Chronique n° 073 – Pendant la paix, la guerre continue

6 juin 2020 0 Par Aimé

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La grande agitation municipale continue après les élections de 1874 qui voient Lamarque de Plaisance, élu maire. Mais son conseil est explosif car on y trouve Deganne, qui déteste aussi son cher collègue, Gustave Hameau et le trio infernal est complété par Mauriac. Celui, qui, justement, traîne la casserole financière de détournement de ligne budgétaire. Comme si une seule affaire ne suffit pas à empoisonner la vie politique locale, voilà qu’éclate le problème Cassan. Ce Cassan gère la table de jeux du casino de la Ville d’hiver et le préfet lui retire l’autorisation d’exercer cette activité. On ne sait pourquoi. Le 10 août 1875, Lamarque proteste fermement contre cette décision, met sa démission en jeu. L’argument fonctionne puisqu’il obtient du préfet la suspension, pour un an, de ce Conseil qui lui cause tant de soucis.

Mais voilà qu’un coup de tonnerre parisien éclabousse Arcachon. Les Républicains remportent les élections législatives de mai 1876. Aussitôt, la suspension du Conseil municipal est annulée, Lamarque en démissionne et revoilà … Deganne qui lui succède comme maire, jusqu’aux élections de 1878. Il le reste après, bien que devancé en nombre de voix par le docteur Gustave Hameau, très populaire et ami de Lamarque. Il attend le bon moment pour régler ses comptes avec Deganne, d’autant plus en embuscade que ce dernier ne le ménage pas. Le 7 août 1879, il écrit au préfet : “M. Hameau préside une société scientifique qui coûte mille francs à la collectivité mais elle périclite ; il préside le Cercle international qui a été fermé deux fois par le préfet. Le sieur Hameau est un despote”, conclut Deganne. En même temps, il se bat pour faire acheter par sa municipalité le casino mauresque. Ses adversaires rétorquent : “Cet achat est une bêtise. Ce casino est d’accès difficile, il faut trop monter. L’intérieur désillusionne. Le décor est fané et mesquin. L’entretien des jardins est trop dispendieux. Il faut les rétrécir et vendre le superflu”. Et Deganne observe perfidement : “D’ailleurs notre collègue Hennon ne s’est fait élire que pour lotir ce superflu”. Et réaliser une bonne affaire !

Finalement, pendant quinze mois, Gustave Hameau va organiser l’échec de Deganne. Son arme, outre la critique de l’achat du casino, c’est le développement de multiples crises municipales grâce à une succession de démissions et d’élections. Entre décembre 1878 et le 22 février 1880, Jacques Ragot a répertorié huit incidents électoraux. Tour à tour, Gustave Hameau puis Deganne et des conseillers des deux camps démissionnent, jusqu’au moment où la liste de Gustave Hameau l’emporte. Par dix-neuf voix contre une, il est élu maire d’Arcachon. Il en fera une ville de cure.

Dix mois après, Lamarque meurt. Sur sa tombe, Hameau se lamente : “Pauvre Lamarque ! Quels ne furent pas les déchirements de ton cœur quand tu fus brutalement arraché à l’œuvre capitale de ta vie, ton projet d’emprunt qui aurait doté la commune de toutes les institutions qui auraient décuplé sa vitalité expansive !”. Effectivement, en 1865, Lamarque a échoué devant les électeurs dans son projet d’emprunt de plus d’un million de francs qui aurait notamment permis l’alimentation en eau d’Arcachon, depuis le lac de Cazaux.

Ainsi, pendant vingt-trois ans, la vie politique communale arcachonnaise a été, presque constamment, conflictuelle. Il faut y voir, évidemment, une lutte pour le contrôle d’une commune où les intérêts financiers en jeu sont très gros. D’où les interventions des Pereire, par Deganne ou Rhôné-Pereire interposés. D’où la confusion, insinuent ses adversaires, de Héricart de Thury entre son rôle d’administrateur de la Société immobilière d’Arcachon et sa fonction de maire… Et cette atmosphère belliqueuse a même atteint la sérénité religieuse. C’est une autre histoire …

À suivre…

Jean Dubroca

Le maire Gustave Hameau, fils de Jean Hameau