Chroniques du Canalot – 11 – 1872 Le quartier ostréicole

La digue est du port de La Teste.

À travers l’histoire d’une famille anonyme, témoin de son temps, ces chroniques racontent l’évolution du quartier du Canalot à La Teste, de sa formation de 1840 à nos jours.

Résumé des épisodes précédents.

Diego dit « Le Diègue » est venu de son Espagne natale chercher fortune à La Teste. Il a épousé Marie avec qui il a eu deux enfants. Son fils Jules est le bras droit de Harry Scott  Johnston pour la création des Pêcheries de l’Océan. Diego travaille avec la famille Nonlabade à développer l’ostréiculture sur le Bassin.


La comtesse d’Armaillé a mené de rudes batailles pour pouvoir endiguer les Prés Salés Est. Son droit a finalement été reconnu en septembre 1865 par le conseil municipal de La Teste et les ministères de la Marine et même des Finances.

Il faut dire que son ami M. de Grosville, préfet de Gironde, l’a beaucoup aidé dans cette démarche.

Marie-Célestine d’Armaillé est une femme au caractère bien trempé. Elle a publié plusieurs livres ayant tous pour objectif de mettre en lumière le rôle des femmes dans l’Histoire.

Son dernier ouvrage « Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI » met en avant le rôle méconnu de la sœur de Louis XVI. Elle travaille actuellement à une biographie de Marie-Antoinette.

Marie-Clémentine n’est pas peu fière de sa notoriété dans les milieux littéraires parisiens. Le célèbre critique littéraire Charles-Augustin Sainte-Beuve n’a-t-il pas écrit sur l’une de ses œuvres :

Fille et petite-fille des Ségur historiens, Mme d’Armaillé a fait un livre agréable, bien coupé, sans longueur, sérieux et reposé, exact, édifiant, pas du tout ennuyeux.

Hélas, à Arcachon, elle n’est connue que comme Mme Veuve Comtesse d’Armaillé. Ses qualités littéraires et sa culture historique sont totalement méconnues.

Tant de femmes de caractère ont dû se tenir derrière le paravent de l’épouse alors que leur mari détenteur du pouvoir de décider était un mollasson ! N’a-t-elle pas dû elle-même se battre pour faire valoir ses droits après le décès de son époux ! C’était sûrement un « brave homme » qui manquait de bravoure et de la volonté d’aboutir.

Elle a dû faire preuve de persévérance pour obtenir ce qui était devenu le but de son époux à la fin de sa vie : l’endiguement.

 

Ce matin, le ciel est gris sur Arcachon. De Sainte Cécile, on distingue à peine le Cap Ferret perdu dans la brume. L’île aux oiseaux semble avoir été engloutie.

La comtesse d’Armaillé cherche comment attaquer le prochain chapitre de son livre sur Marie-Antoinette femme de caractère épouse d’un mari pusillanime.

Amélie, la servante, lui annonce l’arrivée du Diègue qu’elle a délégué pour surveiller le chantier de l’endiguement.

La comtesse se sent redevable vis-à-vis de ce brave travailleur. Le Comte avait un peu perdu la raison dans ses derniers jours. Il avait brutalement fait chasser le Diègue et sa famille qui habitaient paisiblement dans une cabane construite au pied de la digue est.

Elle a quelquefois surpris dans le regard du Diègue des lueurs montrant qu’il n’est pas totalement insensible à son charme féminin. Il semble quelquefois prêt à sauter allégrement les barrières des convenances et des classes sociales. Pour cette raison, elle aime bien se trouver en tête à tête avec lui et percevoir une onde de désir qui lui réchauffe le cœur.

C’est un peu comme tenir à courte distance un fauve qu’on aime bien caresser mais qu’il faut surveiller pour éviter d’être dévorée.

Elle a pris soin de choisir sa robe rose à grands volants. A trente-neuf ans la silhouette est toujours vive et bien tournée.

—  Bonjour mon ami, il semblerait que les travaux d’endiguement soient enfin terminés. Les trois cents mètres pris en charge par l’état ont été couverts et j’ai payée moi-même la digue qui se poursuit jusqu’aux confins de La Hume.

Je souhaiterais que vous puissiez prendre note du parfait achèvement de ces travaux. Comme vous les avez suivis pas à pas depuis deux ans maintenant, cela vous sera sans doute aisé.

—  Certainement, Madame la Comtesse. Je vous rappelle que lors de la recherche des bornes anciennes qui devaient délimiter le tracé, nous n’avons pu retrouver toutes les bornes de 1836. Nous avons dû faire preuve de bon sens pour l’emplacement de la digue. Nous nous sommes quelquefois écharpés assez vivement avec M Cameleyre qui représentait la commune. Toutefois c’est un honnête homme et nous avons toujours trouvé terrain d’entente.

—  J’en suis forte aise, il est temps que cette affaire se termine !

On m’a rapporté que des mares s’étaient constituées derrière la digue, en connaissez-vous la cause ?

—  Certainement, Madame la Comtesse. Déjà il y a près de trente ans lorsque nous avons creusé le chenal, nous avions découvert un petit cours d’eau parallèle à ce chenal qui partait du moulin de Prez. Dans le pays, on appelle cela une craste[1]. Il s’agit de la craste « Dariet » ; c’est le nom d’un vieux quartier du bourg.

Comme nous avons endigué, la craste ne s’écoule plus et l’eau s’accumule.

—  Que pouvons-nous y faire ?

—  Je ne vois pas de solution, Madame. Si nous ouvrons la digue pour évacuer l’eau, la marée haute va recouvrir vos terrains. J’en ai parlé avec M Alphand l’ingénieur qui a réalisé beaucoup de travaux à La Teste et Arcachon.

—  Et que dit ce Monsieur si savant ?

—  M Alphand pense qu’il faudrait tirer profit de cette craste pour faire une sorte de petit canal à l’abri des marées et des tempêtes. Au bout il faudrait aménager une installation qu’il appelle « une écluse ».

—  Ce sont certainement de bonnes idées, mais j’ai assez dépensé pour ce quartier !

Le même après midi, son régisseur, Alphonse, demande à voir la comtesse.

—   Bonjour mon brave, vous semblez tout retourné, qu’en est-il ?

—  Eh bien madame, on a découvert sur le bord de la mare, une femme de Cazaux qui s’est installée là avec son marmot, pêche des poissons et en fait commerce. Elle est venue ce matin et demande à vous parler. Elle dit se nommer « Sissi »

—  Sissi, comme l’Impératrice ?

—  Exactement Madame. Impératrice elle ne paraît guère.

—  Faites-la patienter dans le vestibule.

La comtesse range ses plumes et son encrier, et descend l’escalier menant au vestibule. Une sorte de femme du peuple est debout au milieu de la pièce. Elle est bizarrement vêtue, comme une bohémienne, d’une robe bariolée et d’un foulard dans les cheveux. Elle porte des sabots qui semblent peints de couleurs vives mais délavées. Elle tient dans la main gauche une sorte de sac en toile à la couleur incertaine.

A sa main droite, s’accroche un petit enfant tout à fait remarquable. Il doit avoir 6 à 7 ans mais son regard est celui d’un homme mûr. Le visage est impassible et les yeux grands ouverts ne clignent jamais.

La lumière de la pièce semble se concentrer pour former un halo maléfique autour de sa minuscule personne. Son regard fait le tour de la pièce comme s’il s’apprêtait à vendre aux enchères l’ensemble du mobilier. A la fin de son estimation, il fixe dans les yeux la comtesse, qui est soudain prise d’un sentiment de mal-être.

La mère s’avance vers elle:

—  Bonjour Madame. On me nomme Sissi, mais mon vrai nom est Marie-Pauline. Les gens du bourg de Cazaux disent de moi que je suis « Sissi , princessa de carton ». Je viens vous voir de la part de mon époux, Le Grêlé, qui fut autrefois au service de Monsieur le Comte, votre défunt mari.

—  Je me souviens, dit la Comtesse, en se tenant aussi éloignée que possible de Sissi et son bizarre marmot.

Que puis-je pour vous mon amie ?

—  Voyez mon fils qu’on appelle « l’Anjot » grandit vite et mange déjà comme un adulte. Nous sommes pauvres. Nous voudrions installer notre cabane dans votre propriété, pêcher quelques poissons et y cultiver quelques légumes.

—   Cela ne se peut, ma brave dame. Je vous demande instamment de bien vouloir quitter les lieux et débarrasser votre cabane.

De plus mon régisseur m’a informé que votre fils l’Anjot pourchassait tous les chats du quartier.

—  Eh oui, ce petit voudrait être comme notre bon docteur Hameau. Il veut apprendre à soigner les bêtes et les hommes. Alors il attrape les chats, leur coupe des pattes, leur crève un œil et ensuite il étudie comment les soigner.

—  Mais c’est un véritable monstre !

—  N’en croyez rien madame. On l’appelle « fàcia d’anjot mes còr de demòni » (face d’ange mais cœur de démon) mais c’est un garçon très affectueux. Depuis tout petit, il capture les bêtes, les met en cage et les estropie mais c’est pour apprendre à mieux les soigner ! Mon mari dit que sera un grand médecin !

La comtesse est hors d’elle. Ces gens sont des vrais sauvages. N’y tenant plus elle chasse la Sissi.

—  Sortez Madame ! Hors de ma vue ! Quittez de ce pas ma propriété ou je vous ferai embastiller vous, votre mari et votre fils.

La comtesse alertera Charles Rhôné, l’époux de son amie Cécile Pereire, qui demandera à la gendarmerie de chasser les intrus de sa propriété.

Il a fallu deux jours de travail à Alphonse le jardinier aidé de deux manœuvres pour raser la cabane et porter hors la propriété la paillasse, le poêle à bois.

Le foyer de la cabane  était alimenté en galips[2] et bûches volés dans le jardin du voisin. La cabane avait été construite avec des planches et tuiles soustraites la nuit aux alentours.

Pendant ces journées de déménagement, la dénommée « Sissi »  passait son temps à l’invectiver et à le menacer :

—  Mon mari aura ta peau, tu es l’esclave des riches, le diable te mènera en enfer.

Le lundi suivant, Alphonse est retrouvé mort dans le jardin. Il a fait une mauvaise chute et sa tête a donné contre un lourd maillet de métal qui se trouvait là. Les gendarmes n’ont pu retrouver de témoin. Personne à La Teste ne semble au courant de cette affaire.

La comtesse décide de s’en ouvrir à son amie Cécile Pereire dont elle fréquente souvent le salon, Villa Pereire. On dit de Charles Rhôné, son mari, qu’il est le bras droit d’Émile Pereire pour tout ce qui est important à Arcachon.

Charles est extrêmement populaire puisqu’il a obtenu 1739 voix sur 1747 lors de l’élection au conseil général du canton de La Teste en 1864.

—  Vous savez Cécile, je suis réellement lasse de ma propriété des Prés Salés. Je dispose d’un charmant appartement square de Messine[3] dans le 8ème arrondissement de Paris. Je souhaiterais y être plus souvent et fréquenter les cercles littéraires parisiens. Je me garderais ainsi bien loin des chicaneries pour de la vase et des digues. Je m’étais promis d’obtenir ce pourquoi mon mari s’était battu. La promesse a été tenue.

—  Chère amie, je vous comprends bien. Peut-être devriez-vous prendre conseil auprès de MEDumora. C’est un notaire de bon conseil qui a de plus été maire de La Teste.

 

Le maire, Me Dumora, la prévient alors que des conseillers municipaux ont toujours à l’esprit de contester sa propriété. MM. Cravey et Moureau se sont déclarés prêts à faire valoir les droits anciens de la population sur l’usage de ces Prés Salés.

Il l’informe de plus que lors d’un prochain conseil municipal de La Teste, il sera débattu d’un litige sur ses terrains :

—  Un sieur Lestout aîné, négociant et affréteur à La Teste de Buch, s’est plaint que des parqueurs déposaient des tuiles sur la route longeant le chenal du port.

—  Je suis réellement lasse de toutes ces chicaneries, lui répond la comtesse. Pensez-vous que je puisse me défaire de l’ensemble de la propriété de ces Prés Salés.

—  Chère Madame, je pense qu’il sera difficile de trouver acquéreur à un bon prix car la population et les élus de La Teste contestent depuis longtemps vos droits de propriété. Quel acheteur voudrait d’une propriété qui attire tant de frais de justice ? Surtout que de ce fait vous ne pouvez pas installer de bassins à poissons ni en tirer un quelconque revenu. Mais si vous voulez bien, je vais songer à trouver acquéreur pour vos terrains.

 

La Comtesse est lasse de ces combats incessants. Ils lui coûtent force dépenses en  minutes d’avocats, mémoires de toutes sortes et chicaneries de cour de tribunaux. Elle aspire à se consacrer sereinement à son œuvre littéraire . Elle rêve de se retirer dans son appartement parisien.

La comtesse avait informé le Diègue de son souhait de se défaire de ses propriétés des Prés Salés. Celui-ci en a parlé à son fils Jules.

 

Ce lundi de novembre 1871, Harry Scott Johnston a passé le dimanche en famille dans leur villa Mogador sur le front de mer. Les Johnston avaient invité leur ancien voisin Franck Cutler, vice consul d’Angleterre à Bordeaux. Les Cutler ont vendu la villa voisine à un diplomate anglais de leurs connaissances : Lionel Sackville-West.

Lionel a acheté cette villa pour y installer sa maîtresse Pepita, une danseuse espagnole. La villa a été rebaptisée villa PEPA en l’honneur de Pepita. Toute la bonne société d’Arcachon est offusquée de cette présence. Une femme dont le métier avoué est d’être une courtisane installée au milieu de la bonne société ! Les enfants des villas environnantes sont interdits de jouer avec les enfants de cette « danseuse » de mauvaise vie.

 

Jules et Anne, son épouse, ont été conviés à la « garden-Party » chez les Johnston. Lors de son arrivée mouvementée à Bordeaux, Anne avait trouvé refuge quelques jours dans la maison Cutler à Caudéran.

Après le repas, les hommes fument le cigare en regardant vers le Cap Ferret. Les premières difficultés de lancement franchies, la Société des Pêcheries de l’Océan est maintenant bien établie avec ses trois chalutiers : le Cormoran, le Pélican et l’Albatros. Harry Scott et Jules forment une équipe efficace. Harry Scott est le patron qui oriente et Jules un bras droit qui anticipe et résout les difficultés.

—  Vous savez Jules, les Pêcheries sont lancées mais les affaires connaissent des hauts et des bas. Je pense qu’il serait prudent de lancer des activités complémentaires qui ne seraient pas soumises aux mêmes aléas.

—  Je comprends bien que deux activités différentes peuvent être l’une au plus haut lorsque l’autre est au plus bas et ainsi lisser nos succès et nos échecs. Mais avez-vous une idée plus précise ?

—  Je crois qu’en plus d’aller chaluter le poisson, nous devrions également l’élever dans des bassins à poissons.

Jules reste un moment pensif. Des bassins à poissons, cela lui rappelle quelque chose :

—  Les bassins à poissons ! C’est un vieux rêve de M Sauvage l’ancien propriétaire des Prés Salés , il y a près de cinquante ans. A ce jour nul n’a réussi à le réaliser.

Vous savez mon père m’a souvent raconté qu’il a eu maille à partir avec le défunt Comte d’Armaillé dont le rêve était d’établir des bassins à poissons dans les Prés Salés de La Teste.

—  Certes, j’ai entendu parler de ces aventures, mais pourquoi me parlez-vous  du comte d’Armaillé?

—  Eh bien, mon père m’a informé que sa veuve, la Comtesse souhaitait se défaire de ses propriétés de La Teste. Elle a confié à MEDumora de lui trouver acheteur.

Harry Scott doit rentrer à Bordeaux pour traiter quelques points délicats d’une exportation vers la Russie. Il s’agit d’une cargaison importante de bouteilles de leur propriété du Château de Beaucaillou. Le Bordeaux est particulièrement apprécié à la cour du Tsar, mais de nombreuses précautions doivent être prises si on veut que l’ensemble des caisses arrivent complètes à Saint Pétersbourg.

Ce n’est que la semaine suivante qu’il peut rencontrer MEDumora dans son étude de la Teste. Jean Dumora a été maire de la Teste jusqu’en 1870. C’est l’un des maires les plus modérés en ce qui concerne la propriété privée des Prés Salés. Ce sujet agite les esprits depuis plusieurs générations.

Il reçoit Harry Scott dans son étude du bourg. Après lui avoir fait traverser de vastes bureaux où des clercs de notaires s’affairent, il le prie de prendre place sur un confortable fauteuil habillé de tapisseries :

—  Il est de mon devoir en tant que notaire, de vous informer que les propriétés de la Comtesse d’Armaillé font l’objet de nombreuses contestations auprès de diverses instances juridiques. Depuis que M. le Comte a acquis l’ensemble des Prés Salés Est et Ouest auprès du marquis de Castéja en 1845, il n’a eu de cesse de mener des batailles juridiques.

Un accord passé en mai 1851 avec l’état représenté par l’ingénieur Alphand avait pour objectif d’apaiser ces tensions. Hélas ce ne fut pas le cas.

—  Je vous remercie cher Maître de ces précisions, je suis par mes activités et celles de mon père informé de la situation. Je crois qu’il s’agit d’une opportunité peu courante de créer des bassins à poissons dans un environnement favorable à cette activité. Chacun comprendra que si l’affaire est risquée, le prix de l’achat sera en conséquence.

—  Je vous entends bien M Johnston. De plus La Comtesse ayant quelque presse à faire affaire, elle sera d’autant favorable à vous prêter oreille.

A vrai dire, je comptais placer ces biens dans une criée aux enchères éloignée d’Arcachon afin que les acheteurs étant lointains, ne soient pas perturbés par les remous locaux.

—  Tiens donc, et où pensiez-vous trouver de tels acheteurs « malentendants » ?

—  Pourquoi pas jusqu’à Paris ?

—  Écoutez, cher Maître, je suis prêt à faire une offre que je juge raisonnable. Mais uniquement sur la partie est qui est déjà endiguée et se prête parfaitement à l’établissement de bassins à poissons. Je n’ai pas d’intérêt pour le reste.

—  J’en aviserai ma cliente et reviendrai vers vous.

Harry Scott est persuadé que son offre sera bien accueillie, les acheteurs n’étant pas légion. De plus, il ne souhaite acquérir que la partie déjà endiguée. Cela permettrait à la comtesse de tirer immédiatement quelques espèces sonnantes et trébuchantes en se débarrassant de ce nid de vipères.

Elle pourra toujours caresser l’espoir de vendre le reste à des Parisiens mal informés.

Les discussions avancent rapidement. Et le 4 décembre 1872, MEDumora enregistre un acte qui stipule :

« La vente à Harry Scott Johnston par Madame veuve Germain René de la Forest d’Armaillé de la digue et toute la partie des Prés Salés laissés au nord de ladite digue jusqu’à la limite du domaine maritime ».

Harry Scott va enfin pouvoir expérimenter ces bassins à poissons en complément de son activité des pêcheries.

A l’approche des fêtes de fin d’année, Harry Scott et Jules se retrouvent pour faire un point de l’année écoulée et discuter des perspectives de l’année à venir.

—  La partie est de ces Prés Salés que nous venons d’acquérir est assez vaste puisqu’elle mesure près de 2400 pieds vers le nord sur près de 4500 pieds vers l’est. J’ai certes prévu d’y installer des bassins à poissons, mais sur une telle surface, je me demande si nous ne pourrions pas y développer d’autres activités.

—  A quoi pensez-vous ? Cultiver du blé comme cela était prévu dans les temps anciens ?

—  Il ne vous aura pas échappé que depuis le décret impérial de 1860 sur la création des parcs à huîtres, cette activité qu’on appelle ostréaculture ou ostréiculture s’est beaucoup développée.

Ces « paysans de la mer » ont besoin d’emplacements près des quais pour installer leurs cabanes et travailler leurs huîtres à terre. Je me demande si nous ne pourrions pas céder quelques parcelles sur la digue.

Le Diègue qui travaillait toujours comme chef d’équipe chez Nonlabade a conservé de nombreux contacts parmi les ostréiculteurs. En parlant autour de lui, il a amené plusieurs contacts à Harry Scott qui a immédiatement fait affaire avec cinq d’entre eux. Ils vont installer des cabanes de travail sur la digue ainsi ils seront proches de l’accostage de leur pinassotte.

 

Harry Scott a tenu à remercier personnellement Le Diègue. Ils se retrouvent à l’extrémité nord de la Digue, là où débute le nouvel endiguement vers l’est :

—  Adishat, M Johnston. Je me rappelle du jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois. C’était le 7 juillet 1841, le jour de l’arrivée du train à la Teste.

—  Juillet 1841 ? Je devais avoir sept ans !

—  Je m’en rappelle très bien. Vous étiez avec votre père et votre frère Nathaniel Jeune. Il y avait juste un étroit chenal ; la digue n’existait pas. C’était une grande étendue de vase. Vous êtes monté sur un monticule à la sortie de la gare et petit garçon de sept ans vous avez déclaré d’un trait :

« Père, Je crois que nous avons ici, devant nous, un territoire comparable aux plaines d’Amérique. Il y a paraît-il une mer de Buch très poissonneuse ; on y trouve même, à marée basse, des coquillages savoureux qu’on appelle ici des  « gravettes ».

—  Diable, on peut dire que c’était terriblement prémonitoire. Trente et un an plus tard j’ai à la fois lancé des pêcheries pour la mer poissonneuse et installé des cabanes ostréicoles pour les gravettes.

—  Vous aviez juste M Johnston, en quelque sorte, vous avez réalisé vos rêves d’enfant.

—  Je n’en avais pas une conscience aussi exacte, mais c’est tout à fait vrai !

D’ailleurs, puisque nous parlons de mes activités, Je suis très occupé par la maison de commerce de vins. Je dois également suivre le développement des Pêcheries de l’Océan. Votre fils Jules m’apporte un secours important aux Pêcheries. Cependant pour développer mes nouvelles activités de bassins à poissons, j’aurai besoin d’un régisseur sur place.

Connaîtriez-vous un homme de confiance ? lui lance Harry Scott avec un regard en coin en se lissant les moustaches qu’il a fort belles.

Le Diègue a bien saisi que la question n’est pas totalement innocente, il fait donc une réponse circonstanciée :

—  Je connais peut-être quelqu’un qui pourrait être intéressé. Mais il a plus de cinquante ans et s’il quitte son occupation actuelle, il faudrait être certain que les nouvelles conditions lui conviennent.

—  Je vois bien, répond Harry Scott dont l’œil s’est allumé.

Je vais y réfléchir et vous donner une proposition que vous pourrez éventuellement transmettre à votre homme.

Sur ce, les deux hommes, contents l’un comme l’autre de ce barguinage s’en vont chacun vers leurs affaires courantes.

Harry Scott a proposé de construire, à ses frais, une maison pour le régisseur de son domaine. Ainsi celui-ci pourra surveiller les allées et venues sur la digue et surtout les prévenir des vols dans les bassins à poissons. Quoi de plus simple que de venir à la nuit tombée cueillir quelques poissons bien nourris captifs dans leur bassin !

Il a également proposé que le régisseur dispose d’un vaste potager pour ses propres besoins mais avec interdiction d’en faire commerce.

D’ailleurs le logement du régisseur sera le seul autorisé sur la digue. Harry Scott interdisant aux ostréiculteurs qui ont des cabanes sur place d’en faire leur habitation à demeure.

Le Diègue et Harry Scott ont « topé dans la main » pour sceller leur accord. Le Diègue sera le régisseur de toute la zone à l’est de la Digue de La Teste. Il devra également s’assurer que les ostréiculteurs à qui Harry Scott a accordé des concessions le long de la digue respectent leurs engagements.

Il a fallu quelques semaines au Diègue pour convaincre Marie de déménager sur la digue.

—  Écoute Marie, là-bas nous aurons une maison neuve avec une bonne cheminée alimentée en bois de la forêt usagère. Un vaste potager, à l’abri des voleurs et autres brigands du bourg, nous fournira en abondance des légumes frais. Nous serons les seuls à habiter ce domaine qui constitue comme une presqu’île dans la mer.

—  Je vois bien mon brave que tu seras aussi en charge de surveiller jour et nuit les vols dans les bassins. Même si nous avons quelques bons chiens, tu devras certainement quitter le lit les nuits de lune noire pour poursuivre les malfrats.

De plus, moi qui suis pratiquement à un pas de l’auberge d’Adélaïde, je devrai par tous les temps traverser cette zone sauvage et dépeuplée de la digue pour me rendre sur le chemin du port. On dit que, la nuit, les esprits maléfiques de marins péris en mer, poursuivent les promeneurs sur la digue et les précipitent au fond du chenal. Ensuite des sorcières leur enfoncent la tête dans l’eau noire pour les noyer. Très peu pour moi de marcher sur la  digue à la nuit tombée. Elle fait plus de 2000 pieds de long, tu te rends compte !

Ainsi quand la maison du régisseur a été construite, Le Diègue a dû se résoudre à y vivre seul avec ses chiens, Marie restant dormir dans un appentis derrière l’auberge  de la rue du port où elle travaille.

Maintenant que Le Diègue est installé comme régisseur, Harry Scott lui a demandé de trouver d’autres ostréiculteurs à installer sur la digue.

Les ostréiculteurs sont déjà une bonne source de revenus pour Harry Scott mais surtout comme Le Diègue est connu de longue date et respecté dans ce métier, tout se passe calmement et Harry Scott n’a pas à se soucier de grogne ou de bagarre avec ses locataires.

Le Diègue connaît bien le père Lagrave, un solide Landais qui, avec ses mules et ses charrettes, assurait le transport de matériaux pour les Nonlabade. Il l’aborde sur le chemin du port pour lui proposer l’affaire :

—  Adiou, l’Auguste. Tu sais que mon patron M Johnston, veut installer des ostréiculteurs sur la digue de La Teste. Tu en serais ?

—  Hé, Le Diègue. Je suis venu à La Teste pour nourrir ma famille. Dans les Landes, c’est beau les pins ou les moutons, mais la journée de travail est longue et la tâche est rude. L’argent est dur à gagner. Nourrir la famille est difficile.

Ici, j’ai trouvé du travail dans le transport de matériaux. En économisant j’ai pu acheter une mule et une vieille cariole, puis une autre. Je transporte du bois de la forêt mais aussi du sable et des barriques de vin. Se lancer dans les huîtres ? Et  pourquoi pas ? Ça gagne combien ?

—  Ça gagne ce que tu veux ! lui répond Le Diègue. Mon patron te loue un terrain de travail sur la digue et peut t’aider à obtenir une concession pour un parc. Après tu te débrouilles.

—  On m’a dit que Monsieur Harry, des fois, il prêtait de l’argent pour démarrer et acheter le premier matériel ?

—  Tu verras avec lui. Il le fait souvent pour ceux qui commencent avec peu d’argent, il faut voir. Les banques ne prêtent pas mais Monsieur Johnston peut t’aider. Quelquefois même, il peut s’associer avec toi pour acheter la concession, faut voir.

Normalement depuis le décret impérial sur la création des parcs impériaux ostréicoles de 1860., les concessions ne sont données qu’à d’anciens marins ayant au moins quarante ans de service.

Ces marins doivent être obligatoirement associés à un « capitaliste ». Un « capitaliste » est un commerçant ou un bourgeois qui apporte les fonds nécessaires à la bonne marche de l’affaire. Par la suite les conditions se sont assouplies. Mais c’est sûr que si M. Johnston s’associe avec toi, tu auras plus de chance d’obtenir un parc.

Harry Scott et Auguste Lagrave ont trouvé un accord. Harry Scott s’est associé pour payer la moitié de la concession sur un bon parc situé près du chenal du Teychan. Auguste lui remboursera sa part en dix ans avec les bénéfices de l’activité. Harry Scott lui a attribué une parcelle qui fait dix mètres de large et trente mètres de profondeur. C’est impeccable pour accoster avec la pinassotte . Auguste peut bâtir sur ce terrain une cabane de travail qui sert à entreposer son matériel et travailler les huîtres.

Il a adopté le système des tuiles avec de la chaux pour capter le naissain. Ici on appelle cela le procédé « Michelet » du nom de son inventeur. Mais il paraît qu’il y a des procès avec un autre inventeur de l’île de Ré pour savoir qui est le vrai inventeur.

Auguste n’en a cure ; il veut juste capter du naissain et ensuite le détroquer[4] pour mettre les jeunes huîtres sur son parc où elles pourront se développer… si les crabes et autres prédateurs n’en mangent pas trop !

Auguste Lagrave démarre avec seulement 40 ares de parc. Ses huîtres sont uniquement des huîtres plates que l’on appelle ici des « gravettes ».

Il travaille avec une pinassotte à rames de huit mètres. C’est un bateau léger muni d’une voile et de quatre avirons. S’il y a deux hommes, ils prennent deux avirons chacun. S’il y a des femmes, elles prennent un aviron chacune et un homme prend deux avirons.

 Le temps de trajet pour le parc est d’une heure à une heure trente. Étant donnée la capacité de la pinassotte, la quantité d’huîtres ramenée est au maximum d’une tonne.

Les ostréiculteurs plus importants ont des bacs à voile[5] qui permettent de transporter cinq à six tonnes d’huîtres. Certains bacs à voile comportent une cabine avec une couchette. Les ostréiculteurs peuvent alors dormir sur place et rester plusieurs jours sur les parcs.

Ce matin de mai 1873, le Diègue a été réveillé avant le lever du soleil par Castor et Pollux les chiens de garde que lui a attribué Harry Scott. Il les a eus tout petits puis les a dressés pour assurer la garde de la propriété. Trop vite alertés, ils réagissent au moindre mouvement inhabituel. Le Diègue devra continuer leur éducation !

Le soleil se lève du côté de Gujan et du Teich. Un trait de peinture rouge sombre se dessine à l’horizon puis s’élargit vers Audenge et vers les Landes en un bandeau teinté d’orange puis de jaune avant que le triomphe définitif du soleil n’illumine l’azur d’un bleu profond du nord au sud.

Le spectacle serait encore plus beau s’il pouvait le contempler avec Marie à ses côtés. Pour l’instant elle préfère toujours rester dans un abri de fortune à l’arrière de l’auberge.

Le Diègue et Harry Scott ont déterminé l’emplacement du premier bassin à poissons à l’extrémité nord, juste au bord de l’endiguement. Ils ont choisi cet emplacement avec attention afin qu’en cas de grande Maline,[6] il soit possible de contrôler le remplissage du bassin à poissons. Le Diègue a mis au point un système de planches verticales qui coulissent dans des glissières pour renouveler l’eau dans le Bassin.

Le Diègue a commencé à délimiter le bassin. Il a prévu également de tendre des filets pour éviter que lors du renouvellement, l’eau qui s’écoule à l’extérieur n’entraîne des poissons dans le bassin.

Pendant qu’il arpente le futur périmètre du bassin à poissons, il voit s’avancer sur la digue une sorte de délégation. Il reconnaît le maire Auguste Lalesque accompagné de trois messieurs à l’air renfrogné.

Le Diègue connaît bien le maire et les deux hommes s’apprécient. Auguste Lalesque est devenu maire après la chute de Napoléon III. Il a été brièvement remplacé par Mouliets, mais il est solidement revenu à la tête de la commune depuis 1871. Autant Jean Dumora était un maire assez favorable à la reconnaissance de la propriété des terrains des Prés Salés par les propriétaires, autant Lalesque fait partie du camp de ceux qui contestent cette propriété.

—  Adishatz Le Diègue, lui lance le maire. Tu es un brave homme et je ne comprends toujours pas que tu t’associes à cet « estrangey » de Johnston pour exploiter ces terrains qui restent au fond la propriété de la commune.

—  M le Maire, je vous salue. Ces sujets de propriété ou non sont trop compliqués pour moi. Je ne suis pas un rentier ni un propriétaire. J’ai besoin de travailler pour nourrir ma famille. M Johnston, qui est un homme honnête et sérieux m’a proposé un travail, et voilà, je suis là.

—  Entendu le Diègue. Je suis venu avec MM. Cravey, Moureau et Mozas qui ont présenté des requêtes au conseil municipal. Nous en avons débattu déjà en novembre 1971, ils vont attaquer en justice M Johnston pour contester la propriété de ces terrains.

—  Je vous salue, mes bons messieurs, mais je ne suis qu’un simple employé. Je veux bien dire à mon patron que vous êtes venus, mais c’est tout ce que je peux faire.

Cravey et ses amis ont vu que Le Diègue a délimité un grand espace avec des Pignots[7]. Ils parcourent le terrain à grandes enjambées d’un air furieux.

—  Eh quoi ! tu serais pas en train de tracer un maudit bassin à poissons ?

C’est interdit de faire des bassins à poissons ! Déjà qu’avec ses chalutiers à vapeur, le Johnston, il empoisonne la vie de nos pêcheurs ! En plus il veut faire des bassins pour les tuer complétement ! Nomdediou, je vais l’étrangler ce Johnston !

Moureau se met à arracher les pignots et les jette à terre, en les piétinant.

Le maire tente d’apaiser les passions :

—  Voyons messieurs, restons calmes. Nous irons au conseil municipal puis devant le juge pour faire valoir notre bon droit.

Furieux les hommes s’éloignent sur la digue et marchent à grand pas vers le bourg.

 

Le Diègue remet en place la délimitation et termine le pourtour du bassin. Harry Scott voudrait établir ici un premier bassin puis en établir d’autres plus à l’est. Il souhaite réserver la digue aux ostréiculteurs afin qu’ils puissent y faire accoster leurs pinassottes.

Le lendemain, Harry Scott et son frère Nathaniel viennent voir le tracé du bassin à poissons délimité par Le Diègue au nord de la digue.

—  Voyez Le Diègue, vous m’avez interrogé sur la façon de creuser les bassins, c’est pourquoi j’ai demandé à mon frère Nathaniel qui est ingénieur de l’Ecole des Mines de Paris de venir vous en parler. Nathaniel peux-tu expliquer s’il te plait ?

—  Certainement, répond Nathaniel. Mais je pense que vous saurez vous débrouiller tout seul. Vous avez creusé le chenal du port de La Teste puis la digue. Creuser un bassin à poissons n’est pas plus difficile.  Il y a cependant quelques précautions à prendre :si voulez renouveler facilement l’eau même en période de mortes eaux, il faut prendre garde au niveau du fond . Il faut aussi se prémunir  contre les débordements en cas de tempête et de vives eaux. C’est pourquoi le système délicat de vannes que vous avez prévu est primordial.

En discutant de ce bassin à poissons, Le Diègue et les deux frères sont loin de se douter que quelques années plus tard, le samedi 28 août 1879, la reine d’Espagne Isabelle II, viendrait visiter ce bassin à poissons.

Pour accéder à la demande de la reine, Harry Scott Johnston la promènera le long de ses bassins à poissons. Des gaules seront même préparées afin que sa suite  puisse faire une pêche miraculeuse dans le bassin. La reine et sa suite repartiront enchantées de cette expérience peu courante pour eux.

 

Après cette discussion  technique, Le Diègue leur raconte la visite du maire et des représentants de la commune. Harry Scott ne semble pas inquiet de ces interventions :

—  J’ai confié cette affaire à nos avocats. La justice tranchera. Il n’est pas très utile de se perdre en gesticulations et mouvements de mauvaise humeur.

Nathaniel qui reste toujours intéressé par l’achat des Prés salés Ouest en discute alors avec son frère Harry Scott.

—  Harry, penses-tu que la situation est maintenant stabilisée ?

—  Tu sais, les procès sur ces terrains durent depuis 1550, je crains qu’elle ne soit pas  définitivement stabilisée avant longtemps.

Je t’avais déconseillé de te porter acquéreur tant que la situation juridique n’était pas claire et que des gens énervés comme Les Mozas et Cravey pouvaient s’agiter. Néanmoins, les Testerins les plus acharnés qui m’ont encore attaqué devant le tribunal civil de Bordeaux et ont été déboutés. La commune accepte de me reconnaître la propriété des terrains mais voulait que j’accorde les droits d’usage aux habitants de La Teste.

Ces messieurs, Moureau, Mozas et Cravey  sont plus radicaux et voulaient carrément faire déclarer  les Prés Salés comme domaine public maritime.

Je crois quand même que le jugement du tribunal de Bordeaux du 12 mai 1875 devrait calmer toutes les ardeurs. Le jugement a reconnu ma propriété et m’a attribué avec, le droit d’établir des réservoirs à poissons et des claires à huîtres.

De plus lors de ce dernier procès, ces messieurs se sont présentés seuls face à moi. La commune a renoncé à toute poursuite à mon égard.

—  Tu es donc rassuré après ce jugement ? demande Nathaniel.

—  On n’est jamais vraiment rassuré. Cependant je pense que tu peux te présenter au tribunal au tribunal de la Seine. Une séance « à la criée » aura lieu ce 8 juillet 1877 pour vendre les Prés Salés Ouest aux enchères.

—  Je ne sais s’il y aura beaucoup d’enchères. Je crains que le prix ne soit élevé.

—  Ce n’est pas certain. Me Dumora a mis la propriété aux enchères à Paris pour trouver plus d’acquéreurs. Je ne sais si beaucoup de propriétaires parisiens souhaitent investir dans une contrée aussi lointaine. Encore connaissent-ils Bordeaux, voire Arcachon comme station balnéaire. La Teste doit leur paraître un bourg lointain impossible à situer sur la carte.

 

Le 8 Juillet 1877, le tribunal de la Seine accordera par adjudication les Prés Salés à Nathaniel Johnston le frère de Harry Scott.

Ainsi se réalise une prémonition de Harry Scott.

Le 7 juillet 1841, alors agé de sept ans,  il avait dit à son père en descendant du train qui venait d’arriver pour la première fois à La teste :

« Père, je crois que nous avons ici, devant nous, un territoire comparable aux plaines d’Amérique.

L’ensemble des Prés Salés appartiennent désormais aux frères Johnston. Harry Scott pour la partie est, Nathaniel pour la partie ouest.

Leur père Nathaniel III qui les avait conduits dans ce train comme administrateur de la compagnie des chemins de fer est décédé en 1870. Il n’a pas pu assister à la réalisation de ce rêve.

[1] Craste : fossé naturel d’évacuation de l’eau vers le Bassin

[2] Galip = un fin copeau de l’aubier du pin maritime arraché au tronc par le gemmeur,

[3] Actuellement rue docteur Lancereaux.

[4] Détroquer : c’est séparer les jeunes huîtres du support sur lequel elle se sont fixées. On utilise un couteau courbé qui a la même forme que la tuile.

[5] Le Bac à voile est un bateau à tout faire. C’est un bateau plat et très large (3 à 6 m) qui sert pour le fret (poteaux de mine, grave, sable et matériaux divers) notamment lors de l’aménagement des premières habitations sur la presqu’île du Cap Ferret pour le ravitaillement de ses habitants, mais aussi pour l’ostréiculture et la pêche.

[6] Maline – Se dit d’une forte marée ou d’une grande vague

[7] Pignots – Poteaux de pins non dégrossis utilisés pour délimiter des terrains ou des parcs à huîtres.

Revenir au Chapitre 1 – 1840, Le Chenal

Revenir au chapitre 2 – Le 7 juillet 1841

Revenir au chapitre 3 – La route de La teste à Eyrac

Revenir au chapitre 4 – Le Gran Malhour

Revenir au chapitre 5 – La digue de La Teste

Revenir au chapitre 6 – La fin du Comte

Revenir au chapitre 7 – Les Gravettes

Revenir au chapitre 8 – L’endiguement

Revenir au chapitre 9  – Le chalutage à vapeur.

Revenir au chapitre 10   – Les Pêcheries.

 

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CORCIA Yvon

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