- H T B A - https://htba.fr -

Source des Abatilles

[1]

[2]

[3]

[4]

[5]

[6]

[7]

[8] [9]

[10]

[11]

 

Arcachon fut en fête et en grande fête jeudi 5 août 1926 et voici pourquoi :

M. le Sultan du Maroc n’a pas voulu regagner son pays sans voir la perle de la Côte d’Argent. De Bordeaux, il n’y a qu’un saut de puce ; grâce à une rapide automobile – une “Oakland” pilotée par M. Ricardo -, il l’accomplit en moins d’une heure.

Sa Majesté Moulay-Youssef, Sultan du Maroc, après une courte et délicieuse promenade en bateau sur le Bassin d’Arcachon, a bien voulu honorer de sa présence le nouvel établissement thermal des Abatilles.

À 11 h 30 une longue file d’automobiles dans lesquelles prennent place S. M. Moulay-Youssef, le prince héritier et les princes de la famille impériale, les hauts dignitaires de la Cour, M. Bon le maire distingué d’Arcachon, le préfet de la Gironde, le général Mougin et tous les personnages officiels, s’arrêtent devant le parc de l’Établissement Thermal pavoisé aux couleurs nationales.

[12]

Venu à l’avance, M. Maydieu, président du Conseil d’Administration, assisté de M. de Saint-Sauveur, Administrateur-directeur, remercie le Sultan de l’honneur qu’il fait à la Société Thermale des Abatilles en venant visiter la Source Sainte-Anne qui, bien que d’une découverte récente, n’est pas pour cela une inconnue au Maroc. M. Maydieu rappelle au Sultan comment, voici à peine quelques semaines, il a déjà eu l’occasion de recevoir aux Abatilles un groupe de notables et de commerçants Marocains venus pour visiter l’Établissement hydrothérapique.

Moulay-Youssef se rend ensuite à la buvette où il déguste avec une évidente satisfaction l’eau de la Source Sainte-Anne diffusée déjà dans les grandes villes du Maroc. Sous les rayons d’un soleil splendide, nos hôtes, aux djellabas de fine laine blanche et aux effets rehaussés de broderies, se pressent autour des mosaïques du pavillon-buvette, et l’effet en est des plus gracieux.

Le Sultan et sa suite visitent encore le parc et ses vastes ombrages ; au griffon de la source jaillissante, S. M. Maulay-Youssef, vivement intéressée par le débit considérable de 70 000 litres à l’heure, s’arrête longuement.

L’étranger, qui vient ici doit consacrer une de ses premières journées à la Source des Abatilles. C’est un des plus jolis endroits d’Arcachon. En partant de la place des Palmiers on y arrive par la forêt, à droite après une agréable promenade d’une demi-heure. Le contraste est complet entre la nature sauvage qu’on vient de quitter et le jardin de l’Établissement thermal plein de roses, avec de vertes pelouses bien arrosées et traversées d’un ruisseau limpide.

Prenez un bain ; vous ne trouverez nulle part des cabines plus confortables. Ensuite, vous traverserez le parc pour gagner la plage où sont déjà quelques baigneurs intrépides, notamment l’éminent tragédien Marcel Soarez qui nous quittera bientôt pour tenir un rôle important dans le film de Jeanne d’Arc en préparation.

[13]

[14]C’est par la suite de l’achat à l’État par la ville de la forêt des Abatilles que le Maire James Veyrier-Montagnères propose au conseil municipal le 16 février 1908 d’établir une route en forêt allant du Parc Pereire, près des arènes landaises, conformément à un plan qu’il fait dresser par Édouard Gaffet (1834 ca-1918 – admirez sa tombe en faux bois au cimetière d’Arcachon), jardinier, horticulteur-paysagiste et maire-adjoint dès 1874.

[15]

[16]

[17]

[18]

[19]

 

[20]

L’État a “donné” le Parc des Abatilles pour en faire exclusivement une promenade publique sans que la ville d’Arcachon puisse se livrer à aucun lotissement.

[21]

[22]

[23]

[24]

[25]

[26]

[27]

 

[28]

 

[29]

Une maman — j’ajouterai une jeune et charmante maman —, me fait part de ses doléances. Elle fréquente la source des Abatilles et réclame un vrai trottoir pour que ses enfants qui la suivent partout ne soient pas écrasés par le tram, les autos, les camions, les bicyclettes qui à certaines heures encombrent cette partie de la route du Moulleau. Ce n’est pas la peine d’aller se guérir en buvant de l’eau de la source, pour être écrasé ensuite.

À propos de la source, un de nos amis, qui est aussi un ami d’Arcachon, M. Lambert, nous signale que voulant profiter d’un billet de ville thermale pour venir de Charleville qu’il habite, faire une cure aux Abatilles, on lui répondit qu’il ne pouvait pas jouir de cette faveur, Arcachon ne figurant pas parmi les stations climatiques. En fait, d’Arcachon, on ne connaissait que les huitres.

G. de P.

 

Moulay Youssouf (Meknès, 1881 — id., 1927). Sultan alaouite du Maroc (1912 – 1927). Troisième fils d’Hassan Ier, il fut proclamé sultan après l’abdication de son frère Abd al Hafid. Ne conservant que les apparences du pouvoir, il dut remettre l’autorité réelle au général Lyautey, résident général français (1912-1925). Son fils Sidi Mohammed ben Youssef (Mohammed V) lui a succédé. Encyclopédie Hachette. Le visiteur des Abatilles en 1926 est donc l’arrière-grand-père de Mohammed VI (en berbère marocain : ⵎⵓⵃⵎⵎⴷ ⵡⵉⵙ ⵚⴹⵉⵚ), né le 21 août 1963 à Rabat, roi actuel du Maroc.

Textes recueillis par Aimé Nouailhas

 

L’Avenir d’Arcachon N° 3829 du 8 août1926

https://leonc.fr/histoire/sultan/index.html [30]

L’Avenir d’Arcachon du 12 juin 1927

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54221259/f2.item.r=for%C3%AAt%20l%C3%A8ge.zoom [31]

http://www.arcachon-nostalgie.com/img/Publics/ParcAbatilles.htm [32]