Le “Camp des Nègres” à Taussat

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Qui se souvient de ce lotissement aussi étrange que sauvage ?
Entre les années 60 et 70, lorsqu’on arrivait à Taussat venant d’Andernos, on apercevait parmi les arbres, à gauche de la route, des cabanes faites de bric et de broc. S’aventurant dans les allées de ce lieu étrange, on réalisait que des centaines de bicoques étaient ainsi disséminées dans une grande partie de la forêt inscrite dans le triangle formé par l’allée du pont de Titoune, au nord, du boulevard Charles De Gaulle, à l’ouest, et de la berle de Cassy à l’est.
Ce secteur, familièrement désigné par les locaux “bidonville” ou encore “camp des nègres” forma pendant une quinzaine d’année un village foutraque, dépourvu de raccordement aux réseaux d’assainissement, d’eau et d’électricité ; un lieu très populaire et un peu libertaire. Un article de Pierre Cherruau publié dans Le Monde du 03 mars 1976, à l’occasion de l’expulsion annoncée de trois cents familles de ce “lotissement de vacances”, nous rappelle son histoire.
« En 1961, sur une parcelle boisée de 47 hectares, un commandant en retraite, M. Joseph-Marie d’Elloy, donne en location des emplacements d’une superficie moyenne de 625 mètres carrés. En échange d’une redevance annuelle de 30 F, le locataire reçoit la jouissance de ce terrain pour des périodes de deux à quatre ans, à condition qu’il l’entretienne et le défriche en respectant les arbres âgés de plus de quinze ans. Libre à lui d’élever des abris démontables ou des constructions légères.
Très vite ce lotissement sauvage prend une extension considérable. Des allées sont tracées, des enclos séparent chaque parcelle. Le bois de M. d’Elloy devient une sorte de monde à part, un village tranquille de carton-pâte noyé dans la forêt.
Le 26 juin 1967, la mairie de Taussat donne l’ordre de suspendre tous travaux. En vain. Quand, en janvier 1968, la direction départementale de l’équipement dresse procès-verbal, cent soixante-quatorze parcelles sont déjà constituées et soixante-deux bâties. Il n’y a ni voirie ni installations sanitaires. M. d’Elloy promet d’en rester là. Mais en juillet de la même année, des poursuites sont engagées. M. d’Elloy n’a pas tenu ses engagements. Le 14 février 1972, il est condamné à des amendes légères par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir fait un lotissement clandestin et modifié un site classé.
Commence alors une invraisemblable cascade de procès. Une première décision de la cour d’appel de Bordeaux est cassée. Celle de la Cour d’appel de Poitiers ne connaît pas un meilleur sort. Enfin la cour d’appel de Pau, qui condamne M. d’Elloy à 3 000 francs d’amende, lui donne trois mois pour donner congé à tous ses locataires et surtout à remettre les lieux dans leur état antérieur. L’affaire est théoriquement close. Trois cents familles vont devoir quitter ce havre de paix. »
Le lecteur, aussi numérique que curieux de la suite des événements, trouvera des éléments de réponse dans le courrier que fit le maire de Lanton en 2017 suite à une demande d’augmentation de l’emprise au sol du bâti dans ce qui devint le Lotissement de la Ferme de Taussat. Il y découvrira qu’une solution raisonnable fut trouvée permettant une intégration environnementale du lotissement assez réussie, tout en respectant ce qui me semble être une démarche sociale.
http://www.fermedetaussat.com/…/reponse_Mairie_201117.pdf
Thierry PERREAUD

Aimé

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