Chronique n° 063 – De la culture et des jeux

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Retrouvons notre admirateur anonyme de Deganne qui cite dans son opuscule les réalisations de son ami. On les trouve dans le domaine culturel. Deganne commence en payant dix mille francs pour les orgues de Notre-Dame, installées pour le 15 août 1863 par les ateliers Wenners de Bordeaux. Pendant plusieurs années, il pourvoit à la direction du collège Saint-Ferdinand, devenu plus tard, Saint-Elme et construit, en 1864, dans quatre hectares de forêts. Mais le grand œuvre de Deganne dans le domaine culturel reste son théâtre. En 1863, il existe bien, avenue Euphrosine, une petite salle de spectacles appelée “Théâtre du Chalet”. Mais elle n’a aucun succès et la population de la ville basse a besoin d’un lieu de spectacles et de concerts, plus commode que celui du casino de la ville d’hiver, trop haut perché, dit-on dans les familles. Une association ouvre donc une souscription pour construire un théâtre. Elle ne rapporte rien “car on sait qu’une telle salle n’est pas rentable”, écrit notre anonyme.

Deganne ne fait ni une ni deux : il décide d’élever un théâtre de mille places sur un terrain lui appartenant, avenue du Château. En quatre mois, ce qui semble assez étonnant, sous la direction d’Eugène Ormières, architecte de la Ville, l’établissement est réalisé et, au mois d’août 1874, Mademoiselle Rousseil et divers artistes, de la Comédie française et de l’Odéon, inaugurent la scène. Plus tard, le lieu devient théâtre municipal et c’est sous le nom d’ “Olympia”, acquis avec la mode du cinématographe et emprunté au dancing voisin, qu’il vient d’être rénové et qu’il conserve son historique façade d’origine.

De la culture au sport, il n’y a qu’un pas que Deganne franchit en finançant un “Skating-ring” pour le patinage à roulettes, déjà très à la mode alors que nos actuels skateurs croient avoir innové en matière d’acrobaties glissantes. Installé d’abord à l’angle des rues Lamartine et du Château, là ou naîtra l’Olympia, ce skating va ensuite rue Molière. Aujourd’hui, la scène de l’Olympia occupe l’emplacement de ce qui a été, jusqu’à ces dernières années, le gymnase de la société des Enfants d’Arcachon, née en 1897. Et aussi un des hauts lieux des joutes oratoires au moment des réunions politiques “publiques et contradictoires”, hélas passées de mode …

Une association fait aussi appel à Deganne pour donner un terrain et pour financer un gymnase, une élégante salle d’escrime et de tir. Enfin, écrit notre “étranger de distinction” : “la colonie anglaise et le hight-life d’Arcachon ne peuvent se passer de cette sorte de jeu de paume que l’on désigne sous le nom de lawn-tennis, vigoureux exercice de gymnastique pour les amateurs des deux sexes. C’est encore chez M. Deganne, dans un local situé avenue du Château, que ce jeu est très confortablement installé, depuis 1880″. Faisant des comptes, le rédacteur conclut que “M. Deganne a dépensé dans ces créations, sept cent quarante mille francs, une somme tout à fait improductive pour lui”.

Tout cela existe bel et bien puisque, par testament du 16 juillet 1879, Deganne lègue à la ville d’Arcachon, notamment, sa maison d’habitation, son théâtre, ses salles de sports, des terrains et “les rues Deganne, Nelly-Deganne, Sainte-Anne et bien d’autres, dont la largeur ne pourra être réduite”. Une précaution indispensable car cette dimension est contestée par les partisans de Lamarque, en raison du coût de l’empierrement. Deganne n’oublie pas sa ville natale de Vertus à laquelle il attribue des propriétés et des habitations qu’il possède à Arcachon, afin que leur vente permette d’édifier un hôpital pour vieillards. Et la “Gironde Illustrée” de conclure alors : “On peut affirmer que M. Deganne a donné plus de six millions à la commune d’Arcachon”. Bien sûr, que la renommée ne s’achète pas. Mais Adalbert Deganne ne serait-il pas, à cause de sa générosité, de la structure et des équipements qu’il lui a laissés, le véritable père de la nouvelle cité ? Évidemment, d’aucuns diront qu’il n’a fait que lui remettre ce qu’elle lui a autrefois largement donné … C’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

Aimé

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