Création de la forêt de Lugos par le colonel Gabriel Salvador

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Rapport fait, au nom de la section de sylviculture, par M. Chambrelent sur la création de la forêt de Lugos par le colonel Salvador.

Messieurs,

Le colonel Salvador possède, dans les landes de la Gironde, une forêt de 750 hectares d’étendue, entièrement complantée en Pins et Chênes.

Il a adressé un Mémoire à la Société nationale d’agriculture sur la création de cette forêt en 1855 et sur son exploitation actuelle, qu’il dirige lui-même.

En 1855, la famille Salvador achetait une première étendue de landes incultes de 650 hectares à la commune de Lugos, située à 62 kilomètres de Bordeaux.

C’étaient des terrains absolument incultes, couverts d’Ajoncs et de Bruyères, où n’existait pas, dit le Mémoire, un arbre ni un arbrisseau. Le sol y était couvert d’eau une grande partie de l’année.

Ce terrain fut vendu par la commune à raison de 60 francs l’hectare.

Aussitôt après l’acquisition, M. Salvador fit procéder à son assainissement; il y fit exécuter dès l’année 1855 de nombreux fossés, dont la longueur totale ne fut pas moins de 260 kilomètres, et dès le printemps de 1856 il ensemença toute la propriété.

Ce terrain fut partagé en hectares, séparés les uns des autres par des chemins, et entourés chacun de fossés d’écoulement pour les eaux.

Un plan joint au Mémoire indique les dispositions adoptées et fait ressortir à première vue les avantages qu’elles ont présentés depuis, pour l’exploitation de la forêt, comme elles en ont présenté dès l’origine pour la bonne venue des arbres.

Dès la cinquième année, les semis étaient déjà si remarquables, grâce à l’assainissement complet qu’il avait fait et au soin avec lequel avait été exécuté l’ensemencement, que la Société d’agriculture de la Gironde allait visiter sa propriété et lui décernait une médaille d’or.

En 1863, bien que le prix des landes eût bien augmenté, M. Salvador achetait encore à la commune 100 nouveaux hectares de landes rases, attenant aux premières, et qu’il dut payer 200 francs l’hectare, plus de trois fois les premiers hectares achetés.

La dépense des travaux d’assainissement avait été de 30 000 fr

Celle des travaux d’ensemencement de 20 000

Prix de l’acquisition des 650 premiers hectares. – 43 000

Prix de l’acquisition des 100 hectares, en 1863 22 000

Bâtisses et constructions diverses 20 000

Total des dépenses. 135 000 fr

De 1855 à 1864, la propriété ne produisit aucun revenu; mais, à la neuvième année, les 650 hectares semés en 1855 donnèrent un premier éclaircissage fructueux, dont le produit net fut de 7 000 francs.

Cet éclaircissage se renouvelait six ans après et donnait des bois plus forts, qui, transformés également en charbon, ont donné un revenu plus fort de 19 000 francs.

Ce revenu net de deux années d’éclaircissage, montant à 26 000 francs, n’a pas suffi à payer les frais d’entretien et d’administration des treize premières années, qui ont été en totalité de 38000 francs. —

Différence : 12 000 francs.

Mais, à partir de la treizième année, les revenus ont été permanents et se sont successivement élevés de 2 500 francs au chiffre de 7 662 fr 90, qui a été celui de l’année 1881, d’après les comptes que M. Salvador a mis lui-même sous nos yeux.

En 1876, le jury du Concours régional de la Gironde venait visiter la forêt de Lugos, et décernait une médaille d’or à son propriétaire ; nous accompagnions nous-même le jury dans sa visite, et nous avons pu constater la satisfaction qu’il a éprouvée à la vue de la propriété.

Les produits successivement recueillis depuis 1868 ont consisté principalement en bois de chauffage et poteaux de mines.

On aurait pu trouver déjà, dans ces dernières années, des poteaux télégraphiques ; mais M. Salvador tient tellement à aménager sa forêt en vue de l’avenir et en véritable père de famille, qu’il s’attache surtout à faire l’éclaircissage de manière à n’enlever que les plus petits arbres ou ceux dont la végétation a pu laisser à désirer. Il fait réserver lui-même avec un soin jaloux tous les plus beaux arbres de ceux qu’il a semés lui-même.

Aujourd’hui, les 650 hectares semés en 1856 ne contiennent plus que des arbres de choix qui, d’ici à deux ou trois ans, pourront donner des poteaux télégraphiques.

Ces arbres sont au nombre de trois cent cinquante par hectare ; ils se vendent 3 francs sur place, pour poteaux télégraphiques. Chaque hectare peut donc être considéré comme possédant aujourd’hui une valeur de 1 000 francs.

Cette exploitation des poteaux sera d’ailleurs facilitée, comme viennent de l’être les produits de ces dernières années, au moyen d’un chemin de fer volant établi sur la propriété, et désigné sur le plan par une ligne rouge, dans la direction qu’il occupe aujourd’hui.

Ce chemin de fer peut être déplacé, pour être porté d’un massif à l’autre, au fur et à mesure de l’exploitation de chaque massif.

Nous avons visité nous-même la forêt de Lugos le mois dernier, et nous l’avons parcourue dans la plus grande partie de son étendue.

Nous avons constaté le bon état des 300 kilomètres de fossés, qui servent à l’assainissement du sol.

Ce qui nous a frappé le plus dans tout le parcours de la propriété, c’est la parfaite régularité que l’on remarque partout dans la bonne venue des arbres.

C’est là surtout la preuve que l’assainissement a été partout parfaitement assuré, et que les semis ont été aussi faits partout avec les mêmes soins. C’est aussi la preuve, il faut ajouter, du soin intelligent avec lequel a été faite l’exploitation par éclaircissage ; on s’est toujours attaché à prendre les arbres les moins beaux, de manière à n’y laisser que des arbres de choix, tous de même hauteur.

Nous avons vu les comptes de l’exploitation et vérifié les chiffres donnés par M. Salvador.

On peut dire que la forêt de Lugos est aujourd’hui une des plus remarquables de France, et où l’exploitation se fait avec le plus de soin.

Après avoir constaté ainsi les résultats de la création et de l’exploitation de la forêt de Lugos, nous devons signaler à un autre point de vue plus élevé de l’intérêt général, quelles ont été, pour la commune de Lugos, les conséquences de l’initiative prise par M. Salvador, quand il est venu prendre, le premier, l’initiative d’une acquisition de landes pour les assainir et les mettre en valeur.

À la suite de la première acquisition faite à la commune par M. Salvador, plusieurs autres acquéreurs ont suivi son exemple, et la commune de Lugos, si pauvre précédemment, a pu réaliser la somme considérable de 125 000 francs, dont une partie a été consacrée aux améliorations municipales, et dont le reste a été placé en réserve, en rentes sur l’État.

D’après le dernier relevé, fait en 1878, la commune avait consacré, sur ces 125 000 francs, 19 000 francs à des travaux d’intérêt municipal, et il lui restait en caisse 106 000 francs en rentes sur l’État, destinés à subvenir aux améliorations que réclame la commune. Elle possédait, en outre, une étendue de terrains boisés dont l’évaluation, faite en 1878, était de 180 000 francs, et qui a sensiblement augmenté depuis. C’est là un résultat dû, en grande partie, au premier acquéreur et cultivateur des landes de Lugos.

Nous devons ajouter enfin, en terminant, qu’après avoir créé une telle exploitation et donné un exemple qui a été si fructueux pour la commune, le colonel Salvador s’occupe aujourd’hui, avec un soin des plus honorables, de l’instruction et de la moralisation des ouvriers employés sur son exploitation.

En dehors de cette grande exploitation à Lugos, le colonel Salvador possède, dans le département d’Indre-et-Loire, une exploitation agricole à laquelle le jury du Concours régional, en 1881, a décerné une médaille d’or.

« Se souvenant, dit le Rapporteur, que pour l’officier les soldats sont ses enfants, le propriétaire a « voulu reporter cette sollicitude sur ses ouvriers ; aussi M. Salvador s’est-il mis en demeure de leur créer sur son domaine des habitations commodes et hygiéniques, où chaque ménage puisse trouver un gîte convenable qui le fixe à la terre et lui fasse aimer la vie de famille. »

C’est ce qu’a fait aussi le colonel Salvador à Lugos, et c’est là un titre de plus encore pour lui à la récompense que la Section propose de lui accorder une grande médaille d’or.

M. le Secrétaire perpétuel annonce à la Société qu’un de nos collègues, M. le colonel Gabriel Salvador, vient d’obtenir, au concours régional de Bordeaux, la grande médaille d’or, pour ses travaux de sylviculture dans les Landes. Ce n’est pas la première fois que notre collègue mérite de semblables faveurs. La création de la forêt de Lugos avait déjà obtenu, en 1882, la plus haute récompense de la Société nationale d’agriculture de France. Ce succès fait le plus grand honneur à M. le colonel Salvador, et la Société d’agriculture, honorée elle-même par ces résultats dus aux efforts d’un des siens, s’associe à MM. les agriculteurs de France, comme à MM. les membres du jury du concours régional de Bordeaux, pour féliciter notre collègue, si sympathique et si distingué, de consacrer les loisirs de sa retraite, après une carrière non sans gloire, aux besoins de l’agriculture.

Joassin Saubeste, garde de la forêt de M. Salvador obtient une médaille d’argent grand module.

Bulletin des séances de la Société royale et centrale d’agriculture : compte rendu mensuel, 1882

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62054953/f75.item.r=lugos%22colonel%20salvador%22

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57278502/texteBrut

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6260831n/f181.image.r=lugos%22colonel%20salvador%22?rk=214593;2

Raphaël

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