Chronique n° 026 – Des hommes à faire peur

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Deux graves disettes frappent le pays de Buch en 1746 et en1773. Comment nos ancêtres arcachonnais font-ils alors face aux faiblesses de leur agriculture ? Car, si bourgeois et marchands prospèrent, à en juger par les beaux hôtels qu’ils s’offrent alors à La Teste, genre l’actuel (1)  hôtel de ville, la misère générale reste grande, surtout chez ceux qui vivent de la terre. Par exemple, les résiniers, qui procurent la matière première du goudron et du “bray” dont le commerce enrichit des notables, les résiniers, eux, sont pauvres. Ils le seront encore plus lorsqu’en 1752, la résine perd la moitié de sa valeur, le nombre de pins ayant augmenté. Claude Masse décrit alors les résiniers comme des “hommes à faire peur”. On en compte une centaine, exploitant cent trente-sept parcelles mais Rebsomen, bucolique et optimiste, cite des textes disant “qu’ils vivent dans des cabanes, au centre d’un potager, entourés de quelques volailles, de ruches et d’arbres fruitiers”. Ce qui, toutefois, semble correspondre aux clairières habitées qui subsistent aujourd’hui dans la forêt usagère.

Pire, reste le sort des bergers, dans la lande qui entoure le pays de Buch. L’intendant Lamoignon de Courson parle d’eux comme “d’espèces de sauvages par la figure, l’humeur et l’esprit; ils ont tous le visage jaune et plombé. Ils sont fort enclins au crime et au larcin, hors des choses dont on les charge qu’ils conduisent avec beaucoup de fidélité”. Quant aux habitants de la côte dunaire, Lamoignon les juge “plus mauvais que les autres”. Il ajoute : “Dès qu’il y a tempête, ils courent tous sur la côte pour voir si un bateau ne fera pas naufrage. Il est arrivé souvent qu’ils aient égorgé des matelots et pillé leur bateau avant de l’incendier”. Jacques Ragot a même écrit que, “prêts à égorger, ils pouvaient être aussi naufrageurs”. Et leur vie difficile devient encore plus dure quand la famine attaque.

Mais il y a le miracle de la patate. A partir de 1769, raconte André Rebsomen, l’intendant de Guyenne appuie le curé du Porge pour introduire ce tubercule providentiel. Ce prêtre s’appelle Edmond Danahy, d’origine irlandaise. Comme il connaît bien la pomme de terre pour en avoir mangé dans son pays, il va en planter ici. Et déjà, en janvier 1772, le même, d’après Alain Contis, tente de faire manger du riz à ses ouailles. Elles s’y mettront au bout d’une semaine, alors que le curé écrit “qu’il n’a plus que pour quinze jours de réserve”.

Pourtant, ces immenses espaces incultes donnent des espoirs à des physiocrates, ces entrepreneurs dont la philosophie repose sur l’idée que la richesse peut provenir de la terre uniquement, à condition de savoir s’y prendre. Aussi le seigneur d’Audenge, par deux fois, tente de cultiver 76 800 hectares de lande, entre Certes et Andernos. Faute d’argent, il échouera. En 1766, le seigneur de Ruat, captal de Buch, vend, au sud de Gujan, 19 000 hectares de lande au citoyen suisse et financier Daniel Nézer. Il s’y ruine, victime de sa méconnaissance de la nature ingrate du sol, des particularités du climat et de l’hostilité des habitants. Le salut ne viendra qu’à la fin du siècle avec les débuts réussis de la fixation des dunes et de la plantation de la forêt de pins. En attendant cette révolution, les Bougès ont d’autres ennuis. Mais c’est une autre histoire.

À suivre…

Jean Dubroca

(1) Ce texte date de 2005, c’est maintenant « La Centrale »

Aimé

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