1576/ Trodec – Arcasson

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Outre Brouscon, parmi les autres noms connus de l’École de cartographie du Conquet, on relève ceux de Ian Trodec (ou Troadec), auteur de plusieurs Guides nautiques (1576-1600), de Christophe Trodec, et pour la première moitié du XVIIe siècle, de Ian le Béchec, qui dessina plusieurs cartes de la ville et Port du Conquet (1624 et 1628), d’Alain Lestobec, et de Françoise Troadec : celle-ci « était une femme remarquable, qui ne parlait pas seulement le français, l’anglais, l’espagnol comme le breton, mais qui connaissait parfaitement la science de la navigation et qui, peignant et dessinant bien, était fort habile à faire des cartes marines pour les marchands qui se rendaient sur les côtes étrangères ».

C’est en effet en ce port du Léon, proche de la Pointe Saint-Mathieu, que les Brouscon et Trodec/Troadec confectionnent des cartes pendant un siècle ; aux cartes sont joints des calendriers et des cadrans des lunaisons et des marées, avec toute une symbolique abréviative permettant que les navigateurs arrivent à trouver leur route et à avoir une idée de la marée qu’ils vont rencontrer, bien avant les annuaires des marées que l’on connaît de nos jours. Et, bien qu’essentiellement utilitaires, ces documents ont un caractère nettement breton, avec des noms de saints comme Goulven, Thuriau, Conogan, Maudet et, Corentin, et, sur les cartes, des graphies de noms de lieux comme Abrah (Aberwrac’h), Lantriguer (Tréguier) ou Lanuon (Lannion). On est aux confins de l’histoire, de la géographie, de la toponymie, de l’astronomie et de la navigation.

Cette école conquetoise répond à l’importance de la navigation bretonne, héritée de la fin de l’indépendance ducale, et qui ne fera que s’atrophier au XVIIe siècle : c’est la fin de la glorieuse époque des grandes relations maritimes des Bretons avec les pays du nord de l’Europe ; le commerce des îles, qui suivra, sera autre chose qui ne remplacera pas l’activité du passé.

Les ouvrages nautiques conquetois sont aujourd’hui dispersés dans des bibliothèques diverses : le plus ancien (1543) se trouve à la bibliothèque de San Marin en Californie.

Ian Trodec nous a laissé plusieurs ouvrages de même modèle que ceux de Brouscon, réalisés sur le même format et selon la même technique d’impression, à la différence qu’ils ont été réalisés après la réforme grégorienne du calendrier. Il s’agit là, d’ailleurs, de la seule innovation significative de Trodec qui, pour le reste, s’est borné à reprendre la méthode et il me semble, au moins deux planches de G. Brouscon.

  

On ne peut assurer que la carte soit de “Ian Trodec faiseur de cartes marines demeurant au Conquet”.

Arcasson

 

Le Kroaz du (“croix noire” en breton), était arboré par les navires bretons qui sillonnaient les mers.

Ce type de pavillon et d’autres, apparaissent sur les Guides Nautiques des Cartographes du Conquet, entre autre ceux de G. Brouscon et de Ian Trodec. Ils servent à y désigner les villes principales. Si la croix noire sur fond blanc est bien du duché de Bretagne depuis les Croisades, elle peut ne comporter qu’une hermine dans chaque quartier, ou aucune. En l’hiver de l’an de grâce 1327, Jean III (1286-1341) s’en revenant d’une chasse est témoin d’une scène pour le moins édifiante. Un groupe de paysans accule au bord d’un ruisseau aux eaux troubles une hermine au blanc pelage. Celle-ci, pour une raison inconnue (les hermines sont bonnes nageuses) fait audacieusement face à ses agresseurs. Jean conclut que le délicat animal préfère mourir plutôt que de souiller sa fourrure immaculée. Le Duc demande immédiatement sa grâce et associe à l’emblème de la Bretagne cette noble devise : « Kentoc’h mervel eget bezan saotret » (Plutôt la mort que la souillure). Cette fable, plus souvent attribuée à Anne de Bretagne (1477-1514) est aussi parfois allouée à Alain II Barbetorte (ou « al louarn » en breton : « le renard » ; ca 900–952) ou bien encore à Conan Mériadec (305-426).

Le drapeau breton que nous connaissons[1], surnommé « Gwenn ha du » (en breton « Blanc et Noir »), est représenté par 11 mouchetures d’hermines noires (symbole historique breton par excellence) et 9 bandes horizontales noires et blanches alternées représentant l’ensemble des pays de Bretagne :

  • 4 bandes blanches pour le Pays du Léon, la Cornouaille, le Trégor et le pays Vannetais (Basse-Bretagne) ;
  • 5 bandes noires pour les pays de Dol, Rennais, Nantais, de Saint-Malo et de Saint-Brieuc (Haute-Bretagne).

https://www.persee.fr/doc/noroi_0029-182x_1966_num_52_1_7299_t1_0623_0000_1

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_de_cartographie_du_Conquet

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5905550t.r=trodec?rk=21459;2

http://hubert-michea.e-monsite.com/pages/histoire-maritime/guillaume-brouscon-cartographe-conquetois.html

https://modelisme-naval-bois.lebonforum.com/t2877p750-la-marie-jeanne-thonier-de-concarneau-d-artesania-latina-au-1-50e-un-de-plus-par-taz-de-penn-ar-bed

[1] – Inventé en 1923 par Morvan Marchal.

Raphaël

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