui arrive de Cazaux. Il soulève tellement de sable qu’on se croyait, vous savez, dans la tempête qu’on avait eue à Tozeur, avec Fram !

– Vous parlez si je m’en souviens, Mme Boyosse. Que je m’étais perdue au milieu d’un troupeau de chameaux et que le patron des chameaux il voulait m’enfermer dans une burka. Et que même à cause de la bave des chameaux, j’ai senti le fraichin pendant tout le voyage après, dans le car et que j’ai eu plein de boufioles. Et alors et vous ?

– Té, moi, quand j’ai vu l’affreusité que c’était sur la plage, je suis pas restée à peler de l’ail. Je me disais : « Le CRS, chacaillé comme il est, il va me faire aller à coquille. Vous me voyez à Gradignan ! Alors, je me suis pris mon drole sous le bras, mais alors, j’en avais les jambes en gueille de bonde, et sans tourner-virer, avant que tout le poste de ces quintous nous accourse, je suis rentrée boure-boure à la maison, sans une seule escarougnade, rien… Pas ça !  Mais quelle journasse, Mme Latestude, quelle journasse, tout ça à cause de ce gonze qui s’est espatarré sur le sable !… »

Jean DUBROCA

Aimé

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