Chronique n° 099 – Arcachon, refuge d’exilés

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En plein milieu de cette période florissante d’Arcachon durant les années 1860, voici que tombe sur la France, l’orage de la défaite de 1870. On a beau savoir que “Pas un bouton de guêtres ne manque à nos soldats”, on constate que notre grand état-major a, déjà, été surpris par la tactique prussienne. Le nord de la France est envahi ; le 2 septembre, Napoléon capitule à Sedan ; le 4, la République est proclamée à Paris assiégé, où se forme un gouvernement de résistance ; des francs-tireurs, issus de divers corps d’armées, organisent la résistance et, jusqu’au 19 janvier 1871, six batailles importantes se déroulent au sud et à l’ouest de la capitale, limitant avec courage l’extension de l’invasion de notre territoire. En février et mars 1871, l’Assemblée se réunit dans le Grand théâtre de Bordeaux, après la démission de Gambetta du gouvernement de Défense nationale. Cependant que la Commune prend le pouvoir à Paris, le désir de capitulation s’affirme chez les députés. Il prévaut et, le 10 mai 1871, un traité de paix est signé avec l’Allemagne. Il en coûte des milliers de morts, l’occupation de l’Alsace, du nord de la Lorraine et le versement d’une indemnité de cinq milliards de francs pour l’Allemagne.

Durant cette difficile période, de nombreux Parisiens se réfugient à Arcachon où ils disposent de rares nouvelles de leurs familles, grâce à douze ballons arrivés ici ou à proximité, courageusement montés par des aérostiers, ainsi que le raconte Jacques Clémens. C’est lui aussi qui confirme qu’une ambulance thermale s’installe à Arcachon, en juin 1871. Ce comité de bénévoles accueille les militaires démunis et malades, les loge et les nourrit durant le temps de leur séjour. Auparavant, Arcachon s’est préparé, sinon à la guerre, du moins au maintien de l’ordre.

Le 11 août 1870, est dressée la liste des membres locaux de la Garde nationale et son inspecteur des armes, M. Demonchy est désigné. En même temps, le nouveau maire, Jean Mauriac, déclare : “Dieu et les bons citoyens sauveront la France !”. Puis, après avoir été destitué pendant sept jours par le Préfet, il reprend ses appels au peuple pour “Purger le sol de la Patrie” et pour que “Des volontaires volent à son secours”. Le 3 novembre, Mauriac lance un appel au calme “Pour ne pas épouvanter les familles qui sont venues se réfugier chez nous”. En novembre 1871, on dote les gendarmes d’Arcachon et de La Teste d’un stand de tir, situé un peu au sud du pied de la dune où se créera, bien plus tard, la piste de ski.

Mais la guerre s’est estompée. En décembre 1871, la garde nationale d’Arcachon est donc désarmée et toutes les armes et les munitions de guerre doivent être rapportées à la mairie. Des visites à domicile vérifient bien qu’aucun arsenal clandestin ne subsiste dans les maisons arcachonnaises. La vie normale reprend. La preuve : on lève de nouvelles taxes sur les voitures et les chevaux, on impose les abonnés des Cercles et autres lieux de réunions et Arcachon dispute à La Teste le siège du percepteur cantonal. Quant aux réfugiés parisiens, “Venus mettre leurs enfants loin du double danger des combats et de la famine”, émus devant le délabrement de la chaire de Notre-Dame, ils se cotisent pour en offrir une à l’église Notre-Dame. Elle est en bois de chêne, dessinée par Alaux et ornée par son sculpteur, M. Jaboin, d’un chapiteau et de cinq panneaux portant le Christ et les quatre Évangélistes, le tout traité dans le style ogival du XIIIe siècle. Il en coûte 3400 francs, payés en partie par les “Autochtones les mieux nés”, écrit le Père Delpeuch, curé de la paroisse et par les “Exilés”.

Puis, dans un souci de juste équilibre républicain et avec le sens du compromis aquitain, il est confirmé, en 1883, que Thiers aura sa place et Gambetta, son avenue. Juste dans l’axe l’une de l’autre… Un monument aux morts de la guerre de 1870 est érigé dans le cimetière d’Arcachon et, depuis, chaque année, la municipalité l’orne et le fleurit. Son Christ, tourné vers l’Est comme il se doit, regarde aussi vers l’Alsace et la Lorraine. Bien des drames sont donc encore à venir. Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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