Croquis du Bassin – La tradition d’un langage populaire oublié

Imprimer cet article Imprimer cet article

Mâme Boyosse fait la fête.

Le 6 juillet 1991, la ville de La Teste fêtait, derrière une grosse machine à vapeur de 1950, les 150 ans de la ligne de chemin de fer qui la relie à Bordeaux. Deux Testerines historiques, Mmes Boyosse et Latestude, avaient alors commenté l’événement. Une manière de rendre hommage à ce traditionnel langage “bordeluche” qui a éparpillé de nombreux mots sur le Bassin.

“-Et adieu, Mâme Boyosse, vous êtes pas d’équerre ce matin. Je vous trouve la bajouale.

– Ma pauvre Mâme Latestude, c’est à cause du train à vapeur que je suis toute patraque ! Toute la sainte journée que je suis restée sur le quai de la gare à bader et à tourner-virer que j’en ai la tête comme un cibot tellement y’avait du monde et qu’il faisait chaud. Et encore, je m’étais mis la benèze, mais ils nous ont tellement fait bomber pendant le défilé que j’en avais les agasses tout escapits dans les “souhiers”, à force d’arpaguer.

– Et, Mâme Boyosse, vous avez vu ? Les conseillers avaient tâché moyen d’avoir de quoi pour que la fête ce soit pas de la gognote. Les sous, ça leur a pas fait d’oeil !

– Et puis, dites, Mâme Latestude, quelle flopée de déguisés ! Mais vous, vous êtes pas trouvé une jolie petite gueille ?

– Taisez-vous ! Que je m’étais fait une jolie robe avec des panetières toutes neuves attachées de pleins de ligasses pour faire mode, comme j’ai vu dans le Larousse. Et je l’avais bien lissée pour pas faire gitanouse.

– Et alors ?

– Et alors, impossible de me la mettre.

– C’était à cause de vos poupasses ?

– Dites, alors vous, Mâme Boyosse, vous qui avez ni poupe ni quiou, qu’on dirait un galipe, vous me chacaillez un peu. Par la porte de la souillarde, que je passais pas avec mes cerceaux ! Voilà. Je restais coincée avec ma robe, comme dans une matole.

– Hé bé ! Vous êtes pas junièque: il fallait sortir, vous d’abord et la robe après et vous l’enfiliez derrière le chai.

– Non, mais, vous me voyez en pichebiste dans ma cour des poules, avec plein de drolas mouquirous en train de m’espiller. Enfin, j’avais la rogne, mais je suis quand même pas restée à clumer à la maison. J’ai tout vu de près, même la machine qui vésounait de partout et qui crachait comme une vieille sipe.

– Dites donc, Mâme Latestude, elle était pas si vieille que ça la machine à vapeur, elle a même pas fait la dernière guerre.

– Mais, ma pauvre, elles sont quand même comme nous ces machines, toute de guingoy et si on les étrille trop, elles ont la gardale qui pète et de l’eau qui jasque partout. Tout ça pour vous dire, ma pauvre, que si j’ai eu la quinte, c’est surtout à cause du TGV.

– Et qu’est-ce qui vous a fait le TGV ?

– He bé, vous l’avez pas vu . Il est passé talin-talan, comme un gros mourguin, sans un coup de biroulet.

– Ah! Ca, Mâme Boyosse, c’est la faute à la “CNCF” : avec leur tronche de gail, ils ont dit que c’était pas possible.

– Pas possible, ils font des trains qui roulent à tout bire coudig et ils peuvent même pas l’arrêter. Y sont pas près de me voir dedans !

– Mais c’est pas ça. Imaginez un peu que les gonzes, dans le TGV qui s’arrête, ils croient que La Teste, c’est Arcachon. Ils descendent et on se les a là, à roumeger !

– Et, raï, Mâme Latestude, on aurait fait comme autrefois, on se les serait pris sur le dos pour les porter à la plage. Ca aurait fait attraction !

– Des nèfles, Mâme Boyosse, peut être que ça fait rigoler les gens, ça, mais moi je vous le dis : elles étaient pas féignassouses nos mamés, mais il fallait qu’elles soient drôlement dans la dèche et malheureuse comme un bout de garluche sur un chemin, pour s’esquirchiner à trimbaler dans la hagne une palanquée de gros baigneurs bordelais !”

Jean Dubroca

Aimé

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.