Chronique n° 025 – Des veuves dans les vignes.

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La vie des marins Bougès est difficile dans ce XVIIIe siècle. Celle des paysans n’est guère meilleure car les bonnes terres cultivables sont rares. Il faut donc que nos ancêtres s’adaptent intelligemment à un environnement difficile. On apprend, dans des documents cités par Fabrice Mouthon, que, depuis 1227, l’élevage et le gemmage dominent les activités agricoles. Cependant, à cette époque et depuis le moyen âge, on constate que les terres à céréales se trouvent dans toutes les exploitations. Pour obtenir des récoltes, il faut donc s’échiner à travailler la terre à l’araire ou bien, sur les petites surfaces, à la houe. Mais, dit encore M. Mouthon, nos astucieux agriculteurs Bougès ont trouvé un bon  moyen pour ne pas laisser en jachère leurs meilleurs sols. Comme ils pratiquent l’élevage extensif de moutons sur de très vastes étendues de landes, ils fabriquent de l’engrais naturel en parquant pendant quelques temps leurs troupeaux. Ils peuvent ainsi, en certains endroits, faire deux récoltes de millet par an, l’une d’hiver, l’autre de printemps.

Au cours du XIIIe siècle, on cultivera aussi le seigle et le froment qui fournissent un meilleur pain. Mais en Pays de Buch il faut importer du blé de Bretagne, seule la paroisse du Teich en cultivant assez. Par ailleurs, Alain Contis a montré comment dans ce siècle, la viticulture était vitale sur les bords du Bassin. Car ce sont les femmes qui travaillent durement dans les vignes. Bien que chichement payées six sols par jour, sans la nourriture, cela constitue une ressource majeure pour les nombreuses veuves, victimes des naufrages fréquents où périssent leurs  époux. Cependant, les terres restent aussi pauvres qu’au XIIIe siècle et les troupeaux de moutons se comptent toujours en plusieurs milliers d’animaux. Les prés salés favorisent l’élevage des chevaux. Au milieu du XVIIIe siècle, on en compte cent quarante-quatre têtes à La Teste. Enfin, dans cette vie agricole il ne faut surtout pas oublier le rôle considérable de la Montagne, la forêt testerine, d’autant plus important, qu’ailleurs les pins restent rares.

Les difficultés, par contre, sont nombreuses. Elles sont d’abord d’ordre administratif. Imaginez qu’en 1725, un intendant bordelais, un nommé Claude Bouchet, se met dans l’idée de limiter les plantations de vignes pour réserver l’espace aux céréales, évidemment primordiales pour l’alimentation. Au planteur de vigne récalcitrant, il en coûte une amende de trois mille livres et, en 1744, l’intendant Tourny, celui des allées, fait du zèle. Il envoie un contrôleur pour recenser les vignes plantées depuis vingt ans ! On imagine l’émoi dans le pays où, pour ne pas tomber sous les foudres de la loi, on se met à défricher des terres. À Biganos, on défoncera 1 600 hectares ! Ce qui, évidemment déplaît aux éleveurs de moutons, privés de pâturages. Cela tourne à la colère et donc à l’émeute : à Mios, des habitants rossent des ouvriers embauchés pour ces défrichements. Autres difficulté : le grand incendie de 1716 ravage 2700 hectares dans la forêt usagère, contraignant de nombreux résiniers, soit à l’exil bordelais, soit à devenir marins, ce qui est  à peine un peu mieux.

Évidemment, le pire vient des mauvaises récoltes. Qu’on en juge : en 1771, un habitant sur cinq au Porge doit mendier sa nourriture. La même année, deux tiers des habitants d’Andernos manquent de pain et même de graines pour leur prochaines récoltes. Enfin, l’avancée des sables compromet de bonnes prairies à La Teste. Comment faire face ? C’est une autre histoire.

À suivre.

Jean Dubroca

Aimé

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